La
méthodologie de "campagne intensive de vulgarisation" (CIV)
élaborée par la FAO a été introduite en Afrique, au Proche-Orient,
en Asie et en Amérique latine. Cette méthodologie souligne l'importance
de la participation des destinataires visés, tels que les agents
de vulgarisation sur le terrain et les petits exploitants agricoles,
à la planification stratégique, à la gestion systématique et
à l'application sur le terrain des programmes de vulgarisation
et de formation agricoles ; Ces stratégies et ces messages de
vulgarisation sont élaborés en fonction de paramètres spécifiques
découlant d'un processus participatif d'identification des problèmes
et de l'évaluation des besoins. L'approche qui régit le transfert
et l'application de la technologie dans le cadre de la CIV s'appuie
sur une définition des besoins et sur une analyse de la demande.
Elle est, en outre, centrée sur le problème à résoudre.
Le
programme de CIV adopte une approche systémique avec, comme
premier élément, une étude portant sur les connaissances, attitudes
et pratiques (CAP) des agriculteurs, étude dont les résultats
sont exploités comme paramètres de planification et comme données
de référence pour une évaluation finale. En outre, une série
d'ateliers est consacrée à l'application concrète de l'approche
participative, réunissant les agents de vulgarisation, les techniciens
spécialisés, les instructeurs et les leaders de collectivités
agricoles. Ces journées sont consacrées à l'étude des qualifications
nécessaires à la planification d'un programme de vulgarisation,
à l'élaboration de la stratégie, à la formulation et à l'orientation
des messages, à la conception, à l'expérimentation et à la production
de matériels pédagogiques multimédia ainsi qu'aux aspects de
planification, de mise en oeuvre, de suivi et d'évaluation de
la gestion. Cette démarche présente, entre autres avantages,
celui d'orienter et de former le personnel de vulgarisation
concerné à l'application d'une approche systématique, rationnelle
et pragmatique en ce qui a trait à la planification, à la mise
en oeuvre, à la gestion, au suivi et à l'évaluation des programmes
appliqués au quotidien par un service de vulgarisation agricole.
Un
certain nombre d'études visant à une évaluation empirique des
méthodes de campagne intensive de vulgarisation appliquée à
des initiatives spécifiques et bénéficiant de l'appui de la
FAO ont été effectuées, notamment au Bangladesh et en Malaisie
(lutte contre les rats), en Thaïlande (surveillance des ravageurs),
en Malaisie (lutte contre les mauvaises herbes), en Zambie (culture
du maïs), au Malawi, à la Jamaïque et au Maroc (éducation de
la population) Ces études d'évaluation utilisaient des techniques
de retour de l'information et d'analyse d'impact, ainsi que
des interviews de groupes sélectionnés et des enquêtes de suivi
de la gestion. Elles ont fait état d'une amélioration des connaissances,
attitudes et pratiques des agriculteurs à l'égard des techniques
recommandées, tout en signalant des avantages économiques importants.
Cette
méthode de CIV a été reproduite avec l'aide de la FAO dans de
nombreux pays d'Asie, d'Afrique, du Proche-Orient et des Caraïbes,
sur une vaste gamme de thèmes, notamment le semis en ligne en
riziculture, la culture du maïs, la culture du cacao, la lutte
contre les maladies transmises par les tiques, le labour suivant
les courbes de niveau, la sensibilisation de la population,
le labour au moyen d'animaux de trait. Outre le fait que la
méthode de CIV a été souvent reproduite dans un même pays, ses
effets multiplicateurs se font sentir au-delà des frontières
nationales. A titre d'exemple, des spécialistes de la vulgarisation
ghanéens, malawiens, éthiopiens, français, malaisiens, thaïlandais,
philippins, qui ont été formés par la FAO à cette méthode de
CIV et en avaient appliqué les programmes, ont été engagés comme
consultants et personnes-ressources pour former leurs homologues
ou apporter une assistance à des opérations bâties sur ce modèle,
notamment à Sri Lanka, aux Philippines, en Malaisie, en Thaïlande,
en Chine, au Libéria, en Zambie, au Malawi, au Kenya, en Ouganda,
au Maroc, en Tunisie, au Rwanda, au Burundi, en Guinée, à la
Jamaïque et au Honduras.
Dans
cette section, nous n'analyserons pas les enseignements que
nous avons tirés en matière de planification, de mise en oeuvre,
de suivi et d'évaluation des activités de CIV. En revanche,
nous analyserons ici les conséquences, au niveau macro, des
expériences de CIV en ce qui a trait au renforcement et à l'amélioration
des services publics de vulgarisation agricole, et notamment
de leurs programmes et activités. La CIV n'est pas censée remplacer
un service ou un programme de vulgarisation agricole. La CIV
figure simplement au nombre des méthodes de formation non formalisées,
qui devraient être intégrées au service et au programme de vulgarisation
agricoles. En effet, les expériences tirées des différentes
applications de CIV ont permis de tirer un certain nombre d'enseignements,
importants et utiles, tendant à améliorer encore l'efficacité
et la rentabilité des services et des programmes de vulgarisation
agricole grâce à l'application, intégrale ou partielle, de ses
éléments ou principes.
Leçon
1 : La CIV améliore la processus de planification de la
vulgarisation agricole
La
méthode de campagne intensive de vulgarisation (CIV) accorde
une grande place à l'application d'une procédure systématique
visant à évaluer les besoins des bénéficiaires visés (petits
agriculteurs, femmes rurales, jeunes gens, par exemple) ainsi
que des intermédiaires (notamment les agents et formateurs de
vulgarisation ou les techniciens spécialisés), de même qu'à
l'identification des problèmes pouvant expliquer la non-adoption
ou l'application inadéquate d'une technologie/technique recommandée.
Les expériences de CIV ont montré à quel point il est important
de fixer à la vulgarisation des objectifs spécifiques et précis,
en s'appuyant sur les difficultés et les besoins pressentis
du public visé (qu'il s'agisse des bénéficiaires ou des personnes
participant aux activités de vulgarisation/élargissement), si
l'on veut garantir la pertinence et l'adéquation d'un programme
de vulgarisation agricole de type participatif basé sur une
planification stratégique.
Les
activités de CIV ont également démontré qu'une bonne partie
des planificateurs/gestionnaires et formateurs, qui avaient
participé aux ateliers de CIV, consacrés en l'espèce à l'utilisation
des enquêtes de connaissances, attitudes et pratiques (CAP)
des agriculteurs, ainsi qu'à la planification stratégique, à
la conception d'un message et à l'élaboration des matériels
multimédia, ont mis en application les principes de la planification
stratégique. Ces personnes ont notamment commandité ou conduit
elles-mêmes des enquêtes référencées de CAP, y compris les entrevues
de groupes spécialisés (FGI) et utilisé les données quantitatives
ainsi que les informations qualitatives pour alimenter le travail
de planification, de suivi et d'évaluation des programmes, élargissant
par là même le champ des campagnes de vulgarisation. Il s'ensuit
que, grâce à la planification stratégique et au choix d'orientations
à caractère systémique, les programmes et activités de vulgarisation
sont mieux ciblés, davantage centrés sur les besoins et les
problèmes à résoudre, bénéficient d'objectifs précis et s'appuient
sur des messages spécifiquement conçus à l'intention de groupes
cibles segmentés. Il est à noter que, jusque-là, les orientations
des campagnes de vulgarisation présentaient parfois un caractère
improvisé et sporadique, se fixaient des objectifs très généraux
et s'appuyaient sur des messages parfois vagues ou à la pertinence
discutable.
Leçon
2: La CIV aide à constituer des effectifs structurés
de planificateurs et de formateurs de vulgarisation
La
mise en valeur des ressources humaines par le biais de la formation
à la méthodologie de CIV représente un volet fondamental de
la démarche CIV. Ce volet doit être considéré comme une bonne
"police d'assurance" permettant de garantir la durabilité et
l'institutionnalisation d'une application du savoir-faire CIV
à l'appui des programmes de vulgarisation agricole. On procède
donc à la formation d'instructeurs-cadres et de responsables
de la planification principaux grâce à des activités et à des
ateliers dispensant des qualifications et un savoir-faire concret
à un groupe noyau d'agents de vulgarisation et de formation
agricoles.
Les
expériences de CIV ont montré que lorsqu'on dispose d'un nombre
suffisant d'agents formés à cette méthode au sein d'un organisme
se consacrant à la vulgarisation et à la formation agricoles,
ces agents peuvent eux-mêmes contribuer, au cours d'opérations
de reproduction du schéma CIV, à la formation d'un nombre accru
de personnes.
L'un
des enseignements importants tirés des expériences de CIV dans
différents pays est que cette dernière ne crée pas de dépendance
à l'égard des personnes-ressources et/ou consultants étrangers,
une fois menée à bien la première phase de formation des instructeurs.
Il semble en effet possible de propager la méthodologie de CIV
en assurant la formation de planificateurs et d'instructeurs
de vulgarisation à l'échelon local, sans qu'il soit nécessaire
de recourir encore à une assistance technique extérieure une
fois que l'on a mené avec succès une ou deux campagnes de CIV.
Leçon
3: La CIV contribue à améliorer la liaison entre la
vulgarisation et la recherche
Il
importe, dans tous les programmes de CIV, d'identifier et de
sélectionner un ensemble technologique agricole comme devant
constituer le noyau des messages de vulgarisation à élaborer.
On entreprendra donc de valider l'ensemble technique recommandé
avec l'aide du personnel agricole ou des techniciens spécialisés
appropriés, tout en spécifiant les éléments essentiels et/ou
critiques. En effet, en l'absence de tels ensembles spécifiques
d'informations, il n'est pas possible de déterminer, au moyen
d'une enquête référencée CAP, le niveau de connaissances, attitudes
et pratiques (CAP) des agriculteurs à l'égard de cette technique/technologie.
L'expérience de la CIV a montré l'importance et l'utilité d'une
collaboration entre le personnel de recherche et les agents
de vulgarisation lors de la planification d'une enquête CAP,
mais aussi de la formulation et de la hiérarchisation des objectifs
de vulgarisation en fonction des résultats de l'enquête.
Les
activités de CIV ont également permis de comprendre que, même
en l'absence d'une innovation technologique dans le domaine
agricole, l'appui des services de vulgarisation pour la mise
ne oeuvre des techniques et du savoir-faire "existant" demeure
nécessaire pour la plupart des agriculteurs. L'enquête de CAP
peut aider à faire le point de l'adoption ou de la mise en pratique
d'une technologie donnée par les agriculteurs et, chose plus
importante, à préciser les raisons de sa non-adoption ou encore
le degré d'inadéquation de son application. Cet ensemble de
données, informations et analyses constitue un apport considérable
pour le personnel de recherche qui s'efforce d'améliorer la
technique/technologie en vue d'en faciliter l'acception et,
partant, l'adoption par les agriculteurs. De ce fait, le processus
participatif de la CIV, en facilitant l'échange par les chercheurs,
les agents de vulgarisation et les agriculteurs, aide à établir
les priorités de la recherche en fournissant des informations
"par anticipation" sur les besoin s en matière de recherche
tels que perçus par les agriculteurs. Il semble que les activités
de CIV constituent un agent efficace de "hiérarchisation" des
activités de recherche, notamment en ce qui a trait au patrimoine
de connaissances et aux pratiques culturales indigènes propres
à une minorité d'agriculteurs.
Leçon
4: La CIV est surtout nécessaire aux petits exploitants
agricoles aux ressources limitées
De
nombreuses études portant sur la diffusion de l'innovation ont
largement propagé l'idée selon laquelle une "nouvelle technologie",
compris dans le domaine agricole, dans la mesure où elle offre
des avantages tangibles ou une amélioration par rapport aux
pratiques antérieures, se diffusera avec une relative facilité,
même sans l'aide d'un service de vulgarisation. Il faut toutefois
observer que, dans ce genre de cas, c'est le groupe socio-économique
le plus élevé de la collectivité concernée qui présente la meilleure
probabilité de mise en pratique de la nouvelle technologie recommandée.
Pour les membres moins privilégiés de ce groupe, le processus
d'adoption et de mise en pratique adéquate de la technologie
recommandée ne se limite pas à la prise d'une décision rationnelle
fondée sur l'analyse des risques et des avantages économiques
ou d'autres formes d'incitation. D'autres facteurs, tels que
l'accessibilité de l'information, les carences en savoir-faire
technique pertinent, les préjugés sociaux et culturels ou encore
le manque de ressources, constituent autant de facteurs supplémentaires
risquant d'entraver l'adoption des technologies agricoles recommandées
par les groupes désavantagés du point de vue socio-économique
tels que, notamment, les petits exploitants agricoles aux ressources
limitées.
Comme
l'a indiqué, lors de la Consultation globale de la FAO sur la
vulgarisation agricole, la plupart des services de vulgarisation,
tant dans les pays développés que dans les pays en développement,
apportent une aide aux gros exploitants agricoles, notamment
pour les cultures commerciales. Une enquête parrainée par la
FAO et portant sur 207 organismes de vulgarisation agricole
opérant dans 113 pays a révélé qu'en 1988, environ 58 pour cent
des ressources de vulgarisation disponibles dans le monde étaient
dirigés vers les exploitations agricoles à vocation commerciale,
y compris les producteurs spécialisés de cultures commerciales
et de produits de base destinés à l'exportation. En d'autres
termes, 22 pour cent seulement des ressources consacrées à la
vulgarisation étaient canalisés vers l'agriculture de substance
ou les petites exploitations avec comme corollaire l'élargissement
du fossé qui sépare les grands et les petits exploitants du
point de vue des connaissances comme des avantages en général.
La CIV, qui est centrée sur la solution des problèmes, met précisément
l'accent sur l'aide aux petits exploitants ne disposant que
de maigres ressources et elle semble assez efficace comme méthode
de mise en oeuvre des programmes d'intervention visant à réduire
ce fossé.
Par
ailleurs, les programmes de vulgarisation n'ont pas nécessairement
besoin de s'appuyer sur la recherche agricole comme fournisseur
de "nouveaux" ensembles technologiques. Ils ne manquent pas,
généralement, de techniques agricoles ou de procédés culturaux
"anciens" qui n'ont pas été adéquatement mis en pratique par
la majorité des agriculteurs, notamment les petits exploitants
aux faibles moyens. De nombreuses enquêtes CAP conduites dans
des pays en développement ont d'ailleurs révélé l'existence
d'une foule de méthodes culturales "anciennes" qu'une forte
proportion des petits exploitants ignorent, rejettent ou n'appliquent
pas convenablement. C'est précisément pour ce genre de bénéficiaires
que des programmes spécialisés d'interventions de type CIV,
axés sur l'adoption de procédés techniques "anciens/existants",
sont particulièrement utiles afin de combler l'écart de connaissances
et d'avantages économiques entre les gros et les petits exploitants.
Leçon
5: La CIV contribue à améliorer la liaison entre la
vulgarisation et la formation
L'adoption
et la mise en pratique adéquate, par les agriculteurs, de la
plupart des technologies agricoles nécessitent que ces agriculteurs
soient formés à cette fin, notamment par un enseignement donné
sur le terrain et par des démonstrations pratiques. Cependant,
de nombreuses études et expériences de terrain indiquent que,
bien souvent, les agriculteurs ne sont guère motivés ou intéressés
à assister ou à participer activement aux cours de formation
organisés à leur intention. De nombreuses raisons ont été invoquées
pour expliquer cet état de fait, parmi lesquelles le manque
de temps, le sentiment que la formation ne répond pas aux besoins
ou encore le manque de sensibilisation au thème de la formation.
Cependant, l'une des principales causes sous-jacentes du problème
tient au fait que, bien souvent, ces agriculteurs ne ressentent
pas directement le "besoin" de participer à un programme de
formation donné.
L'expérience
acquise au cours des activités CIV indique qu'en informant et
en motivant les bénéficiaires visés, notamment quant à l'importance
de l'adoption d'une technologie agricole pour la satisfaction
de besoins déterminés, la CIV crée un besoin, directement "perçu"
ou "ressenti" par les agriculteurs, pour un surcroît d'informations
et d'éclaircissements et donc de formation.
Leçon
6: La CIV réduit la charge de travail supportée par
les services de vulgarisation et augmente leur portée
La
CIV comporte, entre autres volets importants, le recours stratégique
et planifié à un éventail de canaux et/ou de matériels multimédia
choisis dans une optique de rentabilité, et associant l'interaction
personnelle comme au niveau du groupe et la communication de
masse. Contrairement à bon nombre de démarches classiques de
vulgarisation, la CIV ne s'appuie pas exclusivement sur les
agents de vulgarisation pour l'accomplissement de la plupart,
voire de la totalité, des tâches d'une campagne. Lors de la
Consultation mondiale des experts de la FAO sur la vulgarisation
agricole, tenue en 1989, on a constaté que dans la plupart des
pays, en dépit des carences en moyens de transport et des vastes
superficies à couvrir, les programmes de vulgarisation avaient
largement compté sur les agents de vulgarisation agricole et
autre personnel de terrain en ne recourant que très peu aux
moyens de communication de masse. On voit donc que l'une des
faiblesses des services ou programmes de vulgarisation agricole,
notamment dans les pays en développement, tient souvent à la
dépendance excessive à l'égard des agents de vulgarisation,
pour ce qui est d'accomplir toutes sortes de tâches liées au
développement agricole - dont une bonne partie n'ont pas un
caractère éducatif. Conséquence de ce problème, la plupart des
agents de vulgarisation sont surmenés, inefficaces, et n'ont
pas le rayon d'action nécessaire.
Lorsqu'il
s'agit d'accomplir certaines tâches ayant vocation d'informer
et de motiver, il n'est pas forcément nécessaire de prévoir
une participation des agents de vulgarisation aussi intensive
ou active que lorsqu'il s'agit de tâches visant à sensibiliser
ou à instruire, comme la formation sur le terrain ou les activités
de mise en oeuvre. L'expérience de la CIV dans de nombreux pays
a démontré que le recours à une stratégie multimédia réduit
la charge de travail non pédagogique des agents de vulgarisation,
leur permettant ainsi de se consacrer à des tâches plus importantes
ne pouvant être accomplies par les moyens ou les matériels de
communication, de masse notamment. L'investissement et les coûts
de fonctionnement liés à l'emploi d'agents de vulgarisation
figurent parmi les postes les plus élevés des budgets de vulgarisation
agricole. En permettant une utilisation rationnelle des ressources
humaines, grâce à une allocation efficace des tâches, l'expérience
de la CIV indique que l'on peut non seulement améliorer la rentabilité
des activités de vulgarisation - c'est-à-dire augmenter la portée
territoriale ainsi que le nombre des agriculteurs atteints par
chaque agent de vulgarisation - mais aussi améliorer la qualité
des résultats obtenus pour un investissement donné - c'est-à-dire
renforcer les connaissances, promouvoir une attitude positive
et encourager des pratiques adéquates.
Leçon
7: La CIV encourage le partenariat avec les organisations
communautaires et leur participation
La
plupart des activités de CIV ont été caractérisées par une participation
active des organismes ayant leurs racines dans la collectivité,
assistant les agents de vulgarisation dans la planification
et la mise en oeuvre de la campagne. Ces organismes représentent
un large éventail d'institutions, parfois non agricoles (établissements
scolaires, organismes de développement rural, mosquées, églises,
administrations locales), les organisations non gouvernementales
(coopératives, organisations d'exploitants agricoles, association
d'abonnés au service des eaux, groupes d'entraide, associations
féminines), mais aussi des représentants du secteur privé (distributeurs
de semences ou de fertilisants, commerces ruraux) et enfin les
intermédiaires tels que les enseignants, les écoliers ou les
notables religieux ou communautaires. Un tel partenariat, ainsi
que l'adhésion des organismes communautaires à un programme
de CIV, sont de nature à en renforcer les chances de durabilité
et d'institutionnalisation.
Les
expériences évoquées ci-dessus ont permis de tirer un enseignement
important, à savoir qu'une démarche de planification participative
et des mesures de coordination étroite dans un cadre bien défini
de développement agricole, rendent possible la mobilisation
du soutien et des ressources communautaires à l'appui des activités
de vulgarisation. Plus important encore, le soutien et l'aval
de notables influents ainsi que la participation d'institutions
communautaires confèrent légitimité et crédibilité aux objectifs,
aux activités et aux messages de la CIV. Cependant, il importe
qu'une telle participation des organismes gouvernementaux et
non gouvernementaux soit adéquatement coordonnée par le Ministère
de l'agriculture, en d'autres termes les services de vulgarisation
agricole, et que ces activités de collaboration soient compatibles
avec les stratégies de développement agricole en vigueur et
qu'elles viennent appuyer les programmes de vulgarisation prévus.
Il est également essentiel, pour le succès des opérations de
vulgarisation entreprises en mode participatif, que soient lancées
des activités de formation axées sur le volet de mise en oeuvre
et les aspects techniques du programme de vulgarisation, à l'intention
du personnel non agricole des organismes communautaires apportant
leur collaboration.
Leçon
8: La CIV stimule le professionnalisme des agents
de vulgarisation
Il
arrive souvent que les agents de vulgarisation, déjà surchargés
par leurs tâches quotidiennes ,considèrent la participation
aux activités d'une campagne comme un fardeau supplémentaire.
Cependant, l'expérience des CIV indique que l'on prévoit pour
les agents certaines formes d'encouragement, on obtiendra leur
soutien et leur participation. Précisons toutefois qu'il ne
s'agit pas nécessairement d'incitations financières, et qu'il
semble suffisant, pour obtenir leur concours, de faire en sorte
de rehausser leur prestige ou leur statut social.
En
offrant aux agents de vulgarisation des matériels de campagne
multimédia à la fois attrayants et utiles, qu'ils peuvent diffuser
ou utiliser auprès de leur clientèle, les agriculteurs, les
programmes de CIV ont attribué à renforcer le prestige de crédibilité
de ces agents auprès de leurs amis et des agriculteurs. Cela
est d'autant plus utile que, par le passé, les agents de vulgarisation
ne bénéficiaient guère d'une grande crédibilité. Plus important
encore, les activités de CIV les ont aidés à gagner de l'assurance
en leur offrant, par le truchement d'une formation spécifique,
des connaissances pratiques supplémentaires sur les thèmes ou
les messages de la campagne. De plus, tous les médias employés
pour les campagnes, notamment les documents imprimés, mais aussi
les messages radiophoniques et télévisés, ne manquaient pas
d'insister sur les qualifications particulières des agents de
vulgarisation, en conseillant aux agriculteurs de s'adresser
à eux pour un complément d'information et de conseil. Cette
publicité, en renforçant leur image, conférait aux agents de
vulgarisation un certain prestige qui ne manquait pas de les
inciter à participer avec davantage de dynamisme aux activités
de la campagne.
Les
activités de CIV ont également permis de montrer à quel point
les intéressés apprécient des visites fréquentes au niveau du
sous-district ou du village, de la part de hauts responsables
provinciaux ou nationaux en matière d'agriculture, lorsque ces
derniers se rendent sur le terrain pour se renseigner sur les
problèmes et les besoins des agents de vulgarisation et des
agriculteurs. Ce genre d'initiative est à considérer comme un
moyen permettant de stimuler, sans grand investissement, le
moral et l'ardeur au travail du personnel de terrain, et d'intensifier
le soutien et la participation des responsables communautaires
et des personnes participant aux activités de vulgarisation
et de formation agricoles.
Leçon
9 :
La CIV démontre que les programmes de vulgarisation se prêtent
à une planification stratégique, à une gestion efficace et à
un suivi/évaluation systématique
Les
campagne de CIV entreprises dans de nombreux pays en développement
ont démontré que, même avec des ressources limitées, et en s
'appuyant exclusivement sur les moyens existants, les campagnes
de vulgarisation agricole dotées d'un programme spécifiquement
orienté et assorti d'objectifs durables peuvent donner des résultats
escomptés. Le processus de CIV, y compris son cadre conceptuel
et ses procédures/étapes opérationnelles, sont de plus en plus
considérés comme un "microcosme" illustrant la manière dont
un service ou un programme de vulgarisation agricole ordinaire
peut être planifié, géré, suivi et évalué. Après avoir participé
eux-mêmes à des campagnes de CIV ou en avoir directement observé
les réalisations, de nombreux planificateurs, gestionnaires
et formateurs de vulgarisation, ainsi que leurs supérieurs hiérarchiques
et, de manière plus générale, les responsables du secteur agricole,
ont pris l'initiative d'appliquer certains principes et méthodes
majeurs de la CIV à l'amélioration des activités de vulgarisation
agricole.
L'un
des enseignements cruciaux découlant de l'expérience acquise
en matière de CIV est que les résultats de l'évaluation doivent
incorporer une documentation du processus fournissant le détail
des principales étapes ou procédures décisionnelles, depuis
la phase de lancement jusqu'à l'achèvement du programme. En
effet, sans l'apport de ces observations concernant l'ensemble
du processus et visant à décrire et à expliquer en détail les
activités de planification, de formation, de gestion, de suivi
et d'évaluation liées à la vulgarisation, il serait difficile
d'envisager la reproduction d'une campagne de CIV présentant
des garanties de qualité élevée.
Leçon
10 :
La CIV contribue à améliorer et à renforcer les systèmes
et les programmes de vulgarisation agricole
Après
plus d'une décennie d'expérience en matière de CIV dans de nombreux
pays en développement, principalement dans des disciplines telles
que l'élaboration et l'expérimentation de la méthodologie, la
préparation des matériels de formation et la formation des instructeurs,
il apparaît que de nombreux concepts, principes et/ou mesures
situés au coeur de la méthodologie de CIV peuvent contribuer
à l'amélioration et au renforcement des systèmes et des programmes
de vulgarisation agricole . Sans entrer dans le détail des paramètres
contextuels et opérationnels qui conditionnent l'application
de ces concepts et principes, qui ne relèvent pas directement
du présent chapitre, et donc au risque de les simplifier à l'extrême,
nous proposons ci-dessous une synthèse de ces concepts et principes
important: