Comment, selon un drôle d'oiseau, protéger les forêts


 "Je m'envole pour la mission la plus importante de ma vie! Donne-moi un coup de main pour attacher mes lunettes de protection."

Si cette phrase vous rappelle Superman ou tout autre personnage fantastique bondissant d'un gratte-ciel à l'autre, alors l'image est bien trouvée. Le dernier héros de bande dessinée à faire son entrée est . . . un oiseau couleur fuchsia avec d'énormes pieds, portant des lunettes d'aviateur, et qui a pour mission de sauver les forêts de la planète. Il s'appelle Prosper, comme le magazine auquel il a donné son nom.

L'incubation de Prosper a duré dix ans au Programme arbres, forêts et communautés rurales de la FAO, coordonné par l'Unité de foresterie communautaire. En collaboration avec des institutions du monde entier, le Programme s'attache à renforcer la capacité des communautés de gérer et utiliser les ressources naturelles et de mettre au point des outils qui encouragent la participation locale. L'idée de base était de publier un illlustré sur le modèle des bandes dessinées pour enfants afin de les initier à l'environnement, et en particulier aux forêts.

Toucher le public du monde entier

Les quatre premiers numéros de 16 pages environ ont été réalisés à petite échelle - un dessinateur et un auteur - et ont été diffusés à quelque 30 000 exemplaires. "Faire en sorte que le magazine s'adapte aux jeunes lecteurs du monde entier relève de l'exploit," explique Matthew Seebach, Consultant en communications et publications à la FAO. "La manière dont on aborde l'éducation écologique avec des enfants chinois peut être complètement différente de celle utilisée pour les enfants du Costa Rica."

En effet, un des principaux enjeux est d'adapter Prosper aux nombreuses langues et cultures auxquelles il est destiné. Afin de toucher le plus de cultures possibles, le cinquième et dernier numéro est devenu un projet mondial qui a bénéficié des conseils rédactionnels d'organisations aussi diverses que Peace Corps, Palestinian Youth Council, Ghana Wildlife Society, le Fonds mondial pour la nature (WWF) de Chine, CARE Indonésie et l'Observatoire du développement du Costa Rica.

Le message lancé par Prosper: les communautés dépendent des forêts; elles ont besoin de collaborer pour tirer des avantages des forêt; elles ont le droit d'utiliser leurs forêts. Le magazine va cependant plus loin. Il enseigne aux enfants à identifier et à analyser les problèmes d'environnement au sein de leur communauté et à faire intervenir leurs voisins pour les résoudre. "Il s'efforce de montrer comment les gens peuvent gérer leurs communautés et leurs forêts de façon durable, explique M. Seebach. Il enseigne des techniques et présente un plan de travail. Il montre comment s'organiser et se concentre sur l'apprentissage par l'action".

Par exemple, le numéro actuel présente une approche point par point à la création de réseaux et indique comment faire participer d'autres membres de la communauté - le tout dans un langage et un contexte convenant à un enfant de 12 ans.

Faire participer les jeunes

Il s'agit là d'un but ambitieux mais réaliste. Le numéro actuel sera distribué à plus de 125 000 élèves des pays en développement. Il a été traduit de l'anglais en arabe, en chinois, en français et en espagnol. Des versions indonésienne, portugaise et russe sont en cours de préparation, et d'autres langues et dialectes sont à l'étude pour que le héros touche ces communautés fortement tributaires de leurs forêts, où, par exemple, les gens doivent ramasser du bois de feu pour cuisiner. Et surtout qu'il arrive entre les mains des jeunes adolescents, l'âge auquel ils acquièrent une conscience sociale. Comme le dit lui-même Prosper, "Je ne peux pas m'en sortir tout seul. Il faut que les jeunes m'aident. Ils doivent s'entendre pour utiliser d'une manière raisonnable les ressources de la terre. Je peux les aider à commencer!"

Ecoles et clubs de jeunes sont les cadres tout désignés pour la diffusion de la publication. Prosper est également pris en charge par des ONG entretenant des liens solides avec la communauté. Au Ghana, par exemple, les ONG sont en train de créer des manuels pour les enseignants adaptés aux populations locales. Et au Timor oriental, Prosper pourrait être publié en feuilleton dans un magazine local.

Dans certaines régions du monde, la sensibilisation à l'environnement dans les écoles est une tâche qui est loin d'être aisée. Dans ces cas-là, on a recours à des moyens détournés : le magazine est fourni dans le cadre d'un dossier d'anglais-seconde langue qui comprend un manuel d'enseignement. Il contient également une affiche représentant un jeu de cache-cache qui encourage les enfants à chercher des espèces végétales et animales et des produits forestiers dissimulés. Bien entendu, tous ces matériels sont gratuits, et Prosper n'étant protégé par aucun droit d'auteur, il peut être reproduit librement.

"C'est le genre de chose que nous essayons d'encourager, déclare M. Seebach. Nous tenons à ce que Prosper soit à la disposition de tout le monde et que tous puissent l'utiliser, le reproduire, et tenter de trouver d'autres situations dans lesquelles il peut être réutilisé. Nous voulons que le plus grand nombre de personnes possible en bénéficient".

13 mars 2001

 

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