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«L'irrigation en Afrique en chiffres: Enquête AQUASTAT - 2005»

Version 2005

Synthèse Afrique

Les 53 pays d’Afrique ont été regroupés en sept régions présentant une cohérence climatique et géographique qui influe fortement sur la problématique de l’irrigation. Ces régions sont (figure 5):

  • Nord: Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Tunisie;
  • Région Soudano-sahélienne: Burkina Faso, Cap-Vert, Djibouti, Érythrée, Gambie, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Somalie, Soudan, Tchad;
  • Golfe de Guinée: Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Nigéria, Sierra Leone, Togo;
  • Centre: Angola, Cameroun, République centrafricaine, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Sao Tomé-et-Principe, République démocratique du Congo;
  • Est: Burundi, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, République-Unie de Tanzanie;
  • Sud: Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Namibie, Swaziland, Zambie, Zimbabwe;
  • Îles de l’océan Indien: Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles.

Elles sont identiques à celles du précédent rapport «L’irrigation en Afrique en chiffres» (FAO, 1995), afin de permettre la comparaison avec les anciennes données. Cette synthèse présente les caractéristiques marquantes émanant des nouvelles données recueillies à l’échelle nationale pour les thèmes abordés dans les monographies par pays. L’intérêt de cette nouvelle enquête est l’actualisation des données, mais aussi l’évolution des tendances sur les dix dernières années.

Les monographies ont été écrites soit en français (F) ou en anglais (A), suivant la langue officielle de la FAO dans le pays.

Monographie:
  

arrow Présentation de l'étude
arrow Géographie, climat et population
arrow Économie, agriculture et sécurité alimentaire
arrow Ressources en eau
arrow Prélèvements en eau
arrow Potentiel d'irrigation
arrow Irrigation et contrôle de l'eau
arrow Cultures irriguées en maîtrise totale/partielle
arrow Taux d'utilisation des superficies équipées
arrow Évolution sur les dix dernières années
arrow Gestion de l'eau
arrow Environnement et santé
arrow Perspectives pour la gestion de l'eau en Afrique
arrow Principales sources d'information générales
arrow Tableaux récapitulatifs
arrow Cartes continentales

PRÉSENTATION DE L'ÉTUDE

Dix ans après la première publication d’AQUASTAT sur l’Afrique, il parut nécessaire d’actualiser les données et d’identifier les principaux changements intervenus dans l’utilisation de l’eau et l’irrigation sur le continent africain. Les précédentes publications s’étaient fixés deux objectifs; un troisième vient s’ajouter à cette nouvelle enquête sur les 53 pays d’Afrique:

  • Fournir pour chaque pays une image aussi exacte que possible de la situation de l’hydraulique agricole et de l’hydraulique rurale en général, avec une attention spéciale pour l’irrigation, en mettant en évidence les caractéristiques du pays, les tendances, les contraintes et les perspectives de l’irrigation et des ressources en eau;
  • Offrir une base pour les analyses au niveau régional et continental en fournissant une information systématique et fiable sur la situation des ressources en eau et de l’hydraulique agricole pouvant contribuer à la planification et aux projections régionales;
  • Préparer une série de données chronologiques visant à refléter les grands changements intervenus au cours de la dernière décennie à l’échelle nationale, régionale et continentale.

Afin d’obtenir les informations les plus fiables possibles, l’enquête a été organisée comme suit:

  1. Examen de la bibliographie et de l’information existante au niveau du pays.
  2. Collecte de l’information par pays à l’aide d’un questionnaire détaillé rédigé par des consultants nationaux, des consultants internationaux, ou l’équipe d’AQUASTAT de la FAO.
  3. Traitement et analyse critique de l’information recueillie avec l’assistance d’un logiciel de traitement des données conçu pour les besoins de l’enquête et sélection des informations les plus fiables.
  4. Préparation de monographies par pays et soumission aux autorités nationales chargées des ressources en eau ou de l’hydraulique agricole pour vérification, correction et approbation.
  5. Préparation de la monographie finale, des tableaux et des figures présentant les informations par pays.
  6. Actualisation de la base de données en ligne.
  7. Préparation de l’analyse régionale générale, des figures et des tableaux régionaux.

AQUASTAT a tiré parti, dans toute la mesure possible, des capacités et compétences nationales. Lors de la collecte des informations par pays, la préférence a, en effet, été donnée aux consultants nationaux qui ont une meilleure connaissance de leur propre pays et certainement plus facilement accès aux documents nationaux. Le choix des pays pour lesquels un consultant national a été recruté dépendait de plusieurs facteurs, à savoir l’importance de l’irrigation dans le pays, la présence d’un expert, la pénurie de données observée lors de l’enquête précédente et les fonds disponibles. Pour la moitié environ des pays considérés, un consultant national a assisté l’équipe d’AQUASTAT.

Monographies par pays

Les monographies par pays ont été préparées dans la langue officielle de communication de la FAO dans le pays (à l’exception de celle pour la Guinée équatoriale préparée en français), et sont présentées dans cette langue, de même que les tableaux et les figures. Seule la synthèse régionale et ses illustrations (figures, tableaux récapitulatifs) sont présentées en français et en anglais.

Elles décrivent la situation des ressources en eau et de leur utilisation dans le pays, ainsi que celle du sous-secteur de l’hydraulique agricole. Elles mettent en évidence les particularités de chaque pays et les problèmes rencontrés dans la mise en valeur des ressources en eau, et plus particulièrement en irrigation. Elles résument les tendances de l’irrigation dans le pays et les perspectives pour la gestion de l’eau en agriculture telles que décrites dans la littérature. Les monographies sont présentées suivant un canevas standardisé, organisé en sections selon le modèle suivant:

  • Géographie, climat et population
  • Économie, agriculture et sécurité alimentaire
  • Ressources en eau et utilisation de l’eau
  • Développement de l’irrigation et du drainage
  • Gestion de l’eau, politique et dispositions législatives régissant l’utilisation de l’eau en agriculture
  • Environnement et santé
  • Perspectives pour la gestion de l’eau en agriculture
  • Principales sources d’information

Des tableaux standardisés ont été utilisés pour chaque pays. Lorsqu’une information n’est pas disponible, elle est remplacée par un tiret (-). Étant donné que la plupart des informations ne sont disponibles que pour un nombre limité d’années, l’information fiable la plus récente est présentée dans les tableaux et l’année à laquelle elle se réfère est indiquée.

Collecte, traitement et fiabilité des données

Les principales sources d’information étaient:

  • les politiques et schémas directeurs nationaux de développement des ressources en eau et d’irrigation;
  • les annuaires, les statistiques et les rapports nationaux;
  • les rapports de projets de la FAO ou autres;
  • les enquêtes internationales;
  • les résultats et les publications de centres de recherche nationaux et internationaux;
  • Internet.

De plus, certaines données sont systématiquement fournies par les sources suivantes:

  • FAOSTAT. C'est l’unique source utilisée pour les variables des superficies (totales, arables et en cultures permanentes) et de la population (totale, rurale, urbaine, féminine, masculine, active). Les données de FAOSTAT sont fournies chaque année par les pays eux-mêmes par l’intermédiaire de la représentation de la FAO.
  • Les indicateurs du développement mondial. Cette base de données de la Banque mondiale constitue la première compilation annuelle des données sur le développement; le produit intérieur brut (PIB) et la contribution de l'agriculture au PIB en sont tirés.
  • Le Programme de suivi conjoint (Joint Monitoring Programme, JMP). C'est un programme conjoint de l'Organisation mondiale pour la santé (OMS) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) fournissant des données sur l'accès à des sources d’eau améliorées.
  • Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Il fournit des données sur l'Indice de développement humain (IDH).

Au total, plus d’une cinquantaine de variables ont été sélectionnées et sont présentées dans les tableaux nationaux joints aux monographies par pays. Elles sont regroupées en catégories correspondant aux différentes sections des monographies: caractéristiques du pays et population; eau: ressources et prélèvement; et irrigation et drainage. Une description détaillée de chaque variable est donnée ci-après. Des tableaux additionnels ont été ajoutés aux monographies lorsque l’information disponible le permettait, notamment pour préciser des données régionales ou par bassin hydrographique.

Dans la plupart des cas, une analyse critique de l’information était requise pour assurer la cohérence générale des informations recueillies pour un pays donné. Lorsque plusieurs sources fournissaient des informations divergentes ou contradictoires, la préférence a été systématiquement donnée aux informations collectées au niveau du pays ou de la province plutôt qu’au niveau régional ou mondial et, sauf dans le cas d’erreurs évidentes, les sources officielles ont été privilégiées. En ce qui concerne les ressources en eau partagées, la comparaison des informations entre les pays a permis de vérifier et de compléter celles concernant les débits des fleuves transfrontières et d’assurer la cohérence au niveau des bassins.

Malgré ces précautions, il reste que la précision, la fiabilité et la fréquence avec lesquelles l’information est recueillie varient considérablement en fonction de la région, du pays et de la catégorie d’information. Ces considérations sont discutées systématiquement dans les monographies par pays.

À l’échelle du continent, les données pour certains variables (superficies cultivables, techniques d’irrigation, origine de l’eau pour l’irrigation, cultures irriguées) étaient trop incomplètes pour permettre l’analyse régionale. En effet, pour plusieurs pays, il était difficile, voire impossible, d’obtenir de nouvelles données. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, de nombreux pays africains avaient préparé des schémas directeurs sur l’eau et l’irrigation, facilitant ainsi la collecte d’informations de l’enquête précédente. Mais, entre-temps, peu de ces pays ont actualisé leurs données. Des estimations basées sur les connaissances de terrain de l’équipe d’AQUASTAT et de la Division de la mise en valeur des terres et des eaux de la FAO ont alors été utilisées pour compléter l’analyse régionale concernant les superficies cultivables, les techniques d’irrigation et l’origine de l’eau notamment. Il n’est donc pas toujours possible d’interpréter les différences entre les deux enquêtes d’AQUASTAT.

Les données concernant les superficies en contrôle de l’eau peuvent avoir fait l’objet d’une importante évolution au cours des dix dernières années, du fait du réajustement des superficies équipées ou non équipées qui ne sont plus cultivées. En effet, les informations disponibles sur les superficies irriguées et en contrôle de l’eau est bien plus fiable ici que dans l’enquête précédente, notamment grâce à la présence de la première référence qui permet de comparer les nouvelles données. Les conclusions tirées de l’évolution des méthodes d’irrigation peuvent donc refléter à la fois les tendances actuelles sur le terrain et/ou une meilleure connaissance des variables en question.

La période 1994-2004 est indiquée dans les tableaux de l’analyse régionale comme la période entre les deux enquêtes. L’équipe d’AQUASTAT justifie ce choix en vertu de la lente évolution qui caractérise les données relatives à différentes années pour chacun des pays. Cependant, quand davantage de précision s’avère nécessaire, les tableaux récapitulatifs indiquent l’année exacte à laquelle se réfère chacune des données nationales, ainsi que la base de données en ligne.

GÉOGRAPHIE, CLIMAT ET POPULATION

La superficie totale de l’Afrique est de 30 millions de km², soit 22 pour cent des terres émergées. Les cinq pays les plus grands (Soudan, Algérie, République démocratique du Congo, Jamahiriya arabe libyenne et Tchad par ordre décroissant) représentent 34 pour cent de ce territoire, alors que les cinq plus petits (tous des îles: Cap-Vert, Comores, Maurice, Sao Tomé-et-Principe, Seychelles) en constituent à peine plus de 3 pour cent (tableau 1 et tableau 22). Les superficies cultivées totalisent environ 211 millions d’hectares, soit 27 pour cent des superficies cultivables du continent. La région Soudano-sahélienne est celle qui possède le potentiel de terres cultivables le plus important, mais en exploite seulement 19 pour cent contre plus de 40 pour cent dans le Nord, le golfe de Guinée et les îles (tableau 1).

Le climat de l’Afrique est influencé par l’équateur et les deux tropiques qui la traversent, et par ses deux grands déserts (le Sahara dans l’hémisphère nord, et le Kalahari dans l’hémisphère sud). Des climats très divers se juxtaposent donc, allant de l’aride très sec à l’équatorial humide en passant par des climats plus tempérés (figure 6).

La population africaine s’élevait à 868 millions d’habitants en 2004, représentant environ 14 pour cent de la population mondiale (tableau 2 et tableau 32). Le Nigéria, situé dans le golfe de Guinée, est le pays le plus peuplé, hébergeant à lui seul 15 pour cent de la population africaine (tableau 23 et figure 1). La part de la population vivant en milieu rural (61 pour cent) est supérieure à la moyenne mondiale (51 pour cent). Ce taux connaît cependant des extrêmes très distincts entre le Nord où le pourcentage est inférieur à la valeur mondiale (48 pour cent) et l’Est qui détient le plus fort taux du continent (76 pour cent). La densité moyenne de 29 habitants/km² est elle aussi très hétérogène selon les pays et les régions (figure 7). Les cinq pays les plus densément peuplés sont Maurice, les Comores, le Rwanda, le Burundi et les Seychelles, avec respectivement des densités nationales de 604, 354, 322, 254 et 182 habitants/km² (tableau 23). À l’échelle du continent, une forte concentration est à noter dans le golfe de Guinée (93 habitants/km²), alors que la région Soudano-sahélienne n’est guère peuplée dans l’ensemble (13 habitants/km²). En 2000, 300 millions d’Africains n’avaient pas accès à l’eau potable, soit plus d’un quart de la population totale. La même année l’espérance de vie moyenne y était de 41 ans.

Région Nord

La région du Nord, constituée de l’Algérie, de l’Égypte, de la Jamahiriya arabe libyenne, du Maroc et de la Tunisie, s’étend sur près de 6 millions de km², soit 19 pour cent du continent (tableau 1). L’Algérie représente à elle seule 40 pour cent de la superficie de cette région (tableau 22). Chacun des pays de la région dispose d’un accès à la mer Méditerranée. Sur les 65 millions d’hectares cultivables, seuls 28 millions sont cultivés, soit 43 pour cent du potentiel.

Cette région est délimitée au nord par la mer Méditerranée et au sud par le désert du Sahara, les deux ayant une forte influence sur le climat: beaucoup plus tempéré au nord, il devient très aride au sud. Les précipitations moyennes annuelles sur la région n’atteignent que 96 mm (Sahara occidental non inclus), variant de 750 mm à l’extrême nord-ouest du Maroc à près de 0 mm dans le sud de l’Égypte.

Le Nord avait, en 2004, 153 millions d’habitants, à 48 pour cent ruraux (tableau 2). L’Égypte héberge la moitié d’entre eux (tableau 23). La densité moyenne de 26 habitants/km² pour la région est égale à la densité moyenne du continent, mais la population se concentre principalement sur les côtes de la Méditerranée et dans le delta et la vallée du Nil. La densité peut y atteindre 1 165 habitants/km², alors que le désert est pratiquement inhabité. La croissance démographique annuelle, 1.9 pour cent sur la période 1994-2004, est faible dans l’ensemble: elle varie entre 1.2 pour cent en Tunisie et 2.2 pour cent en Jamahiriya arabe libyenne; et est réduite par rapport à la décennie précédente (2.5 pour cent en 1984-1994).

Région Soudano-sahélienne

Elle est constituée de douze pays: Burkina Faso, Cap-Vert, Djibouti, Érythrée, Gambie, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Somalie, Soudan et Tchad. Elle s’étend sur une superficie de 8.6 millions de km², soit 28 pour cent du continent (tableau 1). Le Soudan, le plus grand pays du continent, représente à lui seul 29 pour cent de ce territoire (tableau 22). Quatre de ces pays sont totalement enclavés: le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad. En 2000, les superficies cultivables couvraient 208 millions d’hectares (dont 50 pour cent au Soudan) et les cultures près de 39 millions d’hectares, soit près de 19 pour cent des superficies cultivables.

Cette région s’étend au nord du désert du Sahara et est délimitée au sud par la région du golfe de Guinée plus arrosée. Le climat est donc aride dans l’ensemble, de type sahélien ou soudano-sahélien et caractérisé par deux saisons. Les précipitations moyennes annuelles de la région s’élèvent à 311 mm, avec cependant des variations allant de 25 mm dans le nord du Soudan à plus de 1 600 mm au sud de ce même pays. L’évapotranspiration moyenne est d’environ 2 000 mm/an, mais elle peut atteindre 8 000 mm/an dans le bassin du Gash Barkar en Érythrée.

Près de 113 millions de personnes vivaient dans la région en 2004, soit une densité de 13 habitants/km², la plus faible du continent (tableau 2). Les densités moyennes nationales varient cependant entre 3 habitants/km² en Mauritanie et 129 habitants/km² en Gambie (tableau 23). Cette population est rurale à 66 pour cent, pourtant 84 pour cent des habitants de Djibouti se concentrent en milieu urbain, en particulier dans la capitale. La croissance démographique annuelle régionale de 3.2 pour cent sur la période 1994-2004 est la plus élevée du continent. Elle a peu évoluée par rapport à la période 1984-1994 où elle atteignait presque 3.3 pour cent par an.

Région Golfe de Guinée

Neuf pays composent cette région: le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Nigéria, la Sierra Leone et le Togo. Ils couvrent une superficie totalisant 2.1 millions de km², soit 7 pour cent du continent, et le Nigéria compte pour 44 pour cent de cette superficie (tableau 1 et tableau 22). Sur les 120 millions d’hectares cultivables, près de 55 millions d’hectares étaient cultivés en 2002 (46 pour cent du potentiel).

La région est délimitée au nord par la région Soudano-sahélienne et au sud par l’océan Atlantique. Le climat est soudanien au nord à tropical chaud et humide au sud. Les précipitations moyennes annuelles de la région atteignent 1 356 mm, avec cependant des variations entre les pays: de 1 039 mm/an au Bénin à 2 526 mm/an en Sierra Leone. L’évapotranspiration s’accroît passant de 1 500 mm/an au sud du Togo à 5 200 mm/an au nord du Nigéria.

La population atteignait 196 millions d’habitants en 2004, dont 65 pour cent vivaient au Nigéria (tableau 2). La densité moyenne, 93 habitants/km² est la plus forte du continent, cependant elle connaît de très importantes variations entre les pays et au sein même de chaque pays; elle va de 31 habitants/km² au Libéria à 138 habitants/km² au Nigéria, et de 16 habitants/km² à Beyla dans la province de la Guinée forestière en Guinée à 2 429 habitants/km² dans sa capitale Conakry (tableau 23). La population est rurale à 54 pour cent. La croissance démographique annuelle atteint à peine 1.7 pour cent au Ghana, alors qu’elle s’élève à 2.9 pour cent en Guinée-Bissau, avec une moyenne régionale sur la période 1994-2004 de 2.8 pour cent par an, contre 3.4 pour cent par an entre 1984 et 1994.

Région Centre

Cette région regroupe huit pays: Angola, Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo et Sao Tomé-et-Principe. Ils couvrent une superficie totale de 5.3 millions de km², soit 18 pour cent du continent (tableau 1). Les superficies cultivées en 2002 s’étendaient sur environ 21 millions d’hectares, soit 12 pour cent des 173 millions d’hectares de la superficie cultivable (tableau 22).

La République centrafricaine est le seul pays de la région complètement enclavé. Le climat varie de tropical sec ou humide à équatorial, selon les pays. Les précipitations moyennes (1 425mm/an) ont leurs extrêmes à Sao Tomé-et-Principe: de 900 mm/an au nord-est à 6 000 mm/an au sud-ouest, alors qu’à l’échelle nationale, les moyennes s’étalent entre 1 010 mm/an en Angola et 3 200 mm/an à Sao Tomé-et-Principe. L’évapotranspiration va de 1 200 mm/an à 2 200 mm/an.

La région héberge 94.5 millions d’habitants, soit 11 pour cent de la population africaine, dont 56 pour cent vivent en République démocratique du Congo qui est aussi le pays le plus étendu (44 pour cent de la superficie régionale). La densité très faible, 18 habitants/km², varie cependant entre 5 habitants/km² au Gabon et 172 habitants/km² à Sao Tomé-et-Principe (tableau 2 et tableau 23). La croissance démographique annuelle est comprise entre 1.5 pour cent en République centrafricaine et 3.3 pour cent en République démocratique du Congo, soit une moyenne régionale de 2.7 pour cent entre 1994 et 2004 et une baisse importante par rapport à la décennie écoulée (3.6 pour cent).

Région Est

La région de l’Est comprend six pays: Burundi, Éthiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda et République-Unie de Tanzanie, totalisant près de 3 millions de km², soit 10 pour cent de l’Afrique (tableau 1). L’Éthiopie et la République-Unie de Tanzanie constituent 70 pour cent du territoire de cette région (tableau 22). Le Burundi, l’Éthiopie, le Rwanda et l’Ouganda sont enclavés. Les superficies cultivables couvrent 83 millions d’hectares et les superficies cultivées 37 pour cent de ces dernières.

La région de l’Est délimitée au nord-ouest, nord et nord-est par la région Soudano-sahélienne, à l’est par l’océan Indien, au sud par la région du Sud, et à l’ouest par la région du Centre. Le climat est donc très diversifié: aride dans certaines parties d’Éthiopie et du Kenya, il devient équatorial en Ouganda, tropical à l’ouest du Burundi dans la plaine de l’Imbo près du lac Tanganyika, et tropical tempéré en altitude au Rwanda et en République-Unie de Tanzanie. Les précipitations annuelles moyennes réparties sur une seule ou deux périodes sont de 920 mm, mais variant de moins de 100 mm dans le nord-est de l’Éthiopie à 3 000 mm dans certaines régions de République-Unie de Tanzanie.

La population s’élève à 185 millions d’habitants, soit 21 pour cent de la population africaine (tableau 2). La densité de 63 habitants/km² va de 40 habitants/km2 en République-Unie de Tanzanie à 322 habitants/km2 au Rwanda (tableau 23). La croissance démographique annuelle de cette région sur la période 1994-2004 atteignait 2.9 pour cent, mais était comprise entre 1.8 pour cent et 3 pour cent par an sur les dernières années selon les pays.

Région Sud

Le Sud se compose de neuf pays: Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Namibie, Swaziland, Zambie et Zimbabwe. Sa superficie atteint 4.7 millions de km², c’est-à-dire 16 pour cent du continent (tableau 1). L’Afrique du Sud, la Namibie et le Mozambique réunis en couvrent plus de 60 pour cent (tableau 22). Les cultures s’étendent sur environ 33 millions d’hectares, soit 29 pour cent des superficies cultivables qui totalisent 114 millions d’hectares.

La région est délimitée au nord-ouest par la région du Centre, au nord-est par celle de l’Est, et à l’ouest, au sud et à l’est par les océans Atlantique et Indien qui se rejoignent au Cap de Bonne Espérance. Trois seulement de ces pays se partagent l’accès aux océans: la Namibie, l’Afrique du Sud et le Mozambique, tous les autres étant enclavés. Les plaines côtières, le désert broussailleux du Kalahari d’une superficie totale d’environ 500 000 km² (couvrant une large part du Botswana et s’étendant vers la Namibie et l’Afrique du Sud), et le grand Rift africain sont les principaux paysages rencontrés dans la région. Aride dans les déserts et tempéré en altitude (Lesotho), le climat est tropical-subtropical dans le reste de la région. Les pluies se produisent principalement en été austral, c’est-à-dire d’octobre à avril, sauf près du Cap en Afrique du Sud où le climat est méditerranéen et les pluies surviennent en hiver. Les précipitations moyennes annuelles de la région s’élèvent à 659 mm avec des variations importantes: de moins de 100 mm dans le désert à plus de 2 000 mm au nord du Mozambique. Le pays le plus arrosé est le Malawi avec des précipitations moyennes de 1 181 mm/an, et le moins humide la Namibie où ne tombent que 285 mm/an. L’évapotranspiration peut dépasser 3 700 mm/an dans certaines zones de la Namibie.

La région accueille une population totale de 107 millions d’habitants, à 57 pour cent ruraux (tableau 2). La densité globale est donc assez faible avec 23 habitants/km² et va de 2.4 habitants/km² en Namibie à 104 habitants/km² au Malawi (tableau 23). La croissance démographique est aussi limitée: elle est inférieure ou égale à 2 pour cent par an pour tous les pays. Au cours des deux dernières décennies, elle a fléchi, passant de 2.8 pour cent par an en 1984-1994 à 1.7 pour cent par an en 1994-2004, du fait de la prévalence très élevée du VIH/SIDA (de 12.2 pour cent au Mozambique à 38.8 pour cent au Swaziland fin 2003 parmi les personnes âgées de 15 à 49 ans) qui a provoqué en outre une forte réduction de l’espérance de vie moyenne de la région qui est tombée de 48 ans en 1970 à 38 ans en 2003 (tableau 23).

Région Îles de l’océan Indien

Madagascar représente plus de 99 pour cent des 591 760 km² de cette région à laquelle appartiennent les Comores, Maurice et les Seychelles (tableau 1 et tableau 22). Les 3.8 millions d’hectares de cultures, dont une très importante partie revient à Madagascar, couvrent 46 pour cent des superficies cultivables (8.3 millions d’hectares).

À Madagascar, le climat varie de semi-aride à tropical humide, alors qu’il est dans l’ensemble tropical humide aux Seychelles et aux Comores, et sub-tropical à maritime tempéré à Maurice. Les précipitations annuelles moyennes s’élèvent à 1 510 mm, avec cependant de grandes différences entre les îles: 900 mm pour les Comores à 2040 mm pour l’Ile Maurice.

La population totale des quatre îles totalise 20 millions d’habitants, malgaches à 90 pour cent (tableau 2 et tableau 23). La densité globale est assez faible (34 habitants/km²) mais de grandes disparités se présentent entre Madagascar (30 habitants/km²) et les trois autres îles (446 habitants/km² en moyenne). La croissance démographique de la région a reculé, passant de 3.2 pour cent par an en 1984-1994 à 3 pour cent par an en 1994-2004. Cependant d’importantes disparités entre les îles la caractérise puisque les Seychelles ont la plus faible croissance démographique nationale du continent (1 pour cent par an) et les Comores l’une des plus importantes (2.9 pour cent par an).

ÉCONOMIE, AGRICULTURE ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

La pauvreté est fréquente et parfois extrême en Afrique: 34 des 49 pays les moins avancés (PMA) sont africains et 315 millions de personnes, soit 36 pour cent de l’ensemble de la population, survivent avec moins d’un dollar EU par jour. La somme des PIB nationaux en 2003 s’élevait à 641 000 millions de dollars EU, soit 5 pour cent à peine du PIB des seuls États-Unis. Elle correspond à un PIB par habitant de 738 dollars EU en moyenne, valeur qui est très inégale selon les pays: l’Éthiopie n’a que 91 dollars EU/habitant, alors qu’aux Seychelles cette valeur atteint 8 890 dollars EU/habitant. L’indice de développement humain (IDH compris entre 0 et 1) varie de 0.273 en Sierra Leone à 0.853 aux Seychelles (35e sur un total de 177 pays), alors que les 19 pays ayant le plus faible IDH sont africains. L’IDH pour le Libéria et la Somalie n’est pas connu.

La valeur ajoutée du secteur primaire (agriculture) contribuait en 2003 pour 2.5 pour cent au PIB au Botswana et pour 60.8 pour cent en République centrafricaine, avec une moyenne pour l’ensemble de l’Afrique de 17.7 pour cent. Le secteur agricole occupe plus de la moitié des actifs africains (tableau 2). Les régions du Nord (28 pour cent), du golfe de Guinée (40 pour cent) et du Sud (46 pour cent) font cependant exception. Au Nord, plus développé, on trouve moins d’agriculture et plus d’industries et de services. Le Nigéria, grand pays pétrolier, influence les données de la région du golfe de Guinée. Enfin, l’Afrique du Sud (dont le développement est très marqué), la Namibie et le Botswana, trois pays où a régné l’apartheid, sont responsables de ce pourcentage réduit d’actifs agricoles. À l’échelle des pays, le Burundi et le Rwanda où 90 pour cent des actifs sont occupés dans le secteur primaire sont les pays où les superficies cultivables par habitant sont les plus limitées du continent (moins de 0.2 hectare par personne). Inversement, la Namibie et le Gabon disposant des plus grandes superficies cultivables par personne (12.4 et 11.2 hectares respectivement) emploient dans le secteur primaire moins de 40 pour cent de leurs actifs. La Jamahiriya arabe libyenne avec 5 pour cent de ses actifs en agriculture est le pays qui en affecte le moins à ce secteur, près de 23 hectares étant cultivés par actif agricole.

La pandémie du VIH/SIDA (tableau 23) a pris une telle ampleur qu’elle influence désormais l’économie des pays les plus touchés. Près des deux tiers (64 pour cent) de toutes les personnes atteintes du SIDA vivent en Afrique subsaharienne, de même que plus des trois quarts (76 pour cent) de toutes les femmes du monde ayant contracté cette maladie. La prévalence dans cette région avoisinait 7.4 pour cent fin 2004. La région du Nord a un taux de prévalence inférieure à 0.3 pour cent pour les personnes de 15-49 ans, le Mozambique avec 12.2 pour cent étant le pays le moins touché de la région du Sud. Quatre pays de la région du Sud ont un taux de prévalence compris entre 20 et 30 pour cent: la Namibie, l’Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Lesotho par ordre croissant; au Botswana et au Swaziland les taux sont encore plus élevés: 37.3 et 38.8 pour cent respectivement. Entre ces deux extrêmes, se répartissent les autres régions: le taux de prévalence national va de 0.6 à 4.8 pour cent dans la région Soudano-sahélienne, de 1 à 7 pour cent dans le golfe de Guinée, de 4.1 à 8.8 pour cent dans l’Est, et de 3.9 à 13.5 pour cent dans le Centre. Seul le taux de prévalence de Madagascar est connu (1.7 pour cent) dans la région des îles de l’océan Indien.

Cette maladie cause une augmentation significative de la pauvreté rurale et de la malnutrition, deux fléaux déjà largement répandus en Afrique. Elle aggrave les difficultés pour les femmes rurales; en effet, les taux d’infection peuvent être de 3 à 5 fois plus élevés chez les femmes que chez les hommes. Enfin, la maladie exerce un impact défavorable notable sur la sécurité alimentaire des foyers, ainsi que sur la production alimentaire nationale du fait de la perte de travailleurs agricoles, notamment dans les pays où l’agriculture contribue de façon marquée au PIB. En effet, le plus grand nombre de personnes infectées se trouvent dans la tranche d’âge de 15 à 49 ans, c’est-à-dire le groupe le plus productif de la population. De ce fait, la composition de la population s’est modifiée aboutissant à une situation où prédominent les personnes âgées et les jeunes. Quand est atteint un membre de la famille, celle-ci doit non seulement compenser le manque à gagner mais prendre aussi soin du malade.

La FAO estimait en 2004 que dans les 25 pays les plus touchés d’Afrique, environ 7 millions de travailleurs agricoles avaient été victimes du SIDA depuis 1985; 16 millions de plus pourraient l’être avant 2020. Les pays africains les plus touchés pourraient perdre jusqu’à 26 pour cent de leur force de travail au cours des deux prochaines décennies. L’espérance de vie moyenne en Afrique subsaharienne est maintenant de 47 ans, alors qu’elle aurait été de 62 ans sans le SIDA. Au Botswana, l’espérance de vie à la naissance est tombé pour atteindre son niveau de 1950; le Zimbabwe a accusé la chute la plus brutale, son espérance de vie passant de 55 ans en 1970 à 33 ans en 2003.

RESSOURCES EN EAU

Ressources en eau renouvelables

Les précipitations annuelles en Afrique totalisent 20 360 km³ environ, soit une moyenne à l’échelle du continent de 678 mm (figure 6). Là encore les disparités entre pays et régions sont très importantes. Le pays le moins arrosé est l’Égypte avec 51 mm/an en moyenne, suivi de près par la Jamahiriya arabe libyenne (56 mm/an) et l’Algérie (89 mm/an), ce qui donne l’impression que le Maroc (346 mm/an) et la Tunisie (207 mm/an) sont très avantagés dans cette région du Nord (tableau 24). Cette dernière est la moins arrosée du continent avec une moyenne de 96 mm/an. Les pays ayant des précipitations dépassant les 2 000 mm/an (Sao Tomé-et-Principe avec 3 200 mm/an, Sierra Leone 2 526 mm/an, Seychelles 2 330 mm/an, Libéria 2 390 mm/an, Guinée équatoriale 2 156 mm/an, Maurice 2 041 mm/an) appartiennent aux régions du golfe de Guinée, du Centre et des îles de l’océan Indien qui sont les plus pluvieuses (tableau 3). La région du Centre avec plus de 7 500 km³/an, reçoit 37 pour cent des précipitations de l’Afrique sur une superficie comptant pour moins de 20 pour cent. À l’opposé, la région du Nord, d’une superficie proche de celle du Centre, en reçoit moins de 3 pour cent.

Les ressources en eau renouvelables de l’ensemble de l’Afrique totalisent 3 931 km³ environ, soit moins de 9 pour cent des ressources renouvelables mondiales (figure 8 et tableau 32). La région du Centre est la mieux dotée avec 48 pour cent des ressources du continent pour seulement 18 pour cent de sa superficie (figure 2). Avec 24 pour cent des ressources africaines, le golfe de Guinée est lui aussi bien approvisionné en eau. En revanche, la région du Nord est la plus désavantagée avec moins d’un pour cent des ressources renouvelables pour une superficie équivalente à 19 pour cent de l’Afrique. La République démocratique du Congo qui détient 900 km³ de ressources renouvelables internes représente, à elle seule, 23 pour cent des ressources africaines. La Jamahiriya arabe libyenne, quant à elle, ne peut se prévaloir que de 0.01 pour cent de celles-ci.

Les ressources renouvelables internes par habitant ont diminué depuis la précédente enquête d’AQUASTAT pour atteindre en 2004 une moyenne de 4 530 m³/habitant, variant au niveau des régions entre 307 m³/habitant dans le Nord et 19 845 m³/habitant dans le Centre. À l’échelle des pays, les extrêmes se situent en Égypte avec 25 m³/habitant et au Gabon avec 121 392 m³/habitant (tableau 24). Cependant la distribution des ressources renouvelables totales est différente du fait des bassins internationaux et interrégionaux, des extrêmes se rencontrant en Jamahiriya arabe libyenne avec 106 m³/habitant et au Congo avec 217 915 m³/habitant. En effet, grâce à un accord avec le Soudan, l’Égypte bénéficie d’apports extérieurs (du Nil) très importants; de même, le Congo profite des ressources du fleuve Congo provenant des pays en amont, contrairement à la Jamahiriya arabe libyenne et au Gabon qui ne disposent d’aucune ressource externe. L’indice de dépendance, qui permet de quantifier la portion des ressources renouvelables générée en dehors du pays et, dès lors, la dépendance du pays vis-à-vis des ressources extérieures, est donc nul pour ces deux derniers pays (tableau 24).

Le tableau 4 présente les ressources en eau renouvelables internes et totales relatives à sept pays pour lesquels les ressources par habitant sont très réduites. En ce qui concerne les ressources en eau renouvelables internes, les sept pays ont actuellement des ressources inférieures au seuil critique de 500 m³/habitant par an, alors qu’en 1994 Djibouti dépassait légèrement ce seuil. Compte tenu des fleuves internationaux dont les ressources sont partagées avec les pays en amont, l’Égypte, la Mauritanie et le Niger, grâce au Nil, au fleuve Sénégal et au fleuve Niger respectivement, s’établissent au-dessus de ce seuil pour les ressources en eau renouvelables totales. Seuls l’Algérie, Djibouti, la Jamahiriya arabe libyenne et la Tunisie demeurent en dessous ne bénéficiant pas (indice de dépendance nul pour Djibouti et la Jamahiriya arabe libyenne) ou bénéficiant peu (indice inférieur à 10 pour cent pour l’Algérie et la Tunisie) d’apports extérieurs. Il faut souligner le cas particulier de l’Égypte qui, de 25 m³/habitant de ressources internes en 2004, voit ses ressources totales s’élever à près de 800 m³/habitant en 2004, grâce aux eaux du Nil. Son indice de dépendance est donc très élevé (97 pour cent), mais une large part de cet apport (55.5 km³ soit 98 pour cent) est sécurisée par un traité avec le Soudan, en amont du Nil.

Eaux internationales

Les grands bassins internationaux sont par ordre décroissant de superficie: le Congo (Zaïre), le Nil, le lac Tchad, le Niger, le Zambèze, l’Orange, le Sénégal, le Limpopo, et la Volta. Ces neufs bassins couvrent près de la moitié du continent (tableau 5 et figure 9).

La gestion de leurs eaux, partagées entre plusieurs pays, se réalise à travers des organisations de bassin regroupant l’ensemble ou une partie des pays inclus dans un même bassin. Parmi ceux cités précédemment seul le bassin du fleuve Congo ne dispose pas de ce type d’organisation pour la coordination des actions liées aux ressources hydriques des neuf États compris dans son bassin, bien qu’il s’agisse du plus grand bassin fluvial africain. Les organisations gérant les autres bassins sont:

  • L’Initiative du bassin du Nil ou Nile Basin Initiative (NBI), créée en 1999 à l’initiative du Conseil des ministres des ressources hydriques des États du bassin du Nil (Nile COM), fait suite à un premier accord en 1959 entre l’Égypte et le Soudan sur les eaux du fleuve, puis au Comité de coopération technique pour la promotion du développement et de la protection environnementale du bassin du Nil (TECCONILE) en 1993. Parmi les dix pays compris dans le bassin du Nil (Burundi, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Ouganda, République démocratique du Congo, Rwanda, Soudan, et République-Unie de Tanzanie), seule l’Érythrée ne fait pas partie de la NBI, mais en est un «membre éventuel». Elle participe toutefois au dialogue du Nile COM en tant qu’observateur. L’initiative cherche à réaliser un développement socioéconomique durable à travers l’utilisation des ressources en eau du bassin du Nil et le partage équitable de leurs bénéfices. Ses principaux objectifs sont donc de: (i) développer les ressources hydriques du Nil d’une manière équitable et durable pour assurer la prospérité, la sécurité et la paix pour les habitants; (ii) garantir une gestion efficace de l’eau et un usage optimal des ressources; (iii) promouvoir la coopération et l’action concertée entre les pays membres; et (iv) viser l’éradication de la pauvreté et l’intégration économique.
  • La Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) a été créée le 24 mai 1964 par la volonté des Chefs d’États riverains du lac Tchad (Cameroun, Niger, Nigéria, Tchad). La République centrafricaine deviendra le cinquième État membre en 1994. L’Algérie et le Soudan, inclus eux aussi dans le bassin du lac, ne font pas partie de ce «bassin conventionnel». Les principaux objectifs de la CBLT sont: (i) la préservation des ressources limitées en eau; (ii) la restauration du niveau du lac Tchad qui constitue une des plus grandes zones humides d’Afrique; (iii) la lutte contre la désertification par la fixation des dunes; (iv) la lutte contre l’érosion et la conduite de programmes de régénération végétale; et (v) et la collecte des données sur les ressources pour une gestion efficace du bassin.
  • L’Autorité du bassin du Niger (ABN) créée en 1980, prend la relève de la Commission du fleuve Niger créée elle-même en 1964. Sur les dix pays inclus dans le bassin (Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigéria, Tchad), seule l’Algérie ne fait pas partie de l’ABN. Cette dernière a pour objectif «de promouvoir la coopération, entre les pays membres et d’assurer un développement intégré du bassin dans tous les domaines par la mise en valeur de ses ressources, notamment en matière d’énergie, d’hydraulique, d’agriculture, d’élevage, de pêche, de pisciculture, de sylviculture, d’exploitation forestière, de transport et communication et d’industrie». Pour ce faire, il faudra réaliser les trois objectifs suivants: (i) harmoniser et coordonner les politiques nationales de mise en valeur des ressources du bassin; (ii) planifier le développement du bassin en élaborant et en exécutant un «Plan de développement intégré du bassin»; et (iii) concevoir, réaliser, exploiter et entretenir des ouvrages et des projets communs.
  • La Zambezi Watercourse Commission (ZAMCOM) a été signée en 2004 par les huit pays compris dans le bassin du Zambèze: Angola, Botswana, Malawi, Mozambique, Namibie, République-Unie de Tanzanie, Zambie et Zimbabwe. Les négociations pour la création de cet organisme de bassin datent des années 1980, mais ont été interrompues au début des années 1990 pour permettre les discussions sur le Protocole des fleuves partagés du SADC signé en 1995. L’objectif de cette commission est de promouvoir l’utilisation équitable et raisonnable des ressources en eau du Zambèze, ainsi que leur gestion efficace et le développement durable. La «Zambezi River Authority» (ZRA) regroupe les gouvernements de la Zambie et du Zimbabwe pour la gestion conjointe du fleuve, mais se concentre plus particulièrement sur la gestion du barrage Kariba, situé sur la frontière tracée par le fleuve lui-même.
  • La Commission du fleuve Orange-Senqu (ORASECOM) créée en 2000 par les quatre États inclus dans le bassin: Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, et Namibie. Elle est chargée de prendre les mesures nécessaires pour étudier le potentiel des ressources du bassin. En même temps, les capacités humaines et institutionnelles doivent être renforcées pour faciliter la gestion intégrée et efficace des ressources en eau qui rendra possible le développement durable de chacun des pays du bassin.
  • L’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) créée en 1972 comprend le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. La Guinée, bien qu’elle partage les eaux du bassin, n’en est pas membre s’étant retirée de la précédente organisation (Organisation des États riverains du Sénégal de 1968). L’OMVS a pris la relève de précédentes organisations, à savoir la Mission d’études et d’aménagement du fleuve Sénégal (MEAF) créée en 1934, la Mission d’aménagement du fleuve Sénégal (MAS) en 1938 qui devient en 1959 un organe commun de mise en valeur du fleuve au service des trois États autonomes, le Comité inter-États en 1963 incluant aussi la Guinée, et enfin l’Organisation des États riverains du fleuve Sénégal en 1968. Sa mission est: (i) de réaliser l’objectif d’autosuffisance alimentaire pour les populations du bassin et de la sous région; (ii) de sécuriser et d’améliorer les revenus des populations de la vallée; (iii) de préserver l’équilibre des écosystèmes dans la sous-région et plus particulièrement dans le bassin; (iv) de réduire la vulnérabilité des économies des États membres face aux aléas climatiques et aux facteurs extérieurs; et enfin (v) d’accélérer le développement économique des États membres.
  • En 2002, les quatre pays riverains du Limpopo (Afrique du Sud, Botswana, Mozambique et Zimbabwe) s’employaient à mettre en place la Commission technique permanente du Limpopo (LIMCOM) qui devait remplacer le comité technique permanent du bassin du Limpopo.
  • Un organisme n’existe pas encore pour le bassin de la Volta, mais sa création semble imminente. Parmi les six pays du bassin (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali et Togo), le Ghana et le Burkina Faso ont déjà renforcé leur concertation pour la gestion de leurs ressources en eau partagées au titre du Projet d’amélioration de la gouvernance de l’eau dans le bassin de la Volta (PAGEV) lancé en juillet 2004. La première session du Comité technique du bassin de la Volta (CTBV), regroupant des experts des ministères chargés de l’eau des six États partageant le bassin de la Volta, s’est tenue en mars 2005. Elle a permis l’adoption du règlement intérieur et l’élection du bureau CTBV dont la mission est d’oeuvrer pour la mise en place d’un organisme du bassin de la Volta.

Barrages

La capacité des barrages en Afrique est de 798 km³ dont 726 km³ concernent 53 grands barrages installés dans 22 bassins hydrographiques (tableau 25). Sur les neuf grands fleuves internationaux indiqués au tableau 5 sont construits 31 grands barrages d’une capacité de 643 km³. Les capacités des barrages connaissent de grandes variations entre les régions. Le Sud renferme plus d’un tiers de la capacité des barrages du continent (39 pour cent), suivi des régions du golfe de Guinée (29 pour cent) et du Nord (24 pour cent), alors que les régions du Centre et des îles, les plus arrosées du continent, ont une très faible capacité (tableau 6). Les cinq principaux barrages (situés dans les trois régions dotées de la majeure capacité du continent) totalisent 565 km³ de capacité, soit 71 pour cent de la capacité totale de l’Afrique (tableau 7); celui ayant la plus grande capacité est le barrage de Kariba (188 km³) partagé par la Zambie et le Zimbabwe. Plus de la moitié des barrages sont situés dans la région du Sud du fait, probablement, que l’inventaire des barrages sud-africains est plus précis car il tient compte même de ceux de faible capacité.

Ressources en eau non conventionnelles

Les données concernant les eaux non conventionnelles ne sont disponibles que pour 15 pays. Ce sont en particulier ceux dont les ressources renouvelables sont limitées et qui utilisent déjà une part très importante de leurs eaux. Le tableau 8 montre qu’ils appartiennent principalement à la région du Nord et beaucoup moins à celle du Sud. La réutilisation des eaux usées traitées et le dessalement de l’eau sont principalement le fait des pays arides ayant des ressources limitées et cherchant un moyen de les accroître. On peut citer parmi les principaux pays pratiquant le dessalement: l’Égypte, l’Afrique du Sud, la Jamahiriya arabe libyenne, l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, le Cap-Vert, les Seychelles, le Soudan et Djibouti par ordre décroissant de production d’eau dessalée. Quelques pays ont également initié des projets de périmètres irrigués où l’utilisation des eaux usées traitées est orientée principalement vers l’agriculture urbaine et périurbaine.

L’absence de données sur les quantités d’eaux usées produites et/ou traitées dans les régions du golfe de Guinée, du Centre et de l’Est reflète le manque, dans de nombreux pays, de systèmes d’assainissement et de traitement des eaux usées ou leur inefficacité.

PRÉLÈVEMENTS EN EAU

Les données sur les prélèvements en eau indiquent la quantité brute d’eau extraite annuellement pour un usage donné. Le tableau 9 présente la distribution des prélèvements en eau par région pour les trois grands secteurs consommateurs: l’agriculture (l’irrigation et l’abreuvement du bétail), l’approvisionnement des populations (consommation par les collectivités) et l’industrie. Les besoins en eau à des fins énergétiques (hydro-électricité), pour la navigation, la pêche, les mines, l’environnement et les loisirs, bien que pouvant mobiliser une part significative des écoulements, ont un faible taux de consommation nette. C’est pourquoi ils ne sont pas inclus dans le calcul des prélèvements régionaux, mais apparaissent dans les monographies par pays lorsque l’information est disponible.

Pour la plupart des pays, les méthodes de calcul ou de mesure utilisées pour l’obtention des valeurs des prélèvements ne sont pas précisées. Pour les pays dont les données récentes n’étaient pas disponibles ou n’étaient pas fiables, on a utilisé les estimations de prélèvement calculées par AQUASTAT pour l’année 2000.

Les prélèvements totaux annuels de l’Afrique s’élèvent à 215 km³, soit à peine 5.5 pour cent des ressources renouvelables du continent (tableau 9). Ils représentent moins de 6 pour cent des prélèvements mondiaux (tableau 32). À l’échelle du continent, 86 pour cent des prélèvements recensés sont destinés à l’agriculture, valeur supérieure aux prélèvements agricoles mondiaux (70 pour cent). Cependant ce chiffre varie de manière très marquée: la région Soudano-sahélienne et les îles de l’océan Indien ont les prélèvements agricoles les plus importants (95 pour cent et 94 pour cent respectivement des prélèvements régionaux totaux), alors que la région du Centre ne destine que 56 pour cent de ses prélèvements à l’agriculture. Les précipitations annuelles de cette dernière région lui permettent en effet des cultures pluviales, qui ne sont pas réalisables dans les pays arides. D’une manière générale, comme en 1995, ce sont ces pays qui prélèvent le plus d’eau; en effet, dans le Nord et la région Soudano-sahélienne se concentrent près de 70 pour cent des prélèvements africains. Ces deux régions couvrent près de la moitié du continent (48 pour cent) et possèdent les deux tiers des superficies irriguées (67 pour cent).

En réalité, à l’échelle régionale, ces valeurs sont fortement influencées par quelques pays: l’Égypte dans la région du Nord (73 pour cent des prélèvements de la région), le Soudan pour la région Soudano-sahélienne (67 pour cent), le Cameroun pour le Centre (49 pour cent), l’Éthiopie et la République-Unie de Tanzanie de manière égale pour l’Est (76 pour cent), le Nigéria pour le golfe de Guinée (65 pour cent), et l’Afrique du Sud pour le Sud (58 pour cent) (tableau 26). À eux seuls, ces sept pays totalisent 64 pour cent des prélèvements africains, mais ils hébergent aussi 47 pour cent de la population et 67 pour cent des superficies irriguées, bien qu’ils n’occupent que 27 pour cent de la superficie du continent.

Les prélèvements par habitant atteignent 247 m³/an, mais cette moyenne cache d’importantes variations à l’échelle régionale, ainsi qu’au sein d’une même région; elles vont de 21 m³/an dans la région du Centre (avec 6 m³/an en République centrafricaine et 7 m³/an en République démocratique du Congo) à 786 m³/an par habitant dans les îles (figure 10). Ces régions correspondent en effet à celles dont le taux de prélèvement, en fonction des ressources renouvelables internes en eau, est le plus faible pour le Centre (0.1 pour cent), et le plus élevé pour le Nord (200 pour cent) (figure 11). Ce dernier taux s’explique par l’apport et l’utilisation de ressources en eau extérieures à la région (eaux du Nil en Égypte), et dans une moindre mesure par l’utilisation de ressources non renouvelables (Algérie, Jamahiriya arabe libyenne).

Les prélèvements domestiques par habitant sont largement inférieurs avec 25 m³/an sur l’ensemble du continent et des variations régionales et nationales assez faibles par rapport aux prélèvements agricoles: de 7 m³/habitant dans le Centre à 58 m³/habitant dans le Nord. Les Somaliens sont ceux qui utilisent le moins d’eau pour leurs besoins domestiques (moins de 1.5 m³/an par habitant), alors que la consommation domestique annuelle de Maurice dépasse 173 m³ par habitant, valeur très certainement influencée par le tourisme.

POTENTIEL D'IRRIGATION

Le tableau 10 présente les potentiels d’irrigation par bassin hydrographique. Grâce à cette distribution par bassin, les ressources en eau partagées par plusieurs pays, notamment les fleuves internationaux, ne sont comptabilisées qu’une seule fois. Le potentiel d’irrigation prend généralement en compte à la fois les terres irrigables et les ressources renouvelables disponibles. Toutefois, les méthodes d’estimation à l’échelle nationale sont variables et diverses estimations sont parfois disponibles pour un même pays, suivant les facteurs pris en considération (ressources, techniques, économie, environnement, etc.).

Le potentiel d’irrigation du continent est estimé à plus de 42.5 millions d’hectares, compte tenu du potentiel d’irrigation par bassin et des ressources en eau renouvelables (figure 12). Un tiers de ce potentiel se concentre dans deux pays très humides: l’Angola et la République démocratique du Congo. Il faut aussi noter que pour deux pays le potentiel d’irrigation est inférieur aux superficies en contrôle de l’eau (voir la section suivante): l’Algérie où ces dernières constituent 112 pour cent du potentiel et la Jamahiriya arabe libyenne 1 175 pour cent (tableau 28). Ces pays utilisent également l’eau de nappes fossiles non renouvelables pour l’irrigation, tandis que le chiffre sur le potentiel d’irrigation considère uniquement les ressources renouvelables. Ils sont aussi au nombre des pays ayant développé les ressources en eau non conventionnelles.

IRRIGATION ET CONTRÔLE DE L'EAU

Typologie de l’irrigation et du contrôle de l’eau

Initialement, l’irrigation en Afrique a été associée aux plaines d’irrigation des grands fleuves pérennes, tels que le Niger, le fleuve Sénégal, le Nil, la Volta, le Zambèze, etc. où ont été aménagés par les gouvernements les premiers grands périmètres d’irrigation. Depuis la fin des années 1980, le secteur irrigué a connu d’importants changements, tels que la libéralisation des filières, le transfert de la gestion des aménagements aux exploitants et l’émergence des préoccupations environnementales. De plus, les bailleurs de fonds se sont désintéressés de ce secteur pour des raisons diverses, telles que la baisse des prix mondiaux des aliments, le coût d’aménagement par hectare qui est maintenant plus important car les secteurs faciles à irriguer le sont déjà, les investissements nécessaires à la réhabilitation et les normes environnementales qui découragent par exemple la construction des barrages. On tend à promouvoir la petite irrigation parfois privée et la participation des usagers sur la base des meilleurs résultats obtenus. En même temps, se répand l’utilisation des ressources souterraines avec l’usage généralisé des pompes (à énergie animale, humaine ou à combustion). Une nouvelle problématique environnementale apparaît alors: la surexploitation des aquifères et ses nombreuses conséquences (intrusion marine, durabilité, etc.).

Selon les régions, l’irrigation est vue comme une technique indispensable sans laquelle la production agricole serait pratiquement impossible dans les pays arides, ou comme un moyen d’augmenter la productivité et l’intensité culturale, et de favoriser la diversité des cultures dans les pays les plus arrosés. D’où la grande diversité des techniques mises en place pour le contrôle de l’eau.

Le tableau 11 présente la répartition régionale de la superficie en contrôle de l’eau, faisant la distinction entre les superficies en irrigation (la somme de celles en maîtrise totale/partielle, de l’épandage des crues et des zones basses équipées) et les autres zones basses cultivées mais non équipées (marais et bas-fonds et cultures de décrue non équipées). Le total des superficies où l’eau (hors pluies directes) est utilisée à des fins de production agricole a été appelé «superficie en contrôle de l’eau». Le terme «irrigation» se réfère aux superficies équipées pour fournir de l’eau aux cultures (tableau 27 et tableau 28). La distinction entre irrigation et contrôle de l’eau est parfois difficile; en particulier la limite entre superficies équipées ou non équipées est souvent incertaine, étant donné que l’équipement en Afrique est souvent constitué de petits aménagements visant à retenir l’eau, mais ne permettant pas toujours un contrôle total de l’eau.

Les superficies avec contrôle de l’eau s’étendent sur 15.4 millions d’hectares en Afrique, mais leur distribution géographique est très inégale d’une région et d’un pays à l’autre (figure 13): au Nord se concentrent plus de 40 pour cent des superficies avec contrôle de l’eau en Afrique, et ce pourcentage s’accroît encore lorsqu’il s’agit uniquement des superficies en irrigation. L’Égypte représente à elle seule 54 pour cent de l’irrigation de la région du Nord. La région Soudano-sahélienne suit à la traîne avec 19 pour cent des superficies en contrôle de l’eau et 20 pour cent des superficies irriguées; cependant ces chiffres reflètent directement les superficies irriguées du Soudan (71 pour cent des superficies irriguées de la région et 63 pour cent des superficies en contrôle de l’eau). Enfin, immédiatement après, le Sud renferme 15 pour cent de superficies en irrigation et en contrôle de l’eau du continent. L’Afrique du Sud influence fortement cette région puisqu’elle absorbe 73 pour cent de son irrigation.

L’épandage de crues est typique des pays arides. Il se réalise principalement en Afrique du Nord (Tunisie, Maroc et Algérie) et dans la région Soudano-sahélienne (Somalie et Soudan, principalement, mais moins en Érythrée) (tableau 12). Seul le Cameroun, dans le Centre, la pratique sur une petite superficie (tableau 27). En revanche, les zones basses équipées sont fréquentes dans les pays disposant de ressources en eau plus importantes, c’est-à-dire dans toutes les régions hormis le Nord et les Îles, de même que les marais et bas-fonds cultivés non équipés. Finalement, l’utilisation des eaux lors de la décrue est pratiquée principalement dans la région du golfe de Guinée, en mesure moindre dans celle Soudano-sahélienne, et de manière négligeable dans les îles, le Sud et le Centre (tableau 28).

L’irrigation, qui intéresse 13.4 millions d’hectares, est de loin le type de contrôle de l’eau le plus répandu à l’échelle du continent (figure 14, figure 15). Elle constitue 87 pour cent des superficies en contrôle de l’eau, dont près de la moitié se concentre en Afrique du Nord. De plus, 9.3 millions, soit près de 70 pour cent, concernent cinq pays (Afrique du Sud, Égypte, Madagascar, Maroc et Soudan). L’épandage de crues (3 pour cent) et les zones basses équipées (4 pour cent) sont largement dominés par les superficies en maîtrise partielle/totale, représentant 93 pour cent des superficies en irrigation (tableau 12). Au niveau régional et national, la part de l’irrigation dans les superficies en contrôle de l’eau est très variable: de 100 pour cent en Afrique du Nord, elle ne représente qu’à peine 30 pour cent dans la région du Centre. Cette même région comprend, il est vrai, plus de 70 pour cent des marais et bas-fonds cultivés non équipés du continent (tableau 11). Son climat plus humide témoigne en effet de la présence de nombreuses zones basses humides (République démocratique du Congo, Angola, Congo, Guinée équatoriale, Cameroun, République centrafricaine, etc.).

L’irrigation représente 6 pour cent des superficies cultivées à l’échelle du continent (tableau 12 et tableau 27). Ce pourcentage est bien plus faible que dans les autres continents: 38 pour cent en Asie, 27 pour cent aux Caraïbes, et 12 pour cent en Amérique Latine. Cependant, cette proportion, liée directement à la hauteur des précipitations, est pratiquement nulle en République centrafricaine mais atteint 100 pour cent en Égypte, où les cultures seraient impossibles sans irrigation (tableau 27).

Techniques d’irrigation en maîtrise totale/partielle

Le tableau 13 présente la distribution régionale des techniques d’irrigation utilisées pour les superficies en maîtrise totale/partielle. Pour les pays où les techniques étaient décrites dans la publication précédente et où aucune nouvelle donnée n’est disponible, cette analyse utilise les anciennes valeurs (tableau 29). Les régions Soudano-sahélienne et du Centre sont celles dont les données sont le plus déficitaires. En effet, on ne dispose de données sur le type de technique employée que pour le huitième et le quart respectivement des superficies en maîtrise totale/partielle. D’après les connaissances de terrain de l’équipe d’AQUASTAT, les pays où les données manquent pratiquent principalement l’irrigation de surface; c’est pourquoi, la totalité de leur superficie en maîtrise totale/partielle est incluse dans la technique «Irrigation de surface» de l’analyse régionale (cette estimation n’est pas mentionnée dans les monographies par pays). L’irrigation de surface domine très largement les techniques sous pression (aspersion et localisée).

Les techniques sous pression se concentrent principalement dans les régions du Nord et du Sud. En pourcentage, l’aspersion est la technique la plus répandue dans la région du Sud. La région du Nord la pratique également sur des superficies équivalentes, mais en proportion moindre car l’irrigation de surface prédomine sur une superficie près de cinq fois plus grande. Dans les régions du golfe de Guinée, de l’Est et du Centre, on la retrouve sur des superficies beaucoup plus réduites. Les régions Soudano-sahélienne et des îles n’ont qu’une très faible pourcentage de leurs superficies en maîtrise totale irriguées par aspersion. Enfin, l’irrigation localisée ne s’est véritablement développée (en dehors d’essais et expérimentations) que dans les régions du Nord et du Sud qui sont arides, mais où se situent aussi les pays les plus développés du continent.

Origine de l’eau en maîtrise totale/partielle

Le tableau 14 présente les données disponibles concernant l’origine de l’eau d’irrigation dans les périmètres en maîtrise totale/partielle: eau de surface, eau souterraine ou autres (mélange d’eau souterraine et de surface, ou eaux non conventionnelles). Il faut souligner que les données sont disponibles pour tous les pays de la région du Nord, la gestion des ressources en eau en climat aride étant un élément primordial pour la durabilité des systèmes d’irrigation. Inversement, elle semble peu connue dans les pays de l’Est, de la région Soudano-sahélienne, et du Centre.

Pour les pays qui n’ont pas fourni de nouvelles données, celles de la précédente enquête d’AQUASTAT sont utilisées dans l’analyse (tableau 30). La plupart des pays pour lesquels aucune donnée récente ou ancienne n’est disponible prélèvent principalement l’eau de surface pour alimenter leurs systèmes d’irrigation. Une estimation (100 pour cent eau de surface, 50 pour cent-50 pour cent, ou 100 pour cent eau souterraine) est faite pour ces pays afin d’obtenir une analyse plus complète. Enfin pour les anciennes données, les pourcentages de chacune des sources ont été conservés et appliqués aux superficies en maîtrise totale actuelles. Il ne faut pas oublier que ces valeurs sont des ordres de grandeur et ne reflètent pas exactement la réalité, tout comme celles du tableau précédent concernant les techniques d’irrigation. Il semblait toutefois intéressant de compléter les données sur la base des connaissances de terrain de l’équipe d’AQUASTAT, afin d’avoir une idée plus précise de l’origine de l’eau utilisée pour l’irrigation en Afrique.

En ce qui concerne les «autres sources», l’Algérie, la Guinée-Bissau et le Botswana utilisent un mélange d’eaux de surface et souterraine, alors que l’Égypte, la Jamahiriya arabe libyenne, la Tunisie ont, quant à elles, commencé à réutiliser les eaux usées traitées pour augmenter leurs ressources en eau (tableau 14 et tableau 30).

L’eau de surface est la principale source d’approvisionnement en eau des systèmes d’irrigation à l’échelle du continent (78 pour cent). Seules l’Algérie, l’Érythrée, la Jamahiriya arabe libyenne et la Tunisie, quatre pays au climat aride (région du Nord et Soudano-sahélienne), alimentent leur système d’irrigation principalement avec de l’eau souterraine. Hormis en Erythrée, les superficies sous irrigation dans les trois autres pays approchent le potentiel d’irrigation calculé sur la base des eaux renouvelables, ou le dépassent (de 70 à 1175 pour cent du potentiel). L’Algérie et la Jamahiriya arabe libyenne prélèvent notamment l’eau souterraine fossile non renouvelable pour compléter leurs besoins en eau agricole.

Taille des périmètres

La définition des grands périmètres varie d’un pays à l’autre. Alors que certains pays considèrent un périmètre de 25 hectares déjà comme un grand périmètre, de nombreux pays utilisent une étendue minimale de 500 hectares. Les périmètres de plus de 1 000 hectares existent dans les deux tiers environ des 53 pays. Ceux de plus de 10 000 hectares existent dans près du quart des pays, représentant presque la moitié de la superficie totale sous irrigation. Le seul vrai grand périmètre d’Afrique est celui de Gezira-Managil au Soudan avec une superficie d’environ 870 000 hectares, qui est irrigué avec les eaux provenant du Nil Bleu grâce au barrage de Sennar. Plusieurs périmètres de plus de 100 000 hectares existent en Égypte, au Maroc et au Soudan. Ceux de plus de 50 000 hectares se rencontrent dans les trois pays précédents, ainsi qu’en Algérie, au Mali, et en Tunisie. D’une manière générale, les périmètres sont plus petits qu’en Asie.

Plus que par sa taille, le périmètre est souvent décrit par son type de gestion: petite exploitation privée, exploitation commerciale, périmètre communal ou périmètre public. On parle aussi souvent de «petite et moyenne hydraulique» en l’opposant à la «grande hydraulique» mise en place par les gouvernements à plus grande échelle.

Seuls cinq pays (Afrique du Sud, Égypte, Madagascar, Maroc et Soudan) possèdent un total de superficie en contrôle de l’eau supérieur à un million d’hectares, contre 20 pays en Asie.

CULTURES IRRIGUÉES EN MAÎTRISE TOTALE/PARTIELLE

Le tableau 15 montre la répartition régionale des cultures irriguées pour les pays ayant fourni des informations. Les superficies équipées accueillant plusieurs cycles de culture par an sont comptabilisées plusieurs fois, ce qui explique pourquoi le total est supérieur aux superficies équipées indiquées au tableau 12. Ceci donne de plus une idée de l’intensité culturale sous irrigation (voir la section suivante). Enfin, les valeurs de la précédente enquête d’AQUASTAT ont été utilisées pour les pays n’ayant pas de nouvelles données, afin d’obtenir une image plus complète des cultures irriguées en Afrique. Seuls six pays ne disposent d’aucune valeur. Les régions du Nord et du Sud sont les seules pour lesquelles tous les pays disposent de données et les valeurs présentées sont donc certainement plus proches de la réalité. Cependant, dans toutes les régions, les données par pays ne sont pas nécessairement complètes et, dès lors, manquent de précision. Il faudra donc utiliser l’analyse qui suit avec prudence.

Les céréales (riz inclus) représentent près de 45 pour cent des superficies récoltées en cultures irriguées. Les cultures industrielles suivent avec 15 pour cent dont la canne à sucre constitue le quart. Le fourrage irrigué est la troisième culture la plus étendue, représentant 14 pour cent. Le maraîchage, culture à plus haute valeur ajoutée, suit avec 12 pour cent. L’arboriculture ne représente que 4 pour cent, et les racines et tubercules absorbent 3 pour cent. Les céréales sont les cultures prédominantes dans toutes les régions, hormis le golfe de Guinée où le maraîchage couvrant 31 pour cent des superficies des cultures irriguées arrive en tête des spéculations.

Il est intéressant de noter la répartition spatiale du fourrage irrigué. Cultivé principalement dans le Nord et plus précisément en Égypte (qui détient près des deux tiers des fourrages irrigués d’Afrique, notamment le trèfle d’Alexandrie ou bersim), on le retrouve aussi dans le Sud en proportion beaucoup plus faible et dans la région Soudano-sahélienne concentré en totalité au Soudan, dont la partie septentrionale pourrait être assimilée à la région du Nord en raison de ses caractéristiques géographiques et climatiques (tableau 31). Madagascar, à lui seul, cultive la moitié des superficies en riz du continent et la région du Nord près du tiers, mais cette culture existe dans toutes les régions. Les racines et tubercules (pommes de terre, patates douces, et betteraves à sucre principalement) sont présentes notamment dans la région du Nord, encore que les régions du Sud, de l’Est et Soudano-sahélienne en cultivent aussi. Les cultures industrielles sont représentées par le coton, principale culture industrielle (superficies supérieures à celles de la canne à sucre et principalement concentrées dans quelques pays: Égypte au Nord, Soudan dans la région Soudano-sahélienne, Afrique du Sud et Zimbabwe dans le Sud, Éthiopie dans l’Est), l’olive (principalement dans le Nord au Maroc), l’arachide (Nord, région Soudano-sahélienne et Sud), le tournesol, la banane, le tabac, le thé, le café, le soja, etc. Les arbres fruitiers, dominés par les agrumes (61 pour cent), se retrouvent en grande majorité au Nord alors qu’au Sud ils sont en nombres beaucoup plus réduits; les autres régions ne les cultivent pas (îles et golfe de Guinée) ou les cultivent peu (Centre et Est). Enfin, le maraîchage avec 12 pour cent des cultures s’est fortement développé ces dernières années. On peut dire que l’augmentation des superficies irriguées est presque entièrement consacrée à cette spéculation.

La région du Nord totalise 60 pour cent environ des superficies en cultures irriguées, pour 47 pour cent des superficies d’irrigation, ce qui implique une intensité culturale plus élevée que pour l’ensemble de l’Afrique. Bien plus loin en arrière, le Sud avec 14 pour cent des superficies en cultures irriguées est la deuxième région productrice. Renfermant un pourcentage similaire des superficies irriguées du continent (15 pour cent), son intensité culturale est donc moins importante. Les données incomplètes pour les autres régions ne permettent pas de parvenir à une conclusion quant à leur intensité culturale. Le tableau 17 dans la section suivante donne l’intensité culturale pour les pays où les informations étaient disponibles.

TAUX D'UTILISATION DES SUPERFICIES ÉQUIPÉES

Il est difficile de chiffrer à l’échelle du continent les superficies actuellement irriguées parmi les superficies équipées car les informations manquent pour une dizaine de pays dans chacune des deux enquêtes d’AQUASTAT. Quand un pays ne disposait pas de nouvelles données, celles de la précédente enquête ont été utilisées. Enfin, on s’est servi d’une estimation de 80 pour cent de la superficie équipée dans cette analyse pour les pays sans aucune donnée, afin d’obtenir une image plus complète. Ce chiffre correspond au pourcentage moyen d’utilisation pour l’ensemble de l’Afrique lorsque seules les données disponibles (récentes et anciennes) sont comptabilisées.

Les taux sont très variables pour les pays qui les ont fournis: de 2.5 pour cent pour le Lesotho (seuls 67 des 2 637 hectares équipés étaient en effet irrigués en 1999, les superficies restantes correspondent à des périmètres où l’équipement pour l’irrigation par aspersion reçu pendant la période de l’apartheid n’a jamais vraiment fonctionné) à 100 pour cent pour l’Égypte, la Guinée, la Guinée-Bissau, l’Afrique du Sud et la Zambie, alors que Madagascar, le Maroc, Maurice et la Tunisie ont également des taux dépassant les 98 pour cent. Huit pays (Angola, Bénin, Congo, Djibouti, Lesotho, Mozambique, Somalie, et Soudan) ont des taux d’utilisation inférieurs à 50 pour cent (tableau 27). Dans de nombreux cas, les faibles taux s’expliquent par une détérioration des infrastructures due à l’absence d’entretien (par manque d’expérience ou à cause de techniques inadaptées) ou au contexte politique et économique. Cependant, on cite également comme cause de ces abandons: la non-maîtrise des itinéraires techniques de production sous irrigation, l’appauvrissement des sols, l’instabilité et l’insécurité locales ou la réduction des fonds publics affectés à l’irrigation.

Par région, les îles de l’océan Indien, influencées surtout par Madagascar, utilisent pratiquement toutes leurs superficies équipées pour l’irrigation (tableau 16). Le Nord et le Sud, avec plus de 90 pour cent de leurs superficies équipées effectivement utilisées, profitent aussi de leur équipement. La région Soudano-sahélienne, en revanche, connaît de faible taux d’utilisation dus principalement au Soudan; en effet, les superficies équipées non effectivement irriguées de ce dernier représentent 41 pour cent des superficies d’irrigation de la région. Les pays responsables du faible taux d’utilisation de la région du Centre sont l’Angola principalement, suivi de la République centrafricaine et du Congo, leurs superficies effectivement irriguées ne constituant que 44 pour cent, 51 pour cent et 11 pour cent respectivement (tableau 27).

L’intensité culturale, autre indicateur de l’utilisation des superficies équipées, n’a pu être calculée que pour 19 pays faute de données (tableau 17). Le calcul de l’intensité culturale est aisé dans les pays secs puisque l’irrigation est indispensable pour les cultures quelle que soit la saison. Son calcul s’avère cependant plus problématique dans les pays ayant une ou plus d’une saison humide. Sur deux cycles culturaux par an, un seul est irrigué (lors de la saison sèche), le second absorbe l’humidité du sol venant des précipitations. L’intensité culturale (cultures irriguées, seulement) est donc de 100 pour cent sur la superficie considérée, alors que la superficie récoltée est double.

ÉVOLUTION SUR LES DIX DERNIÈRES ANNÉES

En 1994, la population africaine comptait 689 millions de personnes, soit à peine plus de 12 pour cent de la population mondiale, contre 868 millions en 2004, soit environ 14 pour cent la population mondiale. Près de 66 pour cent de la population africaine vivaient en milieu rural contre 61 pour cent en 2004 (tableau 1 et tableau 23), ce qui indique que l’exode rural qui pousse les ruraux vers les villes ne s’est pas arrêté mais, au contraire, se poursuit. Le taux de croissance sur la période 1994-2004 (2.6 pour cent par an) a nettement diminué par rapport à la décennie précédente (3.1 pour cent pour 1984-1994). Enfin, la densité de 1994 pour l’ensemble du continent était de 23 habitants/km² contre 29 habitants/km² en 2004, elle a donc augmenté de 6 habitants/km² sur la période 1994-2004, soit autant que sur la période 1984-1994.

Prélèvements en eau

La proportion de chacun des usages n’a presque pas changé et l’agriculture reste la principale consommatrice d’eau (figure 3). La croissance des prélèvements totaux est nette (+43 pour cent). Les prélèvements par habitant augmentent eux aussi de 35 m³ entre les deux enquêtes. Cette croissance, qui est bien supérieure en Afrique subsaharienne qu’au Nord, reflète à la fois l’accroissement de la population, et une augmentation de la consommation de chacun des habitants. Enfin, le Nord qui concentrait, à lui seul, lors de la précédente enquête d’AQUASTAT, plus de la moitié des prélèvements africains (51 pour cent), voit sa part des prélèvements se réduire au profit de l’Afrique subsaharienne dont les prélèvements totaux représentent actuellement 56 pour cent de ceux du continent (tableau 18).

Les pays disposant de données concernant les ressources non conventionnelles sont pratiquement les mêmes que lors de la précédente publication. Le volume d’eaux usées produites s’est accru de près de 60 pour cent, alors que les volumes d’eaux usées traitées ont été multipliés par plus de sept et les eaux usées traitées réutilisées par neuf. Cependant les données disponibles indiquent que le volume d’eau dessalée est resté pratiquement inchangé. Il faut cependant signaler que ce résultat pourrait être dû non seulement à de réelles augmentations mais aussi à un réajustement des données. Il permet tout de même de conclure que la recherche de nouvelles ressources en eau sous toutes ces formes est très active pour une quinzaine de pays, notamment dans les régions plus arides du Nord, Soudano-sahélienne et du Sud.

Irrigation et contrôle de l’eau

Le tableau 19 présente l’évolution de ces superficies depuis le précédent rapport d’AQUASTAT en Afrique, datant de 1995.

Les superficies en contrôle de l’eau d’Afrique ont gagné 1.18 million d’hectares sur les dix dernières années, soit une augmentation de 8 pour cent, reflétant principalement un accroissement des superficies équipées (10 pour cent) au détriment des superficies non équipées (marais et bas-fonds non équipés et cultures de décrue) (figure 4). Ces dernières connaissent en effet un recul annuel de 4.5 pour cent sur cette période. L’évolution la plus marquée revient aux superficies équipées en zones basses; cet essor s’explique par la promotion de la petite irrigation qui utilise des techniques ne permettant pas un contrôle total de l’eau, mais qui sont moins coûteuses. Il est aussi probable que certains des marais et bas-fonds non équipés et des superficies auparavant cultivées en décrue aient été aménagés, et s’ajoutent alors à la catégorie «zones basses équipées» ou «maîtrise partielle/totale», traduisant ainsi une tendance vers un taux d’équipement croissant.

Pour l’ensemble du continent, l’accroissement des superficies équipées atteint 10 pour cent, soit un taux annuel de 0.88 pour cent sur la période 1992-2000 en années pondérées (tableau 20). L’année pondérée est calculée en affectant à l’année de chaque pays un facteur proportionnel à sa superficie équipée pour l’irrigation ou en contrôle de l’eau, donnant ainsi plus d’importance aux pays ayant les plus grandes superficies équipées pour l’irrigation ou en contrôle de l’eau. À l’échelle nationale, l’expansion des superficies équipées n’est le fait que de quelques pays: quatre pays totalisent ensemble près 60 pour cent de l’augmentation totale: l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte, et la Zambie (par ordre décroissant). Mais, même si leurs gains en superficies équipées ne sont pas aussi importants, d’autres pays connaissent des taux d’accroissement considérables (tableau 27). Il faut cependant préciser que le taux d’accroissement annuel du Ghana, le plus important d’Afrique (30 pour cent), est faussé par l’irrigation informelle qui, bien que probablement déjà existante, n’était pas incluse dans les données de la précédente enquête. De même en Éthiopie l’irrigation traditionnelle était sous-estimée. L’accroissement des superficies irriguées du Mali (20.1 pour cent) s’explique par le reclassement de superficies auparavant indiquées comme non équipées, qui ont été cette fois comptabilisées dans les superficies équipées en raison de la meilleure connaissance de la situation sur le terrain. L’accroissement des superficies équipées de la Zambie (12.9 pour cent) est dû à l’équipement de superficies non équipées en 1992 lors de la première enquête; en effet, les superficies en contrôle de l’eau s’y sont accrues de façon moins sensible (5.7 pour cent). Il en est de même pour le Rwanda (11.4 pour cent), bien que ses superficies totales en contrôle de l’eau aient régressé entre 1993 et 2000; ou encore pour le Sénégal (6.7 pour cent et 0.7 pour cent respectivement). Le taux d’accroissement annuel des superficies en contrôle de l’eau s’élève donc à 0.73 pour cent, soit légèrement inférieur à celui des superficies équipées (0.88 pour cent). Quant à la Guinée-Bissau, un inventaire plus détaillé a permis, entre 1994 et 1996, une meilleure connaissance des superficies irriguées, mais on ne peut parler de réel accroissement. Enfin, le Soudan a accusé un recul de ses superficies équipées pour l’irrigation dû à une dégradation tellement importante de certains de ses équipements qu’elle ne permet plus ni leur utilisation ni même leur réhabilitation.

Techniques d’irrigation

Les informations disponibles sur les techniques d’irrigation ne couvraient en 1995 que la moitié à peine des superficies en maîtrise partielle/totale alors que, dans la présente actualisation, elles portent sur 77 pour cent de ces superficies. Il est donc difficile d’analyser l’évolution des diverses techniques d’irrigation. Une estimation prudente montrerait que la part de l’irrigation de surface a diminué au profit des techniques moins exigeantes en eau, comme l’aspersion et en particulier l’irrigation localisée pour laquelle les superficies ont été multipliées pratiquement par six. La superficie où se pratique l’aspersion a plus que doublé. L’extension des superficies irriguées par aspersion est presque entièrement le fait de la région du Sud, alors que l’irrigation localisée est très développée à la fois au Nord et au Sud. Ces régions regroupent, en effet, les pays les plus arides du continent, mais aussi les plus développés, deux facteurs favorisant l’adoption de ces techniques.

Cultures irriguées

La principale évolution sur les dix dernières années consiste en une diminution des superficies en riziculture et de leur part dans l’ensemble des superficies en maîtrise totale/partielle. Cette réduction s’est réalisée principalement au profit du maraîchage. L’accroissement de ce dernier est particulièrement sensible dans la région du Sud. Les superficies des cultures industrielles se sont accrues elles aussi au cours de la même période, indiquant qu’un pourcentage plus élevé des superficies irriguées est consacré à ces spéculations, alors que la part concernant uniquement la canne à sucre est restée inchangée. La tendance pour les racines et tubercules est aussi à la hausse, en particulier dans le Nord. Les superficies affectées à l’arboriculture et aux fourrages ont augmenté, mais leur part respective dans les superficies irriguées reste identique sur la période étudiée. Enfin, il faut signaler que la baisse des superficies de cultures irriguées dans le golfe de Guinée et, partant, de la riziculture en général, reflète le retrait des «fadamas» nigérians des cultures irriguées récoltées, qui, dans cette nouvelle enquête, ne comprennent que les superficies en maîtrise partielle/totale.

Taux d’utilisation des superficies équipées

Parmi les pays pour lesquels les informations sont disponibles, quatre ont vu leur taux d’utilisation des superficies équipées s’améliorer sur les dix dernières années. Les superficies effectivement irriguées en Algérie se sont accrues, passant de 66 pour cent des superficies équipées en 1992 à 80 pour cent en 2001, alors qu’une légère croissance caractérise les superficies équipées. Il en est de même pour la Jamahiriya arabe libyenne (de 51 pour cent en 1990 à 67 pour cent en 2000 pour des superficies équipées identiques), pour Madagascar (de 82 pour cent à 99.5 pour cent entre 1992 et 2000 pour des superficies équipées pratiquement équivalentes) et pour la Tunisie entre 1991 et 2000 (de 84 pour cent à 99.7 pour cent pour des superficies équipées en augmentation). Inversement, trois pays ont connu une dégradation de l’utilisation de leur équipement. Au Lesotho les superficies effectivement irriguées ont diminué sur la même période, passant de 7 pour cent à 3 pour cent des superficies équipées entre 1994 et 1999 pour une superficie équipée équivalente, ainsi qu’au Mozambique (de 42 pour cent à 34 pour cent entre 1995 et 2001 pour des superficies équipées légèrement accrues). Si l’utilisation plus intensive des superficies équipées dans les premiers pays peut s’expliquer par la réhabilitation de périmètres dégradés, c’est souvent la dégradation des équipements qui justifie l’abandon de superficies équipées dans les derniers. Enfin, il faut noter que, parmi les pays ayant un taux d’utilisation actuel inférieur à 50 pour cent, le Soudan a subi une importante dégradation: la superficie réellement irriguée a diminuée de 63 pour cent en 1995 à 43 pour cent en 2000.

GESTION DE L'EAU

La gestion de l’eau dans les pays africains se base généralement sur un Code de l’eau. Trente-sept pays disposent de ce type de texte qui régit d’une manière globale la gestion des ressources hydriques présentes sur leur territoire. Cependant, il faut ajouter à ceux-ci, trois autres pays (Gabon, Seychelles, Soudan) qui, même s’ils n’ont pas de loi spécifique pour l’eau, l’ont incluse dans des législations sur l’environnement ou les ressources naturelles. Dans six autres pays aussi (République centrafricaine, République démocratique du Congo, Jamahiriya arabe libyenne, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe et Swaziland) certains aspects de la gestion des eaux tels que la pollution, les forages ou les droits d’eau sont réglementés, mais ces dispositions ponctuelles ne sont pas regroupées dans un code de l’eau. Cinq pays (Gambie, Ghana, Libéria, Sierra Leone, et Somalie) ont aussi désigné les institutions chargées de l’approvisionnement en eau ou de la gestion de l’eau, mais sans préciser la direction que devrait prendre cette gestion. Enfin, on ne disposait pas d’informations pour deux pays humides, les Comores et la Guinée équatoriale, qui n’ont vraisemblablement pas statué sur ce thème. Il faut cependant mentionner que le Somaliland, dans le nord de la Somalie, a formulé sa propre politique de l’eau et travaille à la constitution d’un code de l’eau. Parmi les 37 pays ayant un outil législatif complet, 25 l’ont rédigé, amendé ou mis en application depuis 1995, ce qui témoigne de l’actualité du thème. Cependant l’Érythrée n’a toujours pas approuvé son projet de loi sur l’eau rédigé en 1996. Enfin, des textes traitant plus spécifiquement de la gestion de l’irrigation sont rares: seuls Maurice, le Kenya et le Malawi se sont dotés d’une loi sur l’irrigation en 1979, 1996 et 2001 respectivement. La FAO a aussi en cours quelques projets dont le but est d’aider les gouvernements à mettre en place une stratégie pour le secteur de l’irrigation et à formuler une politique de l’irrigation dans les pays suivants: Botswana, Érythrée, Ghana, Nigéria, Swaziland, République-Unie de Tanzanie, et Zambie.

Les institutions chargées de la gestion et de la planification de l’irrigation à l’échelle nationale sont, pour la grande majorité des pays africains (41 sur 53), des départements ou divisions de ministères de l’agriculture (37) ou de ministères de l’agriculture et de l’irrigation ou de l’hydraulique (4). Cependant la gestion et la conservation de la ressource relèvent, la plupart du temps, d’un autre ministère (de l’environnement, des ressources naturelles, de l’énergie ou de l’hydraulique), et la coordination entre les différentes institutions est quasiment inexistante: parmi eux, seuls le Burundi, la Guinée-Bissau, le Mozambique, et le Sénégal ont créé des conseils interministériels pour des actions à entreprendre en synergie. En outre, six autres pays n’ont confié qu’une part seulement de l’irrigation au ministère de l’agriculture, répartissant ainsi la gestion du secteur entre plusieurs ministères (Bénin, Jamahiriya arabe libyenne, Maroc, Mauritanie, Soudan, Zimbabwe). Finalement, seuls quatre États disposent d’un ministère des ressources en eau qui inclut la gestion de l’irrigation: l’Algérie, l’Égypte, le Kenya et le Nigéria qui détiennent 43 pour cent des superficies en contrôle de l’eau d’Afrique. En revanche, au Congo et en Guinée, l’irrigation relève d’un ministère des ressources hydriques, minérales et de l’énergie.

La gestion des systèmes d’irrigation est généralement assurée conjointement par l’État en ce qui concerne les infrastructures primaires ou les systèmes publics, et par des associations d’usagers pour les infrastructures secondaires et tertiaires ou les systèmes privés. Le désengagement de l’État du secteur de l’irrigation depuis les années 1980 principalement, et la création consécutive d’associations d’usagers déjà réalisée ou envisagée (Afrique du Sud, Burundi, Côte d’Ivoire, Ghana, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice, Niger, Nigéria, Sénégal, Soudan, Swaziland, Tunisie et Zimbabwe), ainsi que la promotion d’approches participatives plus récemment (Burkina Faso, Mauritanie, Tchad) intéressent une vingtaine de pays africains. L’exemple du Kenya illustre bien le choix du transfert de la gestion; en effet tous les nouveaux périmètres créés entre 1992 et 2003 sont privés, alors que certains anciens périmètres publics sont encore partiellement gérés par l’État. En Égypte, plutôt qu’un transfert aux usagers, le gouvernement a choisi de promouvoir leur participation remplaçant sa gestion jadis très centralisée par une forme de gestion conjointe.

Il convient de noter l’importance croissante de l’irrigation informelle, notamment dans les zones urbaines et périurbaines des grandes villes africaines. Cette irrigation n’est généralement pas comprise dans les statistiques officielles (et ne figure probablement pas non plus, ou figure partiellement, dans les statistiques d’AQUASTAT pour la plupart des pays à cause de la difficulté d’obtenir des données) ni dans la gestion intégrée des ressources hydriques. Son essor s’explique principalement par le désengagement de l’État du secteur de l’irrigation et le développement de l’irrigation privée. Elle est généralement réalisée à petite échelle, mais représente pour chacun des exploitants une valeur ajoutée non négligeable en termes de revenus. Il est difficile d’évaluer ce type d’irrigation à l’échelle du continent.

La tarification de l’eau n’est connue que pour 27 pays, dont 23 ont prévu des redevances, principalement basées sur la superficie irriguée. Toutefois, dans neuf pays, il est admis que les redevances de l’eau soient fortement subventionnées (Tchad, Namibie), appliquées uniquement dans les grands périmètres (Maroc), appliquées encore rarement malgré la loi (Togo, Côte d’Ivoire), ou ne couvrant que les coûts d’opération et de maintenance (Madagascar). Dans quatre pays l’eau et les services d’irrigation sont gratuits, à savoir le Botswana, l’Éthiopie, la Jamahiriya arabe libyenne et la Somalie.

ENVIRONNEMENT ET SANTÉ

Sur les 29 pays pour lesquels les information concernant la qualité des eaux sont disponibles, 12 (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Ghana, Guinée, Jamahiriya arabe libyenne, Malawi, Mozambique, Sénégal, Tchad, Zimbabwe) affirment que leurs eaux sont de qualité relativement adaptée à l’irrigation et que les pollutions sont ponctuelles et liées principalement aux concentrations humaines sans structures d’assainissement (milieu urbain) et à l’agriculture où elles sont dues notamment aux concentrations animales. Pour les 17 pays restants, l’agriculture est mentionnée comme la principale source de pollution: Algérie, Mali dans la zone de l’Office du Niger, Maurice (en raison de la canne à sucre principalement), Soudan, Swaziland (du fait des animaux qui contaminent les sources), Togo (où la pollution agricole ne touche que l’eau superficielle) et Tunisie. Parmi les autres sources de pollution, figure la combinaison de l’agriculture, de l’industrie et des déchets domestiques (République démocratique du Congo, Sao Tomé-et-Principe, Somalie, Afrique du Sud) et, dans une moindre mesure, l’industrie minière (pétrole au Nigéria dans le delta du Niger, ou diamants au Lesotho et au Botswana). Aux Comores, en Érythrée et au Rwanda, ce sont les concentrations humaines et les déchets domestiques qui dégradent la qualité des eaux.

La surexploitation des aquifères (à savoir les prélèvements supérieurs à la recharge) et l’abaissement consécutif de leur niveau représentent un problème dans sept pays: Algérie, Cap-Vert, Djibouti, Maroc, le Nigéria, le Sénégal et Tunisie, problème qui s’applique aussi aux aquifères côtiers des Comores et de la Jamahiriya arabe libyenne. Cette surexploitation est à l’origine d’intrusions marines en Algérie et au Cap-Vert. Mais l’Érythrée et Maurice (au Nord et à l’Est) sont aussi touchés. Enfin, l’utilisation des eaux fossiles, c’est-à-dire les eaux provenant d’aquifères dont le taux de renouvellement est très faible et qui sont donc considérés comme non renouvelables, notamment en Jamahiriya arabe libyenne et dans une moindre mesure en Algérie, provoquera à long terme leur tarissement.

La salinisation des sols est un problème beaucoup plus fréquent, puisque 14 pays y sont confrontés. Si la situation est particulièrement préoccupante au Maroc, au Nigéria et au Soudan, où les superficies salinisées par l’irrigation dépassent 100 000 hectares, elle l’est moins au Kenya, en République-Unie de Tanzanie et en Tunisie (tableau 21). La question de la salinisation doit aussi être surveillée à Djibouti, en Gambie et au Mozambique lorsque les sols sont salés naturellement, en Namibie, au Niger où 350 hectares sont abandonnés et d’autres risquent de l’être très prochainement, et en Somalie et au Zimbabwe. Enfin l’Égypte a maîtrisé désormais la salinisation, depuis les années 1970, sur une grande partie de ses périmètres irrigués grâce à la mise en place de systèmes de drainage (encadré 1).

On peut citer comme autres problèmes environnementaux liés à l’irrigation en Afrique: (i) l’érosion et ses conséquences et l’ensablement ou la sédimentation des plans d’eau, barrages et canaux dans dix pays; (ii) la prolifération de la végétation aquatique (six pays); (iii) l’assèchement ou les risques d’assèchement des marais (quatre pays). L’encadré 2 donne l’exemple du tarissement du lac Tchad dû à la variabilité climatique et ses conséquences pour l’environnement.

Selon les estimations, de 70 à 90 pour cent des cas mondiaux de paludisme se manifestent en Afrique. En tout état de cause, l’Afrique reste de loin le continent le plus touché avec 365 millions de cas de paludisme en 2002. Le rapport de 2003 de l’OMS sur le paludisme en Afrique indique qu’au moins un décès sur cinq d’enfants en bas âge a pour cause le paludisme. Plus de 80 pour cent des décès dus à cette pathologie se produisent en Afrique où l’on estime qu’elle menace 66 pour cent de la population. Selon l’OMS, les seuls pays africains où la maladie n’est pas endémique sont le Lesotho, la Jamahiriya arabe libyenne, les Seychelles et la Tunisie.

PERSPECTIVES POUR LA GESTION DE L'EAU EN AFRIQUE

La gestion de l’eau et de l’irrigation en Afrique est considérée par de nombreux pays comme un facteur clé pour améliorer leur sécurité alimentaire et assurer l’accès à eau potable de la population.

Bien qu’ils existent déjà, les transferts d’eau sont encore rares, tant au sein d’un même pays comme au Maroc (pour un volume de 2.7 km³ entre bassins versants) et en Jamahiriya arabe libyenne (transfert de ressources souterraines fossiles entre le sud et le nord au sein du «Great Manmade River Project») qu’entre les pays: le seul exemple connu actuellement est celui du transfert d’un volume de 2.2 km³/an de la rivière Malibamatso au Lesotho vers la rivière Vaal en Afrique du Sud (tous deux dans le bassin de l’Orange) dans le cadre du «Lesotho Highlands Water Project». Le premier pays reçoit en contrepartie une assistance pour la production de sa propre électricité) (tableau 25). De nombreux projets sont cependant à l’étude pour développer ces transferts: en Algérie (du sud vers le nord), au Kenya (du Lac Victoria vers des zones plus sèches comme le Kerio dans la vallée du Rift, ou vers le plateau Vembere: projet datant de la période de colonisation allemande), au Botswana (entre les rivières Shashe et Notwane, toutes deux dans le bassin du Limpopo), et vers le lac Tchad pour compenser la diminution de son niveau (depuis le bassin du Niger au Nigéria, ou depuis le bassin du Congo) (encadré 2).

D’après les informations disponibles, l’utilisation actuelle de ressources en eau non conventionnelles (dessalement, réutilisation des eaux usées traitées) concerne moins du tiers des pays. Elle est donc appelée à se développer beaucoup plus à l’avenir pour pallier le manque de ressources disponibles dans de nombreux pays arides.

Les deux tendances confirmant une nette progression en matière de gestion de l’eau dans les pays africains sont la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) et le développement de la petite irrigation. La première apparaît dans les diverses politiques ou propositions de lois, et s’accompagne de la protection des ressources hydriques pour garantir leur durabilité à long terme. Huit pays l’ont incorporée dans leur politique ou se proposent de le faire. Quant à la petite irrigation, c’est le principal type de construction retenu pour les pays cherchant encore à développer leurs superficies d’irrigation. Elle prévoit la gestion par les usagers et, partant, leur participation beaucoup plus active, et va souvent de pair avec l’introduction de technologies à coût réduit (pompes à pédales, «drip kits», etc.). Les pays qui ont déjà aménagé l’ensemble de leurs superficies irrigables potentielles, tels que l’Afrique du Sud ou la Jamahiriya arabe libyenne, ne réalisent plus de travaux de construction, mais se sont engagés dans le développement de techniques efficientes d’utilisation de l’eau (aspersion, irrigation localisée) dans le but de réduire les volumes d’eau utilisés pour les cultures.

Enfin, au cours des dix dernières années, une des tendances de l’irrigation a consisté dans l’équipement de superficies auparavant en contrôle sommaire de l’eau, tels que les bas-fonds et les zones de décrue. Cela permet en effet de réduire les coûts d’aménagement et d’augmenter la maîtrise de l’irrigation et, par là même, la productivité agricole des parcelles. On peut supposer que cette tendance se poursuivra dans les prochaines années en vue d’intensifier l’irrigation sur les terres les plus facilement irrigables.

PRINCIPALES SOURCES D'INFORMATION GÉNÉRALES

Les documents cités dans cette section ont été utiles lors de la rédaction de la synthèse et ne sont pas spécifiques à un pays. La littérature relative à chacun des pays est mentionnée dans le paragraphe intitulé «Principales sources d’information» à la fin de chaque monographie.

Banque mondiale. 2005. Indicateurs du développement mondial (http://www.worldbank.org/data).

Bucks, D.A. 1993. Micro-irrigation world wide usage report.

CILSS/OCDE. 1991. Le développement des cultures irriguées dans le Sahel. Rapport de synthèse et rapports par pays. OCDE/CILSS/Club du Sahel. SAM/D (91) 366. E/F.

FAO. 1986. Irrigation in Africa south of the Sahara. Document technique n° 5 du Centre d’investissement de la FAO. 181 p. Rome.

FAO. 1995. Irrigation in Africa/L’irrigation en Afrique en chiffres. FAO Water Report n° 7.

FAO. 1997. Irrigation in the Near East Region in figures. Rapport sur l’eau de la FAO Water Report n° 9.

FAO. 1997. Irrigation potential in Africa - A basin approach. FAO Land & Water Bulletin n° 4.

FAO. 2004. Drought impact mitigation and prevention in the Limpopo River Basin - A situation analysis. FAO Land & Water Discussion paper n° 4.

FAO. 2004. Directions for agricultural water management in Africa. FAO Land and Water Development Division - Inédit.

FAO. 2005. Factors affecting the development and management of water resources for agriculture in the Lake Chad basin. FAO-AGLW Internal note.

FAO. 2005. Factors affecting the development and management of water resources for agriculture in the Nile Delta. FAO-AGLW Internal note.

FAO. 2005. Large hydro-electricity and hydro-agricultural schemes in Africa. FAO-AGLW Internal note.

FAO. 2005. FAOSTAT - Base de données (http://faostat.external.fao.org).

FAO. 2005. AQUASTAT - Base de données (http://www.fao.org/ag/agl/aglw/AQUASTAT/dbase/index.stm).

Gleick, P. (ed.). 1993. Water in Crisis: A guide to the world’s fresh water resources. Oxford University Press for Pacific Institute. New York/Oxford. 473 p.

Gleick, P.H. et al. 2004. The World’s Water 2004-2005: The biennial report on freshwater resources. Island Press, Washington, D.C.

ICID. 2005. Sprinkler and micro-irrigated areas in some ICID member countries (http://www.icid.org).

IPTRID, FAO. 2003. The irrigation challenge - Increasing irrigation contribution to food security through higher water productivity from canal irrigation systems. Issue paper n° 4.

L’vovitch, M.I. 1974. World water resources and their future. Russian ed. Mysl. Moscow. Traduction en anglais par R.L. Nace, American Geological Union, Washington, 1979. 415 p.

Margat, J. 1991. Ressources en eau des pays africains, utilisation et problèmes. VIIe Congrès mondial des ressources en eau. Mai 1991, Rabat, Maroc. IWRA/AIRE. 21 p.

Margat, J. 1994. Les ressources en eau des pays de l’OSS - Evaluation, utilisation et gestion. Observatoire du Sahara et du Sahel, Paris. 83 p.

Nations Unies. 1987. Groundwater in Northern and Western Africa. UN-DTCD Natural Resources Water Series n° 18.

Nations Unies. 1988. Groundwater in Eastern, Central and Southern Africa. UN-DTCD Natural Resources Water Series n° 19.

OMS. 2005. World Malaria Report 2005.

PNUD. 2005. Les indices de développement humain (http://hdr.undp.org/statistics/data).

UNESCO. 1972. Étude des ressources en eau du Sahara septentrional. Rapport final + 7 annexes techniques.

UNICEF/WHO. 2005. Joint Monitoring Programme (JMP) for water and sanitation (http://www.unicef.org/statistics).

UNICEF. 2005. Statistics by country (http://www.unicef.org/infobycountry/index.html).

Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN). 2005. Vers une agence de bassin pour la Volta?

World Resources Institute. 1994. World Resources 1994-1995. A Guide to the Global Environment. Oxford University Press for WRI/UNEP/UNDP. 400 p.

World Resources Institute. 2003. World Resources 2002-2004. Decisions for the earth: balance, voice, and power.

TABLEAUX RÉCAPITULATIFS

Les tableaux récapitulatifs suivants sont disponibles pour l'Afrique:

Notes explicatives

Tableau 22

  • Les superficies cultivées de Djibouti et de l’Égypte ne correspondent pas aux valeurs de FAOSTAT car ces dernières étaient inférieures aux superficies équipées en maîtrise totale/partielle, du fait de l’arrondi des valeurs de FAOSTAT.

Tableau 27

  • Les pourcentages des superficies effectivement irriguées ne correspondent pas à l’année indiquée dans la deuxième colonne pour l’Angola (1996), la Gambie (1991), la Guinée (2000), le Malawi (1992), l’Ile Maurice (2004), le Niger (2005), la République démocratique de Congo (2000), et Swaziland (2002).
  • Le taux d’accroissement annuel élevé de l’irrigation du Ghana (30.1 pour cent) est du à l’irrigation informelle qui, bien que déjà existante, n’était pas incluse dans les superficies équipées pour l’irrigation de la précédente enquête d’AQUASTAT mais le sont maintenant.
  • Un inventaire en Guinée-Bissau entre 1994 et 1996 a permis de mieux connaître les superficies.
  • Le fort accroissement des superficies équipées pour l’irrigation du Mali (20.1 pourcent par an) s’explique par l’adjonction de superficies auparavant déclarées comme non équipées.
  • Cependant aucun nouvel investissement sur ces superficies n’explique ce reclassement; seule l’appréciation du niveau d’équipement a évolué.
  • Le taux d’accroissement du Soudan est négatif (-0.9 pourcent par an) car la dégradation de certains périmètres est telle qu’elle ne permet plus l’utilisation, ni la réhabilitation.
  • Pour la Zambie, le Rwanda et le Sénégal, les forts taux d’accroissements correspondent à l’équipement de superficies auparavant non équipées, et donc à un déplacement de certaines superficies de la catégorie «non équipée» à «équipée», mais les superficies totales en contrôle de l’eau n’ont pas connues un accroissement aussi important.

Tableau 28

  • Les superficies en contrôle de l’eau sont bien supérieures au potentiel d’irrigation en Jamahiriya arabe libyenne et en Algérie le potentiel d’irrigation ne prend en compte que les ressources en eau renouvelables, et ces pays utilisent également des ressources non renouvelables, principalement l’eau souterraine fossile.

Tableau 29

  • Les données des techniques d’irrigation ne sont pas complètes pour tous les pays d’Afrique. La somme des superficies des différentes techniques d’irrigation du Botswana et du Malawi n’est pas égale à la superficie en maîtrise totale/partielle car elles ne se réfèrent pas à la même année.

Tableau 30

  • Les données concernant l’origine de l’eau d’irrigation ne sont pas complètes pour tous les pays.

Tableau 31

  • La superficie totale des cultures irriguées (colonne 3) n’apparaît que pour les pays pour lesquels l’ensemble des cultures irriguées récoltées est connu et permet ainsi de calculer l’intensité culturale et la part de la principale culture irriguée.
  • Pour le Maroc, la superficie physique effectivement irriguée utilisée pour le calcul de l’intensité culturale (1 406 560 ha), se réfère à l’année 2000, afin de correspondre à l’année des superficies des cultures irriguées récoltées. Elle diffère donc de celle indiquée dans le profil (la valeur la plus récente datant de 2004).

CARTES CONTINENTALES

Les cartes continentales suivantes sont disponibles pour l'Afrique:

  • figure 5: Division régionale de l'Afrique,
  • figure 6: Précipitations moyennes annuelles,
  • figure 7: Densité de population,
  • figure 8: Ressources en eau renouvelables internes,
  • figure 9: Bassins versants internationaux,
  • figure 10: Prélèvement annuel d'eau,
  • figure 11: Prélèvements annuels d'eau en pourcentage des ressources en eau renouvelables internes,
  • figure 12: Potentiel d'irrigation par bassin versant,
  • figure 13: Superficies en contrôle de l’eau,
  • figure 14: Irrigation,
  • figure 15: Irrigation en pourcentage des superficies irriguées.

Notes explicatives

Égypte

  • Les prélèvements totaux en eau pour l’agriculture, l’industrie et les collectivités sont estimés à 63.8 km3 par an, ce qui correspond à 3 794 pour cent des ressources en eau renouvelables internes (1.8 km3). La plupart des prélèvements sont réalisés à partir des eaux du Nil transfrontalier dont 55.5 km3 sont assurés à l’Égypte grâce à un traité.

Jamahiriya arabe libyenne

  • Les prélèvements totaux en eau pour l’agriculture, l’industrie et les collectivités sont estimés à 4.3 km3 par an, ce qui correspond à 711 pour cent des ressources en eau renouvelables internes (0.6 km3). Cela s’explique par le fait qu’une quantité importante d’eau est prélevée à partir de ressources en eau souterraines non renouvelables, notamment des aquifères fossiles du sud du pays.

Mauritanie

  • Les prélèvements totaux en eau pour l’agriculture, l’industrie et les collectivités sont estimés à 1.7 km3 par an, ce qui correspond à 425 pour cent des ressources en eau renouvelables internes (0.4 km3). La plupart des prélèvements sont réalisés à partir des eaux du fleuve Sénégal transfrontalier mais aucun traité ne lui en assure la disponibilité.

Soudan

  • Les prélèvements totaux en eau pour l’agriculture, l’industrie et les collectivités sont estimés à 37.3 km3 par an, ce qui correspond à 124 pour cent des ressources en eau renouvelables internes (30 km3). La plupart des prélèvements sont réalisés à partir des eaux du Nil transfrontalier mais aucun traité ne lui en assure la disponibilité.


     
   
   
       
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