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Nouveau rapport sur l'alimentation et la nutrition en Irak
La mission a constaté que depuis le lancement du Programme pétrole-contre-vivres en 1997, "les taux de malnutrition infantile au centre/sud du pays ne semblent pas avoir enregistré d'amélioration et les problèmes nutritionnels demeurent graves et généralisés. D'après les résultats des enquêtes, plus de 10 pour cent des enfants de moins de cinq ans montrent des signes de dépérissement (poids insuffisant par rapport à la taille), un symptôme de malnutrition aiguë. Ces niveaux sont "inacceptables", déclare la mission dans son rapport, et ils ne représentent "qu'une baisse marginale pour ces gouvernorats depuis l'évaluation FAO/PAM de 1995". L'enquête a également mesuré la prévalence des retards de croissance, un symptôme de malnutrition chronique. A Bagdad, 12 pour cent des enfants de moins de cinq ans souffraient de retards de croissance, soit une amélioration considérable par rapport à 1995, lorsque le taux était de 28 pour cent. Toutefois, les échecs étaient plus flagrants dans les zones rurales. A Diala, par exemple, la mission a observé que la prévalence des retards de croissance était passée de 20,6 pour cent à 27 pour cent au cours des quatre dernières années. La situation est moins morose dans les trois gouvernorats du nord de l'Irak (Dohouk, Arbil et Sulaymaniya). Dans ces zones, le rapport affirme que le Programme pétrole-contre-vivres a contribué à "d'importantes améliorations de la santé, de la mortalité et de la situation nutritionnelle". Au nord, le dépérissement a été quasiment éliminé, et la malnutrition chronique chez les enfants de moins de cinq ans est tombée de 26 pour cent en 1996 à 18 pour cent en 1999. Une enquête de l'UNICEF de 1999 a constaté que les taux de mortalité infantile avaient également fléchi, de 80 pour 1 000 enfants nés vivants en 1984-89 à 72 pour 1000 en 1994-99. Ce progrès ne s'explique pas seulement par les rations du Programme pétrole-contre-vivres mais par la croissance économique générale de la région. L'apport alimentaire mensuelDepuis le démarrage du Programme pétrole-contre-vivres en 1997, la qualité nutritionnelle de la ration mensuelle fournie par le gouvernement s'est améliorée considérablement. Toutefois, la mission a constaté que "les rations actuelles ne constituent pas un régime alimentaire varié et adéquat du point de vue nutritionnel." Avant le début du programme, la teneur énergétique des rations du Gouvernement était évaluée à 1 295 kcal/personne/jour. Depuis lors, l'apport énergétique de la ration alimentaire mensuelle a augmenté progressivement pour arriver en moyenne à 2 000 Kcal et 43,3 grammes de protéines par personne et par jour en 1998/99. Au cours des six derniers mois, les rations fournissaient à chaque personne 2 199 kcal et 48,2 grammes de protéines par jour. Les rations sont "acceptables en termes de calories et de protéines totales", selon le rapport. Néanmoins, la mission a observé que la ration alimentaire dure rarement tout le mois. Par exemple, une ration mensuelle de farine de blé durait 21 jours, le lait en poudre ne durait que 12 jours et les légumineuses (pois, haricots, lentilles) une semaine. En outre, la mission signale que les rations n'offrent pas une variété de fruits, de légumes, de viande et de produits laitiers, et manquent donc de plusieurs vitamines et minéraux importants, comme la vitamine A et C, la riboflavine, le folate et le fer. Ceux qui peuvent se le permettre complètent les rations avec des aliments achetés au marché local. Le prix des produits alimentaires compris dans les rations est généralement faible mais est, en revanche, beaucoup plus élevé pour d'autres denrées comme la viande, les produits laitiers et les légumes. La mission a calculé qu'un ménage moyen dépense1 068 dinars irakiens ou 53 cents E.-U. (2 000 dinars irakiens = un dollar E.-U.) chaque jour pour la nourriture. Les revenus mensuels de nombreux fonctionnaires vont de 5 000 à 10 000 dinars irakiens, soit 2,50 à 5 dollars E.-U., ce qui veut dire que compléter les rations est incontestablement une épreuve insurmontable pour les ménages les plus pauvres. De nombreuses familles n'ont tout simplement pas les moyens d'acheter d'autres aliments. Elles restent donc particulièrement exposées à la malnutrition. Crise de l'agriculture irakienneLes sanctions économiques ont limité l'accès de l'Irak aux investissements étrangers et aux importations, telles que les pièces détachées pour les machines agricoles, les engrais, les pesticides et les herbicides. La grave sécheresse dont est victime le pays pour la deuxième année consécutive est loin d'arranger les choses. En conséquence, "le secteur de l'agriculture s'est détérioré considérablement au cours des dernières années", affirme la mission dans son rapport. Durant la sécheresse, sur les zones centrales et méridionales du pays sont tombées la moitié ou un tiers des précipitations moyennes. Le niveau d'eau a chuté considérablement dans les cours d'eau du pays, dont certains sont pratiquement à sec. Le Tigre aurait un débit volumique de 40 pour cent par rapport à la normale; l'Euphrate est également à un très bas niveau.
La mission prévoit une récolte céréalière d'à peine 800 000 tonnes, record négatif équivalant à la moitié du résultat de l'an dernier, déjà inférieur de plus de 60 pour cent à la moyenne des cinq années précédentes. En outre, par rapport à 1997 la production de légumes devrait reculer d'un tiers et celle de fruits de 13 pour cent. Les problèmes d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement aggravent la malnutritionLa malnutrition n'est normalement pas uniquement due à la faim, mais à une combinaison complexe de divers facteurs. La mission a constaté qu'"un approvisionnement en eau potable et des conditions d'hygiène inadéquats sont des facteurs clés des fréquentes infections récurrentes qui concourent à une malnutrition infantile et postinfantile dans tout le pays". D'après une enquête nutritionnelle auprès des ménages, la moitié des enfants de moins de cinq ans ont récemment souffert d'un épisode de diarrhée, et environ 40 pour cent d'infections respiratoires aiguës. La mission a également constaté que les principaux centres de soins de santé primaires étaient bondés d'enfants souffrant de malnutrition liée aux infections. "L'ajout d'eau polluée au lait du biberon des jeunes enfants est particulièrement dangereux", avertit le rapport. Environ 85 pour cent des enfants de moins de six mois sont nourris au sein, mais seulement 5 à 10 pour cent sont exclusivement nourris au sein. Plus de 60 pour cent des nourrissons ont reçu des aliments composés pour nourrissons distribués dans la ration alimentaire mensuelle. La dilution de cette formule pour la faire durer plus longtemps a contribué à la malnutrition infantile. La prévalence d'autres graves maladies à transmission hydrique est également en augmentation en Irak. Entre 1997 et 1999, le Ministère de la santé a signalé un accroissement de 60 pour cent des cas de fièvre typhoïde, tandis que le nombre de cas de choléra est passé de 486 à 2 398. L'autre face de la malnutritionPour la population adulte de l'Irak, la mission a constaté que la plus grande source de préoccupation est l'excédent pondéral. Plus de la moitié des adultes sont concernés d'une façon ou d'une autre. A Bagdad, 30 pour cent des adultes sont en grave excès de poids, tandis qu'à Karbalá et Diala, les taux sont respectivement de 27 et 18 pour cent. L'obésité n'est pas seulement une "maladie d'abondance"; on la trouve aussi bien dans les communautés riches que pauvres, et elle est souvent due à des régimes à teneur élevée en hydrates de carbone et en graisses qui manquent de la diversité nécessaire à une bonne santé, le tout associé à un manque d'exercice physique. Le rapport souligne que "les principales causes de mortalité signalées chez les adultes sont les cardiopathies, l'hypertension et le diabète, toutes subordonnées à l'obésité". 18 septembre 2000
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