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Enseignements de l'expérience

 

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Dénomination du Projet:

Amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition des familles dans la Vallée Luapula en Zambie

 

Numéro du Projet:

(GCP/ZAM/052/BEL)

   

Document de référence fournissant
les enseignements de l'expérience:

Callens, K. & Muehlhoff, E. (2/2000)

 

"Amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition des familles grâce à leur prise en charge par la communauté"

   

Personnes-ressources de la FAO:

Ellen Muehlhoff (ESNP) et Karel Callens (ESNP)

   

Division de la FAO:

ESNP - Service des programmes nutritionnels

   

Méthodologies appliquées:

  • Evaluation rurale participative (ERP)
  • Planification de l'action communautaire (PAC)
  • Suivi et évaluation participatifs
  • Evaluation participative des bénéficiaires

 

Description du Projet:

La FAO, en collaboration avec le Gouvernement de la Zambie, a mis en oeuvre en avril 1997 un projet intégré d'une durée de cinq ans visant à assurer la sécurité alimentaire des familles ainsi que leur nutrition grâce à un financement du Fonds belge de survie. Le but du projet est d'améliorer, tout au long de l'année, l'accès du groupe-cible à un régime équilibré satisfaisant du point de vue énergétique, vitamine A, fer et autres nutriments.

Le projet était basé sur les résultats d'un travail préparatoire de six mois durant lequel une évaluation avait été effectuée par une équipe multidisciplinaire formée d'experts nationaux et internationaux. Une analyse approfondie de la situation alimentaire et nutritionnelle de la Vallée Luapula a révélé que de nombreuses familles étaient en situation d'insécurité alimentaire et que 50% des enfants au-dessous de cinq ans souffraient de malnutrition chronique. On a trouvé que les familles affectées n'avaient pas véritablement accès à la nourriture, qu'elles vivaient dans un environnement insalubre, sans soins médicaux satisfaisants ni eau propre en quantité suffisante, et sans services adéquats d'éducation ou d'information. Afin de trouver des solutions durables à ces problèmes et pouvoir les concrétiser, le projet a souligné l'importance d'une action intersectorielle de la part des secteurs de l'agriculture, de la santé, du développement communautaire et de l'éducation, et a encouragé la maîtrise locale des actions de développement en accroissant les capacités des communautés à les développer et à les mettre en oeuvre..

Les objectifs du projet ont été formulés comme suit:

  • Transmission de connaissances et prise de conscience des groupes vulnérables au sujet de leurs besoins nutritionnels
  • ô

  • Amélioration de l'accès à une nourriture plus nutritive tout au long de l'année
  • Mobilisation des communautés dans le but de soulaôer les plus vulnérables
  • Diminution des corvées, en particulier celles des femmes, par l'introduction de technologies adaptées, l'amélioration de la productivité agricole, etc.
  • Progression de la division du travail et de l'accès aux ressources tant par les hommes que par les femmes par la sensibilisation aux problèmes de parité entre les sexes et la promotion d'approches plus équilibrées sur la répartition des rôles lors des activités de vulgarisation.

Le projet entend atteindre ces objectifs en responsabilisant les communautés par le biais des activités suivantes:

  • Promotion et constitution de groupes communautaires et d'effort collectif dans le but d'améliorer l'accès aux ressources et les services à la communauté
  • Accès aux ressources financières, au crédit et à la technologie par l'établissement d'un fonds communautaire de développement en matière de micro-projets
  • Rehaussement des capacités et des connaissances afin de rendre plus efficaces toutes les phases de la chaîne alimentaire
  • Amélioration des services d'aide à la communauté pour faire face aux besoins des familles vulnérables dans la zone visée.

 

Après avoir été opérationnel pendant trois ans, le Projet de la Vallée Luapula a effectué, au cours de l'année 1999, une évaluation tant des bénéficiaires qu'externe, et a conclu que le projet avait fait des progrès considérables au niveau du développement communautaire et de la production agricole. Cependant, les activités liées à la nutrition et à la santé s'étaient laissées distancer par les autres.

Suite aux recommandations faites lors de l'évaluation et selon le document de projet initial, l'attention a de nouveau été dirigée vers les actions en matière de nutrition ainsi qu'à leur intégration aux autres activités sectorielles, ce qui représentait un pas important vers l'achèvement de tous les objectifs du projet. Des tentatives ont été faites pour atteindre une meilleure intégration en renforçant la coordination et la collaboration intersectorielle tant au niveau régional que local par le biais des Comités régionaux et provinciaux de coordination du développement. L'accent a été mis sur le renforcement des aptitudes au sein des communautés en appuyant les groupes et les associations de groupes afin de les rendre plus autonomes lorsque le projet touchera à sa fin.

Les questions délicates relatives à l'étude de cas ont été identifiées et débattues, comme par exemple

  • les implications techniques et opérationnelles du projet en ce qui concerne la mise en ouvre d'approches intégrées et participatives
  • les contraintes et les occasions émergeant des efforts visant à institutionnaliser ces approches au sein de la communauté et des organisations du secteur public
  • les difficultés à ôoucher les familles les plus vulnérables et à trouver les moyens leur permettant de bénéficier du projet

L'étude de cas fournit un panorama des principaux enseignements de l'expérience et nous oblige à réviser notre façon actuelle de penser au niveau de la conception d'un projet et de sa mise en oeuvre (comme par exemple le cadre logique, la quantification, les indicateurs objectivement vérifiables, etc.) en vue de contribuer à l'amélioration des moyens d'existence de la population sur une base durable de la manière suivante:

 

Enseignements de l'expérience:

 

Leçon 1: Participation de la communauté à la conception du projet et à sa mise en ouvre

Lors de la conception de projet participatifs, une attention majeure devrait être accordée au "processus de planification de l'action communautaire" qui servirait de base au développement graduel des actions communautaires. La phase préparatoire serait partie intégrante plutôt que détachée du développement général et de la mise en ouvre du projet. Lors de la conception du projet, il est moins nécessaire de déterminer à l'avance ni de quantifier les rendements "matériels" du projet, mais plutôt de satisfaire les besoins budgétaires et la flexibilité de la planification. Cela permettrait aux communautés de planifier et d'agir eux-mêmes sur la base de l'évaluation de leurs propres besoins.

 

Leçon 2: Phases relatives aux activités du projet dans le processus de planification des actions communautaires

Après les deux premières années de mise en ouvre, l'un des enseignements les plus importants de l'expérience concerne la planification de l'action communautaire qui devient non pas un exercice unique mais un processus continu et graduel qui devrait être à la base de toute action communautaire. La méthodologie relative à la planification de l'action communautaire dirige le projet vers les communautés. En conséquence, le rôle du projet a changé par rapport à la mise en oeuvre actuelle en ce sens qu'il a créé et soutenu un cadre valable pour les interventions communautaires.

Il existe de nombreuses contraintes lorsqu'il s'agit d'incorporer un tel processus dans une proposition de projet, notamment l'écart entre: 1) le besoin de prédéterminer et de quantifier les résultats et les objectifs, et 2) la souplesse du budget et de la planification pour permettre aux communautés de planifier et de réaliser leurs propres actions sur la base de l'évaluation de leurs besoins.

D'une part, les donateurs et les agences d'exécution veulent que les propositions de projet fournissent un point de référence commun à la mise en ouvre du projet, à son suivi et à son évaluation. D'autre part, il est souhaitable que les projets participatifs soient suffisamment souples pour permettre la meilleure participation et maîtrise locale afin de répondre aux besoins communautaires lorsque ceux-ci se font sentir. Afin d'atteindre un bon équilibre entre chaque objectif, les propositions du projet devraient être axées sur:

  1. Le développement d'une stratégie adéquate et d'un cadre institutionnel facilitant et appuyant un processus continu de planification des actions communautaires au sein duquel les communautés définiraient les grandes orientations des actions de développement dans leurs "Plans d'action communautaire";
  2. L'assurance d'une aide en termes d'assistance technique, de formation, d'infrastructure, de financement, etc. dont ont besoin les communautés, les organisations communautaires, les groupes et le personnel de soutien communautaire pour planifier et mettre en ouvre des "micro-projets" spécifiques au sein des "Plans d'action communautaire";
  3. L'allocation de fonds pour des actions globales à l'intérieur d'un cadre prévu par un Fonds de développement communautaire qui financerait des micro-projets sans que soit entravé le processus de planification et de mise en ouvre de l'action communautaire en formulant des activités détaillées autres que celles pouvant faciliter le processus de planification et de mise en ouvre de l'action communautaire;
  4. La maîtrise locale en rehaussant les aptitudes des communautés, ce qui dépasse purement et simplement le financement de micro-projets mais permet de renforcer des organisations spécifiques au sein des communautés en tenant compte des liens organisationnels et institutionnels horizontaux et verticaux pertinents; et
  5. La facilitation et l'aide aux actions entreprises par les communautés et les organisations communautaires (gouvernementales et non-gouvernementales) pour faciliter la poursuite des activités au-delà de la durée du projet.

 

Leçon 3: Rehaussement des capacités pour faciliter la mise en ouvre du projet

L'expérience à laquelle se sont prêtées plusieurs organisations d'aide aux communautés de base dans le domaine des approches participatives et intégrées est récente et limitée. Les services de soutien existants sont souvent peu équipés (en termes de capacités humaines et de logistique) pour identifier et répondre de manière appropriée aux besoins des membres des communautés. En conséquence, le besoin de rehausser les capacités, en particulier en ce qui concerne la planification et la mise en ouvre d'un projet participatif, est crucial et nécessite plus de personnel qualifié. Ceci représente un problème, notamment en raison des restrictions budgétaires et de la réduction des services essentiels.

Un enseignement majeur tiré de l'expérience découlant de la première phase de mise en ouvre du projet indique que lors de sa conception, le projet devrait tenir compte de ce problème et qu'il faudrait rehausser les capacités en les intégrant aux activités de terrain et les prévoir en temps voulu pour que le personnel des services de soutien soit à même d'acquérir les connaissances et les aptitudes nécessaires.

 

Leçon 4: Obtenir un impact direct et durable en nutrition

On ne peut obtenir un impact direct et durable en nutrition sans interventions au niveau de la sécurité alimentaire. Les activités nutritionnelles doivent aller de pair avec les interventions telles que les premiers soins médicaux, la fourniture d'eau propre et de sanitaires, la nutrition et l'éducation nutritionnelle, le sevrage et l'allaitement, le comportement en matière de soins et la consommation d'aliments par le corps humain.

 

Leçon 5: Institutionnaliser l'approche relative à la planification de l'action communautaire

L'observation suivant laquelle le personnel chargé d'aider les communautés est peu motivé et entravé dans ses activités par un manque de ressources opérationnelles et de satisfactions personnelles est directement liée à sa capacité d'entreprendre et de soutenir les approches participatives dans son travail quotidien. Alors que les gouvernements et les institutions locales peuvent vouloir institutionnaliser les approches participatives, rendre celles-ci opérationnelles signifie avoir du personnel qualifié et des ressources. De nombreuses institutions locales manquent de ressources et les personnes qualifiées cherchent des emplois autre part ou aux marges du secteur public et ne sont donc pas aisément disponibles à moins de se voir motivées et devenir compétitifs. Dans le secteur public, ces personnes manquent souvent de ressources et de moyens pour mettre en ouvre d'une manière continue ce qu'elles ont appris durant le projet et attendent que d'autres projets leur offrent de meilleures occasions. Cependant, alors que les projets sont limités dans le temps, l'offre et la demande de services créés par les projets participatifs se poursuivent et doivent être abordées si l'on veut maintenir le rythme des activités. On peut tirer plusieurs enseignements dans ce domaine.

Le premier enseignement est que, lors de la conception d'un projet participatif ou de tout autre projet, il est essentiel d'évaluer objectivement la capacité des ressources de base du service public à fournir les services nécessaires pour aider la communauté durant toute la durée et à la fin du projet. Souvent, les ressources du projet sont la seule source de financement disponible pour faire face aux opérations du service public, ce qui non seulement entrave les activités du projet, mais également compromet la durabilité et l'institutionnalisation effective des expériences vécues durant le projet.

Le deuxième enseignement est que les projets ne doivent pas seulement rehausser les capacités du personnel au service de la communauté, mais de plus en plus aussi de celles de la communauté afin de renforcer les ressources de base des communautés en termes de savoir, d'organisation sociale, de capital financier, etc. Ceci devrait être partie intégrante du projet contrairement à la situation où les responsabilités sont transférées à la fin du projet aux services de soutien à la communauté. Ceci permettrait à la communauté d'insérer les expériences du projet au sein de leurs propres institutions et structures locales.

Le troisième enseignement est un avertissement et se réfère au fait que les concepteurs de projets devraient cesser de transférer des responsabilités excessives aux communautés. Il y a une limite à ce que peuvent faire les communautés elles-mêmes. Le secteur public a, et aura toujours, une énorme responsabilité au moment de fournir certains services de base, et surtout lorsqu'il s'agira de créer les conditions permettant aux communautés de prendre la relève.

 

Leçon 6: Efficacité du crédit commercial pour faire face aux besoins des groupes cibles

Un enseignement majeur tiré des activités du projet réalisées dans le cadre du Fonds de développement de la communauté concerne les facilités de crédit qui ne devraient être accordées que lorsqu'il y a suffisamment d'épargne au niveau local. Investir dans la capacité des gens à générer des épargnes localement devrait donc être la première étape qui mène vers la durabilité du fonds indépendamment des donateurs.

Le deuxième enseignement est qu'il n'est pas utile d'essayer de toucher les plus vulnérables par du crédit alors que les plus pauvres parmi les pauvres n'ont pas encore atteint le niveau qui leur permette d'obtenir ou de gérer un crédit commercial car un crédit accordé sans discrimination peut aisément mener à un plus grand endettement.

De plus, il est inutile de tenter d'accorder un crédit commercial à certains bénéficiaires ou activités car il y aurait risque de conflits d'intérêts entre celui qui donne le crédit, le débiteur et le projet. Les foyers les plus vulnérables pourraient bénéficier plus avantageusement du groupe ou des activités de la communauté qui leur accorderaient un crédit alors que les débiteurs solvables pourraient dépendre de sources de financement différentes de celles du projet.

 

Leçon 7: Collaboration intersectorielle

Etant donné la nature transversale des problèmes de nutrition, des interventions sont nécessaires dans plusieurs secteurs. Si l'on veut que ces interventions soient efficaces, un niveau substantiel d'intégration sera nécessaire à tous les stades du cycle du projet. Si les expériences du projet doivent être institutionnalisées, une coordination et collaboration intersectorielles devraient faire intégralement partie des actions entreprises par les institutions locales. L'enseignement tiré du projet est qu'il est important de construire et de renforcer les mécanismes intersectoriels de coordination existant localement plutôt que de créer des structures parallèles qui soient uniquement soutenues par le projet aussi longtemps qu'il existe.



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