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Burkina Faso

Année: 2013 Date de révision: 2014 Type de révision: Mineure

Rapport régional: --

Version PDF: --

Carte et barrages:

Tableaux et figures:

Fiche et H2O:
Déni de responsabilité


Géographie, climat et population

Le Burkina Faso est un pays sahélien enclavé d’Afrique Occidentale d’une superficie totale de 274 220 km². Il partage ses frontières avec le Mali au Nord et à l’Ouest, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin au Sud et le Niger à l’Est. La superficie cultivée est de 6.07 millions d’hectares en 2012, dont 6 millions en terres arables et 0.07 million en cultures permanentes, soit 22 pour cent de la superficie totale. La majeure partie du pays est situé sur un plateau dit plateau central. Le relief est donc relativement plat et l’altitude moyenne (400 m) avec des extrêmes allant de 125 m au sud-est (région de Pama) à 749 m au sud-ouest (pic de Ténakourou). Les sols sont en général peu profonds, vulnérables à l’érosion hydrique et éolienne, et ce notamment en raison de la forte pression démographique et de l’intensité des cultures. Ils sont en général pauvres en éléments nutritifs.


Le climat est de type tropical à dominance sahélienne, caractérisé par deux saisons contrastées (une saison de pluies et une saison sèche) couplées avec deux régimes de vents (les vents humides de mousson porteurs de pluies et les vents secs d’harmattan, chauds et chargés de poussière). Le volume des précipitations croît du nord vers le sud. On distingue traditionnellement trois zones climatiques, où la pluviométrie varie fortement d’un mois à l’autre, août étant le mois le plus pluvieux; ces zones recoupent les unités phytogéographiques:

  • la zone sahélienne au nord avec une pluviométrie moyenne annuelle comprise entre 300 et 600 mm; la saison sèche dure de 7 à 9 mois (de octobre à juin) et la longueur de la saison végétative y est inférieure à 100 jour/an; la végétation naturelle est constituée de steppes herbeuses à arbustives, les arbres sont épars et localisés sur les cours d’eau.
  • la zone nord-soudanienne au centre avec une pluviométrie moyenne annuelle comprise entre 600 et 900 mm, la saison pluvieuse s’étale sur 4 à 5 mois (de juin à octobre); la végétation naturelle est caractérisée par une strate herbacée plus continue et des formations ligneuses plus denses du type savane arbustive à savane arborée. Les cultures y sont pratiquées dans les parcs agro-forestiers.
  • la zone sud-soudanienne au sud avec une pluviométrie moyenne annuelle comprise entre 900 et 1 200 mm, marquée par une saison des pluies pouvant durer jusqu’à 6 à 7 mois (de mai à octobre). C’est une zone à tapis herbacée plus dense et continu caractérisée par des savanes arborées à forêts claires avec des galeries forestières le long des cours d’eau. Avec des saisons végétatives de près de 160 jours/an, l’agriculture y est plus favorable grâce à des rendements plus importants liés à la pluviométrie mais aussi à la fertilité des sols.

La moyenne des températures varie selon les saisons entre 27°C et 30°C au sud et 22°C et 33°C au nord. Les valeurs de l’évapotranspiration potentielle (ETP) décroît de plus de 2 260 mm/an au nord en zone sahélienne à moins de 1 800 mm au sud-ouest en zone sud-soudanienne. Les valeurs les plus fortes sont observées entre février et mars, alors que les plus faibles valeurs se situent en juillet, août et septembre, mois au cours desquelles l’ETP est compensée par la pluviométrie Parallèlement, les valeurs de l’insolation sont élevées toute l’année tout en restant comprises entre 6 et 10 h/jour avec un cumul annuel allant de 2 830 heures environ au Sud-ouest à 3 350 heures au Nord (MECV, 2011).

Le pays connait une forte croissance démographique de l’ordre de 3 pour cent sur la période 2010-2015 (PNUD, 2013), avec une population estimée en 2013 à 16 935 000 habitants dont 71.8 pour cent de ruraux (Tableau 1). La densité de 61.8 habitants/km² est très importante comparé à certains pays voisins et se concentre de plus en plus dans le sud du pays du fait d’un phénomène migratoire qui y prend de l’ampleur en raison de la relative bonne pluviométrie et fertilité des sols de la région. La population est essentiellement jeune avec un âge médian en 2010 de 17 ans et l’espérance de vie à la naissance est de 56 ans en 2011 (PNUD, 2013). La pauvreté recule très faiblement en passant de 49.2 pour cent en 2003 pour cent de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, à 46.7 pour cent en 2009, bien supérieur en milieu rural qu’urbain (BM, 2013) et le pays a été classé 181ème sur 187 pays selon l’IDH 2013. Cependant le taux de chômage est extrêmement faible (3.3 pour cent en 2007, BM 2013). L’accès aux sources améliorées d’eau potable est passé de 64 pour cent en 2002 à 82 pour cent en 2012, correspondant à 76 pour cent en milieu rural et 97 pour cent en milieu urbain. En comparaison, l’accès aux infrastructures d’assainissement n’est que de 17.3 pour cent en 2010 (50 pour cent en milieu urbain et 6 pour cent seulement en milieu rural, UNICEF 2013). La scolarisation est faible, avec 79 pour cent sur la période 2002-2011 d’inscrit en primaire et seulement 23 pour cent en secondaire (UNDP, 2013). En conséquence, le taux d’alphabétisation des personnes âgées de plus de 15 ans a peu progressé et est passé de 22 pour cent en 2003 à 29 pour cent en 2007. Enfin, la prévalence du VIH/sida dans la population générale (15-49 ans) est estimée à 1.1 pour cent en 2011 (UNICEF, 2013).

Économie, agriculture et sécurité alimentaire

De 2002 à 2011 le produit intérieur brut est passé de 3 290 à 10 187 millions de dollars EU. Le PIB par habitant est estimé à 600 dollars EU par an et la part de l’agriculture dans le PIB représente 33.8 pour cent du PIB total en 2011; elle est très variable: au cours de la dernière décennie il a varié de 29.3 pour cent en 2000 à 40.2 pour cent en 2008, alors que le pays est essentiellement agricole. Le secteur emploie 92 pour cent de la population active en 2011, aussi bien féminine (48 pour cent) que masculine (52 pour cent). Le coton, principal produit exporté, est à présent suivi des minerais exploités dont les exportations sont en nette progression.

L’agriculture burkinabé étant une agriculture de subsistance, la production vivrière occupe une place de choix dans les décisions de production. Les transactions céréalières sont moins importantes que celles des autres produits agricoles tels que le niébé, l’arachide et le sésame dont la demande est forte. Les produits de rente constituent une importante source de revenu des ménages agricole et contribue à une meilleure gestion de la production céréalières par les ménages (achats compensatoires). Le coton reste le principal produit agricole d’exportation. Les méthodes culturales sont extensives sur l’ensemble du pays mais les rendements vont croissants du nord au sud, parallèlement à la pluviométrique et la fertilité des sols. L’extension de la surface cultivée dans la zone sud-soudanienne est significative et consécutive au développement de la culture du coton et à la migration des populations à la recherche de conditions plus favorables à l’agriculture.

Le bilan céréalier national—mil, sorgho, blé, fonio, maïs et riz pour l’alimentation des populations—définitif de la campagne 2011-2012 est déficitaire, présentant un solde négatif évalué à 157 802 tonnes, compensés en partie par des importations et l’aide alimentaire. Au niveau national, 51 pour cent des ménages n’arrivent pas à couvrir leurs besoins céréaliers avec leur propre production. La précarité céréalière touche 34 pour cent des ménages agricoles, l’indice de sous-alimentation est de 30.35 pour cent—en hausse de 5.8 pour cent par rapport à la campagne 2010-2011—, et la prévalence de la malnutrition aiguë est de 10.2 pour cent avec de fortes disparités entre les régions (DGPER, 2012).

Sur les 6 millions d'hectares de superficie arable du pays, les céréales traditionnelles cultivées en pluvial (mil, sorgho, fonio, maïs) représentent plus de 3.7 millions d’hectares environ (campagne 2011-2012) et le riz occupe environ 98 000 ha. Les principales autres cultures sont le coton (au sud et à l’est du pays) et l’arachide en pluvial, puis les cultures maraîchères et fruitières, ainsi que la canne à sucre (DGPER, 2012). Les superficies équipées pour l’irrigation d’environ 54 275 ha en 2011 ne représentent que 0.9 pour cent de la superficie cultivée.

Ressources en eau

Le Burkina Faso est drainé par cinq bassins hydrographiques nationaux—la Comoé, le Mouhoun, le Nakanbé, Nazinon et le Niger—inclus dans trois bassins hydrographiques internationaux que sont:

  • la Volta qui s’étend sur 17.300 millions de ha au centre et à l’ouest, soit 63 pour cent du pays, et charrie ses eaux en direction du Ghana, avec comme cours d’eau pérennes: Mouhoun, Kou, Sourou, Pendjari, Kompienga, Nakanbé, Nazinon et Sissili;
  • le Niger qui occupe 8.362 millions de ha, soit 30 pour cent du territoire à l’est et au nord, dont les ressources en eau de surface provenant du Beli, du Gorouol, du Dargol, de la Faga, de la Tapoa-Mekrou, du Sirba Gouroubi, de Bonsoaga, de Dyamangou et de Banifing;
  • la Comoé couvrant 1.760 millions de ha, soit 7 pour cent du pays, qui draine ses eaux vers la Côte d’Ivoire avant de se jeter dans le Golfe de Guinée, avec quelques barrages.

A l’exception de ces cours d’eau, principalement au sud-ouest du pays, toutes les rivières du Burkina Faso sont temporaires.

En ce qui concerne les réserves souterraines, environ 82 pour cent du territoire repose sur le socle cristallin, qui n’est pas apte à contenir des aquifères épais, continus et productifs. Les eaux souterraines se localisent uniquement dans les fissurations, altérations ou fracturations des roches avec des taux de réussite faibles pour les forages et des débits insuffisants pour l’approvisionnement des agglomérations importantes ou pour l’irrigation à grande et moyenne échelles. Les ressources en eau renouvelables souterraines internes sont estimées à 9.5 km3/an et celles en eaux de surface à 8 km3/an. Ainsi, compte tenu de la partie commune entre elles correspondant à environ 50 pour cent des eaux de surfaces–soit 5 km3/an–qui permettent la réalimentation des nappes, les ressources en eau renouvelables internes sont estimées à 12,5 km3/an, ou 738 m3/an/habitant en 2013 (Tableau 2). Les ressources en eau renouvelables totales sont identiques–12.5 km3/an–du fait d’absence de flux entrant dans le pays qu’il s’agisse d’eau superficielle comme d’eau souterraine. L’indice de dépendance du pays est également nul. En revanche, 12.2 km3/an d’eau superficielle quittent le pays dont 8.7 km3/an vers le Ghana principalement via la Volta, 1.3 km3/an vers la Cote d’Ivoire, 1 km3/an vers le Niger via de petits cours d’eau et 1.2 km3/an vers le Togo.


Les ressources en eau exploitables sont de l’ordre de 4.750 km3/an, soit 280 m3/an/habitant pour la population de 2013, et provenant uniquement d’eau de surface car dans l’état actuel de péjoration climatique et tant que les aquifères ne se rechargent pas, les eaux souterraines doivent être considérées comme des ressources non exploitables, voire non renouvelables.

Le pays dispose de nombreuses zones humides (rivières, lacs naturels, mares, barrages, bas-fonds, etc.) dont 652 500 ha répartis sur 15 sites sont protégés par la convention RAMSAR, auquel le Burkina Faso a adhéré depuis 1990. Actuellement, le pays compte 136 barrages de plus 1 million de m3, dont la capacité totale de stockage cumulée est estimée à 5.287 km3 (MAH, 2012). Cette capacité s’accroît si l’on prend en compte les près 800 autres retenues d’eau de capacités inférieures (barrages, mares et boulis). Ces retenues sont principalement situées sur le bassin hydrographique international de la Volta, notamment les bassins hydrographiques nationaux du Nakanbé et du Nazinon. La partie centrale du pays (régions administratives du Centre, Centre-Est, Centre-Nord, Centre-Ouest et Centre-Sud) est la zone de concentration par excellence des barrages, lacs, mares et boulis. Les principales zones humides du Burkina Faso sont les zones de prédilection pour le développement de la riziculture (Sourou, Bagré, Kompienga, Kou, Banzon, Mogtédo, Douna, Samandéni).

De plus, le pays étant enclavé, la production d’eau à partir de dessalement d’eau de mer est inexistante. Les eaux usées domestiques s’épandent généralement dans des fosses au niveau de chaque ménage. Uniquement dans les grands centres urbains (Ouagadougou et Bobo Dioulasso), une partie (2.4 millions m3/an) est canalisée par les systèmes d’assainissement, provenant d’usages industriels et domestiques mais ne sont cependant pas traitées pour l’essentiel. Seul 1.350 million de m3 l’ont été en 2011 par l’Office National de l’Eau et de l’Assainissement (ONEA) à Ouagadougou et Bobo Dioulasso: 0.885 million de m3 à Ouagadougou et 0.464 million de m3 à Bobo Dioulasso (DGRE-DGAEUE-ONEA, 2012).

Eaux internationales: enjeux

L’Autorité du Bassin du fleuve Niger (ABN), créée en 1964 avec pour siège Niamey (Niger), et l’Autorité du Bassin de la Volta (ABV) créée en 2005 dont le siège est à Ouagadougou (Burkina Faso), sont les institutions sous-régionales qui participent à la formulation de traités et d’accords pour la gestion partagée des deux principaux bassins hydrographiques. Ces deux institutions sont régies chacune par une convention approuvée par les Etats membres. A cet effet, l’ABN, qui couvre neuf pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, a élaboré une Charte de l’eau et des textes annexes pour la gestion concertée des ressources de ce bassin. Six pays de l’Afrique occidentale sont membres de l’ABV. Seul le bassin de la Comoé, partagé essentiellement entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, ne dispose pas encore d’institution de coopération pour la gestion de ses ressources.

Par ailleurs, dans le cadre de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), un Centre de Coordination des Ressources en Eau (CCRE) a été mis en place depuis 2001, en raison de la place stratégique des ressources en eau dans la sous-région et en rapport avec les péjorations climatiques. Les observatoires des bassins hydrographiques de chacune de ces trois organisations, ont pour vocation la gestion et le suivi des ressources en eau afin d’aider la prise de décision notamment d’alerte précoce et de gestion de catastrophes.

Enfin, quatre autres institutions s’affirment dans le domaine opérationnel de l’eau et spécifiquement dans l’irrigation au niveau régional:

  • l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) à travers le financement de projets et programmes;
  • l’Agence intergouvernementale panafricaine Eau et Assainissement en l’Afrique (EAA)—‘Water and Sanitation in Africa’ (WSA) en anglais—, ex-Centre Régional pour l’Eau Potable et l’Assainissement (CREPA) depuis 2011;
  • le Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS);
  • les 2iE sont une structure de formation régionale pour la gestion des ressources en eau.

Utilisation de l’eau

Au Burkina Faso, le potentiel hydraulique reste faiblement mobilisé avec seulement 4 pour cent des ressources renouvelables totales exploitées en 2000 (Tableau 3). La compétition entre les utilisateurs de l’eau repose essentiellement entre les usages domestiques et l’irrigation. La pression des deux usages, conjuguée à l’évaporation élevée, sont les principales raison de tarissement précoces (décembre/janvier) des zones humides entraînant la disparition des ressources halieutiques et l’encroutement des sols dans les lits des cours d’eau.




Les prélèvements du secteur de l’irrigation sont estimés à 0.421 km3 en 2005, soit 51 pour cent du prélèvement total (Tableau 3 et Figure 1); ceux des municipalités s’élèvent à 0.376 km3 alors que l’industrie ne prélève que 0.022 km3 la même année, soit un prélèvement total de 0.818 km3 en 2005 (Tableau 4). Les prélèvements d’eau souterraine (0.011 km3 en 1998) sont peu fluctuants (puits et forages réellement fonctionnels) du fait de leur faible importance dans les utilisations (eau domestique et petite irrigation) relativement à l’exploitation des ressources en eau de surface. L’utilisation des eaux usées s’opère essentiellement dans les centres urbains pour l’irrigation informelle notamment pour l’arrosage des productions maraîchères et l’horticulture.

Par ailleurs, le stress hydrique—pourcentage de la quantité d’eau utilisée par rapport aux ressources disponibles—est de 10.6 pour cent en année normale et de 21.8 pour cent en année très sèche avec des divergences entre les bassins versant allant de 30.2 pour cent dans le bassin de la Comoé à 13.5 pour cent dans le bassin du Niger (MEE, 2001).

Irrigation et drainage

Évolution du développement de l’irrigation

Les superficies potentielles irrigables du Burkina Faso sont estimées entre 165 000 ha (MEE, 2001) et 233 500 ha (MAHRH, 2004) selon l’inclusion ou non de zones d’aménagements de sites anti-érosifs (Tableaux 4 et 5). De plus, le potentiel de bas-fonds et de plaines aménageables est estimé à environ 1.9 millions ha dont 500 000 ha considérés comme facilement aménageables si l’on prend en compte les critères d’ordre socio-économiques (BM, SP-CPSA. 2012).

L’historique de l’évolution des superficies irriguées est liée à la politique agricole nationale qui a elle-même évolué en tenant compte des aléas climatiques et des besoins d’assurer une autosuffisance alimentaire des populations (Tableaux 6 et 7). Avant 1960, l’administration coloniale a réalisé environ 1 000 ha de superficie irriguée à Loumana et Léra (1957) pour la production de riz de bas-fonds. Au lendemain des indépendances du pays en 1960, s’est développée une politique associant la construction de barrages à des périmètres irrigués: par exemple à Louda en 1968 avec 188 ha et à Boulbi avec 75 ha entre 1968 et 1970. La grande sécheresse de 1973 va amener le Burkina Faso à s’engager dans une politique de développement des aménagements hydro-agricoles à travers divers projets et programmes qui ont permis l’aménagement de 4 461 ha de superficies irriguées et de 800 ha de bas fonds entre 1974 à 1987 à l’aval des barrages existants (Kou, Banzon, Karfiguéla, Sourou, Douna) et le programme «40 barrages»; l’entreprise privée nationale dans le domaine n’était pas encore développée. A partir des années 1985, le développement de l’irrigation passe par la promotion des projets et programmes de développement intégrés incluant la réalisation des infrastructures d’hydrauliques d’irrigation et les aspects de la mise en valeur des aménagements hydro-agricoles. Enfin, à partir de 1990 le Burkina Faso s’est engagé dans un processus de réforme de son économie (Programme d’Ajustement Structurel) dont la conséquence a été le désengagement de l’Etat du secteur de la production agricole pour le céder au secteur privé, ce qui a favorisé l’émergence de l’irrigation privée ou communautaire.




En 2004, les superficies irriguées hors bas-fonds occupaient ainsi 25 058 ha dont 21 158 ha en irrigation de surface et 3 900 ha irrigués par aspersion. Pour soutenir la production, 7 200 ha de bas-fonds étaient également aménagés en maîtrise partielle de l’eau. De 2004 à 2011, l’accroissement des superficies aménagées est la conséquence directe du développement des aménagements de bas-fonds et de l’irrigation de surface. Les grandes superficies irriguées sont localisées dans la vallée du Sourou (Mouhoun), à Bagré (Centre Est), à Samendeni (Hauts Bassins), à l’aval des barrages de Soum (Centre Ouest) et de Dourou (Nord). Les systèmes d’irrigation à grande et moyenne échelles exploités par le secteur privée concernent la production de la canne à sucre à Banfora (Cascades) et la production rizicole et celle de maïs dans les régions des Hauts Bassins, le long des fleuves Comoé et Mouhoun. L’opération Bondofa, lancée en 2011, pour la production de maïs est venue accroître les superficies des cultures céréalières dans les bas-fonds aménagés en saison sèche. L’irrigation de petite taille s’est développée sur tout le territoire notamment dans les régions administratives du Plateau central, des Hauts Bassins, du Mouhoun, des Cascades, du Centre Ouest, du Centre Est, du Centre Sud et du Nord. Elle est principalement orientée vers la production maraîchère pour l’approvisionnement des centres urbains en légumes (oignon, tomate, laitue, concombre, chou, haricot vert, etc..). Grâce à ces divers projets, 4 672 ha additionnels étaient aménagés en maîtrise totale de l’eau pour l’irrigation et 17 345 ha de bas-fonds en maîtrise partielle entre 2004 et 2011.

Ainsi en 2011, les superficies irriguées en maîtrise totale occupent 29 730 ha—grands aménagements de 12 793 ha, les moyens aménagements de 3 237 ha et les petits aménagements de 13 700 ha (Figure 2)—pendant que les bas-fonds aménagés ont atteint 24 545 ha en maîtrise partielle de l’eau, soit une superficie totale irriguée de 54 275 ha (BM, SP-CPSA. 2012). Le développement des superficies équipées s’est accéléré depuis 2001 avec une augmentation moyenne annuel de 7.8 pour cent, contre seulement 4.4 pour cent pour la période 1992-2012. De plus, 21 400 ha de bas-fonds étaient cultivés sans contrôle de l’eau en 2000 et 22 406 ha en 2009 (Figure 3).




L’irrigation au Burkina Faso est dominée par l’irrigation de surface avec 25 389 ha. L’irrigation par aspersion est pratiquée pour la culture de la canne à sucre sur 3 900 ha et l’irrigation localisée qui se développe depuis une décennie pour les productions maraîchères et l’arboriculture reste embryonnaire sur 441 ha.

Le développement de l’irrigation du type privé a porté les périmètres irrigués avec maîtrise totale de l’eau de moins de 20 ha (13 700 ha) à un niveau supérieur à l’irrigation de grande taille, plus de 100 ha (12 793 ha). Les périmètres de taille moyenne (entre 20 et 100 ha) restent les moins fréquents.

Concernant les techniques d’approvisionnement en eau, 75.3 pour cent des irrigants puisent l’eau manuellement. L’irrigation par motopompe concerne 15.2 pour cent des irrigants et la proportion des irrigants utilisant des pompes à pédale est de 6.3 pour cent. Enfin la méthode de décrue équipée en zone basse n’est employée que par 3.2 pour cent des irrigants (MAH, 2011).

Enfin, la petite irrigation urbaine à partir des eaux usées ou irrigation informelle (rejets urbains et industriels) approvisionne en produits horticoles les grandes agglomérations importantes (Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, etc.). Les superficies aménagées sont importantes mais non renseignées (BM, SP-CPSA. 2012).

Rôle de l’irrigation dans la production agricole, l’économie et la société

Le développement de l’irrigation est en croissance significative afin de participer à l’autosuffisance alimentaire et la réduction de la pauvreté, surtout en milieu rural. Ainsi, la tendance est l’accroissement des superficies aménagées des bas-fonds pour la production céréalière (maïs et riz) tandis que la production maraîchère est une activité génératrice de revenus et essentiellement orientée vers l’accroissement du pouvoir d’achat des producteurs.

Les coûts afférents aux aménagements hydro-agricoles sont fonction de la taille de la superficie irriguée. Le coût d’équipement pour les grands périmètres est compris entre 14 000 $UE et 20 000 $EU à l’hectare. Le coût d’équipement des périmètres de taille moyenne est compris 12 000 $EU et 14 000 $EU/ha en fonction de la technique d’irrigation (gravitaire ou pompage), celui de la petite irrigation entre 300 $EU et 4 000 $EU/ha et enfin celui des bas-fonds entre 2 800 et 7 000 $EU. Les coûts élevés sont dus au fait qu’ils dépendent largement des types d’infrastructure de stockage de l’eau (barrages, puits et bas-fonds) et de son transport justifiant que les productions agricoles irriguées concernent essentiellement les produits de rente. Les productions autoconsommées sont peu significatives et ne concernent souvent que les invendus. Les couts d’entretiens sont de 125, 80, de 10 à 40 et 50 $EU pour les grands, moyens, petits périmètres et les bas-fonds respectivement (BM, SP-CPSA. 2012).

Les cultures irriguées couramment pratiquées sont: le riz, le maïs, le niébé, une vingtaine de cultures maraîchères (dont l’oignon, le chou, la laitue, la carotte, la tomate, etc..), la canne à sucre et les bananiers (Figure 4). En dehors de la monoculture de la canne à sucre, les rotations recommandées sur les superficies irriguées pour en assurer une rentabilité économique et financière sont:

  • sur les grands périmètres: i) riz en culture hivernale, ii) le chou, l’oignon, le riz et le maïs en saison sèche;
  • sur les périmètres de taille moyenne: i) l’oignon en culture hivernale, ii) le riz et le niébé en saison sèche; le niébé est la culture la plus économiquement et financièrement rentable dans les moyennes superficies irriguées;
  • sur les petits périmètres: i) le niébé en période hivernale, ii) la pomme de terre, la tomate, le chou, l’oignon, le haricot vert, et le riz en saison sèche; ainsien petite irrigation, la pomme de terre, la tomate, le chou et l’oignon sont les spéculations les plus rentables./li>


L’agriculture irriguée contribue de manière remarquable à la sécurité alimentaire et nutritionnelle au Burkina Faso, hormis pour les céréales qui restent essentiellement tributaire de la production pluviale. En effet, la part des productions irriguées dans la production agricole totale en 2010 est évaluée à 10 pour cent (Gouvernement du Burkina Faso, 2012), pour seulement 1 pour cent des superficies cultivées. Au cours de la campagne 2011-2012, les rendements de la culture irriguée du maïs sont de 4.6 t/ha en saison sèche et 3.7 t/ha en saison hivernale. Pour le riz irrigué les rendements sont de 4.7 t/ha en saison sèche et 2.9 t/ha en période de pluie (DGPER, 2012). L’ensemble du maraîchage irrigué commercialisé a été estimé à 675 232 tonnes en 2008, correspondant à plus de 164 millions de $EU; l’oignon, le chou et la laitue représentant à eux seuls 77 pour cent de cette valeur (MAH, 2011).

Ainsi, l’agriculture irriguée constitue une source de redistribution des revenus pour les fournisseurs d’intrants et les transporteurs et contribue à la création d’emplois. En 2011, le nombre d’emplois dans l’agriculture irriguée est évalué à 1.2-1.5 millions de personnes (BM, SP-CPSA. 2012). Elle apparait également comme un moyen efficace de promotion des groupes vulnérables que sont les femmes et les jeunes: existence de milliers d’emplois féminins dans les micro-unités de transformation du maïs et du niébé, l’engouement des femmes à l’aval de la filière riz à travers la collecte, l’étuvage et la commercialisation. Dans la filière des légumes, il survient un quasi-monopole de la distribution des légumes dans les centres urbains par les femmes qui réalisent également la transformation artisanale. Elles sont par ailleurs les principales productrices des légumes dans les petites superficies irriguées. Cependant, elles ne représentent que 7 pour cent des membres des comités d’irrigants (MAH, 2011).

Gestion de l’eau, politiques et dispositions législatives régissant l’utilisation d’eau en agriculture

Institutions

Au niveau national, les acteurs principaux de l’agriculture irriguée sont les ministères, alors que les départements ministériels qui en dépendent sont responsables de la mise en œuvre de la politique nationale et des stratégies de gestion des ressources en eau. De plus, certaines structures sont directement rattachées aux Ministères:

  • le Ministère de l’agriculture et:
    1. la Direction générale des ressources en eau (DGRE)
    2. la Direction générale de l’aménagement et du développement de l’irrigation (DGADI)
    3. la Direction générale du foncier, de la formation et de l’organisation du monde rural
    4. le Secrétariat exécutif du Conseil national de sécurité alimentaire
    5. l’Autorité de la mise en valeur des vallées du Sourou (AMVS)
    6. le Bureau national des sols
    7. le Fonds de l’eau et de l’équipement rural (FEER) en appui à la production agricole
    8. le Programme d'appui à la gestion intégrée des ressources en eau (PAGIRE)
    9. l’Office national des barrages et aménagements hydro-agricoles (ONBAH)
  • le Ministère des ressources en eau et:
    1. la Direction générale de l’assainissement des eaux usées et excréta (DGAEUE)
    2. l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) approvisionne les centres urbains en eau domestique, et se charge également de l’épuration de l’eau et l’assainissement des eaux usées
    3. les agences de l’eau
  • le Ministère de l’environnement et du développement durable qui contrôle des pollutions des eaux notamment avec:
    1. le Secrétariat Permanent du Conseil national de l'environnement et du développement durable
  • le Ministère des ressources animales
  • le Ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation et:
    1. la Direction générale de l’aménagement du territoire et de l’appui à la décentralisation

La Maîtrise d’Ouvrage de Bagré (MOB) et plus spécifiquement le Pole de Croissance de Bagré sont passées sous tutelle du Premier Ministère en raison de leur importance stratégique. Tout comme l’AMVS, la MOB a été mise en place pour la gestion des infrastructures hydrauliques et l’aménagement de superficies hydro-agricoles pour soutenir la production céréalière nationale. Le Conseil National de l’Eau et le Comité Technique de l’Eau sont des structures transversales de concertation et de coordination interministérielles du domaine de l’eau au niveau national. Le Comité Technique a un rôle consultatif.

Au niveau local, les directions régionales et provinciales des ministères, les services départementaux au niveau des communes, les collectivités locales, et la société civile participent également à la gestion de l’eau au Burkina Faso. Ce sont les collectivités locales qui disposent de pouvoirs étendus à la gestion de l’environnement et à la maîtrise d’ouvrage des infrastructures hydrauliques de leurs communes. La société civile dont les acteurs sont organisés en associations professionnels ou organisations non gouvernementales, sont souvent des maîtres d’œuvre délégués: le Comité national d’irrigation et du drainage du Burkina (CNID-B), l’Association des professionnels de l’irrigation et des activités connexes (APIPAC), les Associations d’usagers de l’eau (AUE), etc.

Gestion de l’eau

Les cinq agences de l’eau du pays sont des organes de gestion de l’eau au niveau décentralisé: (i) Cascade pour le bassin hydrographique national de la Comoé, (ii) Mouhoun pour le bassin hydrographique national du même nom, (iii) Nakanbé pour le bassin hydrographique national correspondant, (iv) Liptako pour les sous-bassins nationaux du Beli, du Gorouol, du Dargol et de la Faga (au nord du pays et au sud du fleuve Niger), et (v) Gourma pour les sous-bassins nationaux de la Tapoa-Mekrou, du Sirba Gouroubi, de Bonsoaga, de Dyamangou et de Banifing (à l’Est du pays et à l’Ouest du fleuve Niger). Chaque Agence de l’eau comprend les organes et les instances suivantes: un comité de bassin, un conseil d’administration, des comités locaux de l’eau, et des comités d’irrigants pour appuyer son fonctionnement. Un comité d’irrigants est une association communautaire mise en place pour la gestion d’une superficie aménagée pour l’irrigation ou d’un bas-fond aménagé pour la production agricole. Son ressort territorial est donc local et relatif à la superficie aménagée. Il regroupe les irrigants locaux et collaborent avec les comités villageois de développement pour assoir les bases consensuelles de gestion des ressources hydrauliques et du foncier rural.

Ces institutions locales reçoivent des appuis techniques des Directions régionales et provinciales de l’agriculture et de l’hydraulique, renforçant ainsi de leur capacité d’intervention. Par ailleurs, des formations et des paquets technologiques sont mis à la disposition des producteurs par l’Institut national de l’environnement et de la recherche agricoles (INERA), déterminants pour recevoir les équipements et le matériel de production ainsi que les subventions financières décidés par les départements ministériels, le FEER notamment.

Les AUE et autres groupes de la société civile tels le CNID-B et l’APIPAC prennent part aux travaux du Conseil National de l’Eau qui émet des avis à l’attention des décideurs politiques.

Financement

Une redevance hydro-agricole servant à financer l’entretien et la gestion des infrastructures hydrauliques sur les périmètres irrigués est payée par les irrigants. Elle est recouvrée et gérée directement par les exploitants. Elle s’élève à environ 50 $EU par hectare et par an. Cependant le taux de recouvrement de cette redevance varie de manière importante entre les divers types de périmètres: de 90 pour cent sur les périmètres de taille moyenne à très faible sur les petits périmètres et les bas-fonds (BM, SP-CPSA. 2012).

Par ailleurs, la politique nationale de développement durable de l’agriculture irriguée (PNDDAI) prévoit des mécanismes de financement de l’agriculture irriguée par l’octroi de crédits aux irrigants à travers leurs associations. Elle prévoit également des subventions aux productions par l’octroi d’intrants comme les semences et les engrais, l’équipement des producteurs (motopompes, forages avec différents modèles de pompage) et le don de matériel (brouettes, pioches, charrues, etc..). Le fonds de l’eau et de l’équipement rural est fonctionnel à cet effet.

Enfin, la loi 058/2009/AN du 15 décembre 2009 portant création d’une taxe parafiscale, au profit des agences de l’eau sur le prélèvement de l’eau brute, la modification du régime de l’eau et la pollution de l’eau permet aux bénéficiaires de constituer des ressources pour le financement des activités agricoles utilisatrices de l’eau.

Politiques et dispositions législatives

La PNDDAI découle du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (MAHRH, 2004), convertit en Stratégie de Croissance Accélérée pour le Développement Durable (SCADD) adoptée en 2011. A travers son Programme d’Action du Gouvernement pour l’Emergence et le Développement Durable (PAGEDD) 2011-2015 (Gouvernement du Burkina Faso, 2011), la SCADD tente d’élargir les pôles de croissance dans les secteurs clés qui offrent un potentiel pour les exportations et accroissent les recettes dans les zones rurales en prenant en compte à la fois l’efficacité économique, la variabilité environnementale et l’équité sociale pour induire une mutation qualitative et durable du système productif burkinabé. Pour le secteur agricole a été développé un Programme National du Secteur Rural (PNSR, Gouvernement du Burkina Faso. 2012). Ce dernier constitue à présent le cadre stratégique pour le sous-secteur de l’agriculture irriguée. Il présente entre autres les principaux axes d’orientation de la politique et les objectifs du Gouvernement en la matière. Son objectif est d’accroître les superficies en maîtrise d’eau en assurant la disponibilité en eaux de surface et souterraines. La mise en œuvre de ce programme sera suivie à travers les indicateurs suivants: (i) la capacité de stockage en eau de surface, (ii) les superficies en maîtrise de l’eau et (iii) la part des productions irriguées dans la production agricole totale. Son défi actuel est de maintenir la dynamique de réalisation des infrastructures d’hydraulique agricole afin d’augmenter de 50 pour cent la part des aménagements hydro-agricoles dans la production nationale à l’horizon 2015 conformément aux objectifs de la SCADD.

Sur le plan législatif, le Burkina Faso a adopté:

  • la loi 023/94/ADP du 19 mai 1994 portant code de santé publique au Burkina Faso (article 12) évoque les normes de potabilité réglementaires et les règlements sanitaires auxquels toute distribution d’eau doit être soumise;
  • la loi 005/97/ADP du 30 juin 1997 portant Code de l’environnement au Burkina Faso: les articles 48 et 50 réglementent les activités susceptibles de dégrader la qualité des eaux de surface ou souterraines et des sols;
  • la loi 014/99/AN du 15 avril 1999 portant règlementation des sociétés coopératives et groupements au Burkina Faso;
  • la loi 002-2001/AN du 8 février 2001 portant loi d’orientation relative à la gestion de l’eau, donne les orientations de la politique nationale de l’eau visant une gestion intégrée des ressources;
  • le décret 2005-193/PRES/PM/MAHRH/MFB du 04 avril 2005 portant procédures de détermination des limites des dépendances du domaine public de l’eau;
  • la loi 058/2009/AN du 15 décembre 2009 portant institution d’une taxe parafiscale au profit des agences de l’eau sur le prélèvement de l’eau brute, la modification du régime de l’eau et la pollution de l’eau;
  • la loi 034/2009/AN du 16 juin 2009 portant régime foncier rural;
  • les décrets 2010-399 à 2010-406/PRES/PM/MAHRH/MRA/MECV/MATD/MJ du 29 juillet 2010 pour l’application de dispositions de la loi portant régime foncier rural.

D’une part, ces textes favorisent la sécurité foncière et donc la promotion de l’investissement privé en milieu rural. D’autre part, ils garantissent l’équité de l’accès à l’eau pour tous les citoyens et uniformisent les conditions de réalisation d’infrastructures hydrauliques et d’exploitation et d’utilisation des eaux afin d’atteindre les objectifs de la SCADD et notamment les objectifs du millénaire pour le développement. En outre, ils règlementent la formation des groupements et associations coopératives dont ceux des irrigants et définissent leurs prérogatives et droits communautaires.

Environnement et santé

Qualité des eaux

L’économie du pays, exclusivement basée sur la mise en valeur des ressources naturelles (agriculture, élevage, exploitation forestière et minière), est un facteur de fortes pressions sur celles-ci et les milieux naturels qui, conjuguée avec les changements climatiques, est à l’origine d’une érosion croissante de son capital naturel. Ainsi, le Burkina Faso est confronté à: un stress hydrique accru, une dégradation de la qualité de ses eaux, une dynamique de dégradation des sols et du couvert végétal, et donc l’érosion de sa biodiversité et le développement accéléré des problèmes d’environnement (MECV, 2011).

Des mesures ponctuelles réalisées dans le bassin de Nakanbé et dans les eaux de forage du bassin du Niger montrent que:

  • les eaux des puits ouverts (eaux souterraines) et celles des lacs de surface sont à des proportions diverses infestées par des coliformes et des streptocoques fécaux dans des ratios allant pour les coliformes totaux de 300 à plus de 1 000 pour 100 mL d’eau en 2010;
  • la pollution par les pesticides reste peu perceptible et le plus souvent au dessous des normes de l’OMS;
  • la pollution aux métaux lourds (arsenic notamment) est naturellement localisée dans la région administrative du Nord et est liée à la nature des formations rocheuses.
  • la pollution des eaux par les engrais chimiques reste dominante au centre et au sud du pays: le lindane et l’iso-benzène sont détectés dans les eaux souterraines à Solenzo, et l’a-endosulfan est retrouvé dans les eaux de surface de la vallée du Kou;
  • Enfin, dans les superficies cultivées en canne à sucre à Banfora (espace géré par la société SOSUCO), en plus de taux élevé d’engrais dans les eaux, il a été noté la présence de l’atrazine dans les sols.

Néanmoins, l’utilisation des engrais et des pesticides régresse progressivement grâce aux engagements internationaux—convention sur le commerce des pesticides, convention de Bâle sur les exportations de déchets toxiques et convention de Stockholm sur polluants organiques persistants—, l’application des lois (41/96/ADP du 8 novembre 1996 et sa modificatif 006/98/AN du 26 mars 1998) instituant un contrôle des pesticides dans le pays et à la promotion des fosses fumières pour la production de fumure organique et la culture du coton transgénique résistant à certains vecteurs parasitaires.

Malgré la dégradation de la qualité des ressources en eau, il faut noter que les conflits nés dans les superficies irriguées sont essentiellement des conflits du type foncier que de compétition à l’utilisation de l’eau.

Impacts de la gestion de l'eau en agriculture sur l'environnement

La déforestation des berges des cours d’eau ont pour impact direct l’ensablement et l’envasement de ceux-ci. Du fait de ce phénomène, les sédiments s’accumulent dans les lits des cours d’eau entrainant leur comblement progressif. Ce phénomène prend de l’ampleur dans bassin du Niger où les sols sont sableux et l’érosion hydrique accéléré. Le comblement des cours d’eau engendre des inondations temporaires. Par ailleurs, avec une pluviométrie en constante baisse, les stocks d’eau dans les cours d’eau, les lacs et mares s’amenuisent de sorte qu’ils tarissent précocement, réduisant la disponibilité en eau pour les activités anthropiques. De manière identique, les zones humides sont fortement menacées d’assèchement par l’ensablement, l’érosion, l’envasement et les pollutions, dû aux mauvaises pratiques d’utilisation des terres en amont. La stérilisation des berges provoquent la disparition de nombreuses espèces de flore dont certaines sont endémiques des zones humides (MECV, 2011). L’urbanisation autour des zones humides et la croissance démographique dans les centres urbains entraîne une occupation anarchique des bas-fonds et lits des plans d’eau aux fins d’habitation.

Par ailleurs, les maladies liées à l’eau restent significativement importantes. En 2011, plus de cinq millions de cas de paludisme simple et grave ont été notés dans l’ensemble du pays. Les cas de diarrhée sont en croissance depuis 2008 et atteignent plus 400 000 cas en 2011; enfin le cholera a fait une réapparition en 2011 avec 46 cas (DGSGS, 2012).

Perspectives pour la gestion de l’eau en agriculture

La PNDDAI, élaborée en 2004, pour accroître les aménagements de superficies irriguées et de bas-fonds afin de compenser les déficits des productions pluviales et de procurer des revenus monétaires aux producteurs, a été remplacée par le PNSR—émanant de la SCADD—pour la période 2011-2015. Les orientations choisies pour le développement de l’irrigation passent par: i) la promotion des aménagements hydro-agricoles simples, adaptés et peu coûteux, en particulier de la petite irrigation et des bas-fonds; ii) le développement d’une riziculture intensifiée en vue de couvrir les besoins en riz du pays; iii) et surtout d’encourager le développement de la diversification des cultures de contre-saison. Ces orientations consacrent la privatisation de l’agriculture irriguée à travers une dizaine de projets et programmes dont les objectifs sont (Gouvernement du Burkina Faso, 2012):

  • l’aménagement de 17 000 ha de nouveaux périmètres irrigués (à Samendeni, Sourou, Bagré, etc.) et de 35 000 ha de bas-fonds; au moins 30 pour cent de ces superficies devant être affectées aux groupes vulnérables (femmes, jeunes);
  • la réhabilitation de 1 500 ha de terres irriguées (Karfiguéla, Talembika, Bama, etc.);
  • le développement de petits ouvrages de mobilisation des eaux: i) 7 000 puits maraîchers, ii) 105 boulis, iii) 10 00 bassins de captage et/ou de collecte des eaux de ruissellement; ainsi que des forages manuels, des bassins de collecte des eaux de ruissellement, et leur réhabilitation;
  • la mobilisation des ressources en eau de surface avec 25 nouveaux barrages et la réhabilitation de 75 autres;
  • la promotion des technologies innovantes d’irrigation à travers l’acquisition de 5 200 motopompes et 46 000 tubes PVC pour l’irrigation; ainsi qu’un appui à l’INERA pour la recherche-développement relatif à la promotion de la micro-irrigation; et
  • la meilleure gestion des aménagements hydro-agricoles avec le renforcement des capacités des exploitants et des collectivités territoriales pour l’autogestion des périmètres irrigués et des bas-fonds afin de garantir leur durabilité.

Ceci est notamment rendu possible par la libération de certaines zones humides du vecteur de l’onchocercose—par épandage de larvicides—et de la trypanosomiase—par stérilisation des vecteurs—, par exemple en aval du barrage de Bagré, de Kompienga, de Samandéni (projet en cours d’aménagements de plus de 2 000 ha à Dî), dans la vallée du Sourou, ou le long du fleuve Mouhoun, etc.

Un développement rapide de l’irrigation est attendu les prochaines années au regard du contexte sociopolitique dans la sous-région: précarité de l’exode des jeunes vers les pays limitrophes, du niveau du PIB et l’accroissement du chômage au sein de la frange jeune de la population, développement de l’agrobusiness et l’émergence de pôles croissance.

Principales sources d’information

BM. 2013.World Development Indicators. World DataBank. Banque mondiale.

BM, SP-CPSA. 2012. Revue diagnostique des dépenses publiques de base dans le secteur agricole (2004-2012): Projet de document de travail spécifique à l'aménagement hydro-agricole. Banque Mondiale, Secrétariat Permanent pour la Coordination des Politiques Sectorielles Agricoles.

CILSS. 1987. Développement des cultures irriguées au Burkina Faso, tome II. Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel.

DGADI. 2012. Rapport bilan de la campagne agricole de saison sèche 2011-2012. Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique, Direction générale des aménagements et du développement de l’irrigation.

DGPER. 2012. Résultats définitifs de la campagne agricole et de la situation alimentaire et nutritionnel 2011-2012. Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique, Direction Générale de la Promotion de l’Economie Rurale.

DGSGS. 2012. Annuaire Statistique 2011. Direction Générale des Statistiques Générales de Santé.

Gouvernement du Burkina Faso. 2011. Programme d'action du Gouvernement pour l'émergence et le développement durable 2011-2015 (PAGEDD).

Gouvernement du Burkina Faso. 2012. Programme National du Secteur Rural 2011-2015 (PNSR 2011-2015).

MAH. 2011. Bureau central du recensement général de l’agriculture (Phase 2 RGA 2006-2010). Rapport d’analyse du module maraîchage. Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique.

MAH. 2012. Annuaire statistique 2011 de l’eau et de ses usages; volet retenues d’eau du Burkina Faso. Ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique.

MAHRH. 2004. Politique nationale de développement durable de l’agriculture irriguée: stratégie, plan d'action et plan d'investissement, horizon 2015 (PNDDAI). Ministère de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources Halieutiques.

MECV. 2011. Troisième rapport sur l'état de l'environnement au Burkina Faso (version provisoire). Ministère de l’Environnement et du Cadre de Vie.

MEE. 2001. Etat des lieux des ressources en eau du Burkina Faso et de leur cadre de gestion. Ministère de l’Environnement et de l’Eau.

MEF. 2011. Stratégie de croissance accélérée et de développement durable 2011-2015 (SCADD 2011-2015). Ministère de l'économie et des finances.

PNUD. 2013. 2013 Human Development Report. New York, Programme des Nations Unies pour le Développement.

UNICEF. 2013. Statistiques du Burkina Faso. New York, Fonds des Nations Unies pour l'Enfance.



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