La pomme de terre et la biodiversité

En conservant – et en utilisant – la diversité génétique de la pomme de terre développée par leurs ancêtres, les petits agriculteurs des Andes aident à garantir la sécurité alimentaire mondiale

Points clés

Les systèmes de production de la pomme de terre ont besoin de variétés continuellement renouvelées à partir de l'ensemble du pool génique de la pomme de terre.

La biodiversité de la pomme de terre est en péril – d'anciennes variétés cultivées pendant des millénaires ont disparu et les espèces sauvages sont menacées par les changements climatiques.

Les systèmes de production des petits exploitants des Andes encouragent la pollinisation croisée des fleurs de pomme de terre, vitales pour soutenir la diversité des variétés locales développées par les agriculteurs.

Grâce à l'appui du CIP, les communautés andines ont créé un «parc de la pomme de terre» qui renferme quelque 1.200 variétés traditionnelles.

L'histoire de la pomme de terre nous met face à un constat alarmant sur la nécessité de conserver la diversité génétique de nos denrées vivrières de base. Au XIXe siècle, l'Irlande, dont l'alimentation reposait sur seulement quelques variétés de pommes de terre, fut frappée par le mildiou qui détruisit la récolte de 1845-46, entraînant une famine généralisée et la mort d'un million de personnes, sans compter les millions d'autres contraintes d'émigrer.

Pour combattre les ravageurs et les maladies, accroître les rendements, et soutenir la production sur les terres marginales, les systèmes agricoles actuels basés sur la pomme de terre ont besoin continuellement de nouvelles variétés, ce qui requiert l'accès à tout le pool génique de la pomme de terre. Mais la biodiversité du tubercule est en péril: d'anciennes variétés cultivées par les peuples andins pendant des millénaires ont disparu à cause des maladies, du changement climatique et des bouleversements sociaux.

Diversité des espèces et des plantes cultivées

Si la plupart des variétés de pomme de terre appartiennent à une seule espèce, Solanum tuberosum, environ 10 autres espèces de Solanum ont été cultivées, et 200 espèces sauvages ont été enregistrées. Le changement climatique peut menacer la survie de ces espèces sauvages apparentées: on estime que 12 pour cent disparaîtront à cause de la détérioration des conditions de végétation. Les bouleversements radicaux du climat pourraient voir reculer de 70 pour cent les superficies où poussent les pommes de terre sauvages à l'état naturel.

Comme la pomme de terre se reproduit essentiellement par multiplication végétative, la plupart des variétés commerciales ont une capacité de floraison limitée et les sélectionneurs ne prennent pas en considération les traits qui rendent la fleur attrayante pour les pollinisateurs. Toutefois, la pollinisation naturelle de la pomme de terre demeure importante pour soutenir la diversité des variétés de pays (développées par les agriculteurs et adaptées aux conditions locales). Heureusement, la diversité des systèmes de production dans les Andes renferme une variété de plantes florifères attirant les abeilles et les bourdons, qui favorisent la pollinisation croisée des fleurs de pomme de terre, augmentant ainsi la production de semences et soutenant la diversité.

Conservation de la biodiversité de la pomme de terre dans les Andes

Centre d'origine

Dans la région andine, des générations entières d'agriculteurs ont domestiqué des milliers de variétés de pomme de terre. Aujourd'hui encore, jusqu'à 50 variétés y sont cultivées. Dans la réserve de biodiversité de l'archipel de Chiloé au Chili, les populations locales cultivent environ 200 variétés de pommes de terre indigènes grâce à des pratiques agricoles qui leur ont été transmises oralement au fil des générations, essentiellement par les femmes agricultrices.

Ayant perdu un grand nombre de variétés traditionnelles de pommes de terre, les agriculteurs péruviens des Andes prennent désormais des mesures pour conserver et utiliser durablement celles qui leur restent. Un pacte a été signé entre six communautés Quechua et le Centre international de la pomme de terre qui reconnaît les droits des communautés sur les souches de pomme de terre qu'elles ont développées.

Au titre de cet accord, la banque de gènes du Centre restitue les ressources génétiques de la pomme de terre – et les connaissances correspondantes – aux communautés qui ont créé un «parc de la pomme de terre» (Parque de la papa) dans une zone de conservation où elles cultivent et gèrent les plantes. Ce rapatriement de diversité biologique permet de maintenir un contrôle local sur les ressources génétiques. Le parc de 15 000 ha est une «génothèque vivante» de la diversité de la pomme de terre, avec quelque 1 200 variétés cultivées sur les hauts plateaux. Un but à long terme consiste à réinsérer l'ensemble des 4 000 variétés connues de pomme de terre dans la vallée, permettant au parc de fonctionner comme deuxième centre d'origine de cette culture de base.

La diversité bien gardée

Le Centre international de la pomme de terre au Pérou détient la plus grande banque mondiale de ressources génétiques de la pomme de terre, dont quelque 1 500 échantillons d'environ 100 espèces sauvages recueillies dans 8 pays d'Amérique latine, et 3 800 pommes de terres traditionnelles cultivées dans les Andes. La collection est détenue et administrée selon un accord avec l'Organe directeur du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture, et, comme toutes les collections pouvant bénéficier des financements du Fonds fiduciaire mondial pour la diversité des cultures, elle est mise à la disposition des sélectionneurs du monde entier sur demande.

Cette fiche a été élaborée par le Fonds fiduciaire mondial pour la diversité et la Division de la production végétale et de la protection des plantes de la FAO