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Maroc

Année: 2014 Date de révision: 2015 Type de révision: Mineure, Section 'Femmes et irrigation' & Cartes

Rapport régional: --

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Barrages:

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Déni de responsabilité


Géographie, climat et population

Géographie

Le Maroc, situé à l’extrême nord-ouest du continent africain, a une superficie totale de 446 550 km2 (selon la pratique adoptée par les Nations Unies, ce chiffre ne comprend pas la superficie du Sahara occidental qui est de 266 000 km2 environ; cela n’implique aucune prise de position de la part de la FAO quant au statut légal, juridique ou constitutionnel du Sahara occidental). Le pays est frontalier avec l’Algérie à l’est, le Sahara Occidental au sud et l’Espagne au nord qui possède deux enclaves en territoire africain. Hormis une importante façade maritime, son relief se caractérise par des chaînes de montagnes: i) le Rif au nord; et ii) l’Atlas (incluant le Moyen-Atlas, le Haut-Atlas et l’Anti-Atlas) qui culmine à 4 165 m (Toubkal). Des plaines s’étendent le long de toute la côte du pays; elles sont étroites le long de la Méditerranée et larges le long de l’Atlantique. Enfin, au sud-est de l’Atlas et au sud du pays, on trouve des plateaux et plaines désertiques à semi-désertiques.

La superficie cultivée (cultures annuelles et permanentes) est évaluée à 9.4 millions d’hectares (Tableau 1) en 2012. Le domaine forestier couvre 9 millions d’hectares dont environ 5.1 millions d’hectares sont boisés. Une dizaine de parcs nationaux totalisent près de 770 000 ha (MEMEE, 2010).


D’un point de vue agro-écologique, deux grands ensembles peuvent être distingués:

  • Le "bour favorable": les plaines et collines à pluviométrie supérieure à 400 mm et les grands périmètres irrigués qui ont un potentiel de productivité relativement élevé, mais n’accueillent qu’un quart des exploitations, sur un tiers de la superficie cultivée.
  • Les zones plus difficiles: plaines et plateaux agricoles semi-arides, montagnes et steppes, zones oasiennes (HCP, 2007).

Climat

Le climat du Maroc subit des influences maritimes, montagneuses et saharienne, et est donc tempéré au nord et tropical au sud. Cependant c’est un pays à climat essentiellement semi-aride à aride dans la majeure partie de son territoire, avec deux principales saisons: un été chaud et sec, un hiver froid et humide. La pluviométrie moyenne, de 346 mm/an, varie de 700 mm à l’extrême nord-ouest, où une agriculture pluviale est encore possible, à 25 mm/an au sud-est, où l’irrigation est une nécessité absolue pour l’agriculture. Les reliefs peuvent recevoir jusqu’à 2 000 mm/an. Même si elles se concentrent généralement entre octobre et mai, les précipitations se caractérisent par une très forte variabilité spatio-temporelle. La moyenne annuelle des températures est de 10°C mais varie selon les saisons entre 5°C et 45°C au centre du pays et 50°C au sud, et s’est accrue de 1°C en 50 ans. Le Maroc a subi 5 périodes de grande sécheresse au cours des trois dernières décennies (HCP, 2007). La durée d’insolation varie de 2 400 heures par an au nord à plus de 3 400 heures/an au sud.

Population

La population du pays s’élève en 2013 à 33 millions d’habitants, soit une densité de 74 habitants/km2. La population est rurale à 42 pour cent contre 70 pour cent dans les années 1960 et son accroissement, 1.2 pour cent en 2012, s’est stabilisé depuis la fin des années 1990. L’indice de développement humain est en progression constante depuis les années 1980: de 0.371 en 1980 à 0.6167 en 2013; de même que tous les indicateurs de santé et d’éducation. L’espérance de vie à la naissance est de 72.4 ans en 2012 (PNUD, 2013). La mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 31 pour mille en 2012. La desserte en eau potable est estimée à 84 pour cent de la population totale en 2012 (98 pour cent en milieu urbain, 64 pour cent en milieu rural) (Tableau 1). Au cours de la même année, il est estimé que 75.4 pour cent de la population a accès aux infrastructures sanitaires (soit 84.5 pour cent en milieu urbain et 63 pour cent en milieu rural). La scolarisation en école primaire est de 97.5 pour cent en 2013 mais de 69 pour cent au secondaire et 16 pour cent au tertiaire en 2012. Alors qu’il n’y a pas de différence en primaire selon le sexe, 74 pour cent des garçons fréquentent le secondaire, contre 63 pour cent des filles. Le taux d’alphabétisation des personnes âgées de plus de 15 ans est de 67 pour cent en 2012, avec un écart selon le genre qui se resserre (58 pour cent chez les femmes et 76 pour cent chez les hommes). De manière générale, l’indice d’inégalités de genre progresse également depuis les années 2000 et atteint 0.46 en 2013. Le taux de chômage au sein de la population active est évalué en 2012 à 9 pour cent, similaire à l’incidence de pauvreté en 2007 qui se concentre cependant en milieu rural (14.5 pour cent contre 4.8 pour cent en milieu urbain) (BM, 2014).

Économie, agriculture et sécurité alimentaire

De 2000 à 2012 le produit intérieur brut (PIB) est passé de 37 020 à 95 980 millions de dollars EU. Le PIB par habitant est estimé à 2 944 dollars EU par an et la part de l’agriculture dans le PIB représente 14.6 pour cent du PIB total en 2012. Cependant, sa contribution au PIB et le PIB lui-même subi d’importantes fluctuations dues aux aléas climatiques. Le secteur agricole contribue aux exportations à hauteur de 10.5 pourcent et aux revenus ruraux à hauteur de 65 pour cent. Il emploie 23.5 pour cent de la population active à l’échelle nationale, mais il reste dominant en milieu rural où la part d’actifs non agricoles est cependant encore très faible.

L’agriculture marocaine est divisée en exploitations agricoles et en ‘agriculture sociale’, c’est-à-dire de micro-exploitations qui fournissent un revenu très partiel aux familles concernées (HCP, 2007). La production nationale est dominée par les céréales (plus de 75 pour cent des superficies) dont la production a doublé entre 1980 et 2004 sans gain de rendement, mais l’extension à des zones climatiques peu favorables a rendu la production erratique. L’arboriculture fruitière, les cultures fourragères et maraîchères, ainsi que les légumineuses et les cultures industrielles et oléagineuses sont les principales cultures du pays. A l’exportation, sont la tomate, les agrumes et les olives qui dominent.

L’ensemble des besoins agricoles était couvert par la production nationale jusqu’au début des années 1970. Bien que la sécurité alimentaire soit l’enjeu principal des politiques agricoles et de l’eau depuis les années 1960, la production nationale ne couvre plus que 50 pour cent des besoins aujourd’hui, en partie à cause du potentiel limite en eau et sols, de la démographie, de la modification du régime alimentaire (plus riche), de manque de diversification et de politiques économiques (cours du dirham, politique d’importations, libéralisation et ouverture, etc.). Le déficit est comblé grâce à des importations. Les échanges s’effectuent essentiellement avec l’Union européenne qui assure près de 60 pour cent des importations marocaines et reçoit 70 pour cent des exportations. Une partie importante des céréales est aussi importée des Etats-Unis (HCP, 2007). Le niveau relativement convenable de la sécurité alimentaire du pays est cependant très dépendant à la fois des sécheresses récurrentes et des prix agricoles mondiaux.

Ressources en eau

Le Maroc est drainé par 6 grands ensembles de bassins hydrographiques (Tableau 2).


Les ressources en eau renouvelables souterraines internes sont estimées à 10 km³/an et celles en eaux de surface à 22 km³/an. Ainsi, compte tenu de la partie commune entre elles correspondant à 3 km³/an, les ressources en eau renouvelables internes sont estimées à 29 km³/an, ou 879 m³/an/habitant en 2013 (Tableau 3). Les ressources en eau renouvelables totales sont identiques-29 km³/an-du fait d'absence de flux entrant dans le pays qu'il s'agisse d'eau superficielle comme d'eau souterraine. L'indice de dépendance du pays est donc également nul. En revanche, 0.23 km³/an d'eau superficielle quittent le pays vers l'Algérie via l'Oued Ghir qui constitue la frontière orientale des bassins sud atlasiques, ainsi que 0.003 km³/an d'eau souterraine. Il y a également probablement des eaux superficielles quittant le pays à partir de l'oued Sly vers le bassin de la Tafna en Algérie, mais aucune donnée n'est disponible.


Les ressources superficielles sont très inégalement réparties: les bassins du Loukkos, du Sebou et de l'Oum Rbiaâ réunissent 71.5 pour cent des ressources nationales. En revanche, les ressources souterraines sont relativement mieux distribuées sur le territoire. Sur les 96 nappes répertoriées, 21 sont des nappes profondes et 75 superficielles. Les plus importants systèmes aquifères couvrent une superficie totale de près de 80 000 km², soit environ 10 pour cent du territoire (MEMEE, 2009). Les valeurs moyennes des écoulements de surface masquent d'importantes irrégularités temporelles.

Sur l'ensemble des ressources en eau renouvelables, les ressources potentielles exploitables dans les conditions techniques et économiques actuelles sont estimées à 22 km³/an-18 km³ d'eaux de surface et 4 km³ d'eaux souterraines (Tableau 4; MEMEE, 2011)-dont plus de 1 km³ proviennent des retours d'eau d'irrigation par les eaux de surface (Plan Bleu, 2011). Plus de la moitié des ressources exploitations sont réparties dans les régions Centre et Nord du pays.

La mobilisation des ressources en eau s'effectue grâce à un important patrimoine hydraulique grâce à la politique volontariste de mobilisation des ressources en eau engagée depuis les années 1960:

  • 135 grands barrages d'une capacité totale de 17 500 millions de m³. L'envasement des retenues de barrage est évalué à près de 75 millions de m³ par an sur la totalité des grands barrages du Royaume, limitant ainsi la quantité des eaux mobilisables. Une capacité de stockage de 2 600 millions de m³ sera prochainement ajoutée avec 14 grands barrages en cours de réalisation (CES, 2014).
  • À ces grands barrages, il faut ajouter une centaine de petits barrages qui visent la satisfaction des besoins locaux d'eau potable, d'irrigation et d'abreuvement du cheptel. La capacité totale des petits barrages est évaluée à près de 100 millions de m³;
  • 13 ouvrages de transferts d'eau entre bassins versants d'une longueur totale de 785 km permettent d'acheminer plus de 2 700 millions de m³;
  • un important réseau de forages, de puits et de captages de sources consent la mobilisation de près de 4 milliards de m³ d'eaux souterraines chaque année.
  • Les eaux de surface sont également utilisées par les prélèvements au fil de l'eau à l'aide d'ouvrages de dérivation traditionnels notamment en région de montagne. Ces prélèvements sont estimés en moyenne à 1 700 millions de m³ par an (MEMEE, 2011).

Cette infrastructure hydraulique a été conçue et réalisée en vue de disposer, en année d'hydraulicité moyenne, d'un volume global de l'ordre de 13 000 millions de m³ (Plan Bleu, 2011)

A l'échelle nationale, 120 lacs naturels importants sont inventoriés, dont la majorité est située entre les deux chaînes montagneuses du Moyen Atlas et du Haut Atlas. Sur le littoral, on trouve des lagunes et des marais côtiers et d'embouchures (MEMEE, 2010). En 1980, quatre zones humides marocaines ont été classées en 1980, par la Convention de Ramsar. Aujourd'hui les 24 sites classés totalisent 272 010 hectares (Ramsar, 2013).

En matière de ressources en eau non conventionnelles, les eaux usées municipales évaluées à 640 millions de m³ en 2010 (MEMEE, 2013) sont rejetées à plus de 90 pour cent dans le milieu naturel sans traitement préalable (MEMEE, 2010). Le potentiel des eaux usées municipales devrait atteindre 870 millions de m³ en 2020 et 1 039 millions de m³ en 2030 (HCEF, 2010) dont on estime l'utilisation directe après épuration à 170 et 325 millions de m³ respectivement ces mêmes années (MEMEE, 2013; CSEC, 2014). Dans les années 1990, 7 235 ha étaient irrigués avec des eaux usées brutes et produisaient principalement des cultures maraîchères, céréalières et arboricoles (MEMEE, 2001). L'utilisation directe des eaux usées municipales traitées au Maroc concernent de nos jours environ 550 ha de terres agricoles, auquel il faut ajouter l'arrosage des golfs et des espaces verts (FAO et al, 2011). Actuellement, le recours au dessalement de l'eau de mer et à la déminéralisation des eaux souterraines saumâtres pour l'approvisionnement en eau potable des villes et des centres déficitaires est limité aux zones sahariennes du sud du Maroc. La capacité était d'environ 13.11 millions de m³ en 2011 (35 910 m³/jour dont 5 030 m³/jour de déminéralisation d'eau saumâtre; CSEC, 2014), mais devrait augmenter pour atteindre plus 100 millions de m³ en 2020, avec en particulier l'installation d'une usine à Agadir (Jariri, 2009), de Sidi Ifni et de Tantan (10 000 m³/jour) (CES, 2014) et 400 millions de m³ en 2030 selon la stratégie nationale de l'eau (Plan Bleu, 2011).

Eaux internationales: enjeux

Les ressources en eaux du Maroc sont en totalité internes et il n’en reçoit aucune transfrontalière; en revanche il exporte un volume moyen annuel de 0.23 km3 à partir du bassin de l’oued Guir, qui constitue la frontière orientale des bassins sud atlasiques, vers l’Algérie. Aucune ressource en eau n’est partagée avec la Mauritanie.

Utilisation de l’eau

Les prélèvements en eau en 2002 s’élevaient à 14 819 millions de m³, dont 11 912 millions de m³ d’eau superficielle et 2 907 millions de m³ d’eau souterraine (HCP, 2006).

En 2010, ils s’élèvent à 10 580 millions m³ dont 2 322 millions m³ d’eau souterraine, 7 millions de m³ d’eau dessalée et 8 251 millions de m³ d’eau superficielle, consistant en 6 803 millions de m³ d’eau stockée dans les retenues et 1 448 millions de m³ d’eau prélevée au fil de l’eau (Plan Bleu, 2011), auxquels il faut ajouter 70 millions de m³ d’eaux usées traitées utilisés directement.

Cependant, les demandes en eau pour l’année 2010 s’élevaient à 14 649 millions de m³, dont 13 225 millions de m³ pour l’irrigation soit plus de 90 pour cent de la demande totale, 1 063 millions de m³ pour les collectivités, 212 millions de m³ pour l’industrie (incluant le tourisme) et 149 millions de m³ pour l’environnement (Tableau 4 et Figure 1) (Plan Bleu, 2011). La confrontation entre les ressources en eau mobilisées et les demandes en eau des différents secteurs montre que les besoins ne sont pas satisfaits et qu’il existe un déficit hydrique d’environ 4 000 millions de m³, dont environ 1 000 millions de m³ provient de la surexploitation des nappes (CSEC, 2014). En particulier, les besoins en eau d’irrigation ne sont pas totalement satisfaits réduisant ainsi la production agricole sur les superficies équipées. Les bilans hydriques sont variables selon les bassins: celui de l’Oum Er Rbia accuse un déficit en eau de près de 1 200 millions de m³, 273 Mm³/an pour la Moulouya, 100 Mm³/an pour le Tensift, 160 Mm³ /an pour le Souss–Massa-Draa et 65 Mm³/an pour le Ziz-Guir-Rhéris (Plan Bleu, 2011). La conséquence de cette surexploitation des nappes est leur abaissement quasi-généralisé et pouvant parfois atteindre près de 2 m/an (CSEC, 2014).


En l’absence de détail par secteur d’activités, les prélèvements ont été estimés en considérant que les demandes pour les collectivités et l’industrie ont été entièrement satisfaites alors que celles de l’environnement ne l’ont pas été. Enfin celles de l’irrigation ont été réduites relativement aux volumes totaux prélevés en 2010 (Figure 2).




Irrigation et drainage

Évolution du développement de l’irrigation

Le potentiel des terres irrigables s’élève à 1 664 000 ha. La politique agricole après l’indépendance a dirigé l’essentiel des budgets publics sur la grande hydraulique sur le long terme. Grâce à cet effort, le secteur irrigué, passé de 90 000 hectares en 1961 à 218 000 hectares en 1966 et 1 458 000 hectares en 2004, a acquis une véritable dimension stratégique (HCP, 2007).

Les superficies aménagées d’une façon moderne ou traditionnelle pour l’irrigation pérenne s’élevaient fin 2011 à 1 458 160 ha dont 1 016 730 ha ont été aménagés par les pouvoirs publics (CSEC, 2014) et 441 430 ha par le secteur privé (Figure 3). En réalité, les superficies réellement équipées par les agriculteurs individuels s’élèvent à 626 610 ha, mais 185 180 ha se trouvent à l’intérieur des périmètres ayant déjà été aménagés par les soins de l’État, alors que le reste se situe sur des exploitations initialement d’agriculture pluviale.

Les superficies aménagées par les pouvoir publics sont constitués de:

  • la grande hydraulique (GH) composée de 9 grands périmètres d’irrigation (Tableau 5), délimités par le Code des Investissements Agricoles et considérés comme des zones prioritaires de développement de l’aménagement hydro-agricole collectif et reconnus par le Schéma national d’aménagement du territoire comme de véritables pôles de développement territorial (HCP, 2007). Ces périmètres, alimentés principalement à partir des eaux des barrages, couvrent une superficie totale de 682 600 ha et sont gérés par les neufs Offices Régionaux de Mise en Valeur Agricole (ORMVA).
  • la petite et moyenne hydraulique (PMH) dispersée sur une multitude de périmètres à travers tout le pays et dont la superficie par périmètre peut varier de quelques dizaines d’hectares à quelques milliers. L’eau peut avoir des origines diverses: petits barrages de régularisation, retenues collinaires, prises de dérivation au fil de l’eau, captage de sources, khettara, pompages dans la nappe, épandages d’eau de crues. L’aménagement des périmètres de PMH est assuré par l’Etat en impliquant les bénéficiaires dans le cadre de l’approche participative, ceux-ci en assurent la gestion à travers des associations d’usagers des eaux agricoles. Les superficies actuellement aménagées s’élèvent à 334 130 ha d’irrigation pérenne. (CSEC, 2014).


En outre, 62 200 ha ont été aménagés pour l’irrigation par épandage des eaux de crue (Tableau 6).





Les superficies équipées en irrigation de surface s’élèvent à 1 044 235 ha, soit 72 pour cent de la superficie équipée en maîtrise totale, celles équipées en aspersion couvrent 125 763 ha ou 9 pour cent de la superficie équipée, et celles équipées en irrigation localisée occupent 288 162 ha, soit 19 pour cent de la superficie équipée (Tableau 7 et Figure 4).




Depuis la mise en place du Plan Vert Maroc en 2008, l’irrigation localisée a fortement progressé et remplace progressivement l’irrigation de surface et par aspersion grâce à des subventions dédiées à cette politique de conversion visant des économies d’eau agricole. L’augmentation moyenne annuelle de l’irrigation localisée est en effet de près de 9 pour cent sur la période 2002-2007 à 16 pour cent sur la période 2007-2011.

Les superficies équipées en maîtrise totale réellement irriguées s’élèvent à 1 341 500 ha, soit 92 pour cent de la superficie équipée en maîtrise totale et sont actualisées annuellement pour la GH, mais ont été estimées pour la PMH et l’irrigation privée.

L’eau d’irrigation provient pour un tiers d’eau souterraine, et pour deux tiers d’eau superficielle dont la moitié provient de l’eau stockée dans les barrages et l’autre est prélevée au fil de l’eau en moyenne sur la période 2006-2011.

Rôle de l’irrigation dans la production, l’économie et la société

Bien qu’elle ne concerne que 16 pour cent des superficies cultivées, l’agriculture irriguée représente en année moyenne environ 14 pour cent du PIB national, 45 pour cent de la valeur ajoutée agricole, 75 pour cent des exportations et 25 pour cent des emplois au niveau national avec une pointe à 40 pour cent en milieu rural (CES, 2014). Cependant, l’importance de ce sous-secteur est encore plus significative lors de sécheresse (HCP, 2007) où la production des zones bour est sévèrement affectée. Durant la campagne 1993-1994, année humide, la contribution de l’irrigué était de 35 pour cent de la valeur ajoutée agricole. En 1994-1995, année sèche, cette contribution s’est élevée à 70 pour cent de cette valeur.

L’agriculture irriguée contribue à 81 pour cent du volume total de la production agricole (CSEC, 2014): 86 pour cent des cultures industrielles sont irriguées en particulier toute la production de sucre, 89 pour cent des plantations dont 100 pour cent des agrumes, 55 pour cent du maraîchage, 81 pour cent des fourrages, mais aussi près de 20 pour cent des productions de viandes et céréales relèvent du secteur irrigué (Figure 5) (HCP, 2007).


L’irrigation privée avec près de 5 pour cent de la superficie cultivée est très largement spécialisée dans les cultures arboricoles, suivies de la céréaliculture et des cultures maraîchères (SCET, 2002).

Femmes et irrigation

Une étude portant sur le rôle des femmes dans la gestion des ressources en eau et en particulier de l’eau agricole réalisée dans le périmètre du Gharb, montre que l’irrigation résulte en une surcharge de travail pour les femmes pour des tâches non liées à l’irrigation telles que l’élevage et le désherbage. Ceci est dû au caractère intensif en travail des systèmes de production irrigués, nécessitant une réorganisation du travail et une nouvelle répartition des tâches. Parmi les femmes enquêtées, 16 pour cent ont déclaré participer aux tâches liées aux cultures irriguées depuis plus de 5 ans, alors que l’ensemble des 31 exploitations enquêtées disposaient d’irrigation. Leur contribution pour l’irrigation se limite à l’entretien et le curage des canaux d’irrigation et le déplacement du matériel d’irrigation. Contrairement à d’autres zones enquêtées dans cette étude, 28 femmes sur 31 ne semblent pas bénéficier de l’adoption de nouvelles techniques d’irrigation telles que l’irrigation localisée. De plus, elles ne sont généralement pas membres des associations d’irrigants même lorsqu’elles sont chefs d’exploitation (FAO, 2014).

État et évolution des systèmes de drainage

Les superficies drainées s’élèvent actuellement à 682 500 ha dont 662 500 ha dans les périmètres irrigués et 20 000 ha en agriculture pluviale ou bour. Les superficies équipées pour le drainage représentent actuellement 45.4 pour cent de l’ensemble des terres équipées en maîtrise totale, en augmentation depuis 2004 (43.1 pour cent). À l’horizon 2020, ce pourcentage sera porté à 51.3 pour cent. En agriculture pluviale, seule la plaine du Gharb est équipée d’un réseau d’assainissement, qui couvre environ 20 000 ha et est justifié par la pluviométrie et le caractère argileux des sols.

Gestion de l’eau, politiques et dispositions législatives régissant l’utilisation d’eau en agriculture

Institutions

Trois départements ministériels sont directement concernés par le secteur de l’eau avec des missions de planification sectorielles dans leur domaine respectif. Leurs départements et établissements publics spécialisés sous leur tutelle plus particulièrement impliqués sont:

  • Le Ministère de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement (MEMEE):
    • Le Département de l’eau (DE), remplaçant depuis 2012 le Secrétariat d’état en charge de l’eau et de l’environnement–auparavant intégrée dans le Ministère de l’énergie et des mines, mais longtemps géré par le Ministère des travaux publics–a été érigé depuis 2013 en un Ministère délégué chargé de l’eau. Il a pour mission: la recherche, l’évaluation, la planification, le développement, et la gestion des ressources en eau, ainsi que la veille météorologique sur l’évolution du climat. Il est constitué de 3 directions:
      • la direction générale de l’hydraulique
      • la direction des aménagements hydrauliques et
      • la direction de la recherche et de la planification de l’eau.
    • L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et en particulier sa branche eau potable: l’Office national de l’eau potable (ONEP) qui a pour mission l’approvisionnement en eau potable du royaume et de la gestion de l’assainissement liquide.
    • Neuf Agences de bassins hydrauliques (ABH), instituées par la loi sur l’eau de 1995, ont été mises en place en 1996 pour l’agence pilote du bassin de l’Oum Rbiaa, et à partir de 2002 pour les suivantes. Elles sont administrées par un conseil d’administration, regroupant tous les acteurs concernés par la question de l’eau.
    • Des services de l’eau au niveau de chaque province
  • Le Ministère de l’agriculture et de la pèche maritime (MAPM):
    • Neuf Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA), créés en 1966, sont chargés de l’aménagement et de la mise en valeur agricole des périmètres irrigués de la grande hydraulique. Leurs trois missions fondamentales: l’aménagement, le développement agricole et le service de l’eau.
    • Les Directions provinciales de l’agriculture (DPA), sont chargées de la réalisation et du suivi des périmètres de petite et moyenne hydraulique en dehors des zones d’action des ORMVA, sur la base d’une planification centralisée au niveau de l’Administration du génie rural. Elles n’interviennent dans la gestion des réseaux d’irrigation que pour assurer les travaux de grosse maintenance.
    • L’Agence de développement agricole (ADA) a pour mission de mettre en œuvre la stratégie adoptée par le gouvernement en matière de développement agricole.
  • Le Ministère de l’intérieur:
    • Direction de l’eau et de l’assainissement
    • Direction des régies et des services concédés.

Pour permettre une meilleure intégration des divers secteurs, des instances consultatives et de coordination intersectorielle existent à différentes échelles:

  • Le Conseil supérieur de l’eau et du climat (CSEC) regroupe les différents intervenants dans le secteur de l’eau, à savoir décideurs, élus et usagers et acteurs publics et privés et a pour mission fondamentale de formuler les orientations générales de la politique nationale en matière d’eau et du climat.
  • La commission interministérielle de l’eau (CIE), créée en 2001, examine et met en œuvre les dispositions nécessaires pour assurer un développement cohérent et concerté du secteur de l’eau, de veiller et d’assurer le suivi de la mise en œuvre des recommandations du CSEC. Elle est constituée par les représentants de tous les départements ministériels concernés par les questions de l’eau
  • Le Haut-Commissariat des eaux et forêts et contre la désertification
  • Le Conseil national de l’environnement (CNE) et ses déclinaisons régionales, les Conseils Régionaux de l’Environnement (CRE)
  • Les Commissions Préfectorales et provinciales de l’Eau (CPPE).

Cependant, un rapport du Conseil économique, social et environnemental indique que la gouvernance de l’eau est inappropriée: « le CSEC ne constitue pas de véritable entité de coordination. De surcroit, la commission interministérielle de l’eau est inactive, et les ABH sont peu efficaces à cause de leur manque d’autonomie et des dotations financières et des moyens humains insuffisants ». Il recommande une concertation élargie au niveau national, ainsi qu’une gestion plus intégrée à l’échelle régionale et locale (CES, 2014).

Gestion de l’eau

La gestion de l’eau au Maroc, caractérisée par une gestion de l’offre à travers la réalisation d’une importante infrastructure hydraulique dès l’indépendance, a évolué depuis la mise en place d’une nouvelle stratégie nationale de l’eau en 2009. Celle-ci se caractérise par 3 piliers:

  • La gestion de la demande, ainsi que la valorisation de l’eau à travers:
    • l’encouragement de l’économie et de la valorisation de l’eau mobilisée avec: une conversion massive à l’irrigation localisée grâce au Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI), et
    • l’amélioration de l’efficience hydraulique des réseaux de distribution urbains et des périmètres irrigués;
    • la tarification
    • l’aide au pilotage de l’irrigation
  • La poursuite de la gestion et développement de l’offre à travers:
    • le renforcement de la mobilisation des ressources en eau conventionnelles (notamment superficielles) par la réalisation de nouveaux barrages;
    • la mobilisation des ressources en eau non conventionnelles, notamment le dessalement de l’eau de mer et la déminéralisation des eaux saumâtres;
    • la recharge des nappes
    • les transferts d’eau
  • La préservation et protection des ressources en eau:
    • contrôle des nouveaux forages et régularisation des anciens forages; l’interdiction de forage est définie par les agences sur des nappes considérées comme surexploitées (AfDB, 2011)
    • sauvegarde des bassins versants (Programme National d’Aménagement des Bassins Versants; PNABV), des oasis et des zones humides
    • lutte contre les inondations: Plan National de Protection Contre les Inondations (PNPCI)
    • préservation de la qualité naturelle des ressources en eau (CES, 2014).

Après l’omniprésence de l’État jusqu’en 1992, la participation des usagers a été introduite avec la création de 1 200 associations d’usagers des eaux agricoles (AUEA) pour permettre la participation des usagers aux travaux de réalisation du réseau d’irrigation et de leur responsabilisation quant à sa maintenance.

L’organisation de la distribution de l’eau d’irrigation diffère selon le type de périmètre:

  • les dispositifs d’irrigation privée programment leur gestion de façon autonome, mobilisant une ressource en eau indépendante dont les volumes et débits pouvant être prélevés sont fixés par le domaine public et contrôlés par la police des eaux;
  • dans les périmètres de petite et moyenne hydraulique, la programmation et l’organisation de l’irrigation se font suivant le tour d’eau imposé par l’AUEA. Cette association se charge aussi de l’entretien et de la maintenance des équipements. Dans les périmètres traditionnels, les débits et volumes sont contrôlés au moyen des partiteurs et des seuils traditionnels dont sont équipés les séguias desservant les exploitations et les parcelles.
  • dans le cas des périmètres de grande hydraulique, ce sont les départements de gestion des réseaux d’irrigation et de drainage des ORMVA qui assurent le service de l’eau jusqu’en tête des exploitations. Ces périmètres, ainsi que les périmètres modernes de petite et moyenne hydraulique sont équipés d’organes de régulation et de mesure des débits et des volumes d’eau délivrés en tête des parcelles.

Un nouvel outil, les contrats de nappe, sont élaborés pour les principaux aquifères surexploités, entre l’administration et les AUEA afin de sauvegarder la ressource et les usages qui en dépendent. De tels contrats sont prévus ou en cours de réalisation pour une dizaine de nappes, mais seul celui pour la nappe du Souss-Massa est signé en 2011.

Financement

La loi sur l’eau de 1995 prévoit l’instauration d’instruments financiers en application des principes de préleveur-payeur et de pollueur- payeur. Par ailleurs, un décret de 2010 permet de considérer les redevances émises par les ABH comme des impôts.

La tarification est basée sur des principes de progressivité et de solidarité entre les différentes couches sociales des usagers et entre les différentes régions du Royaume (CES, 2014).

Les redevances versées aux ABH par les différents usagers de l’eau sont de 0.0025 dollar EU/m³ pour l’eau d’irrigation et l’eau industrielle, 0.005 dollar EU/m³ pour l’eau potable et 0.0025 dollar EU/KWH pour l’hydro-électricité.

Dans le secteur de l’irrigation, le rattrapage tarifaire a été poursuivi jusqu’en 2009 pour le recouvrement des coûts, visant à assurer la pérennité du service de l’irrigation. Le coût de vente du m³ d’eau agricole varie entre 0.035 et 0.07 dollar EU/m³ d’eau. Le taux de recouvrement moyen par les ORMVA au niveau national (pour les prélèvements d’eau d’irrigation) est d’environ 75 pour cent et dépasse 90 pour cent dans le périmètre irrigué de Tadla. Cependant, dans les zones d’irrigation privée (prélèvements d’eau dans les puits et forages), il y a une absence de généralisation de recouvrement des redevances par les ABH (CES, 2014).

Dans une étude portant sur le projet de dessalement d’eau de mer dans la plaine du Massa, une option discutée est d’opérer une péréquation: les agriculteurs paieraient le même prix quelle que soit la source de leur eau (barrage, nappe ou usine de dessalement) (AfDB, 2011).

Politiques et dispositions législatives

La loi n°10-95 sur l’eau adoptée en juillet 1995 complète trois dahirs (1914, 1919, 1925) qui classent les eaux dans le domaine public hydraulique. Elle définit un régime visant sa conservation et sa protection. Elle interdit les constructions aux abords et sur les cours d’eau et canaux, ainsi que tout obstacle entravant la navigation ou le libre écoulement des eaux. Elle pose les principes de gestion à l’échelle des bassins versants, la reconnaissance de la valeur économique de l’eau et la solidarité nationale et régionale. Enfin, elle organise également la gestion institutionnelle de l’eau et fixe les sanctions (MEMEE, 2012). Cependant ces textes d’application ne sont pas tous promulgués, ce qui brime la loi, qui ne semble plus adaptée aux réalités du secteur d’après le Conseil Economique, Social et Environnemental (CES, 2014). Cette loi est en cours d’actualisation.

Pour l’irrigation plus particulièrement, sont d’intérêt les textes suivants:

  • le décret concernant la distribution de l’eau d’irrigation (1969);
  • la loi des associations des utilisateurs d’eau (Loi n° 02-84);
  • l’accord entre le gouvernement et l’association des utilisateurs d’eau pour l’opération et la maintenance du système d’irrigation (1979); et
  • le décret concernant les tarifs de l’eau (1983-1997) (JICA, 2007).

Depuis les années 1990, de nombreux plans, programmes et politiques ont pour objectif de développer et d’améliorer l’efficience des infrastructures hydrauliques, de généraliser l’accès aux ressources en eau et à l’assainissement et de mieux intégrer la gestion des ressources en eau dans le pays:

  • le programme d’alimentation généralisée de l’eau en milieu rural (PAGER) à partir de 1995;
  • le programme national d’assainissement liquide et de traitement des eaux usées (PNA) lancé en 2005 fixant les objectifs pour 2020 et 2030 en matière de desserte d’assainissement et de taux d’épuration;
  • le programme national d’économie d’eau en irrigation (PNEEI) depuis 2008 qui s’inscrit dans la composante transverse du Plan Maroc Vert, et incite à une conversion massive (sur près de 550 000 ha jusqu’en 2020) de l’irrigation de surface et par aspersion à l’irrigation localisée;
  • les plans directeurs d’aménagement intégré des ressources en eau des différents bassins hydrauliques (PDAIRE), régulièrement mis à jour;
  • la stratégie nationale de l’eau, élaborée en 2009, pour promouvoir la gestion à la demande en complément à la gestion de l’offre, ainsi que la protection des ressources;
  • le plan national de l’eau (PNE) en préparation depuis 2012.

Environnement et santé

Qualité des eaux et salinité

Le problème le plus préoccupant concernant la qualité des eaux d’irrigation est la salinité. Sur les 29 milliards de m³ de ressources en eau renouvelables, 1.1 milliard de m³ ou 3.8 pour cent ont un taux de salinité compris entre 1 et 2 g/litre et 1 milliard de m³ ou 3.4 pour cent un taux supérieur à 2 g/litre.

La pollution de l’eau par les nitrates et pesticides est devenue un phénomène préoccupant dans les nappes adjacentes aux périmètres agricoles irrigués. Près de 10 pour cent de la superficie des principales nappes enregistrent des concentrations en nitrates supérieures à 50 mg/litre et près de 20 pour cent entre 25 et 50 mg/l. En seulement une quinzaine d’années, plus de 50 pour cent de la nappe du Tadla se sont retrouvés affectés (HCP, 2007).

Globalement, la qualité des eaux est dégradée au niveau de plus de 40 pour cent des stations de mesures (MEMEE, 2010). Cependant, entre 2000 et 2007, moins d’eaux superficielles et souterraines sont de qualité dégradée alors que les eaux de qualité moyenne, voire bonne sont plus importantes (Tableau 8).


Des lâchers d’eau à partir des barrages d’environ 200 millions m³/an sous forme de débit écologique sont réservés pour améliorer la qualité de l’eau (MEMEE, 2010).

Impact de la gestion de l’eau en agriculture sur l’environnement

L’un des impacts les plus importants liés à l’irrigation est la surexploitation des aquifères (1 milliard de m³/an en moyenne) qui provoque une baisse inquiétante du niveau des nappes. L’une des régions les plus touchées est le périmètre agrumicole d’El Guerdane dans le Souss Massa. La surexploitation y est responsable depuis les années 2000 d’un abaissement de la nappe de plus de 2 m/an pour atteindre une profondeur de plus de 300 m conduisant à l’abandon des plantations sur environ 200 ha/an (HCP, 2007), soit près de l’ensemble des 10 000 ha du périmètre à ce jour (AfDB, 2011). Les forages non autorisés sont en partie responsable de cette surexploitation; en 2007, à peine la moitié des 6 500 puits équipés de motopompes du Tafilalet étaient autorisés (HCP, 2007). Les conséquences de cette surexploitation sont nombreuses: le tarissement des sources et khettaras du Saiss et Souss, l’assèchement de lacs naturels (MEMEE, 2010) et la dégradation irréversible des écosystèmes oasiens où la production dattière chute. Et ce alors que les Oasis du Sud, ont été classés réserve de biosphère en 2000 (MEMEE, 2012). Des seuils sur les Oueds, notamment Ghmat (dans le Haouz) et Souss, ont été construits pour favoriser l’infiltration des eaux de crue et aider à la recharge des nappes (AfDB, 2011).

La désertification menace 95 pour cent du territoire national (MEMEE, 2010). Les pertes annuelles en sol par l’érosion hydrique, ont été estimées en 1995 à 100 millions de tonnes. Le volume de pertes est particulièrement élevé dans les bassins versants du Rif occidental. L’une des conséquences les plus graves de l’érosion hydrique est l’envasement rapide des retenues des barrages. Les pertes annuelles en capacité des retenues sont estimées à plus de 10 pour cent de leur capacité totale. Les pertes par érosion éolienne et salinisation des sols sont aussi très élevées. La salinisation affecte près de 500 000 ha et cause des pertes importantes en matière de productivité des sols (MEMEE, 2010). En 2000, seuls 150 000 ha de ces terres sont salinisées du fait de pratiques inappropriées liées à l’irrigation, telles que la surexploitation des nappes, notamment les nappes côtières, la remontée des nappes résultant de l’abus de l’eau d’irrigation, le mauvais drainage des sols dû au manque d’entretien des réseaux d’assainissement et du drainage, et la non-maîtrise des techniques d’irrigation, notamment l’irrigation gravitaire.

Par ailleurs, les écoulements d’eau au niveau national ont baissé de 35 pour cent entre les périodes 1945-1970 et 1970-2000 suite à une réduction des précipitations. Les sécheresses affectent l’agriculture pluviale, mais aussi de plus en plus le secteur irrigué, pour lequel les demandes ne sont pas satisfaites.

Sur le plan sanitaire, le paludisme autochtone a disparu depuis 2007 et le nombre de cas de bilharziose s’est également réduit de manière significative (MEMEE, 2011).

Impacts de l’urbanisation

La croissance rapide de la population urbaine provoque un phénomène important d’urbanisation mal contrôlé dans les zones périphériques des moyens et grands centres urbains et ce, au détriment des terres agricoles généralement les plus productives et faciles à urbaniser. Ce phénomène touche les périmètres d’irrigation situés à la périphérie des centres urbains notamment les périmètres de grande hydraulique du Gharb, du Tadla et du Haouz et les périmètres maraîchers de petite et moyenne hydraulique situés aux alentours des villes de Fès, Rabat, Salé, Meknès, Tétouan, Marrakech et Casablanca. Rien que dans le périmètre du Gharb on estime les pertes de terres irriguées à plus de 6 000 ha équipés.

Perspectives pour la gestion de l’eau en agriculture

A l’horizon 2030, la demande en eau totale sera de 14 770 millions de m³, répartis entre 12 400 pour l’irrigation, 1 904 pour les municipalités (dont 1 458 en milieu urbain) et 464 millions m³ pour les industries et le tourisme (CES, 2014). Cependant les infrastructures ne permettent pas de mobiliser un tel volume.

Afin de résorber le déficit hydrique, deux stratégies sont mises en œuvre à l’horizon 2030:

  • l’augmentation de la mobilisation des ressources en eau (2 500 millions de m³) avec (MEMEE, 2009):
    • un programme de construction de 60 grands barrages d’une capacité de 7 000 million de m³ et 1000 petits barrages pour une mobilisation de 1 700 million de m³ additionnel;
    • le transfert d’eau et notamment un transfert Nord-Sud vers les bassins de Bouregreg, Oum Er Rbia et du Tensift avec une 1ère phase 400 million de m³/an à partir du Sebou et une 2ème phase 400 millions de m³/an à partir du Loukkos-Laou.
    • la captation des eaux de pluie;
    • la production d’eau dessalée avec un objectif de production de près de 400 millions de m³ d’eau potable par an; un projet d’irrigation de 28 000 ha à partir des eaux dessalées dans la plaine de Chtouka est à l’étude;
    • la réutilisation d’eaux usées épurées: 300 millions m³/an à réutiliser dans l’arrosage des golfs, des espaces verts et des cultures, ainsi que pour la recharge artificielle des nappes;
  • des économies d’eau sur les réseaux d’adduction d’eau et en particulier d’irrigation hauteur de 120 et 2 400 millions de m³ respectivement (MEMEE, 2012) et ce notamment grâce au PNEEI favorisant la conversion en irrigation localisée de 555 900 ha:
    • 217 940 ha de reconversion collective permettant à l’agriculture familiale d’accéder aux systèmes d’irrigation localisée sous l’impulsion de l’Etat en grande hydraulique;
    • 337 150 ha de reconversion individuelle.

Concernant l’aménagement de nouvelles superficies équipées pour l’irrigation, le programme de résorption du décalage entre les aménagements hydro-agricoles et les barrages réalisés (programme d’extension de l’irrigation) devrait permettre l’aménagement pour l’irrigation de 140 000 ha sur 10 ans, ayant pour objectif la valorisation de 1 200 millions de m³/an.

Principales sources d’information

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CES. 2014. La gouvernance par la gestion intégrée des ressources en eau au Maroc: Levier fondamental de développement durable. Conseil Economique, Social et Environnemental.

CSEC. 2014. Plan National de l’Eau. Conseil Supérieur de l’Eau et du Climat.

FAO. 2013. Global Map of Irrigation Areas (GMIAS) version 5. Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations Unies.

FAO. 2014. Le rôle des femmes dans la gestion des ressources en eau en général et de l’eau agricole en particulier. Projet pilote de développement d’indicateurs sensibles au genre et leur intégration potentielle dans AQUASTAT, le système mondial d’information sur l’eau. Expérience de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations Unies.

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HCP. 2006. Statistiques environnementales au Maroc. Haut-Commissariat au Plan.

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Jariri, Selma. 2009. Expérience de l’ONEP en matière de dessalement d’eau. Séminaire ‘Le dessalement des eaux: une opportunité pour les régions en pénurie d’eau?’, Tanger, Maroc, 8-10 mai 2009.

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