| Enseignements
de l'expérience |
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Dénomination du Projet:
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La cogestion des ressources naturelles au Cambodge. Réduire la pauvreté par l’apprentissage local.
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Auteurs: |
Bob Stanley
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| Document de référence: |
Bob Stanley, La résolution de conflits au Cambodge passe par la cartographie, et non par les armes, Ottawa 2006
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Méthodes/ ApprochesParticipatives: |
Planification participative
Cartographie participative
Évaluation participative
Aménagement participatif du territoire
Savoir autochtone
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Introduction
Pour les habitants des hauts plateaux de Ratanakiri, au nord-est du Cambodge, la forêt n’est pas seulement un lieu de vie; c’est une source de nourriture, de produits médicinaux, de combustible et de matériaux de construction; un endroit où cultiver de petites parcelles de riz de plateau et mener paître les troupeaux. La forêt abrite aussi des lieux sacrés et des cimetières, et elle protège les bassins versants de la dégradation et de l’érosion. Mais récemment, des gens de l’extérieur ont envahi la forêt, résolus à tirer profit de l’exploitation de ses ressources, menaçant ainsi le gagne-pain — et même la vie — des populations qui y sont établies.
En 1995, le gouvernement national a accordé une concession à une grande société l’autorisant à défricher 20 000 hectares de forêt pour y installer une plantation de palmiers à huile. La zone de la concession englobait plusieurs petites collectivités forestières, mais la société est allée de l’avant et a commencé à défricher la forêt sans consulter les villageois.
Comme on pouvait s’y attendre, des conflits ont éclaté entre les sociétés exploitantes d’huile de palme et les villageois, au sujet des terres et des ressources, et la situation s’est répétée en plusieurs autres endroits. Le gouvernement de Ratanakiri était inquiet des affrontements semblables qui survenaient ailleurs dans la province. Mais il n’avait aucun pouvoir contre l’octroi de concessions par le gouvernement national dans la lointaine capitale, Phnom Penh, ni contre l’afflux d’immigrants arrivant chaque jour d’autres régions du pays.
Pourtant le sort des montagnards de Ratanakiri n’est pas passé inaperçu. Des ONG locales et internationales ont commencé à mettre en doute l’équité des actions du gouvernement national et les résultats qui pourraient découler des changements apportés par l’exploitation des forêts de Ratanakiri. Incertain de la marche à suivre pour faire face à une situation qui menaçait de déraper, le gouvernement provincial a donné son aval à un projet de recherche financé par le CRDI. L’équipe de recherche avait pour mandat d’explorer les moyens d’aborder à l’échelle locale les problèmes de la pauvreté et des conflits relatifs aux ressources.
Méthodes et outils utilisés
Les chercheurs ont commencé par rencontrer les villageois pour connaître les réalités auxquelles ils faisaient face. L’équipe de recherche a eu tôt fait de se rendre compte que pour être en mesure d’aider ces gens à préserver leur mode de vie — et à protéger les bassins versants de la forêt — il fallait de toute urgence entreprendre auprès d’eux une campagne d’éducation et de sensibilisation afin de leur permettre de faire valoir leurs droits traditionnels. Il est aussi apparu clairement que les populations locales devaient pouvoir établir, à l’aide de données probantes, leur utilisation et gestion de longue date des ressources forestières afin de légitimer leurs revendications. Tant les chercheurs que les villageois se trouvaient là en terrain inconnu.
L’évaluation participative etla cartographie sont les outils qu’ils ont choisis pour s’attaquer à cette tâche. Les chercheurs se sont fiés au savoir et à la compétence des aînés qui ont aidé les villageois à préparer des cartes détaillées des territoires ancestraux et de leurs utilisations. Ces cartes remarquables déterminent les frontières coutumières et indiquent les ressources naturelles qui se trouvent à l’intérieur de ces frontières. Les cartes donnent des renseignements sur la jachère forestière, les esprits de la forêt, les forêts cimetières, les terres agricoles, les ruisseaux et les lacs, les zones forestières préservant l’eau potable, les forêts de produits non ligneux comme les champignons et les herbes médicinales, les forêts villageoises sources de bois de chauffage et de bois d’oeuvre et les brise-vent qui protègent des vents forts.
La prochaine étape consistait à élaborer des règlements sur la répartition des ressources au sein de ces territoires. Ces règlements se fonderaient sur les pratiques usuelles comme la conservation des forêts des esprits et l’affectation de diverses régions à différents usages. Les cartes et les règlements proposés ont ensuite fait l’objet de discussions avec l’administration de la commune et les villages avoisinants ont été invités à les étudier et à faire part de leurs objections, le cas échéant.
Enfin, les cartes et les règlements ont été incorporés à un plan d’action communautaire qui s’est avéré crucial pour présenter des arguments convaincants à l’encontre des titulaires de concessions. Ils ont clairement montré aux gens de l’extérieur et aux représentants du gouvernement les frontières existantes et les zones utilisées, tout en illustrant les pratiques traditionnelles de la collectivité en matière de gestion des ressources. Les représentants du district ont été impressionnés. Une fois le plan d’action accepté, celui-ci a été soumis aux instances provinciales. Finalement, en 2000, on a demandé au gouverneur de Ratanakiri d’approuver le premier de ces plans d’action communautaire.
Expériences acquises
Un précédent de taille
En l’absence de toute politique officielle émanant du gouvernement central, le gouverneur a exercé son pouvoir discrétionnaire, et il a approuvé le plan. Le titulaire de la concession en conflit avec la collectivité a donc été obligé de renoncer à sa réclamation de la majeure partie de la zone forestière de la collectivité. Un précédent de taille venait d’être établi et confirmait la légitimité des droits traditionnels, solidement documentés, faisant de ces droits un sujet digne de l’attention de l’État. Fait tout aussi important, les ministères gouvernementaux et les ONG locales oeuvrant dans le domaine du développement bénéficiaient maintenant d’un modèle pour assurer la protection de ces droits.
Ce nouveau processus participatif d’aménagement du territoire est né d’essais et de travail sur le terrain auxquels ont collaboré des collectivités locales et des organismes gouvernementaux, et non de directives ou de politiques officielles. Les cartes et les documents probants ont largement contribué à modifier les idées reçues des participants.
Les représentants des gouvernements, qui n’étaient pas familiers avec les langues et les cultures locales, ont été étonnés d’apprendre que les ressources forestières étaient beaucoup utilisées et gérées par les collectivités locales. Quant à eux, les villageois ont fini par reconnaître, en présence des concessions extérieures, qu’il y avait des limites à leur utilisation des terres.
Ce processus d’aménagement local s’est avéré efficace pour résoudre les conflits et renforcer les capacités d’établissement de nouvelles structures gouvernementales à l’échelle locale et provinciale. Toutefois, le personnel du gouvernement avait autant à apprendre que la population locale. Depuis toujours, son rôle consistait simplement à mettre en application les règlements administratifs du gouvernement central. Le projet de recherche fournissait désormais au personnel du gouvernement provincial de Ratanakiri un mécanisme lui permettant de faire l’essai de nouvelles démarches avec les collectivités et ce, dans un nouvel état d’esprit — des démarches qui incluraient la consultation, le respect des droits des citoyens, la facilitation d’initiatives locales et la réceptivité aux problèmes locaux.
Ces premiers succès ont attiré l’attention de nombreuses autres collectivités, et les chercheurs ont proposé divers moyens de diffuser les résultats de la recherche et de renforcer les capacités locales; parmi ces moyens, des cours libres à l’intention des villageois pour leur permettre d’apprendre le khmer et l’arithmétique. Ils ont aussi favorisé les visites au pair entre agriculteurs et entre villageois et ont contribué aux frais de transport lorsque des chefs de village ne pouvaient payer le voyage jusqu’aux bureaux du district pour rencontrer personnellement les représentants du gouvernement.
Un modèle pour tout le pays
Bientôt, les collectivités, nouvellement dotées d’une pleine liberté d’action, ont commencé à former des comités de gestion des ressources naturelles. Elles ont ainsi aidé à cartographier et à négocier l’utilisation des ressources et à mettre en oeuvre les plans de gestion locaux. Elles ont aussi veillé à ce que les questions de ressources naturelles soient intégrées aux plans officiels des communes en matière de développement. Les ministères du gouvernement provincial conservaient les responsabilités suivantes: formation, surveillance, coordination, gestion de tout conflit et appui à la mise en oeuvre des plans locaux.
Dans le cadre de la réforme dirigée par la communauté internationale après deux décennies de guerre civile, le gouvernement national a accepté de se décentraliser et a offert aux collectivités locales un plus grand nombre d’occasions de veiller elles-mêmes à la planification et à la prise de décisions. Le programme Seila (seila est un mot khmer qui signifie « pierre angulaire ») est le moyen qui a été choisi pour mener à bien cette réforme. C’est ainsi que le processus participatif d’aménagement local mis au point par les chercheurs et les villageois à Ratanakiri, sur lequel était fondé ce programme, est devenu un nouveau modèle pour l’ensemble du pays.
Encore maintenant, la gestion des ressources à Ratanakiri ne va pas sans difficultés. Elle continue à être un processus d’apprentissage pour ceux qui y participent. Les montagnards devront continuer à s’adapter aux changements que toutes ces mesures apportent dans leur vie et dans leurs forêts. Mais ils savent désormais qu’il existe un mécanisme auquel ils peuvent avoir recours pour défendre leurs droits et leurs terres. Et puisque les chercheurs ont réussi à créer des modèles d’intervention efficaces, les utilisateurs des ressources locales, les gouvernements locaux et les organismes provinciaux disposent tous de meilleurs outils pour faire face aux enjeux politiques et pratiques qui accompagnent inévitablement le développement.