Madagascar
Source: FAO Déni de responsabilité Cliquez ici pour une carte plus détaillée. Version 2005
Géographie, climat et populationMadagascar occupe une superficie de 587 040 km2. Administrativement, l’île est divisée en six provinces et chaque province en Fivondronana (anciennes préfectures ou sous-préfectures) au nombre de 102. Trois traits généraux dominent la topographie de Madagascar: un relief accidenté, une dissymétrie est-ouest et une opposition entre les hautes terres et les régions côtières. Du point de vue géomorphologique, le socle très plissé et très arasé, qui couvre toute la partie centrale et la partie orientale du pays, se distingue de la couverture sédimentaire à intercalations volcaniques modérément inclinée sur toute la partie occidentale, depuis Antsiranana jusqu’à l’extrême sud. Les sols se répartissent selon trois régions:
La forêt couvrait 13.26 millions d’hectares en 1996, soit 23 pour cent de la superficie totale. On note cependant que de 1997 à 2000, la Direction générale des eaux et forêts a enregistré la destruction par les feux de brousse de près de 3.74 millions d’hectares, les superficies reboisées ne couvrant que 14 200 ha pendant cette même période. Trois types de végétation se partagent le pays:
En 2002, les superficies cultivées (terres arables et cultures permanentes) occupaient 3.55 millions d’hectares soit 6 pour cent du territoire (tableau 1). Les cultures vivrières sont les activités agricoles de base et dominent la région des hautes terres centrales, la partie médiane de l’ouest et la partie orientale. Les cultures de rente (industrielles ou d’exportation) occupent la partie orientale, le nord, le sud et l’ouest. Madagascar reçoit en moyenne 1 513 mm de précipitations par an. Il faut toutefois noter qu’il existe de fortes disparités entre les régions en matière de pluviométrie, et que certains endroits de l’île souffrent de pénuries d’eau. Quatre zones climatiques sont observables:
D’une manière générale, à l’exception de la côte est et de l’île de Nosy Be, le contraste entre une saison chaude et humide (octobre à mars) et une saison plus fraîche et moins pluvieuse (avril à septembre) est très net. Dans la zone nord-est la hauteur de pluie peut dépasser les 3 000 mm, alors que dans le sud on enregistre une sécheresse très marquée et prolongée. Sur la côte est, la pluie est répartie pendant toute l’année. Madagascar est frappé chaque année par des cyclones tropicaux. La période cyclonique se situe le plus souvent entre les mois de décembre et mars. La population totale était estimée à 17.9 millions d’habitants en 2004, soit une densité de 30 habitants/km2 (tableau 1). Le taux de croissance démographique pour 2001 était de 2.8 pour cent La population habite à 73 pour cent en milieu rural. Le taux d’accès des populations aux sources améliorées d’eau potable était évalué à 45 pour cent en 2002; il varie de 75 pour cent en milieu urbain à 34 pour cent en milieu rural. Le taux de pauvreté est important:de 73.3 pour cent en 1997 et 71.3 pour cent en 1999 à l’échelle du pays, ces taux sont respectivement de 76 pour cent et 75 pour cent en milieu rural. Fin 2001 la prévalence du VIH/SIDA atteignait 0.3 pour cent pour les adultes (15-49 ans). Économie, agriculture et sécurité alimentaireEn 2000, l’agriculture contribuait pour environ 29 pour cent au PIB et à 40 pour cent aux exportations, représentant le moyen de subsistance de 75 pour cent de la population. La population active en agriculture, en 2004, constituait 72 pour cent de la population active totale (tableau 1). En 2000, environ 91 pour cent de la valeur des exportations de produits agricoles étaient imputable aux produits des cultures de rentes (café, girofle, vanille, etc.). Ressources en eau et utilisation de l’eauRessources en eau Les ressources en eau renouvelables sont estimées à 337 km3/an. Les ressources en eau de surface renouvelables sont évaluées à 332 km3/an, les ressources souterraines à 55 km3/an, avec une partie commune entre eaux de surface et eaux souterraines estimée à 50 km3/an. Les principaux fleuves et rivières drainent près de 335 405 km2 de bassins versants, soit 57 pour cent de la superficie totale du pays. Les 13 retenues les plus importantes ont une capacité totale d’environ 493 millions de m3, dont 108 millions sont destinés à l’irrigation et 385 millions à l’hydro-électricité. Utilisation de l’eau Le prélèvement en eau renouvelable était estimé en 2000 à 14.970 km3 dont 14.313 km3 pour l’agriculture (95.6 pour cent), 0.423 km3 pour la consommation domestique (2.8 pour cent) et 0.234 km3 pour l’industrie (1.6 pour cent) (tableau 2 et figure 1). L’irrigation utilise l’eau de surface, vu le coût élevé d’exploitation des eaux souterraines. Les puits et les forages sont essentiellement destinés à l’approvisionnement en eau potable. On dénombre 2 973 puits et forages dans tout le pays; ils desservent quelque 1.36 million d’habitants ruraux. Développement de l’irrigation et du drainageÉvolution du développement de l’irrigation Madagascar possède un potentiel irrigable de près de 1 516 900 ha: 786 291 ha de périmètres formels équipés, 187 000 ha d’extensions de ces périmètres, qui ne sont pas encore équipés mais sont considérés irrigables, 300 000 ha de périmètres familiaux, plus 243 600 ha résultant de l’inventaire effectué par SOGREAH en 1969. Ces derniers sont des plaines irrigables gravitairement à partir de barrages de retenue ou de dérivation, ou de prises directes au fil de l’eau et se limitent à des superficies de plus de 1 000 ha d’un seul tenant. Le dernier périmètre aménagé date de 1990, s’étend sur 820 ha et est destiné à la riziculture. Depuis lors, les interventions se sont concentrées sur la réhabilitation d’équipements d’irrigation existants. Depuis 1985, le Programme périmètres irrigués a pu réhabiliter (ou réaliser des réparation urgentes dues aux dégâts cycloniques) 145 périmètres irrigués, soit plus de 90 000 ha de plaines rizicoles. Le Fonds européen de développement (FED), la Caisse française de développement (CFD) et la Banque mondiale (BM) en ont été les principaux bailleurs de fonds. Dans la plaine de Basse Betsiboka, le Groupe de banques allemandes (KfW) et la Banque africaine de développement (BAD) ont aussi réhabilité certains périmètres irrigués, et dans le périmètre de Bas-Mangoky près de 8 000 ha sont en cours de remise en état grâce à des fonds octroyés par la BAD. Par ailleurs, plusieurs projets multisectoriels prévoient également, parmi leurs activités, la construction et la réhabilitation des micro-périmètres, essentiellement rizicoles. Tels sont le Projet de mise en valeur du haut Bassin du Mandrare (PHBM) dans le sud et le Projet d’amélioration et de développement agricole du nord-est (PADANE), financés par le FIDA, le Programme spécial pour la sécurité alimentaire (PSSA) sur financement PNUD-FAO, le Projet de soutien au développement rural (PSDR), le Fonds d’intervention pour le développement (FID) financé par la Banque mondiale, et le Programme d’appui à la sécurité alimentaire (PASA) financé par l’Union européenne (UE). L’irrigation à maîtrise totale/partielle, avec une superficie totale de 1 086 291 ha, est essentiellement gravitaire à partir des eaux de surface (tableau 3). Les ouvrages d’alimentation les plus courants sont les prises au fil de l’eau et les barrages de dérivation. Seuls 3 500 ha dans la plaine de Basse-Betsiboka (Marovoay) sont irrigués par 13 stations de pompage, et 2 400 ha de canne à sucre par aspersion dans la plaine de Morondava Dabara (figure 2). Le secteur irrigué est généralement présenté en (figure 3 et figure 4):
On tend à présent à classer les périmètres suivant la complexité des infrastructures hydro-agricoles et le mode de gestion et d’entretien du périmètre plutôt que suivant le critère de superficie. On distinguera dès lors: i) les périmètres partenaires où l’État intervient dans la gestion et l’entretien des ouvrages non transférés aux Associations d’usagers de l’eau (AUE); ii) les périmètres autonomes où seules les AUE sont responsables de la gestion de l’entretien de leur périmètre. Dans cette nouvelle classification, tous les GPI sont classés dans les périmètres dits partenaires, tous les MPI et les PF dans les périmètres dits autonomes, et les PPI se trouvent suivant le cas soit dans la première soit dans la deuxième catégorie. Les cultures irriguées sont essentiellement (tableau 3, tableau 4 et figure 5):
Rôle de l’irrigation dans la production agricole, l’économie et la société On note que sur la superficie totale cultivée en riz, 10 pour cent sont en riz pluvial et 11 pour cent sur tavy1, soit environ 300 000 ha. En 2002, la production du paddy dans le pays s’élevait à 2 480 000 tonnes sur une superficie totale emblavée de 1 212 000 ha, soit un rendement de 2 tonnes/ha. Le blé et les légumes sont cultivés dans les bas-fonds ou sur les rizières après la récolte de riz (cultures en contre-saison). Elles ne sont pas irriguées, mais profitent de l’humidité résiduelle du sol et de la faible profondeur de la nappe phréatique. En 1995, 7 000 ha de terres étaient emblavés en blé, en 2002 le blé ne couvrait plus qu’une superficie totale de 4 000 ha produisant 9 000 tonnes de blé. Les cultures vivrières telles que manioc, patates douces et maïs sont toutes pluviales. En 2000, les productions se chiffraient à: 2 463 400 tonnes de manioc sur 351 700 ha, 512 600 tonnes de patates douces sur 91 000 ha, et 169 800 tonnes de maïs grain sec sur 192 100 ha. Environ 54 pour cent du programme d’investissement 2000-2002 prévus pour l’agriculture étaient consacrés au secteur irrigué. 1 La culture de riz sur «tavy» est une culture de montagne sur brûlis, pratiquée principalement dans la zone côtière de la falaise orientale. On revient rarement sur une même parcelle déjà utilisée. Le défrichement se réalise en septembre - octobre, la mise à feu en novembre, le semis par poquets en décembre, et la récolte en juin. Le rendement, très faible, est compris entre de 0,6 et 0,8 t/ha. Le riz «tavy» est associé à d’autres cultures telles que la maïs ou le haricot. Gestion de l’eau, politiques et dispositions législatives régissant l’utilisation d’eau en agricultureInstitutions Les principales institutions participant à la gestion de l’eau sont:
Au niveau des régions existent les Directions régionales du développement rural (DRDR), à la tête desquelles se trouve la Direction générale du développement des régions (DGDR), qui à son siège à Antananarivo. Leur organisation comprend plusieurs services, dont le Service de l’agriculture, le Service du génie rural, le Service de la pêche, et le Service de l’élevage. Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) participent également au développement de l’irrigation et à la réhabilitation d’ouvrages de micro-hydraulique. Le financement provient soit de l’ONG elle-même, ou de bailleurs de fonds internationaux. Gestion de l’eau Avant 1985, la gestion des grands périmètres était assurée par des Sociétés d’État et celle des petits périmètres par les Services du génie rural. Actuellement l’entretien, la gestion et la police sont passés aux mains des bénéficiaires constitués en AUE; cependant les infrastructures restent propriété de l’État. Un manuel servant de guide pour la conduite de la gestion et l’entretien des réseaux a été élaboré à l’intention des AUE. En 2002, 505 AUE ont été mises en place et 48 transferts de gérance des réseaux aux AUE ont pu être effectués sur deux GPI et 29 PPI. Depuis 1994, toute action menée sur les périmètres irrigués est basée sur des méthodes participatives qui prévoient l’intervention d’acteurs locaux (paysans bénéficiaires, élus) depuis le stade de l’étude jusqu’à celui de la réception définitive des travaux. Financement L’eau proprement dite n’est pas payante, mais les AUE supportent les frais relatifs à l’entretien de leurs périmètres et au fonctionnement de leur bureau, frais qu’elles déterminent elles-mêmes en fonction de leur programme de travail. L’État assure l’encadrement technique et l’entretien des gros ouvrages dits stratégiques non transférés, et intervient dans les gros travaux de réparation rendus nécessaires par les inondations. Un Fonds d’entretien des réseaux hydro-agricoles (FERHA) a été créé, et des mesures d’accompagnement (détaxation des intrants agricoles) sont appliquées. Politiques et dispositions législatives Les textes de loi régissant l’utilisation de l’eau en agriculture sont:
Environnement et santéL’utilisation des produits phytosanitaires et des engrais (minéraux ou organiques) est encore minime, de même que le risque de contamination des aquifères. Un décret préconise la réalisation d’une étude d’impact sur l’environnement avant tout projet de construction, y compris les aménagements hydro-agricoles. Le passage des canaux à proximité des villages offre aux habitants riverains la possibilité d’utiliser les eaux pour l’usage domestique (lessive, bains, etc.) mais provoque une pollution accrue de l’eau. De plus, les eaux stagnantes le long des canaux et dans les rizières sont des milieux de propagation du paludisme et de la bilharziose, notamment le long des zones côtières (Tamatave, Morondava, Mangoky) et pendant la saison chaude. Perspectives pour la gestion de l'eau en agricultureLa filière riz reste la filière dominante du secteur irrigué. En matière de développement rural, l’irrigation est l’une des principales préoccupations. L’objectif est l’autosuffisance alimentaire et particulièrement l’autosuffisance en riz, principal aliment de la population (de 114 à 145 kg/an par habitant). La concrétisation de la politique de développement de l’irrigation se traduit par la réhabilitation physique des périmètres irrigués existants et la mise en place et la formation des AUE. Le problème de la pérennisation des acquis existe toujours car le niveau d’autogestion des AUE reste faible. La valorisation des investissements consentis ne pourra se faire que si un minimum d’encadrement technique de ces AUE est assuré par l’administration pendant la période de transition. Les moyens dont dispose l’État pour réaliser les travaux d’entretien des gros ouvrages sont encore limités. La recherche et la procédure d’obtention des financements nécessaires à la réparation des dégâts causés par les cyclones prennent souvent du temps et retardent de beaucoup la réalisation des travaux. La mise en place effective et la mobilisation accélérée des fonds d’entretien des réseaux hydro-agricoles, ainsi que la mise en place d’un Conseil national de secours, résoudront certainement ces problèmes. Les atteintes à l'environnement (déforestation, feux de brousse) constituent également des contraintes majeures à la pérennité des périmètres. Enfin, depuis quelques années, la réhabilitation des infrastructures n’est plus l’unique composante des projets, mais s’accompagne d’éléments liés à l’aquaculture, à l’élevage, aux cultures maraîchères, aux pistes et à l’amélioration des conditions d’hygiène en milieu rural. Principales sources d’informationAgrar und Hydrotechnik Gmbh. 1992. Revue sectorielle de l’irrigation: Études institutionnelles. Aldegheri, M., Battistini, R., Bourgat, F., Dunque, G., Koechlin, J., Petit, M., Roederer, P. 1969. Atlas de Madagascar. Andrianarisoa, Christian. 2002. Revue DMD n°31 779 du 04/10/2002. Banque mondiale. 1992. Étude sectorielle de l’agriculture irriguée. Division agriculture, Département des pays des grands lacs et de l'océan Indien, Région Afrique. Washington DC. Battistini R., Hoerner J.M. 1986. Géographie de Madagascar. Bensaid, R. 1992. Amélioration de la productivité durable. Rapport consultatif de programmation du 5ème cycle du PNUD. FAO, Rome. Comité de coordination du projet de réhabilitation des périmètres irrigués. 1990. Plan d’action 1991-1995. Ministère de la production agricole et de la reforme agraire. Direction de l’eau et de l’assainissement. 2002. Tableau de bord, appui à la mise en place d’un système national intégré de suivi de pauvreté de l’INSTAT. Ministère de l’énergie et des mines. Direction de la planification et de l’information agricoles. 2001. Statistiques agricoles: Annuaire 2000. Ministère de l’agriculture. FAO. 1993. Projet de réhabilitation des petits périmètres irrigués. FAO/CI rapport N° 9/93 CP-MAG 35. Rome. Institut national de la statistique. 2002. Enquête prioritaire auprès des ménages en 1999. Institut national de la statistique. 1995. Recensement général de la population et de l’habitat en 1993. Ministère d’État à l’agriculture et au développement rural. 1994. Déclaration de politique pour le développement du sous-secteur irrigué. Office national pour l’environnement. 2003. Tableau de bord environnemental. ORSTOM. 1981. Cartes des conditions géographiques de la mise en valeur agricole de Madagascar - Potentiel des unités physiques. (Monographie telle que publiée dans le Rapport sur l'eau 29, 2005)
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