Stanislav Menard

«Devant une pomme de terre, nous sommes tous égaux»

Stanislav Menard est un homme d'affaires slovène; sa fabrique de papier produit jusqu'à 3,5 milliards d'enveloppes par an. Mais il a une autre passion: il est président de l'Association Slovène de Pommes de terre Sautées aux Oignons.

La première fois que nous avons entendu parler de votre association, nous avons cru à une plaisanterie...

«Oui, ça a commencé comme une plaisanterie. Notre association a été fondée en 2000 par cinq professionnels de Ljubljana [la capitale de la Slovénie] qui aiment manger notre plat national, pražen krompir, qui veut dire pommes de terre sautées. Au fil des ans, elle a grandi et comprend plus de 2 000 membres issus de 20 pays; en septembre, nous attendons 15 000 personnes à notre 8e Festival Mondial de la Pomme de terre Sautée.»

Les pommes de terre sautées à la slovène, qu'ont-elles de particulier?

«Elles sont délicieuses. On fait d'abord cuire les pommes de terre dans de l'eau frémissante, à feu très doux, pendant 40 minutes. Puis on les passe une minute sous l'eau froide et on enlève la peau. On fait ensuite frire les oignons dans un peu de saindoux ou d'huile d'olive, à feu doux, une quinzaine de minutes, jusqu'à ce qu'ils fondent. On ajoute les pommes de terre coupées en fines lamelles et on remue une vingtaine de minutes. Ça c'est la recette de base. On peut aussi ajouter des champignons, des légumes et du jambon cru. C'est un repas complet, en fait, le nom complet de notre association c'est l'Association Slovène pour la Reconnaissance de Pražen Krompir en tant que Plat Indépendant.»

Mais le temps de cuisson est presque de 90 minutes...

«Et c'est là tout l'intérêt de pražen krompir! L'une des règles d'or de notre association c'est que les membres se réunissent pour manger des pommes de terre sautées aux oignons au moins une fois par mois. En 90 minutes, on redécouvre autour d'une poêle le plaisir de retrouver des amis et de partager un repas, deux plaisirs devenus rares à notre époque du fast-food. L'autre règle fondamentale c'est que personne ne doit parler de politique: devant une pomme de terre, nous sommes tous égaux.»

Quelle variété est la mieux adaptée au pražen krompir?

«Nous plantons chaque année 20 à 26 variétés de pommes de terre dans notre champ de Ljubljana et nous les récoltons en septembre pour les comparer. C'est un grand événement; le jury est composé de 20 membres de l'association. Chaque variété est cuisinée exactement de la même manière et nos critères de comparaison sont très stricts. Le but c'est d'obtenir une pomme de terre onctueuse, qui a le goût du beurre et qui fond dans la bouche. Chaque année, c'est une variété différente qui gagne, mais certains membres apprécient tout particulièrement notre variété slovène, l'Igor, tandis que d'autres préfèrent la Royal Jersey. Notre association organise aussi des excursions dans d'autres pays producteurs de pommes de terre pour les comparer. Nos membres sont allés à Jersey, en République tchèque, en Ukraine, en Pologne, et même au Pérou en 2006.»

Alors c'est une longue histoire d'amour entre la Slovénie et la pomme de terre?

«Nous avons été l'un des derniers pays d'Europe à adopter la pomme de terre, et encore, par force. Au XVIIIe siècle, l'agriculture de la Slovénie était pauvre et les famines fréquentes. Après une succession de famines vers 1750, l'archiduchesse d'Autriche, Marie-Thérèse, décréta que les paysans devaient se lancer dans la culture de la pomme de terre. Et une nouvelle ère commença. La Slovénie est un pays montagneux, idéal pour la pomme de terre. Les paysans purent enfin compter sur une source fiable de disponibilités alimentaires et nourrir des animaux d'élevage. La ville de Šencur, qui exporte de grosses quantités de pommes de terre vers l'Australie et l'Allemagne, a été baptisée Kartoffeldorf [littéralement, «ville de la pomme de terre» en allemand]. C'est pourquoi ce que prône l'Année Internationale de la Pomme de terre est absolument vrai: la pomme de terre a sauvé la Slovénie de la famine.»

Et c'est à Šencur que vous dévoilerez le 25 mai le monument dédié à la pomme de terre...

«Oui, c'est une statue en bronze, grandeur nature, de l'archiduchesse Marie-Thérèse vêtue en paysanne, assise et offrant une pomme de terre dans sa main tendue. Elle exprime notre gratitude envers la pomme de terre et envers elle. Nous attendons une foule de participants, entre autres les Ministres de l'Agriculture de divers pays d'Europe, qui se réuniront le week-end en Slovénie. Mais ils devront attendre leur tour comme tout le monde pour goûter aux pommes de terre.»