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Les lauréats du Prix Boerma parlent de leur travail
Que signifie pour vous ce prix Boerma? Je suis très honoré de partager ce prix avec tous les journalistes qui se sont efforcés de sensibiliser l'opinion publique au problème de la faim dans le monde, en particulier, dans les pays en développement. Je le partage avec orgueil avec mes collègues d'Inside Africa. Kari Manns-Leewood, Bill Burke, Tumi Makgabo, Femi Oke, Zain Verjee, Andre Murphy et tant d'autres encore font partie d'une nouvelle stratégie de couverture médiatique de l'insécurité alimentaire et de la foule de problèmes qui y sont liés. Je cèderai ma part du Prix Boerma au Prix "Journaliste africain de l'année" en faveur d'un prix spécial Inside Africa qui permettra à un journaliste africain de participer au Programme international des professionnels de CNN. Etant donné que ce programme a besoin de personnes qui doivent prendre à leur charge leurs frais de voyage, le prix Boerma permettra d'aider un journaliste africain qui, sinon, n'aurait pas pu participer au cours de la CNN. Je suis aussi tout à fait conscient que le prix A. H. Boerma est un défi, un défi pour se concentrer non seulement sur les problèmes mais aussi sur les solutions gagnantes; un défi pour trouver de nouveaux moyens de rendre intéressantes les choses importantes. En fait, ce prix veut réellement dire que nous autres, journalistes, devons continuer à travailler dans ce sens. Pourquoi avez-vous lancé une initiative comme Inside Africa? Ce sont les nombreuses expériences que j'ai vécues aussi bien sur le continent africain qu'ailleurs, y compris la crise au Rwanda en 1994, qui m'ont insufflé la détermination de créer Inside Africa. Mais le programme ne se référait pas aux scènes de migration de masse ou de guerre à outrance; il s'inspirait de la disparition d'un continent entier des écrans de télévision du monde. Lorsque je suis rentré la première fois aux Etats-Unis pour devenir présentateur à CNN International en 1996, son nouveau Président, Chris Cramer, m'a surpris quand il m'a dit: "Nous n'avons pas assez de reportages de l'Afrique." Un personnage d'une société de médias qui demande qu'on parle davantage de l'Afrique? C'est là que j'ai compris qu'un programme qui observerait l'Afrique sous un autre angle, essayant d'établir de nouvelles règles pour décrire son peuple, était tout à fait réalisable. CNN est bien placée pour fixer ces nouvelles règles et se rendre compte que les petites entreprises, les investissements, la croissance durable et la stabilité politique indispensable sont les grands titres sur l'Afrique aujourd'hui. Ni la CNN ni personne dans les médias n'a besoin de recourir au sensationnalisme pour dire aux gens ce qu'ils ont besoin de savoir. Il s'agit juste de le rendre intéressant. Inside Africa est régi par une règle fondamentale: nous ne parlons pas des problèmes si nous n'avons pas de solution. Des projets spécialisés de semences à l'agriculture urbaine, les réponses sont sous nos yeux. CNN touche plus d'un milliard de personnes dans le monde entier, dont les leaders de près de 200 nations. Pensez-vous que télévision et radio se prêtent au traitement de problèmes complexes? Le potentiel de la télévision et des médias numériques n'a jamais été exploité à fond. Aucun autre média n'a un tel pouvoir pour lancer un message, donner une explication ou télégraphier la souffrance humaine du monde. Le problème ne tient pas au média (la télévision), mais à ceux qui imposent des 'règles' qui l'empêchent de tenir cette promesse. Sorious Samura, le producteur de documentaires de la Sierra Leone, le présente de cette façon: "Nous n'avons pas réussi à rendre intéressantes les choses importantes." En réalité, pour une petite phrase de 10 secondes et un reportage de 2 minutes, les producteurs et les correspondants ont abandonné le journalisme et se sont contentés de faire de la télévision. Ce conflit, que j'appelle 'télévision contre journalisme', voit la direction des médias en quête d'audience et de recettes de publicité aux dépens du vrai journalisme. Mais personne n'a jamais démontré que le public n'apprécie pas le journalisme. Pensez-vous qu'Internet peut offrir un autre moyen d'aborder les questions d'insécurité alimentaire et de pauvreté? Internet, avec tout ce qu'il a à offrir, n'a pas encore été pleinement exploité. L'avènement des communications à bande large et l'essor des technologies sans fil en Afrique permettront, d'une part, au continent de dépasser les technologies existantes. La transmission de radio-télévision sur Internet est très prometteuse, même si elle dépendra de la création des infrastructures nécessaires en Afrique. Mais attention, Internet est comparable aux livres et aux quotidiens. Le pouvoir est entre les mains de ceux qui prennent les décisions éditoriales, non pas de ceux qui rendent les technologies disponibles. Le contenu des médias a-t-il évolué pendant vos années d'activité professionnelle? Lorsque je suis entré à la CNN en 1981, il fallait un énorme camion plein de matériel pour faire les liaisons par satellite. Aujourd'hui, avec les vidéotéléphones et d'autres technologies, les reportages sur le terrain sont à des années lumière. Cette capacité 'instant live', dans de nombreux cas, a contribué au rétrécissement de la couverture médiatique. Tout repose sur le contenu. Faire du direct juste pour le plaisir de le faire n'a rien à voir avec le contenu; c'est du journalisme par opposition à la télévision. Lorsque les correspondants fournissent des heures et des heures de nouvelles pour chaque bulletin d'information, combien de recherche et d'investigation sont-ils vraiment capables de faire sur place? Mais quand il s'agit de questions comme l'insécurité alimentaire, un reportage sur le terrain pourrait ajouter l'immédiateté du direct si la recherche, les interviews et la production nécessaires avaient déjà été faites. Pour la télévision, le vrai risque est que même lorsqu'on assure des reportages approfondis, on cherche à faire du sensationnalisme et non pas de l'information. Auparavant, les nouvelles étaient perçues par les chaînes de télévision américaines comme une responsabilité. Leur but n'était pas de gagner de l'argent. Au cours de la dernière décennie, les journaux télévisés et les informations sont devenus des sources principales de revenus pour les médias. Mais comme le nouveau 'produit' se mesure en indices d'écoute, les approches superficielles et accrocheuses obtiennent les faveurs de la majorité des spectateurs. Les consultants en gestion des médias ont mis au point une devise: "Donnez-leur ce qu'ils veulent, et non pas ce que vous pensez qui est bon pour eux". Les journalistes en ont essuyé les conséquences, et se retrouvent maintenant à devoir lutter contre ce nouveau genre de télévision. 6 novembre 2001
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