Pamela Anderson

Le «Défi de Cuzco»

Pamela Anderson est la Directrice Générale du Centre International de la Pomme de terre (CIP) du Pérou. En mars, le CIP a coparrainé l'un des événements phares de l'Année Internationale, une conférence de travail à Cuzco visant à mettre au point un nouveau programme de recherche sur la pomme de terre dans les pays en développement.

Vous dites que la pomme de terre peut contribuer grandement à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement? Pour quelle raison?

«Tout d'abord en raison du rôle important de la pomme de terre dans la sécurité alimentaire. C'est la troisième des cultures mondiales en termes de sécurité alimentaire. La production a fortement augmenté dans tous les pays en développement depuis 1990, en particulier dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier. En Afrique, la superficie plantée en pommes de terre a augmenté de 120 pour cent entre 1994 et 2004 et de presque 50 pour cent en Chine ces 10 dernières années. Depuis 2005, la production des pays en développement dépasse celle des pays industrialisés et les superficies plantées suivent la même tendance.»

Comment les connaissances scientifiques sur la pomme de terre peuvent-elles tirer le meilleur parti de cette évolution?

«Les connaissances scientifiques sur la pomme de terre peuvent être un moyen efficace pour cibler les pauvres et les affamés. Au CIP, nous avons mis au point un cycle de recherche et développement en faveur des pauvres. Dans un premier temps, nous identifions les régions où les taux de pauvreté, de famine et de mortalité maternelle et infantile sont élevés. Puis nous recoupons ces données avec nos cartes des régions productrices de pommes de terre afin que notre recherche ait le plus d'impact possible. Nous tentons aussi de cerner les principaux moyens de subsistance durables: de quels atouts disposent les communautés vulnérables, dans quelles situations sont-ils vulnérables, quels accords institutionnels déterminent leurs handicaps et leur potentiel.»

Quelles sont les zones géographiques prioritaires pour la recherche?

«Trois mondes en développement sont concernés: les pays dont l'économie repose sur l'agriculture, les pays transformateurs et les pays urbanisés. Les pays dont l'économie repose sur l'agriculture se trouvent surtout en Afrique, et le défi consiste à accroître leur productivité. Le rendement moyen mondial de la pomme de terre est d'environ 15 tonnes par hectare, contre 35 à 40 tonnes en Europe et en Amérique du Nord. Pour accroître la productivité, la recherche doit déboucher sur des découvertes capitales permettant de surmonter des problèmes insolubles, comme le manque de semences certifiées saines, le mildiou de la pomme de terre, les viruset les problèmes de stockage. La plupart des pays transformateurs se trouvent sur le continent asiatique, où l'augmentation de la productivité agricole a permis de réduire la pauvreté dans des pays comme l'Inde et la Chine. Mais même en Chine, il existe une ceinture de pauvreté de 23 millions de personnes, vivant pour la plupart dans les provinces où l'on cultive la pomme de terre, c'est pourquoi le pays estime qu'elle contribuera à la lutte contre la pauvreté. Quant à l'Inde, elle a déclaré qu'elle avait l'intention de doubler sa production dans les cinq ou dix prochaines années car il existe une ceinture de pauvreté dans le nord-est du pays.»

Qu'en est-il du troisième monde en développement, les pays urbanisés?

«Notre pays hôte, le Pérou, en est un bon exemple. Il comporte 50 poches de pauvreté, où plus de 90 pour cent de la population vivent dans un dénuement extrême; dans 35 d'entre on cultive la pomme de terre. La production de pommes de terre a presque doublé ces 30 dernières années; le défi consiste donc à trouver les moyens de transformer cette augmentation en revenus. Conjointement avec l'Agence Suisse pour le Développement et la Coopération, le CIP a mis sur pied une initiative, Papa Andina, qui utilise des moyens novateurs pour relier les petits producteurs aux marchés urbains, qu'ils soient nationaux ou internationaux. Il faut pour ce faire mettre au point de nouveaux produits dérivés des pommes de terre indigènes, des systèmes d'information sur le marché et sur l'alimentation, une gestion intégrée des ravageurs et améliorer la gestion après récolte. Papa Andina est une réussite, elle produit entre autres la marque de pommes de terre indigènes Tikapapa, qui relie les producteurs pauvres des hauts plateaux au marché de Lima. En 2007, le concept de Tikapapa a gagné le Prix du Challenge Mondial BBC-Newsweek-Shell et le prix SEED [Soutien aux Entrepreneurs pour l'Environnement et le Développement] 2007 des Nations Unies. Nous voulons à présent transposer l'expérience en Afrique et en Asie.»

Plus d'une centaine d'éminents spécialistes de la pomme de terre ont participé à la conférence de Cuzco. Qu'ont-ils obtenu et quelle sera la prochaine étape?

«Notre objectif était de partager leurs points de vue et les résultats des dernières recherches sur la mise au point de stratégies et d'approches novatrices nécessaires dans ces mondes en développement. Nous avons créé un site Internet sur la conférence et nous continuerons de partager les résultats avec la communauté scientifique internationale spécialiste de la pomme de terre à l'occasion des conférences qui se tiendront tout au long de l'Année Internationale de la Pomme de terre. C'est ce que nous appelons le "Défi de Cuzco": établir un programme la recherche pour mettre la science au service des pauvres et lutter plus efficacement contre la pauvreté et la faim.»