|
Après Seattle: l'avenir des négociations commerciales
Q. Pourquoi les ministres ne sont-ils pas parvenus à un accord sur le programme des prochaines négociations commerciales? L'une des raisons principales était que les pays pauvres se sont sentis marginalisés. Regardez la structure de la conférence. Toutes les délégations avaient l'occasion de parler à la séance plénière, mais l'événement principal se concentrait autour des négociations, qui comprenaient des groupes de travail sur toute une gamme de sujets, ouverts à tous les membres de l'OMC. Cependant, les véritables négociations ont eu lieu au sein de ce que l'on appelle le petit groupe de négociation, composé des partenaires commerciaux. Bien que des pays en développement figurent dans ce groupe, ils ne représentaient qu'eux-mêmes, et non pas le monde en développement dans son ensemble. Les Etats membres de l'OMC qui n'étaient pas inclus dans ce groupe se sont sentis marginalisés et déçus. L'Organisation de l'unité africaine a affirmé haut et clair à la conférence que "il n'y a aucune transparence dans les procédures et les pays africains sont marginalisés et généralement exclus sur des questions d'importance cruciale pour nos populations et leur avenir". Je crois qu'elle parlait au nom de nombreux autres pays également. Q. Quelle était la préoccupation majeure des pays en développement? Les pays en développement qui ont exposé leurs points de vue à la conférence ont déclaré qu'avant d'entamer un nouveau cycle de négociations, ils souhaitaient voir une mise en oeuvre plus tangible de l'Accord de Marrakech (qui a conclu le cycle d'Uruguay en 1994). Un exemple à citer est la décision ministérielle prévoyant l'indemnisation des pays moins avancés et des pays en développement importateurs nets de nourriture victimes de la libéralisation des échanges, au moins durant la période de transition. La FAO approuve cette position et a d'ailleurs fait remarquer à plusieurs reprises qu'elle n'avait pas été suivie d'effet. La pleine exécution a été demandée à diverses reprises et désormais, certains pays veulent une exécution automatique et impérative. Q. Y aura-t-il un autre cycle de négociations commerciales multilatérales? Il n'y a pas d'autre solution possible. L'Accord de Marrakech prévoit l'obligation d'entamer des négociations sur l'agriculture et les services le 1er janvier 2000. Un facteur qui vient compliquer les choses est l'élection du Président des Etats-Unis en novembre 2000. Le négociateur européen a déclaré qu'il ne voit pas comment il peut y avoir des négociations si les Etats-Unis n'ont pas une position solide, et, selon la sagesse populaire, cela ne se fera qu'après que le nouveau président ait prêté serment, en janvier 2001. En conséquence, nombreux sont ceux qui prévoient que les négociations ne redémarreront pas avant un an. Q. Qu'espèrent obtenir les pays les plus pauvres du prochain cycle de négociations? Autrefois, on pensait que les pays les plus pauvres s'intéressaient davantage aux indemnités qu'à leur pleine participation au système international d'échanges. Je pense que ceci était regrettable. La philosophie à la base des échanges internationaux est d'accroître le bien-être global de l'homme par des avantages comparatifs, mais il y a toujours des gagnants et des perdants. Ceci est également vrai au sein des pays, mais là, il existe souvent des mécanismes pour indemniser les perdants. D'où le problème de veiller à ce que les avantages soient répartis aussi équitablement que possible grâce à une meilleure réglementation et à des mécanismes de dédommagement des perdants, en particulier lorsqu'il s'agit de pays à faible revenu. Le but final est naturellement de créer des occasions pour les pays en développement de faire un meilleur usage de leur avantage comparatif. Q. Que fait la FAO pour aider les pays en développement à défendre leurs intérêts commerciaux? De nombreux pays ne disposent pas des compétences techniques et juridiques suffisantes pour permettre leur pleine participation aux négociations. La FAO organise des ateliers de formation dans ses Etats membres pour les aider à développer leurs propres positions de négociateurs, évaluer les autres propositions, défendre leurs intérêts efficacement et participer aux négociations. Nous sommes en train de perfectionner notre assistance. A la FAO, nous devons reconnaître ques les pays en développement ont plus d'une voix à faire entendre. Nous devons continuer à faire la distinction entre les différents groupes d'intérêt au sein du monde en développement et adapter notre analyse et notre évaluation en fonction de chacun de ces groupes. Q. Que signifie Seattle pour les populations qui souffrent de la faim dans le monde? Elles n'ont rien obtenu à Seattle, pas plus que les autres parties. Il reste néammoins l'espoir d'obtenir encore quelque chose. Mieux vaut tard que jamais. 4 janvier 2000 Autres liens:
Suggestions?: Webmaster@fao.org |