Les indicateurs culturels de systèmes alimentaires et agroécologiques indigènes
Les populations indigènes du monde entier réclament que soit enfin reconnu le caractère vital et fondamental de leur culture dans la viabilité des systèmes alimentaires et agroécologiques traditionnels et dans le développement durable. La culture devrait être considérée comme le quatrième pilier du développement durable, aux côtés des piliers social, économique et environnemental. La culture englobe les croyances, valeurs, traditions, coutumes, connaissances et cérémonies communes transmises par les populations d’une génération à l’autre, et utilisées pour définir et maintenir leur identité collective, mais aussi les relations entre elles et avec le monde. Les pratiques culturelles et les systèmes alimentaires traditionnels sont liés et s’autoentretiennent. Tous deux sont déterminants pour la sécurité alimentaire et le bien-être.
Toutefois, les opérations de développement - tout comme la tendance mondiale consistant à renforcer l’agriculture industrialisée, les monocultures et l’économie de marché - ont un impact négatif et parfois dévastateur sur les systèmes alimentaires traditionnels, sur les économies de subsistance et sur les systèmes agroécologiques dont dépend la survie des populations indigènes. Dans ce contexte, les populations indigènes, tout comme les organisations et entités souhaitant soutenir leurs moyens d’existence et leur bien-être, ont reconnu que les indicateurs culturels peuvent contribuer à une compréhension commune du rôle de la culture dans la durabilité des systèmes alimentaires et agroécologiques, et donc à la santé et au bien-être des communautés.
Les progrès réalisés depuis la Déclaration d’Atitlán
Dans la Déclaration d’Atitlán de 2002, les populations indigènes soulignèrent l’importance de la culture indigène dans l’agriculture durable et les systèmes alimentaires. Depuis, la FAO collabore avec les organisations de populations indigènes pour identifier les indicateurs culturels d’Agriculture et de Développement Rural Durables, priorité no1 de l’Initiative ADRD pour le point focal des populations indigènes, le Conseil international des traités indiens (IITC).
La FAO a soutenu le travail de suivi des populations indigènes sur cette question avec l’étude des indicateurs culturels d’ADRD en matière d’alimentations et de cultures traditionnelles des populations indigènes en 2003 et une communication technique sur les indicateurs culturels des systèmes alimentaires et agroécologiques des populations indigènes en 2006. Cette communication a été passée en revue par 30 représentants d’organisations de populations indigènes et de nations d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie-Pacifique, d’Amérique du nord et d’Europe, ainsi que par des agences des Nations Unies lors de la 2nde Consultation mondiale sur le droit à l’alimentation, la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire des populations indigènes (7-9 septembre 2006, Puerto Cabezas, Nicaragua). Coordonnée et animée par le Conseil international des traités indiens, l’Initiative ADRD de la FAO et El Centro para la Autonomía y Desarrollo de los Pueblos Indígenas (CADPI), cette consultation sur les indicateurs culturels pour la sécurité alimentaire, la souveraineté alimentaire et le développement durable a permis de redéfinir les concepts et les priorités, puis de parvenir à un consensus sur les indicateurs proposés en les réduisant de 11 à 5. Ces cinq catégories couvrent les domaines suivants: i) accès aux terres, territoires, ressources naturelles, sites sacrés et zones réservées aux cérémonies traditionnelles, ii) abondance, rareté et/ou menaces vis-à-vis des graines traditionnelles, alimentations, médecines végétales ou animaux d’élevage et modes de production associés, iii) utilisation et transmission des savoirs, méthodes, langues, danses de cérémonies, prières ou histoires orales ayant trait aux aliments et systèmes agroalimentaires traditionnels, ou encore utilisation prolongée d’aliments traditionnels dans le menu quotidien, iv) capacité d’adaptation, de résilience et/ou de retour à l’utilisation et la production d’aliments traditionnels, v) capacité à exercer ses droits d’autodétermination et de libre consentement préalable et à défendre sa souveraineté alimentaire et son propre développement. La communication a également été débattue à la réunion annuelle du Groupe de soutien interorganisations sur les questions indigènes (Rome/Tivoli, 15-17 septembre 2006) qui a souligné le rôle des indicateurs culturels pour montrer l’urgence et la nature des besoins des populations indigènes et plaider pour la satisfaction de leurs besoins.
La valeur des indicateurs culturels
Elaborer et s’entendre sur un ensemble d’indicateurs, capables de mesurer l’impact, les relations et interactions entre la culture et les systèmes alimentaires et agroécologiques, peut contribuer à une meilleure compréhension, transparence et relation de confiance entre populations indigènes et agents de développement. En particulier, ces indicateurs:
• permettent aux populations indigènes de suivre l’impact du développement dans leur vie;
• aident les services publics, les acteurs du développement, les gouvernements, ONG et agences des Nations Unies à comprendre, reconnaître et respecter les moyens d’existence importants pour les populations indigènes;
• assurent une cohérence entre les activités, les objectifs, les résultats et les normes minimales en matière de politiques et de programmes en faveur des populations indigènes, pour finalement fonder un modèle de partenariat de développement davantage respectueux des droits et des cultures;
• assurent une légitimité et se montrent responsables vis-à-vis de toutes les parties prenantes, en identifiant les bonnes pratiques et les enseignements tirés, tout en mesurant les progrès et les réalisations.
Contenu et principaux objectifs de la communication de la FAO sur “les indicateurs culturels des systèmes alimentaires et agroécologiques des populations indigènes”
Dans cette communication technique, une revue documentaire présente et valide les opinions des populations indigènes sur certains indicateurs culturels essentiels en matière de sécurité alimentaire, de souveraineté alimentaire, de systèmes agroécologiques et de développement durable. La communication passe également en revue les indicateurs actuellement utilisés ou récemment identifiés par d’autres organisations sur ces interactions, mais aussi les domaines qui nécessiteront peut-être de nouveaux indicateurs. La communication entend présenter brièvement tous les documents sur la question, pour prouver la relation qui existe entre la culture indigène d’une part et les systèmes alimentaires et agroécologiques d’autre part. Les recherches et les données scientifiques sur les facteurs, interactions et tendances reconnus par les populations indigènes sont passées en revue pour aider ces populations à convaincre l’opinion de la légitimité de leurs points de vue.
L’importance des connexions entre la culture, le bien-être et la durabilité apparaît dans les citations ci-dessous de représentants de populations indigènes lors de la 2nde consultation sur le droit à l’alimentation, la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire des populations indigènes:
“Les arbres sont nos frères et nos soeurs. Nous appartenons à la même branche généalogique. Si vous le comprenez, vous comprenez ce que signifie la déforestation pour notre bien-être”
“Détruire la terre, c’est détruire les populations”













