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Enseignements de l'expérience

 

Sujet:

Les campagnes intensives de vulgarisation

 

Document de référence sur les enseignements de l'expérience:

Adhikarya, R.

 

"Les campagnes intensives de vulgarisation - une méthode participative de vulgarisation agricole"

   

Texte entier en ligne de ce document de référence:

disponible

   

Personne ressource de la FAO:

Kalim Qamar and Abdallah Gaaya

   

Division de la FAO:

Groupe chargé de la formation et de la vulgarisation agricoles du Service de la vulgarisation, de l'éducation et de la communication

   

Méthodologies appliquées:

  • La campagne intensive de vulgarisation (CIV)
  • Enquête relative aux connaissances, aux attitudes et aux pratiques participatives (CAP)

Introduction au sujet:

La méthodologie de "campagne intensive de vulgarisation" (CIV) élaborée par la FAO a été introduite en Afrique, au Proche-Orient, en Asie et en Amérique latine. Cette méthodologie souligne l'importance de la participation des destinataires visés, tels que les agents de vulgarisation sur le terrain et les petits exploitants agricoles, à la planification stratégique, à la gestion systématique et à l'application sur le terrain des programmes de vulgarisation et de formation agricoles ; Ces stratégies et ces messages de vulgarisation sont élaborés en fonction de paramètres spécifiques découlant d'un processus participatif d'identification des problèmes et de l'évaluation des besoins. L'approche qui régit le transfert et l'application de la technologie dans le cadre de la CIV s'appuie sur une définition des besoins et sur une analyse de la demande. Elle est, en outre, centrée sur le problème à résoudre.

Le programme de CIV adopte une approche systémique avec, comme premier élément, une étude portant sur les connaissances, attitudes et pratiques (CAP) des agriculteurs, étude dont les résultats sont exploités comme paramètres de planification et comme données de référence pour une évaluation finale. En outre, une série d'ateliers est consacrée à l'application concrète de l'approche participative, réunissant les agents de vulgarisation, les techniciens spécialisés, les instructeurs et les leaders de collectivités agricoles. Ces journées sont consacrées à l'étude des qualifications nécessaires à la planification d'un programme de vulgarisation, à l'élaboration de la stratégie, à la formulation et à l'orientation des messages, à la conception, à l'expérimentation et à la production de matériels pédagogiques multimédia ainsi qu'aux aspects de planification, de mise en oeuvre, de suivi et d'évaluation de la gestion. Cette démarche présente, entre autres avantages, celui d'orienter et de former le personnel de vulgarisation concerné à l'application d'une approche systématique, rationnelle et pragmatique en ce qui a trait à la planification, à la mise en oeuvre, à la gestion, au suivi et à l'évaluation des programmes appliqués au quotidien par un service de vulgarisation agricole.

Un certain nombre d'études visant à une évaluation empirique des méthodes de campagne intensive de vulgarisation appliquée à des initiatives spécifiques et bénéficiant de l'appui de la FAO ont été effectuées, notamment au Bangladesh et en Malaisie (lutte contre les rats), en Thaïlande (surveillance des ravageurs), en Malaisie (lutte contre les mauvaises herbes), en Zambie (culture du maïs), au Malawi, à la Jamaïque et au Maroc (éducation de la population) Ces études d'évaluation utilisaient des techniques de retour de l'information et d'analyse d'impact, ainsi que des interviews de groupes sélectionnés et des enquêtes de suivi de la gestion. Elles ont fait état d'une amélioration des connaissances, attitudes et pratiques des agriculteurs à l'égard des techniques recommandées, tout en signalant des avantages économiques importants.

Cette méthode de CIV a été reproduite avec l'aide de la FAO dans de nombreux pays d'Asie, d'Afrique, du Proche-Orient et des Caraïbes, sur une vaste gamme de thèmes, notamment le semis en ligne en riziculture, la culture du maïs, la culture du cacao, la lutte contre les maladies transmises par les tiques, le labour suivant les courbes de niveau, la sensibilisation de la population, le labour au moyen d'animaux de trait. Outre le fait que la méthode de CIV a été souvent reproduite dans un même pays, ses effets multiplicateurs se font sentir au-delà des frontières nationales. A titre d'exemple, des spécialistes de la vulgarisation ghanéens, malawiens, éthiopiens, français, malaisiens, thaïlandais, philippins, qui ont été formés par la FAO à cette méthode de CIV et en avaient appliqué les programmes, ont été engagés comme consultants et personnes-ressources pour former leurs homologues ou apporter une assistance à des opérations bâties sur ce modèle, notamment à Sri Lanka, aux Philippines, en Malaisie, en Thaïlande, en Chine, au Libéria, en Zambie, au Malawi, au Kenya, en Ouganda, au Maroc, en Tunisie, au Rwanda, au Burundi, en Guinée, à la Jamaïque et au Honduras.

 

Les Enseignements de l'expérience:

Dans cette section, nous n'analyserons pas les enseignements que nous avons tirés en matière de planification, de mise en oeuvre, de suivi et d'évaluation des activités de CIV. En revanche, nous analyserons ici les conséquences, au niveau macro, des expériences de CIV en ce qui a trait au renforcement et à l'amélioration des services publics de vulgarisation agricole, et notamment de leurs programmes et activités. La CIV n'est pas censée remplacer un service ou un programme de vulgarisation agricole. La CIV figure simplement au nombre des méthodes de formation non formalisées, qui devraient être intégrées au service et au programme de vulgarisation agricoles. En effet, les expériences tirées des différentes applications de CIV ont permis de tirer un certain nombre d'enseignements, importants et utiles, tendant à améliorer encore l'efficacité et la rentabilité des services et des programmes de vulgarisation agricole grâce à l'application, intégrale ou partielle, de ses éléments ou principes.

 

Leçon 1 : La CIV améliore la processus de planification de la vulgarisation agricole

La méthode de campagne intensive de vulgarisation (CIV) accorde une grande place à l'application d'une procédure systématique visant à évaluer les besoins des bénéficiaires visés (petits agriculteurs, femmes rurales, jeunes gens, par exemple) ainsi que des intermédiaires (notamment les agents et formateurs de vulgarisation ou les techniciens spécialisés), de même qu'à l'identification des problèmes pouvant expliquer la non-adoption ou l'application inadéquate d'une technologie/technique recommandée. Les expériences de CIV ont montré à quel point il est important de fixer à la vulgarisation des objectifs spécifiques et précis, en s'appuyant sur les difficultés et les besoins pressentis du public visé (qu'il s'agisse des bénéficiaires ou des personnes participant aux activités de vulgarisation/élargissement), si l'on veut garantir la pertinence et l'adéquation d'un programme de vulgarisation agricole de type participatif basé sur une planification stratégique.

Les activités de CIV ont également démontré qu'une bonne partie des planificateurs/gestionnaires et formateurs, qui avaient participé aux ateliers de CIV, consacrés en l'espèce à l'utilisation des enquêtes de connaissances, attitudes et pratiques (CAP) des agriculteurs, ainsi qu'à la planification stratégique, à la conception d'un message et à l'élaboration des matériels multimédia, ont mis en application les principes de la planification stratégique. Ces personnes ont notamment commandité ou conduit elles-mêmes des enquêtes référencées de CAP, y compris les entrevues de groupes spécialisés (FGI) et utilisé les données quantitatives ainsi que les informations qualitatives pour alimenter le travail de planification, de suivi et d'évaluation des programmes, élargissant par là même le champ des campagnes de vulgarisation. Il s'ensuit que, grâce à la planification stratégique et au choix d'orientations à caractère systémique, les programmes et activités de vulgarisation sont mieux ciblés, davantage centrés sur les besoins et les problèmes à résoudre, bénéficient d'objectifs précis et s'appuient sur des messages spécifiquement conçus à l'intention de groupes cibles segmentés. Il est à noter que, jusque-là, les orientations des campagnes de vulgarisation présentaient parfois un caractère improvisé et sporadique, se fixaient des objectifs très généraux et s'appuyaient sur des messages parfois vagues ou à la pertinence discutable.

 

Leçon 2: La CIV aide à constituer des effectifs structurés de planificateurs et de formateurs de vulgarisation

La mise en valeur des ressources humaines par le biais de la formation à la méthodologie de CIV représente un volet fondamental de la démarche CIV. Ce volet doit être considéré comme une bonne "police d'assurance" permettant de garantir la durabilité et l'institutionnalisation d'une application du savoir-faire CIV à l'appui des programmes de vulgarisation agricole. On procède donc à la formation d'instructeurs-cadres et de responsables de la planification principaux grâce à des activités et à des ateliers dispensant des qualifications et un savoir-faire concret à un groupe noyau d'agents de vulgarisation et de formation agricoles.

Les expériences de CIV ont montré que lorsqu'on dispose d'un nombre suffisant d'agents formés à cette méthode au sein d'un organisme se consacrant à la vulgarisation et à la formation agricoles, ces agents peuvent eux-mêmes contribuer, au cours d'opérations de reproduction du schéma CIV, à la formation d'un nombre accru de personnes.

L'un des enseignements importants tirés des expériences de CIV dans différents pays est que cette dernière ne crée pas de dépendance à l'égard des personnes-ressources et/ou consultants étrangers, une fois menée à bien la première phase de formation des instructeurs. Il semble en effet possible de propager la méthodologie de CIV en assurant la formation de planificateurs et d'instructeurs de vulgarisation à l'échelon local, sans qu'il soit nécessaire de recourir encore à une assistance technique extérieure une fois que l'on a mené avec succès une ou deux campagnes de CIV.

 

Leçon 3: La CIV contribue à améliorer la liaison entre la vulgarisation et la recherche

Il importe, dans tous les programmes de CIV, d'identifier et de sélectionner un ensemble technologique agricole comme devant constituer le noyau des messages de vulgarisation à élaborer. On entreprendra donc de valider l'ensemble technique recommandé avec l'aide du personnel agricole ou des techniciens spécialisés appropriés, tout en spécifiant les éléments essentiels et/ou critiques. En effet, en l'absence de tels ensembles spécifiques d'informations, il n'est pas possible de déterminer, au moyen d'une enquête référencée CAP, le niveau de connaissances, attitudes et pratiques (CAP) des agriculteurs à l'égard de cette technique/technologie. L'expérience de la CIV a montré l'importance et l'utilité d'une collaboration entre le personnel de recherche et les agents de vulgarisation lors de la planification d'une enquête CAP, mais aussi de la formulation et de la hiérarchisation des objectifs de vulgarisation en fonction des résultats de l'enquête.

Les activités de CIV ont également permis de comprendre que, même en l'absence d'une innovation technologique dans le domaine agricole, l'appui des services de vulgarisation pour la mise ne oeuvre des techniques et du savoir-faire "existant" demeure nécessaire pour la plupart des agriculteurs. L'enquête de CAP peut aider à faire le point de l'adoption ou de la mise en pratique d'une technologie donnée par les agriculteurs et, chose plus importante, à préciser les raisons de sa non-adoption ou encore le degré d'inadéquation de son application. Cet ensemble de données, informations et analyses constitue un apport considérable pour le personnel de recherche qui s'efforce d'améliorer la technique/technologie en vue d'en faciliter l'acception et, partant, l'adoption par les agriculteurs. De ce fait, le processus participatif de la CIV, en facilitant l'échange par les chercheurs, les agents de vulgarisation et les agriculteurs, aide à établir les priorités de la recherche en fournissant des informations "par anticipation" sur les besoin s en matière de recherche tels que perçus par les agriculteurs. Il semble que les activités de CIV constituent un agent efficace de "hiérarchisation" des activités de recherche, notamment en ce qui a trait au patrimoine de connaissances et aux pratiques culturales indigènes propres à une minorité d'agriculteurs.

 

Leçon 4: La CIV est surtout nécessaire aux petits exploitants agricoles aux ressources limitées

De nombreuses études portant sur la diffusion de l'innovation ont largement propagé l'idée selon laquelle une "nouvelle technologie", compris dans le domaine agricole, dans la mesure où elle offre des avantages tangibles ou une amélioration par rapport aux pratiques antérieures, se diffusera avec une relative facilité, même sans l'aide d'un service de vulgarisation. Il faut toutefois observer que, dans ce genre de cas, c'est le groupe socio-économique le plus élevé de la collectivité concernée qui présente la meilleure probabilité de mise en pratique de la nouvelle technologie recommandée. Pour les membres moins privilégiés de ce groupe, le processus d'adoption et de mise en pratique adéquate de la technologie recommandée ne se limite pas à la prise d'une décision rationnelle fondée sur l'analyse des risques et des avantages économiques ou d'autres formes d'incitation. D'autres facteurs, tels que l'accessibilité de l'information, les carences en savoir-faire technique pertinent, les préjugés sociaux et culturels ou encore le manque de ressources, constituent autant de facteurs supplémentaires risquant d'entraver l'adoption des technologies agricoles recommandées par les groupes désavantagés du point de vue socio-économique tels que, notamment, les petits exploitants agricoles aux ressources limitées.

Comme l'a indiqué, lors de la Consultation globale de la FAO sur la vulgarisation agricole, la plupart des services de vulgarisation, tant dans les pays développés que dans les pays en développement, apportent une aide aux gros exploitants agricoles, notamment pour les cultures commerciales. Une enquête parrainée par la FAO et portant sur 207 organismes de vulgarisation agricole opérant dans 113 pays a révélé qu'en 1988, environ 58 pour cent des ressources de vulgarisation disponibles dans le monde étaient dirigés vers les exploitations agricoles à vocation commerciale, y compris les producteurs spécialisés de cultures commerciales et de produits de base destinés à l'exportation. En d'autres termes, 22 pour cent seulement des ressources consacrées à la vulgarisation étaient canalisés vers l'agriculture de substance ou les petites exploitations avec comme corollaire l'élargissement du fossé qui sépare les grands et les petits exploitants du point de vue des connaissances comme des avantages en général. La CIV, qui est centrée sur la solution des problèmes, met précisément l'accent sur l'aide aux petits exploitants ne disposant que de maigres ressources et elle semble assez efficace comme méthode de mise en oeuvre des programmes d'intervention visant à réduire ce fossé.

Par ailleurs, les programmes de vulgarisation n'ont pas nécessairement besoin de s'appuyer sur la recherche agricole comme fournisseur de "nouveaux" ensembles technologiques. Ils ne manquent pas, généralement, de techniques agricoles ou de procédés culturaux "anciens" qui n'ont pas été adéquatement mis en pratique par la majorité des agriculteurs, notamment les petits exploitants aux faibles moyens. De nombreuses enquêtes CAP conduites dans des pays en développement ont d'ailleurs révélé l'existence d'une foule de méthodes culturales "anciennes" qu'une forte proportion des petits exploitants ignorent, rejettent ou n'appliquent pas convenablement. C'est précisément pour ce genre de bénéficiaires que des programmes spécialisés d'interventions de type CIV, axés sur l'adoption de procédés techniques "anciens/existants", sont particulièrement utiles afin de combler l'écart de connaissances et d'avantages économiques entre les gros et les petits exploitants.

 

Leçon 5: La CIV contribue à améliorer la liaison entre la vulgarisation et la formation

L'adoption et la mise en pratique adéquate, par les agriculteurs, de la plupart des technologies agricoles nécessitent que ces agriculteurs soient formés à cette fin, notamment par un enseignement donné sur le terrain et par des démonstrations pratiques. Cependant, de nombreuses études et expériences de terrain indiquent que, bien souvent, les agriculteurs ne sont guère motivés ou intéressés à assister ou à participer activement aux cours de formation organisés à leur intention. De nombreuses raisons ont été invoquées pour expliquer cet état de fait, parmi lesquelles le manque de temps, le sentiment que la formation ne répond pas aux besoins ou encore le manque de sensibilisation au thème de la formation. Cependant, l'une des principales causes sous-jacentes du problème tient au fait que, bien souvent, ces agriculteurs ne ressentent pas directement le "besoin" de participer à un programme de formation donné.

L'expérience acquise au cours des activités CIV indique qu'en informant et en motivant les bénéficiaires visés, notamment quant à l'importance de l'adoption d'une technologie agricole pour la satisfaction de besoins déterminés, la CIV crée un besoin, directement "perçu" ou "ressenti" par les agriculteurs, pour un surcroît d'informations et d'éclaircissements et donc de formation.

 

Leçon 6: La CIV réduit la charge de travail supportée par les services de vulgarisation et augmente leur portée

La CIV comporte, entre autres volets importants, le recours stratégique et planifié à un éventail de canaux et/ou de matériels multimédia choisis dans une optique de rentabilité, et associant l'interaction personnelle comme au niveau du groupe et la communication de masse. Contrairement à bon nombre de démarches classiques de vulgarisation, la CIV ne s'appuie pas exclusivement sur les agents de vulgarisation pour l'accomplissement de la plupart, voire de la totalité, des tâches d'une campagne. Lors de la Consultation mondiale des experts de la FAO sur la vulgarisation agricole, tenue en 1989, on a constaté que dans la plupart des pays, en dépit des carences en moyens de transport et des vastes superficies à couvrir, les programmes de vulgarisation avaient largement compté sur les agents de vulgarisation agricole et autre personnel de terrain en ne recourant que très peu aux moyens de communication de masse. On voit donc que l'une des faiblesses des services ou programmes de vulgarisation agricole, notamment dans les pays en développement, tient souvent à la dépendance excessive à l'égard des agents de vulgarisation, pour ce qui est d'accomplir toutes sortes de tâches liées au développement agricole - dont une bonne partie n'ont pas un caractère éducatif. Conséquence de ce problème, la plupart des agents de vulgarisation sont surmenés, inefficaces, et n'ont pas le rayon d'action nécessaire.

Lorsqu'il s'agit d'accomplir certaines tâches ayant vocation d'informer et de motiver, il n'est pas forcément nécessaire de prévoir une participation des agents de vulgarisation aussi intensive ou active que lorsqu'il s'agit de tâches visant à sensibiliser ou à instruire, comme la formation sur le terrain ou les activités de mise en oeuvre. L'expérience de la CIV dans de nombreux pays a démontré que le recours à une stratégie multimédia réduit la charge de travail non pédagogique des agents de vulgarisation, leur permettant ainsi de se consacrer à des tâches plus importantes ne pouvant être accomplies par les moyens ou les matériels de communication, de masse notamment. L'investissement et les coûts de fonctionnement liés à l'emploi d'agents de vulgarisation figurent parmi les postes les plus élevés des budgets de vulgarisation agricole. En permettant une utilisation rationnelle des ressources humaines, grâce à une allocation efficace des tâches, l'expérience de la CIV indique que l'on peut non seulement améliorer la rentabilité des activités de vulgarisation - c'est-à-dire augmenter la portée territoriale ainsi que le nombre des agriculteurs atteints par chaque agent de vulgarisation - mais aussi améliorer la qualité des résultats obtenus pour un investissement donné - c'est-à-dire renforcer les connaissances, promouvoir une attitude positive et encourager des pratiques adéquates.

 

Leçon 7: La CIV encourage le partenariat avec les organisations communautaires et leur participation

La plupart des activités de CIV ont été caractérisées par une participation active des organismes ayant leurs racines dans la collectivité, assistant les agents de vulgarisation dans la planification et la mise en oeuvre de la campagne. Ces organismes représentent un large éventail d'institutions, parfois non agricoles (établissements scolaires, organismes de développement rural, mosquées, églises, administrations locales), les organisations non gouvernementales (coopératives, organisations d'exploitants agricoles, association d'abonnés au service des eaux, groupes d'entraide, associations féminines), mais aussi des représentants du secteur privé (distributeurs de semences ou de fertilisants, commerces ruraux) et enfin les intermédiaires tels que les enseignants, les écoliers ou les notables religieux ou communautaires. Un tel partenariat, ainsi que l'adhésion des organismes communautaires à un programme de CIV, sont de nature à en renforcer les chances de durabilité et d'institutionnalisation.

Les expériences évoquées ci-dessus ont permis de tirer un enseignement important, à savoir qu'une démarche de planification participative et des mesures de coordination étroite dans un cadre bien défini de développement agricole, rendent possible la mobilisation du soutien et des ressources communautaires à l'appui des activités de vulgarisation. Plus important encore, le soutien et l'aval de notables influents ainsi que la participation d'institutions communautaires confèrent légitimité et crédibilité aux objectifs, aux activités et aux messages de la CIV. Cependant, il importe qu'une telle participation des organismes gouvernementaux et non gouvernementaux soit adéquatement coordonnée par le Ministère de l'agriculture, en d'autres termes les services de vulgarisation agricole, et que ces activités de collaboration soient compatibles avec les stratégies de développement agricole en vigueur et qu'elles viennent appuyer les programmes de vulgarisation prévus. Il est également essentiel, pour le succès des opérations de vulgarisation entreprises en mode participatif, que soient lancées des activités de formation axées sur le volet de mise en oeuvre et les aspects techniques du programme de vulgarisation, à l'intention du personnel non agricole des organismes communautaires apportant leur collaboration.

 

Leçon 8: La CIV stimule le professionnalisme des agents de vulgarisation

Il arrive souvent que les agents de vulgarisation, déjà surchargés par leurs tâches quotidiennes ,considèrent la participation aux activités d'une campagne comme un fardeau supplémentaire. Cependant, l'expérience des CIV indique que l'on prévoit pour les agents certaines formes d'encouragement, on obtiendra leur soutien et leur participation. Précisons toutefois qu'il ne s'agit pas nécessairement d'incitations financières, et qu'il semble suffisant, pour obtenir leur concours, de faire en sorte de rehausser leur prestige ou leur statut social.

En offrant aux agents de vulgarisation des matériels de campagne multimédia à la fois attrayants et utiles, qu'ils peuvent diffuser ou utiliser auprès de leur clientèle, les agriculteurs, les programmes de CIV ont attribué à renforcer le prestige de crédibilité de ces agents auprès de leurs amis et des agriculteurs. Cela est d'autant plus utile que, par le passé, les agents de vulgarisation ne bénéficiaient guère d'une grande crédibilité. Plus important encore, les activités de CIV les ont aidés à gagner de l'assurance en leur offrant, par le truchement d'une formation spécifique, des connaissances pratiques supplémentaires sur les thèmes ou les messages de la campagne. De plus, tous les médias employés pour les campagnes, notamment les documents imprimés, mais aussi les messages radiophoniques et télévisés, ne manquaient pas d'insister sur les qualifications particulières des agents de vulgarisation, en conseillant aux agriculteurs de s'adresser à eux pour un complément d'information et de conseil. Cette publicité, en renforçant leur image, conférait aux agents de vulgarisation un certain prestige qui ne manquait pas de les inciter à participer avec davantage de dynamisme aux activités de la campagne.

Les activités de CIV ont également permis de montrer à quel point les intéressés apprécient des visites fréquentes au niveau du sous-district ou du village, de la part de hauts responsables provinciaux ou nationaux en matière d'agriculture, lorsque ces derniers se rendent sur le terrain pour se renseigner sur les problèmes et les besoins des agents de vulgarisation et des agriculteurs. Ce genre d'initiative est à considérer comme un moyen permettant de stimuler, sans grand investissement, le moral et l'ardeur au travail du personnel de terrain, et d'intensifier le soutien et la participation des responsables communautaires et des personnes participant aux activités de vulgarisation et de formation agricoles.

 

Leçon 9 : La CIV démontre que les programmes de vulgarisation se prêtent à une planification stratégique, à une gestion efficace et à un suivi/évaluation systématique

Les campagne de CIV entreprises dans de nombreux pays en développement ont démontré que, même avec des ressources limitées, et en s 'appuyant exclusivement sur les moyens existants, les campagnes de vulgarisation agricole dotées d'un programme spécifiquement orienté et assorti d'objectifs durables peuvent donner des résultats escomptés. Le processus de CIV, y compris son cadre conceptuel et ses procédures/étapes opérationnelles, sont de plus en plus considérés comme un "microcosme" illustrant la manière dont un service ou un programme de vulgarisation agricole ordinaire peut être planifié, géré, suivi et évalué. Après avoir participé eux-mêmes à des campagnes de CIV ou en avoir directement observé les réalisations, de nombreux planificateurs, gestionnaires et formateurs de vulgarisation, ainsi que leurs supérieurs hiérarchiques et, de manière plus générale, les responsables du secteur agricole, ont pris l'initiative d'appliquer certains principes et méthodes majeurs de la CIV à l'amélioration des activités de vulgarisation agricole.

L'un des enseignements cruciaux découlant de l'expérience acquise en matière de CIV est que les résultats de l'évaluation doivent incorporer une documentation du processus fournissant le détail des principales étapes ou procédures décisionnelles, depuis la phase de lancement jusqu'à l'achèvement du programme. En effet, sans l'apport de ces observations concernant l'ensemble du processus et visant à décrire et à expliquer en détail les activités de planification, de formation, de gestion, de suivi et d'évaluation liées à la vulgarisation, il serait difficile d'envisager la reproduction d'une campagne de CIV présentant des garanties de qualité élevée.

 

Leçon 10 : La CIV contribue à améliorer et à renforcer les systèmes et les programmes de vulgarisation agricole

Après plus d'une décennie d'expérience en matière de CIV dans de nombreux pays en développement, principalement dans des disciplines telles que l'élaboration et l'expérimentation de la méthodologie, la préparation des matériels de formation et la formation des instructeurs, il apparaît que de nombreux concepts, principes et/ou mesures situés au coeur de la méthodologie de CIV peuvent contribuer à l'amélioration et au renforcement des systèmes et des programmes de vulgarisation agricole . Sans entrer dans le détail des paramètres contextuels et opérationnels qui conditionnent l'application de ces concepts et principes, qui ne relèvent pas directement du présent chapitre, et donc au risque de les simplifier à l'extrême, nous proposons ci-dessous une synthèse de ces concepts et principes important:

  • Il importe de procéder à une identification des problèmes et à une évaluation des besoins en appliquant une démarche participative et des méthodes scientifiques éprouvées telles que l'enquête référencée au niveau micro de connaissances, attitudes et pratiques (CAP) des agriculteurs, notamment au moyen d'entrevues de groupes sélectionnés.

  • Les objectifs de la vulgarisation devront être spécifiques, mesurables, centrés sur la solution des problèmes, conçus en fonction d'une évolution des connaissances, attitudes et comportement et axés sur les besoins des bénéficiaires visés.

  • On veillera à appliquer les principes de la planification stratégique, en particulier pour la hiérarchisation des problèmes devant être résolus par les activités de vulgarisation et de formation, de même que pour l'analyse du public visé et la segmentation du groupe cible.

  • L'allocation des ressources, y compris la répartition des tâches du personnel de terrain, devra s'appuyer sur des analyses coûts-bénéfices et de rétribution du risque et être guidée par des objectifs, une stratégie et un plan spécifiques au programme de vulgarisation .

  • Les programmes de vulgarisation doivent être planifiés, mis en oeuvre et gérés par une équipe multidisciplinaire, ce qui nécessite l'établissement d'une collaboration s'appuyant sur des liens fonctionnels concrets entre les différents organismes et personnels intervenant dans divers domaines tels que la recherche agricole, les techniciens spécialisés, la vulgarisation, la formation ou le soutien de la communication, sans oublier les organismes étatiques ou non gouvernementaux intéressés .

  • On s'efforcera d'obtenir la participation active des organisations communautaires pertinentes afin qu'elles appuient les activités spécifiques de vulgarisation, ces dernières étant coordonnées par le service national de vulgarisation. Les ressources communautaires ne devront pas être simplement mobilisées et utilisées en vue de leur faire partager le coût ou le fardeau supportés par le service public de vulgarisation mais, principalement, pour améliorer les chances de durabilité et d'institutionnalisation de certains aspects des programmes.

  • Les programmes ou services de vulgarisation ne devront pas se contenter de fournir aux organismes de recherche agricole les réactions des agriculteurs quant aux recommandations techniques découlant de la recherche ; ils devront également leur fournir des informations par anticipation sur les besoins en recherche émanant des agriculteurs. En contribuant ainsi à l'établissement des priorités des chercheurs dans le domaine agricole, les agents de vulgarisation pourront, dans certains cas au moins, obtenir des ensembles technologiques améliorés et correspondant de plus près aux besoins ressentis par les ruraux.

  • Lors de la planification de programmes de vulgarisation sur grande échelle, on ne manquera pas d'envisager l'application d'une stratégie multimédia visant à atteindre un public segmenté au préalable. On ne manquera pas d'analyser soigneusement, sous l'angle de la rentabilité, la combinaison appropriée de personnel et de méthodes de communication de groupe ou de masse, combinaison sélectionnée en fonction des objectifs de la vulgarisation et/ou des résultats escomptés du programme.

  • On procédera à une évaluation initiale comprenant le test de prototypes de matériels de soutien multimédia destinés aux programmes de vulgarisation et/ou de formation agricoles en s'appuyant sur un échantillon représentatif du groupe cible. On évitera de reproduire ces matériels tant que les modifications nécessaires, s'inspirant des résultats des tests, n'auront pas été apportées.

  • La formation du personnel concernant tant les thèmes que les ensembles technologiques ainsi que les tâches spécifiques de vulgarisation, devra faire partie intégrante des activités préliminaires du programme de vulgarisation. On conduira, de manière systématique et régulière, des évaluations de besoins en formation et des analyses de tâches portant sur les programmes de formation du personnel, afin de déterminer quels nouveaux thèmes de formation devront être offerts. Dans de nombreux pays, les besoins en formation ne se limitent pas aux thèmes techniques. Il semble, en effet, qu'il existe des carences en matière de qualifications analytiques et d'aptitude à l'exploitation des points d'appui tels que les organismes communautaires, l'amélioration des qualités de direction et d'esprit d'entreprise, les méthodes participatives d'évaluation, des besoins, la planification stratégique et les principes de gestion de qualité totale, la conception de messages et l'élaboration de la stratégie multimédia, les analyses coûts-bénéfices et risque-rendement, les systèmes d'information de gestion, ou encore l'application de nouvelles technologies d'informatique et de communication.

  • La planification de la gestion représente un volet essentiel de l'élaboration d'un programme de vulgarisation. A ce titre, elle doit servir non seulement à guider les opérations, notamment l'application sur le terrain, mais elle doit également servir de base à la conception et à la mise en oeuvre du suivi et de la supervision de la gestion, ainsi que des activités d'évaluation du processus.

  • Certains programmes de vulgarisation devront faire l'objet d'études empiriques basées sur des données quantitatives (sondages) et des informations qualitatives (entrevues de groupes sélectionnés) afin de démontrer l'efficacité, l'utilité et, lorsque c'est possible, la rentabilité de ces programmes. Une telle évaluation a notamment pour objet de préciser les points forts et les points faibles des programmes de vulgarisation, en vue de les améliorer pour les futures applications. L'évaluation vise également, et peut-être plus encore, à démontrer, à l'intention des responsables de l'élaboration des politiques agricoles et dans le but d'obtenir un soutien et des moyens accrus, le rôle, la fonction, la valeur et les avantages de programmes de vulgarisation bien planifiés et conçus selon une démarche stratégique.


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  sur les approches et méthodes participatives
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