Culture

Sélection des plants

En général, les plants sont l'intrant qui coûte le plus cher dans la culture de la pomme de terre, soit de 30 à 50 pour cent du coût de production. Dans les pays en développement où il n'existe pas de système formel de fourniture des semences, les agriculteurs ont leur propre méthode de sélection des plants: ils vendent les grosses pommes de terre pour obtenir de l'argent liquide, réservent les moyennes à la consommation familiale et utilisent les plus petites comme plants.

La pomme de terre est cultivée dans plus d'une centaine de pays au climat tempéré, subtropical ou tropical. Elle pousse surtout dans les régions au climat tempéré frais, la température étant le principal facteur limitant de la production: le développement du tubercule est fortement inhibé quand les températures sont inférieures à 10 °C et supérieures à 30 °C, et l'on obtient un rendement optimal quand les températures diurnes moyennes sont comprises entre 18 °C et 20 °C.

C'est pourquoi on plante la pomme de terre au début du printemps dans les zones tempérées et à la fin de l'hiver dans les régions plus chaudes et on la cultive durant les mois où il fait le plus frais dans les régions tropicales au climat chaud. Sur certaines hautes terres subtropicales où les températures sont douces et le rayonnement solaire est fort, les agriculteurs la cultivent toute l'année et la récoltent 90 jours après la plantation. Dans les régions plus froides, comme l'Europe du Nord, il faut attendre jusqu'à 150 jours.

Si la pomme de terre est une plante très accommodante et adaptable – elle produit bien même si le sol et les conditions de croissance ne sont pas optimales –, elle est menacée par des ravageurs et des maladies. Pour éviter la formation d'agents pathogènes dans le sol, les agriculteurs pratiquent la rotation des cultures et alternent tous les trois ans ou plus la pomme de terre avec d'autres cultures, comme le maïs, les haricots et la luzerne. On évite les cultures susceptibles de développer les mêmes pathogènes que la pomme de terre, la tomate par exemple, afin de rompre le cycle de développement des ravageurs de la plante.

Dans les régions tempérées de l'Europe du Nord et de l'Amérique du Nord, de bonnes pratiques agricoles, entre autres l'irrigation, si nécessaire, permettent de produire plus de 40 tonnes de tubercules frais sur 1 hectare, quatre mois après la plantation. Mais les rendements moyens sont toutefois bien inférieurs dans la plupart des pays en développement, entre cinq et 25 tonnes, à cause du manque de semences de qualité et de cultivars améliorés, du faible recours aux engrais et à l'irrigation, et aux pertes dues aux ravageurs et aux maladies.

Le sol et la préparation du terrain

La pomme de terre s'accommode de tous les types de sols, exception faite des sols salés et alcalins. Il convient de choisir de préférence des sols naturellement meubles, car ils permettent aux tubercules de s'épanouir, et des sables limoneux riches en matière organique, bien drainés et aérés. L'idéal c'est un sol dont le pH est compris entre 5,2 et 6,4.

Une bonne préparation du terrain est indispensable. On le herse d'abord pour enlever toutes les racines des adventices. En général, il faut compter trois labours en plus de hersages et de passages fréquents d'un rouleau brise-mottes pour obtenir un sol souple, bien drainé et bien aéré.

Plantation

En général la pomme de terre est issue non pas d'une semence mais d'un plant, à savoir un petit tubercule ou un morceau de tubercule planté à une profondeur de 5 à 10 cm. La pureté des cultivars et l'utilisation de semences saines sont indispensables pour obtenir une bonne récolte. Les semences doivent être exemptes de pathogènes, bien pourvues en bourgeons et peser 30 à 40 g chacune. En utilisant des semences commerciales de bonne qualité et non pas leurs propres semences, les agriculteurs peuvent accroître leurs rendements de 30 à 50 pour cent, mais il faut que le renchérissent du coût soit compensé par les profits.

La densité d'une rangée de pommes de terre dépend de la taille des tubercules; les rangées doivent être suffisamment espacées pour permettre le buttage (voir plus loin). Il faut en général 2 tonnes de plants par hectare. Si on pratique la culture non irriguée de la pomme de terre dans une région sèche, pour optimiser les rendements on plante les plants sur un sol plat, lequel assure une meilleure conservation des sols et des eaux, tandis que si la culture est irriguée, la plantation est faite en général sur des billons.

Étapes du développement de la culture

1. Plantation de la semence
2. Croissance végétative
3. Formation du tubercule
4. Croissance du tubercule

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Soins de la culture

Lors du développement des feuilles de la plante, qui dure quatre semaines environ, il faut éliminer les adventices pour accroître les chances d'obtenir une bonne récolte. Si elles sont grosses, il faut les enlever avant de procéder au buttage, qui consiste à remonter la terre des sillons autour des pieds de la plante. Le buttage permet à la plante pousser droit, assouplit le sol, empêche les insectes ravageurs, notamment la teigne, d'atteindre le tubercule et les mauvaises herbes de se développer.

Après le buttage, on enlève les adventices qui poussent entre les plantes de pomme de terre et le billon soit mécaniquement, soit à l'aide d'herbicides. Il faut pratiquer deux ou trois buttages à 15 ou 20 jours d'intervalle. On effectue le premier quand les plantes atteignent 15 à 25 cm de haut et le second en général pour couvrir les tubercules qui se développent.

Fertilisation

L'utilisation des engrais chimiques dépend de la richesse du sol en éléments nutritifs – les sols volcaniques, par exemple, sont souvent déficients en phosphore – et la culture commerciale irriguée en requiert des quantités relativement élevées. La pomme de terre peut cependant tirer profit d'une application de fumure organique au début de la nouvelle rotation, qui lui apportera les éléments nutritifs dont elle a besoin et maintiendra la structure du sol. Il convient d'évaluer correctement les besoins en fertilisants en fonction du rendement escompté, du potentiel de la variété et de l'utilisation des tubercules récoltés.

L'eau et l'irrigation

Il est important de maintenir un niveau d'humidité du sol relativement élevé. Pour assurer un rendement optimal, un cycle végétatif de 120 à 120 jours nécessite 500 à 700 mm d'eau. En général, si le déficit en eau survient entre le milieu et la fin de la période de croissance, les pertes de rendement sont plus importantes que lorsqu'il se produit au début. Lorsque l'approvisionnement est limité, il vaut mieux utiliser l'eau de façon à optimiser le rendement à l'hectare plutôt que d'irriguer une grande superficie.

Le système racinaire de la pomme de terre étant peu profond, les rendements réagissent bien à une irrigation fréquente et on obtient de meilleurs rendements avec un canon arroseur automatique qui reconstitue les pertes par évapotranspiration chaque jour ou tous les deux jours. Dans les régions tempérées ou subtropicales, une culture irriguée de 120 jours peut produire 25 à 35 tonnes/ha, rendement qui tombe de 15 à 25 tonnes/ha dans les régions tropicales.

Ravageurs et maladies

Quelques précautions élémentaires – rotation des cultures, utilisation de variétés résistantes, exemptes de virus, et de semences certifiées – peuvent contribuer à éviter les grosses pertes provoquées par les maladies. Il n'y a pas de lutte chimique contre les bactéries et les virus mais on peut les contrôler au moyen d'un suivi régulier (si nécessaire par pulvérisation) des pucerons qui les transmettent. La gravité des maladies fongiques comme le mildiou dépend surtout, après la première infection, du temps : si les conditions propices persistent et que l'on ne pulvérise pas de produit chimique, la maladie peut se propager rapidement.

Les insectes peuvent ravager en peu de temps une parcelle de pommes de terre. C'est pourquoi il faut effectuer un suivi régulier et protéger la plante contre ses ennemis naturels. On peut même lutter contre le doryphore de la pomme de terre, un ravageur coriace, en détruisant les insectes, les œufs et les larves qui apparaissent au début de la saison. En outre, l'assainissement, la rotation des cultures et l'utilisation de variétés résistantes permettent de prévenir la prolifération des nématodes.

Récolte

Lorsque les fanes jaunissent et que les tubercules se séparent facilement du rhizome, la plante est arrivée à maturité. Si les tubercules sont destinés à être stockés et non pas à être consommés immédiatement, on les laisse sur le sol pour que leur peau devienne plus épaisse, on évite ainsi d'éventuelles maladies liées au stockage et une réduction de volume consécutive à la perte d'humidité. Mais si on les laisse trop longtemps, on risque de les exposer à une maladie fongique appelée rhizoctone noir.

Pour faciliter la récolte, il faut enlever les fanes deux semaines avant d'arracher les tubercules. Selon le volume de production, on récolte les pommes de terre avec une fourche à bêcher, une charrue ou des engins mécaniques qui arrachent le tubercule et le secouent pour enlever la terre. Au cours de la récolte, il faut veiller à ne pas abîmer les tubercules car toute meurtrissure favorise les maladies liées au stockage.

Stockage

Comme les tubercules fraîchement récoltés sont des tissus vivants, et par conséquent périssables, les conditions de stockage sont déterminantes: elles doivent permettre d'éviter les pertes après récolte des pommes de terre, qu'elles soient destinées à être consommées fraîches ou à être transformées, et assurer des semences pour la prochaine saison de culture.

Que les tubercules soient consommés frais ou transformés, ils doivent être stockés à l'abri de la lumière, sinon ils produisent de la chlorophylle (ils deviennent verts) et un alcaloïde toxique, la solanine. Les tubercules doivent être stockés à une température comprise entre 6 et 8 °C, dans un endroit obscur, bien aéré dont le taux d'humidité est relativement élevé, entre 85 et 90 pour cent. Les semences, en revanche, doivent être stockées à la lumière diffuse afin de pouvoir germer et former des bourgeons vigoureux. Dans le nord de l'Europe, par exemple, où il n'y a qu'une campagne agricole et où il est difficile de garder les semences d'une saison à l'autre si l'on n'est pas équipé de systèmes de réfrigération onéreux, la plantation hors saison peut être une solution.