La résilience
Ensemble pour faire face à l’invasion acridienne

Ensemble pour faire face à l’invasion acridienne

12/08/2020

En Afrique de l'Ouest, les pays se partagent les pesticides et autres matériels, au lieu de se surstocker

Avec les criquets pèlerins qui ont ravagé de grandes parties de l'Afrique de l'Est ces derniers mois, on craint que des essaims ne se tournent vers l'ouest et envahissent des pays comme le Tchad, le Niger, le Mali et la Mauritanie. Afin de mieux se préparer à cette éventualité, la FAO a anticipé ce risque à travers l'Appel de crise contre le criquet pèlerin lancé en mai dernier, et s'est immédiatement engagée auprès des gouvernements à mobiliser des équipes de surveillance et de contrôle dans toute l'Afrique de l'Ouest pour prévenir une éventuelle invasion de ce ravageur dévorant les cultures.

Jusqu'à présent, les pluies favorables en Afrique de l'Est y maintiennent les criquets et l'Afrique de l'Ouest reste exempte de criquets. Mais si les conditions venaient à changer, ces insectes voraces pourraient quitter leurs zones de reproduction estivale traditionnelles et se diriger vers le Sahel à la recherche de pâturages plus verts.

Déjà confronté à une crise de famine, l’Afrique de l’Ouest aura du mal à se relever d’un choc supplémentaire. La dernière fois que cette région a été frappée par une invasion de criquets en 2003-05, elle a touché plus de 8 millions de personnes, a provoqué de graves pénuries alimentaires qui ont fait monter les prix du marché et des conflits pour des ressources limitées. Une analyse a posteriori a montré que si l'invasion de criquets avait été contrôlée plus rapidement et si les pertes avaient été réduites de 10 % seulement, des récoltes d'une valeur de 226 millions de dollars auraient pu être sauvées. Le coût de la maîtrise de cette crise a été évalué à plus de 500 millions d'USD ce qui équivaut à 170 ans de lutte préventive. 

Gestion créative des actifs à l'époque de la COVID-19

Une partie importante de l'action d'anticipation de la FAO en Afrique de l'Ouest et au Sahel est destinée à empêcher une nouvelle baisse de la sécurité alimentaire pour des millions de personnes qui luttent déjà pour se nourrir dans la région. Cela consiste à prépositionner les pesticides nécessaires pour arrêter les essaims dans leur course.

Si les conditions poussent les criquets à se déplacer vers l'ouest, ils se déplaceront rapidement, et les pays de la région devront être prêts, c’est à dire avoir les fournitures en main dès maintenant, avant que cette menace ne se matérialise.

Malheureusement, il n'est pas toujours possible d'acheter rapidement la quantité totale de pesticides nécessaire pour des opérations de pulvérisation à grande échelle comme celles-ci, en particulier avec la crise de la COVID-19 qui entraîne un ralentissement des approvisionnements pour les matériels dédiés à la lutte antiacridienne du fait de de la demande élevée en Afrique de l'Est et en Asie du Sud-Ouest

C'est pourquoi la FAO, par le biais de sa commission régionale de lutte antiacridienne dans la région occidentale, fait participer les pays à un processus appelé triangulation des pesticides. En substance, la commission déplace les stocks des pays à faible risque vers les pays à haut risque de la région.

"Il est encourageant de voir les pays de la région travailler ensemble pour se préparer à une éventuelle invasion de criquets pèlerins et pour partager leurs ressources afin que les pays à haut risque soient prêts à agir rapidement en cas d'invasion", déclare Coumba Sow, coordinatrice de la FAO pour la résilience en Afrique de l'Ouest et au Sahel. "Nous avons vu à quelle vitesse les criquets peuvent affecter toute une région, comme ce qui s’est passé en Afrique de l'Est. Il est donc vital d'agir rapidement et collectivement pour protéger la sécurité alimentaire et les moyens d'existence de millions de personnes en Afrique de l'Ouest et au Sahel".

L'Algérie et le Maroc ont mis ensemble à la disposition des pays à haut risque (Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) près de 90 000 litres de pesticides pouvant être utilisés pour des opérations terrestres ou aériennes. Sans ces interventions, des milliers d'hectares de terres agricoles risquent d'être détruits par des essaims qui peuvent manger autant de nourriture que 35 000 personnes en une seule journée. 

L'épidémie de coronavirus ajoute une urgence supplémentaire, car ses répercussions sur les chaînes d'approvisionnement limitent déjà l'accès des populations à la nourriture, en plus des intrants agricoles dans toute la région.

L’approche de triangulation, un moyen de mieux gérer les stocks de pesticides

Lorsque les essaims de criquets atteignent des tailles comme celles qui affligent actuellement l'Afrique orientale, les pesticides chimiques restent l'option la plus efficace pour les combattre. Une gestion et une utilisation prudentes sont essentielles pour préserver la santé humaine, animale et environnementale.

L'approche de triangulation offre un moyen de mieux gérer les stocks régionaux de ces pesticides.

"En utilisant les stocks de pesticides disponibles dans un pays pour en aider un autre, nous évitons également que ces stocks deviennent inutilisables, inefficaces ou potentiellement nocifs pour l'environnement", selon Mohamed Lemine Hamouny, secrétaire exécutif de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale (CLCPRO) de la FAO. Il ajoute que tous les pesticides utilisés en rotation sont soumis à un processus de test rigoureux avant d'être envoyés à l'étranger, notant que "C'est une façon intelligente d'utiliser les ressources déjà disponibles là où elles sont le plus nécessaires et de les réapprovisionner plus tard. ” 

Une autre partie du processus consiste à identifier les écosystèmes sensibles, telles que les zones humides, qui ne peuvent pas être pulvérisés en toute sécurité avec des pesticides. Cela consiste à travailler avec les responsables locaux de l'environnement pour trouver des solutions alternatives pour traiter ces zones. À cette fin, la FAO a élargi les cartes des zones sensibles et s'est procurée des biopesticides pour promouvoir leur utilisation dans les pays cibles en Afrique de l'Ouest. 

La commission régionale de lutte antiacridienne de la FAO, connue sous le nom de Commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale (CLCPRO), a également pris l'initiative de former les agents locaux à l'utilisation des dernières technologies pour signaler, trouver et contrôler les criquets et empêcher que leur arrivée ne se transforme en crise alimentaire majeure.

L'insécurité alimentaire suscite déjà des inquiétudes

La dernière analyse de la sécurité alimentaire pour la région, publiée en mars 2020, prévoit que quelque 17,2 millions de personnes seront confrontées à une grave insécurité alimentaire aiguë pendant la prochaine période de soudure, de juin à août 2020. Au-delà du Tchad, Mali,  Mauritanie et Niger, la région comprend également le Burkina Faso, le Cameroun, la Gambie, le Nigeria et le Sénégal. Ces pays pourraient être exposés au risque d'invasion de criquets pèlerins dans le cas où des essaims prennent pied dans les quatre pays à haut risque de la région. Pour limiter l’exposition de ces pays, la FAO prépare des opérations de surveillance et de lutte dans toute la région. 

Au total, la FAO et ses partenaires sur le terrain sont prêts à identifier quelque 10 millions d'hectares de terres et à cibler 300 000 à 500 000 hectares avec des opérations de contrôle.

Pour plus d'informations sur la FAO et la crise du criquet pèlerin

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