Questions et réponses

Combien de personnes souffrent toujours de la faim et de la malnutrition dans la région?

Combien de personnes souffrent toujours de la faim et de la malnutrition dans la région?

Selon les derniers chiffres de la FAO, environ 26 pour cent de la population âgée de plus de 15 ans, soit 153 millions de personnes, souffraient d’insécurité alimentaire grave en 2014/15. C’est la prévalence la plus élevée de l’insécurité alimentaire sévère dans le monde. Au niveau sous-régional, la prévalence de l’insécurité alimentaire sévère était de 20 pour cent en Afrique australe, 23 pour cent en Afrique occidentale, 28 pour cent en Afrique orientale et 31 pour cent en Afrique moyenne.
La prévalence du retard de croissance en Afrique subsaharienne s’est réduite de seulement 7,2 pour cent entre 1985 et 2016, et un enfant sur trois âgé de moins de cinq ans souffre de retard de croissance.
En ce qui concerne la carence en micronutriments, en Afrique subsaharienne, 39 pour cent des femmes en âge de procréer souffrent d’anémie, soit 15 pour cent de la charge mondiale. Environ 48 pour cent des enfants d’âge préscolaire souffrent de carence en vitamine A, une prévalence qui est d’environ trois fois ou plus le niveau dans d’autres régions.

Comment peut-on éradiquer la faim et toutes les formes de sous-alimentation?

Comment peut-on éradiquer la faim et toutes les formes de sous-alimentation?

Pour éliminer la faim et la malnutrition dans tous les secteurs, l’engagement de toute la société, y compris l’État, la société civile, les milieux universitaires, les organisations de producteurs, les ONG et le secteur privé, est nécessaire. Un tel engagement général fournira les fondements économiques, sociaux, juridiques et politiques nécessaires pour élaborer et appuyer les politiques et stratégies nécessaires pour éliminer la faim.
En Afrique subsaharienne, l’Agenda 2063 de l’Union africaine définit la vision pour le développement du continent au cours des 50 prochaines années pour une Afrique prospère, basée, entre autres, sur la croissance inclusive et le développement durable. Cette vision place la sécurité alimentaire et la nutrition au cœur du programme de développement en Afrique, avec un plus grand engagement pour éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire et promouvoir une nutrition optimale pour tous les Africains.
En vue de la mise en œuvre de l’Agenda 2063, les chefs d’État et de gouvernement africains ont adopté la Déclaration de Malabo sur «la croissance et la transformation accélérées de l’agriculture pour une prospérité partagée et de meilleures conditions de vie» et se sont engagés à éliminer la faim d’ici à 2025 notamment grâce aux mesures suivantes: au moins doubler les niveaux actuels de productivité agricole, réduire au moins de moitié les niveaux actuels des pertes post-récolte et de gaspillage, et réduire le taux de retard de croissance à 10 pour cent et celui de l’insuffisance pondérale à 5 pour cent.

Pourquoi l’accroissement de la productivité agricole dans la région est-elle importante, et quelles sont les principales initiatives politiques dans ce domaine?

Pourquoi l’accroissement de la productivité agricole dans la région est-elle importante, et quelles sont les principales initiatives politiques dans ce domaine?

Pour l’Afrique subsaharienne dans son ensemble, les disponibilités énergétiques alimentaires couvrent les besoins énergétiques alimentaires. Cela est vrai dans la plupart des régions, même si en Afrique de l’Est, les besoins sont tout juste couverts et les disponibilités énergétiques alimentaires sont insuffisantes en Afrique centrale. Même si la production alimentaire a légèrement augmenté en Afrique subsaharienne depuis plus de trois décennies, elle a stagné au cours des cinq dernières années. La productivité agricole reste très faible dans la région.
Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne sont des paniers potentiels de produits alimentaires, mais les tendances actuelles montrent que de nombreux pays de la région deviennent de plus en plus des importateurs nets de produits alimentaires. La région dépend des importations pour combler 15 à 20 pour cent des disponibilités céréalières. La dépendance continue vis-à-vis des importations de denrées alimentaires est un problème sérieux pour de nombreux pays africains, parce que les lourdes factures d’importation de produits alimentaires, toujours en hausse, absorbent des fonds qui devraient être investis dans d’autres programmes de développement importants, sans pour autant résoudre le problème de l’insécurité alimentaire.

Que peut-on faire pour réduire les niveaux de pauvreté en Afrique subsaharienne?

Que peut-on faire pour réduire les niveaux de pauvreté en Afrique subsaharienne?

Les niveaux de pauvreté ont baissé dans la région mais sont relativement toujours les plus élevés dans le monde, et la région est loin de réduire de moitié la proportion de personnes vivant dans la pauvreté. Des efforts doivent être faits pour stimuler une transformation économique de grande envergure, surtout dans le secteur agricole – la principale source de revenus en Afrique subsaharienne – afin de réduire d’une manière substantielle les niveaux de pauvreté et améliorer l’accessibilité alimentaire.
La stratégie «Nourrir l’Afrique» de la BAD permet de cibler ces efforts puisqu’elle vise à renforcer le secteur agroalimentaire et le rendre compétitif et inclusif afin de créer de la richesse, améliorer les conditions de vies des populations, et protéger l’environnement. Cette stratégie, qui est l’une des cinq grandes priorités de la BAD, vise à éliminer la faim et la pauvreté rurale en Afrique dans les dix prochaines années en mettant l’accent sur la transformation, l’intensification de l’agriculture en tant qu’activité commerciale et l’utilisation des mécanismes de financement innovants.
Il existe également un intérêt croissant pour le rôle important de la protection sociale comme outil pour relever les défis liés à la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la malnutrition, grâce à une assistance directe et à l’intégration des programmes à l’agriculture, l’éducation et la nutrition. Par exemple, le Nigéria a pour objectif d’étendre son programme d’«alimentation scolaire à l’aide des produits locaux» (HGSF) au niveau national et fournir éventuellement des repas scolaires gratuits à tous les enfants des écoles primaires. Le programme vise à améliorer le niveau de fréquentation scolaire, la nutrition et la santé des enfants et à renforcer les économies locales basées sur l’agriculture ainsi qu’à créer des emplois.

Qu’est-ce que le triple fardeau de la malnutrition, et comment le réduire?

Qu’est-ce que le triple fardeau de la malnutrition, et comment le réduire?

Malgré des progrès réalisés en matière de réduction de la malnutrition, les faits montrent que la région souffre toujours du triple fardeau de la malnutrition : dénutrition, surpoids/obésité et carences en micronutriments (vitamines et minéraux).
L’Afrique subsaharienne est en passe d’atteindre deux des six cibles fixés par l’Assemblée mondiale de la Santé (AMS) en matière de nutrition pour 2025, à savoir le surpoids et l’allaitement exclusif. La région ne pourra cependant pas atteindre les cibles visées pour le retard de croissance, l’émaciation, l’anémie chez les femmes en âge de procréer et l’insuffisance pondérale à la naissance.
Au niveau régional, la Stratégie régionale africaine de la nutrition pour 2016-2025 fournit une feuille de route pour améliorer et promouvoir la nutrition. La Stratégie intègre les nouvelles préoccupations en matière de nutrition et fixe des objectifs clairs dont la réduction de 40 pour cent du taux de retard de croissance, de 50 pour cent de l’anémie chez les femmes en âge de procréer et de 5 pour cent d’émaciation chez les enfants de moins de 5 ans à l’horizon 2025.
La mise en œuvre de cette stratégie requiert des approches multisectorielles et multidisciplinaires pour intégrer l’agriculture, la nutrition, la santé publique, l’éducation et la protection sociale. Cette approche facilite également la poursuite de multiples objectifs, notamment une meilleure nutrition, l’égalité entre les sexes et la durabilité de l’environnement.

Quelle menace représente le changement climatique, et quelles mesures sont prises à cet effet?

Quelle menace représente le changement climatique, et quelles mesures sont prises à cet effet?

L’agriculture africaine est particulièrement vulnérable aux effets de la variabilité et du changement climatiques, étant donné qu’elle dépend largement des pluies et aussi parce que la productivité y est déjà faible; par conséquent, la «capacité d’absorption» des chocs est faible. En fait, 47 pays d’Afrique subsaharienne ont mentionné les menaces du changement climatique sur les moyens de subsistance, la santé et l’économie, et presque tous les pays ont mentionné le changement climatique comme une menace pour la production alimentaire.
À l’horizon 2020, les effets seront plus graves. Des millions de personnes en Afrique devraient être exposées à un stress hydrique accru en raison du changement climatique. Dans certains pays, les rendements de l’agriculture pluviale pourraient être réduits de 50 pour cent. La production agricole devrait être gravement compromise dans de nombreux pays africains. Des inondations côtières et une augmentation du nombre des terres classées comme arides et semi-arides sont également prévues.
Les coûts d’adaptation en Afrique se situeraient entre 20 et 30 milliards de dollars É.U. par an au cours des 10 à 20 prochaines années. Le programme UA/NEPAD sur l’agriculture et le changement climatique s’appuie sur la Déclaration de Malabo de 2014 et vise à renforcer la résilience d’au moins 30 pour cent des ménages agricoles et pastoraux face aux risques climatiques et météorologiques à l’horizon 2025.
Des pays prennent également des mesures. Par exemple, le Gouvernement rwandais a lancé les «Services climatologiques rwandais pour l’agriculture». Près de un million d’agriculteurs bénéficieront de ce projet de trois ans grâce à une meilleure gestion des risques climatiques, permettant l’accès à des prévisions climatiques et météorologiques fiables pouvant faciliter la prise de décisions éclairées sur le calendrier des récoltes et l’utilisation des fertilisants.

La sécheresse et les conflits constituent une menace croissante pour la sécurité alimentaire

La sécheresse et les conflits constituent une menace croissante pour la sécurité alimentaire

Des populations en Afrique sont de plus en plus exposées aux risques naturels, aux crises provoquées par l’homme et aux crises prolongées qui peuvent réduire à néant des années d’efforts en matière de développement. En termes d’impact sur la production végétale et animale et les moyens de subsistance agricoles, l’épisode du phénomène El Niño de 2015/2016 a été l’un des plus intenses et des plus répandus au cours des cent dernières années.
Au milieu de 2016, la FAO estimait que plus de 60 millions de personnes, dont les deux tiers sont en Afrique de l’Est et en Afrique australe, faisaient face à des pénuries alimentaires en raison des sécheresses provoquées par le phénomène El Niño. Les interventions régionales et nationales face à ces phénomènes comprennent le soutien immédiat aux populations les plus vulnérables, l’extension des mesures de protection sociale et les filets de sécurité, l’élaboration de cadres régionaux de suivi et d’évaluation de la résilience et la promotion et l’élargissement des technologies appropriées pour s’adapter à la variabilité et aux changements climatiques et atténuer leurs effets.
L’Éthiopie, l’un des pays les plus touchés, a fourni un soutien d’urgence en matière de semences et mené des interventions d’urgence en matière d’alimentation animale ainsi que des campagnes sur la santé animale. Environ 7,6 millions de personnes ont bénéficié d’une aide alimentaire et le gouvernement a créé une Administration pour la réserve de sécurité alimentaire d’urgence pour permettre une intervention immédiate en cas d’urgence. De plus, l’amélioration des systèmes d’alerte rapide et un engagement ferme du Gouvernement éthiopien ont contribué à atténuer les effets du phénomène El Niño.

Renforcer la résilience est essentiel pour soutenir les efforts de consolidation de la paix

Renforcer la résilience est essentiel pour soutenir les efforts de consolidation de la paix

Le changement climatique et les chocs tels que le phénomène El Niño représentent de graves menaces pour la paix, la croissance et la prospérité partagée. Combiner les efforts de restauration et de soutien en faveur des moyens de subsistance résilients avec les efforts de consolidation de la paix et de résolution des conflits s’avère très important pour le développement durable et la sécurité alimentaire et la nutrition. De même, investir dans la sécurité alimentaire et l’agriculture pourrait renforcer les efforts visant à prévenir les conflits et à instaurer une paix durable.

Comment pouvons-nous nous assurer que nous «ne laissons personne derrière»?

Comment pouvons-nous nous assurer que nous «ne laissons personne derrière»?

L’Afrique subsaharienne est confrontée à de nombreux défis. Certaines des principales causes de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition dans la région sont liées à l’instabilité des marchés alimentaires et des prix des produits de base et aux catastrophes naturelles – y compris des sécheresses et des inondations graves entraînant la perte de récoltes, l’insuffisance des pâturages et d’eau pour le bétail –, une instabilité politique persistante, des conflits et d’autres formes de violence.
Il est essentiel de transformer l’agriculture en un secteur moderne, commercial, avec le secteur public favorisant l’activité du secteur privé. Dans le même temps, il faut mettre en place des approches multisectorielles et multidisciplinaires pour intégrer l’agriculture, la nutrition, la protection sociale et d’autres mesures y relatives, afin d’éradiquer la faim et assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle d’une manière durable. Des activités de suivi et de responsabilité constituent une partie essentielle de ces efforts.
Enfin, il est crucial d’accroître la résilience des moyens de subsistance agricoles, promouvoir et financer les pratiques de l’agriculture intelligente face au climat et combiner ces efforts avec ceux de consolidation de la paix et de résolution des conflits. Ensemble, ces efforts peuvent contribuer au développement durable, à la sécurité alimentaire et à la nutrition et aider le continent à atteindre l’engagement contenu dans les Objectifs de développement durable de «ne laisser personne derrière».