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Enseignements de l'expérience

 

Dénomination du Projet:

Les habitants des zones rurales documentent leurs savoirs et leurs innovations. L’exemple du Vidéo Participative au Turkménistan.

Auteurs: Chris Lunch, Insight, Oxford (UK)

Document de référence:

Chris Lunch, Vidéo Participative: Les habitants des zones rurales documentent leurs savoirs et leurs innovations, Notes CA N. 71 Août 2004.

Nick Lunch, Chris Lunch, Insights into Participatory Video: a handbook for the field. (English)

Introduction et méthodologie

L es savoirs locaux et les initiatives locales sont habituellement documentés et diffusés par des étrangers, qui font leurs propres interprétations du processus. La vidéo participative (VP) offre une occasion aux habitants des zones rurales de documenter leurs propres connaissancesetexpériences et d'exprimer leurs besoins et leurs espoirs selon leurs propres points de vue. Un exemple récent de VP est le projet que Insight, une organisation qui utilise la vidéo participative comme outil de recherche et de développement, a exécuté en 2003 au Turkménistan avec l'appui de l'ambassade britannique et en association avec le programme Tacis de l’Union Européenne.

Entre 2001 et 2003, Tacis avait mis sur pied cinq associations volontaires d’agriculteurs (VFAs). L’objectif des activités de la VP était d’aider à renforcer ces organisations communautaires à la base encore jeunes. L'approche était de permettre à des membres de deux des VFAs d’expliquer ce qu’il fallait faire pour le lancement d’une telle association et ce qu’ils considéraient comme des avantages à en retirer.

 

Un outil de partage de connaissance

Un des principaux problèmes identifiés par les villageois était que bon nombre d'entre eux étaient peu familiers avec le concept d’exploitation agricole familiale. Ils soulignaient la nécessité d'apprendre des agriculteurs locaux plus expérimentés et de redécouvrir les méthodes traditionnelles de conservation de l'eau, de stockage des produits, de séchage des fruits, etc... Ces connaissances traditionnelles existent toujours, mais sont détenues par seulement un petit nombre d'individus. Les membres des VFAs ont très vite apprécié la capacité de la vidéo à enregistrer et diffuser les différents types de connaissances plus largement et à donner aux agriculteurs moins expérimentés la chance d'apprendre des "experts" villageois, des innovateurs et des détenteurs de connaissances traditionnelles. En très peu de temps, ils ont planifié et tourné leurs propres courts métrages de formation, de présentation d’outils qu'ils avaient développés eux-mêmes, expliquant comment ils étaient faits, donnant des suggestions et des conseils sur la manière d’entretenir certaines plantes particulières, et ainsi de suite.

 

Travail avec les femmes

Dans un pays islamique tel que le Turkménistan, il est souvent difficile d’inclure les femmes dans les processus de recherche action communautaire. L'équipe qui animait le processus de la VP comprenait une stagiaire venue d'Ashgabat, la capitale de l’Etat. Sa conclusion était que les méthodes de VP pouvaient produire des résultats dans des situations où d'autres méthodes d'évaluation rurale participative (PRA) avaient échoué. Elle donna comme exemple le premier atelier auquel les femmes locales ont assisté. "Les femmes ne voulaient rien dire ni discuter d’aucun sujet. Elles nous ont dit qu'elles étaient trop occupées et voulaient rentrer chez elles. Nous avons alors commencé à utiliser des outils de vidéo participative et elles sont devenues très enthousiastes. Nous avons joué le " jeu des noms ", où chaque personne a l’opportunité d'interviewer et de filmer une autre personne et parler face à la caméra. Lorsque nous avons visionné le film ensemble, elles l'ont trouvé drôle et étaient fières de ce qu'elles avaient réalisé. Cela a vraiment rompu la glace et elles sont devenues plus confiantes et intéressées par notre projet. Le jour suivant elles nous ont invités chez elles et ont réuni plus de femmes."

Les femmes du village commencèrent bientôt à promener l'équipement vidéo dans tout le village et à interviewer d'autres villageois (généralement des femmes). Elles produisirent également des courts métrages. Un de ces courts métrages était centré sur la petite unité de production laitière installée par Tacis. La production et la transformation du lait est de plus en plus un moyen important de génération de revenus. Ce ne sont pas toutes les femmes qui savent produire des denrées de haute qualité et beaucoup n’ont aucune expérience sur la manière de répondre aux besoins et aux opportunités du marché libre.

 

Utilisation des films vidéos comme outils d'atelier

En l’espace d’un mois, l’animateur du processus de la VP au Turkménistan a compilé une collection éditée des courts métrages vidéos. Cette version a d’abord été montrée aux villageois des communautés où les films avaient été tournés. Elle a ensuite été utilisée dans d'autres villages comme outil pour susciter l'auto-évaluation et l’analyse de la situation. Les villageois pouvaient s’identifier avec les messages vidéos tournés par des gens se trouvant dans la même situation qu’eux.

Des copies des vidéos furent laissées avec des personnes importantes dans les villages ainsi qu’avec certaines boutiques locales de location de films vidéos. A Ashgabat, la capitale du Turkménistan, l’animateur de la VP organisa une projection du film réalisé à l’intention de 30 invités à la résidence de l'ambassadeur britannique. Ceux-ci comprenaient des représentants de haut niveau d'un certain nombre d'agences de donateurs internationaux, d'ambassades et d'organisations locales travaillant dans le secteur agricole. Leur réaction était unanimement positive, une discussion animée s’en est suivie et plusieurs agences de donateurs promirent de continuer à soutenir le développement des VFAs à travers tout le Turkménistan.

 

Le potentiel de la VP pour la promotion de l'innovation locale

La VP est un médium basé sur la communication visuelle et verbale. En tant que tels, elle offre de grandes possibilités de renforcement des moyens locaux de communication – qui sont également en grande partie visuels et verbaux. De toute évidence, il faut un équipement spécial pour produire et montrer des films vidéos, mais un nombre de plus en plus important d’ONG et même d’organisations communautaires à la base possèdent maintenant leurs propres lecteurs vidéo, et certaines possèdent également des caméras vidéos. Les films vidéos peuvent également être facilement copiés sur CD-ROMs et peuvent alors être regardés sur un ordinateur portable ou sur le Web. De cette manière, la VP peut mettre les expériences et les savoirs locaux sur un réseau mondial, permettant ainsi à tous les acteurs appropriés d'apprendre les uns des autres.

 

Principales leçons apprises

• Le projet réalisé au Turkménistan a montré que les populations locales peuvent rapidement prendre le contrôle du processus de la VP et reconnaître son potentiel comme outil de partage de l'expérience et des savoirs locaux entre différents groupes d’agriculteurs.

• La VP peut être utilisée comme moyen de collecte, de validation et de diffusion des technologies développées par des agriculteurs auprès d’audiences transnationales, que ce soit des agriculteurs, des chercheurs ou des décideurs en matière de politique.

• Le fait d’avoir une femme dans l’équipe d’animation de la VP a beaucoup facilité le travail avec les femmes dans un pays islamique et ainsi, d’introduire les points de vue des femmes dans l'analyse faite par la communauté de la situation et des possibilités.

• Les films produits par la VP sur les innovations et l'expérimentation réalisées par des agriculteurs peuvent aider à faire entendre la voix des agriculteurs et porter leurs images à la connaissance des décideurs de politique en matière de recherche et de développement agricole (ARD). C'est là un moyen d'introduire les perspectives des agriculteurs dans les plates-formes multipartites sur le sujet, une approche qui peut inciter d'autres groupes de parties prenantes à ouvrir ces plates-formes directement aux agriculteurs chercheurs. De cette manière, les agriculteurs pourront exercer une plus grande influence dans la prise de décision au sujet des programmes de ARD.

 



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et la sécurité alimentaire