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Une mission fait l'inventaire des dégâts causés par l'ouragan Mitch au Honduras et au Nicaragua


L'ouragan Mitch a détruit le tiers des cultures de céréales de base et de haricots du Honduras, et quelque 40 pour cent de ses cultures de plantains et de bananes, selon une Mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires. D'après le rapport de mission paru le 29 janvier, des centaines de milliers de personnes parmi les plus pauvres du pays ont besoin d'une aide alimentaire, ayant perdu environ 30 pour cent de leur production agricole familiale et bon nombre de leurs emplois dans le secteur de l'exportation.

Des cultures de rapport d'importance primordiale comme la banane, le café et la canne à sucre ont été durement frappées, et les pertes de récoltes de 1998, avec les pertes prévues en 1999, pour toutes les cultures d'exportation, sont évaluées à 480 millions de dollars E.-U. Les dégâts à l'infrastructure pour les cultures de rapport s'élèveraient à 210 millions de dollars E.U. et le secteur de l'élevage a subi des pertes de plus de 100 millions de dollars E.-U. Le rapport souligne que ces estimations ne comprennent pas les plus gros dégâts causés aux terres agricoles par le débordement des fleuves, dont les eaux ont atteint des niveaux sans précédent et ont recouvert d'immenses superficies de terres arables d'une couche épaisse de sable, de limon et de pierres".

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Le rapport souligne la nécessité d'apporter une aide aux populations rurales touchées, pour les semis des cultures vivrières de la première campagne 99 et pour la remise en état des principales cultures d'exportation. Cette dernière activité est indispensable du fait qu'elle créera des emplois dont il y a tant besoin.

Les emplois salariés ou saisonniers dans divers secteurs (bananes, café, canne à sucre, melon, crevettes, etc.) fournissent un revenu indispensable aux petits producteurs qui n'ont pas suffisamment de terres pour vivre de leur propre production agricole, précise le rapport. Plus de 100 000 personnes ont perdu leur emploi dans ce secteur.

La mission a estimé qu'il faudra importer 570 000 tonnes de céréales et de légumineuses durant la campagne commerciale 1998/99 (qui se terminera en août 1999) pour pouvoir maintenir la consommation alimentaire à des niveaux normaux. On importera surtout du maïs, principal aliment de base.

Jusqu'ici, moins de la moitié des quantités d'aide alimentaire nécessaires a été engagée

Toutefois, la perte de près d'un demi-milliard de dollars de recettes d'exportation signifie que la capacité du pays d'importer à des conditions commerciales est fortement réduite. La mission a estimé les besoins d'aide alimentaire à quelque 276 000 tonnes, dont 236 000 tonnes de maïs, et le reste en riz et haricots.

D'après le rapport, moins de la moitié des quantités d'aide alimentaire nécessaires est arrivée ou a été engagée jusqu'ici. Les quantités reçues sous forme d'aide alimentaire et celles qui devraient être livrées avant août 1999, au titre des contributions annoncées et confirmées, s'élèvent au total à 85 000 tonnes, tous produits alimentaires confondus, laissant un solde de quelque 191 000 tonnes à couvrir au cours des prochains mois. Il y a tout lieu de croire qu'entre janvier et septembre 1999, l'insécurité alimentaire augmentera progressivement, particulièrement au niveau des ménages ruraux vivant dans les zones à déficit vivrier.

On estime que 810 000 personnes en zones rurales ont droit à une distribution gratuite d'aliments. Une majorité de 78 pour cent des familles les plus pauvres du Honduras vivent en milieu rural. En général, ces paysans cultivent à bail moins de 4 hectares de terres, payant un coût élevé en espèces ou en produits de la terre, et ont peu de possibilités de gagner de l'argent hors des exploitations. Parmi les plus pauvres, nombreux sont les ménages ruraux dirigés par des femmes.

Selon le rapport, la grande majorité des familles nécessiteuses souffraient déjà avant la catastrophe d'une très forte insécurité alimentaire. La plupart d'entre elles ont mis en oeuvre des mécanismes d'adaptation très nuisibles tant au plan écologique qu'au plan social. Pour cette raison, il sera difficile de faire la distinction entre besoins de remise en état et besoins normaux de développement.

Des mesures gouvernementales empêchent la flambée des prix des denrées de base

Pour essayer de prévenir les pénuries alimentaires qui conduisent à des hausses de prix, le Gouvernement hondurien a mis en place des mesures de contrôle des prix pour les céréales de base et d'autres aliments qui constituent un "assortiment alimentaire" composé de 14 produits. La mission d'évaluation a constaté que même les marchés des régions reculées étaient bien approvisionnés en céréales de base. Les prix de certains fruits et légumes qui ne sont pas visés par des mesures de contrôle gouvernemental ont monté jusqu'à 20 pour cent.

Toutefois, selon le rapport le problème principal est celui auquel sont confrontés les cultivateurs des régions isolées qui - du fait de l'ampleur des dégâts causés par l'ouragan à l'infrastructure, particulièrement aux routes nationales et secondaires et aux ponts, et de la hausse du coût des transports qui en résulte - ne peuvent rivaliser avec les zones de production situées près des villes et des grands centres urbains. On cite l'exemple d'Olancho, grosse zone productrice de maïs dans le nord-est qui a été pratiquement coupée du reste du pays.

Comment aider les agriculteurs à recommencer à vivre normalement

La mission a étudié des mesures pour aider les agriculteurs à recommencer à produire normalement dès que possible. Il s'agit notamment de distribuer des outils et des intrants pour la principale campagne agricole qui commencera en avril-mai, d'augmenter les superficies ensemencées, de renforcer la disponibilité de matériel végétal pour la production de plantains, de remplacer le petit bétail et de soutenir la production animale moyennant des aliments d'appoint pour animaux. Onze propositions de projets pour un montant total de plus de 8,5 millions de dollars E.-U. ont été préparées par la FAO avec le concours du gouvernement et d'autres organisations. Ces propositions couvriraient les besoins essentiels immédiats pour préparer la voie à la remise en état à moyen terme du secteur agricole, selon le rapport. La reconstruction nécessitera néanmoins un investissement important et continu au cours des prochaines années.

Situation au Nicaragua

Un Rapport spécial publié au retour d'une mission envoyée au Nicaragua après le passage de Mitch brosse le même tableau désolant, bien que les perspectives concernant les disponibilités alimentaires jusqu'à la prochaine récolte qui aura lieu dans la deuxième moitié de 1999, soient plus favorables qu'on ne l'avait prévu. Cela reflète les mesures prises par le gouvernement pour stimuler la production de l'"apante" (troisième campagne, moins importante) et la réponse rapide des donateurs qui ont fourni une aide alimentaire pour combler la grande partie du déficit.

Les besoins d'importations de céréales et de légumineuses pour 1998/99 sont estimés à 193 000 tonnes. Le maïs et les haricots, qui représentent 65 000 tonnes, seront probablement fournis au titre de l'aide alimentaire. Près de la moitié des 102 000 tonnes de blé nécessaires sera aussi livrée sous forme d'aide alimentaire.

Les pertes du secteur de l'exportation s'élèveraient à 37 millions de dollars E.-U., soit 13 pour cent de la valeur prévue des bananes, du café et de la canne à sucre avant l'ouragan. Le secteur de l'élevage a aussi été durement touché. Selon des estimations officielles, les pertes dans ce secteur s'élèvent à 14 millions de dollars E.-U. Quelque 77 000 bovins, 22 000 chevaux, 97 000 porcs et 222 000 poules et poulets ont été perdus durant l'ouragan. Les aliments pour le bétail ont aussi été détruits ou détériorés, avec pour conséquence une grave pénurie d'aliments pour animaux dans les zones touchées. La mission estime que le montant des pertes a été sous-estimé.

La mission a proposé un programme de secours agricoles et d'intervention d'urgence comprenant six projets pour un montant total de 13,9 millions de dollars.

 

9 février 1999

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