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Affiché le mars 2001

En France, quelles experiences et quelles reflexions sur les dispositifs de formation en milieu rural a l'international?

préparé par Alain Maragnani, Inspecteur de l'enseignement agricole, chargé de la coopération internationale
Ministère de l'Agriculture et de la Pêche
Direction Générale de l'Enseignement et de la Recherche
Inspection de l'enseignement agricole


Les 9 et 10 novembre derniers se sont tenues, à Montpellier, les « Cinquièmes journées d'études sur l'ingénierie des dispositifs de formation à l'international ». Elles étaient organisées par le ministère français de l'Agriculture et de la Pêche et Agropolis (le pôle français d'enseignement et de recherche agronomiques au service du développement économique et social des régions chaudes) avec l'appui du ministère des Affaires étrangères. Plusieurs institutions internationales y étaient représentées (Banque mondiale et FAO notamment) et différents pays (Bénin, Côte d'Ivoire, Maroc, Roumanie, Tunisie, Ukraine, Uruguay).

Pourquoi la réalisation de ces journées ? pour quels enjeux ?

1/ Le développement de l'ingénierie de formation au ministère français de l'Agriculture et de la Pêche.

Les lois qui permettent le développement de la formation professionnelle continue datent de 1972. Elles sont, d'une part, l'aboutissement d'actions de formation antérieures prenant fortement en compte le rôle de la formation dans le développement de la personne et son droit à une promotion sociale. Mais, d'autre part, dans la même période, la crise économique touche gravement le secteur des mines et de la sidérurgie exigeant une reconversion des personnels de ces secteurs. Cela va donner lieu à la mise en place de nombreuses sessions de formation de « reconversion », cette démarche nécessitant de connaître les compétences actuelles des ouvriers mineurs ou sidérurgistes et celles qu'ils devraient maîtriser pour exercer de nouvelles professions.

Dans la même période, la politique agricole est marquée par une volonté de donner à tous les agriculteurs une formation de base, en se fixant pour priorité éducative les jeunes agriculteurs qui s'installent. Il faut alors inventer de nouvelles formations adaptées à ces publics particuliers (faible disponibilité en temps, rapports parfois difficiles avec le système scolaire classique...). C'est aussi une période au cours de laquelle apparaissent des publics nouveaux dans les formations agricoles (les néo-ruraux), ainsi que de nouveaux métiers liés au développement du tourisme rural, à l'entretien des espaces verts...

En conséquence, les années 80 sont en France des années de développement de formations professionnelles nouvelles, avec la conduite de nombreuses expérimentations, débouchant sur une réflexion approfondie sur la liaison entre formation et métier. Des activités nouvelles se sont développées au sein du ministère de l'Agriculture concernant des études prospectives régionales des métiers (avec l'élaboration de référentiels de métiers) en vue d'élaborer des dispositifs de formation adaptés (plan de formation), mais aussi avec le développement du conseil aux entreprises sur leur politique de formation continue. Ces activités du service public ont été conduites tout à la fois pour l'adaptation du service public d'enseignement et de formation agricoles, mais aussi sur contrats d'étude pour les entreprises du secteur privé.

2/ Quelles évolutions à l'international ?

L'enseignement agricole français a une tradition de participation à la création ou à l'appui de dispositifs de formation en milieu rural. Cela a notamment été le cas lors de l'accession à l'indépendance de nombreux pays, au début des années 60, pays pour lesquels il était indispensable de former les cadres de l'appareil d'Etat.

Les établissements français de formation, lycées techniques, centres de formation professionnelle, écoles supérieures, services régionaux, participent en collaboration avec les différents acteurs locaux du développement rural (agriculteurs, syndicats, entreprises et organismes professionnels agricoles, collectivités territoriales) à de nombreuses activités internationales de formation qu'elles soient de diagnostic, de conception, d'appui à la mise en œuvre, de conseil ou d'évaluation en s'appuyant notamment sur l'expérience française et les méthodes et outils mis au point à cette occasion.

Mais le contexte général dans lequel se situent les formations rurales de nombreux pays évolue extrêmement rapidement avec :

Ce sont principalement les paysans qui opèrent cette évolution des systèmes de production, mais avec eux tous les gestionnaires de l'espace rural (vulgarisateurs, conseillers et techniciens agricoles...). Tous, et notamment la grande masse des agriculteurs, agricultrices et de leurs enfants, doivent pouvoir être accompagnés par des dispositifs de formation susceptibles de répondre à leurs besoins spécifiques.

La prise de conscience que l'enseignement a un coût et que les crédits de formation ne sont pas illimités, l'exigence de trouver rapidement des solutions adaptées, conduit à poser la question des formations non plus à partir des contenus scientifiques et techniques mais sur la base d'une démarche d'ingénierie, c'est à dire par la définition, de manière coordonnée et systématique, des différentes étapes de l'action, des méthodes à utiliser, du choix des moyens et des outils, pour atteindre efficacement des objectifs déterminés : la création d'activités en milieu rural, permettant d'engendrer des revenus tout en respectant l'environnement.

Dans des pays où les dispositifs de formation sont amenés à connaître des évolutions extrêmement rapides, cette approche apparait indispensables pour mener à bien la rénovation, ou la création, de dispositifs de formation adaptés aux besoins nouveaux des différentes composantes de la société rurale et, en tout premier lieu, les agriculteurs et agricultrices.

3/ Quelle démarche ?

L'élaboration de nouveaux dispositifs de formation, adaptés aux enjeux du développement rural passe notamment par 1 :

Au sud, les métiers sont parfois plus ou moins constitués dans leur technicité et leur organisation, dans de nombreux pays ils sont même à créer, ou en devenir. D'autre part, la pluri-activité est fortement développée au point de devenir la règle dans certaines zones rurales : une partie importante de la population associe aux activités de production agricole (permettant de définir le métier d'agriculteur) d'autres activités, notamment de commerce, d'artisanat, de service que l'on pourrait rattacher à d'autres « métiers ». Les interactions entre ces différentes activités sont très importantes et leur prise en compte est nécessaire.

La conduite d'un projet de création, ou de rénovation, d'un dispositif de formation exige de combiner tout à la fois des méthodes (par exemple : des méthodes d'analyse diagnostic des besoins de formation, d'analyse des métiers, mais aussi des méthodes pédagogiques adaptées...), des pratiques (la conduite de l'analyse des besoins de formation avec le public considéré, les pratiques managériales ou des pratiques pédagogiques...), une organisation sociale (des établissements de formation, des administrations...), des moyens (humains, matériels, financiers), des textes de référence (lois, arrêtés, règlements, organisant les recrutements, la formation, la délivrance des diplômes...). L'ingénierie des dispositifs de formation ajoute et systématise l'idée qu'un dispositif de formation comprend plusieurs éléments complémentaires, organisés comme un ensemble de maillons interdépendants 2 . Dès l'élaboration du projet de dispositif de formation, qui se construira en concertation avec l'ensemble des acteurs concernés, et notamment les futurs bénéficiaires de la formation, la démarche devra analyser les interactions entre les différents éléments et organiser leur mise en relation.

Mais c'est aussi une démarche qui a un sens, intègre différents niveaux d'intervention dans un ensemble systémique, utilise des démarches participatives, est itérative et interculturelle3.

4/ Quels objectifs et quels enjeux ?

Ces expériences concrètes, nombreuses et diversifiées, mais parfois très éclatées, conduites en France mais aussi dans des pays étrangers par de nombreux intervenants français des établissements d'enseignement agricole, d'organisations non gouvernementales et d'experts privés, nous ont amené à proposer, en 1995, la réalisation régulière de journées d'études qui permettent :

  1. D'échanger des expériences et analyser des pratiques d'ingénierie des dispositifs de formation agricoles et agroalimentaires à l'international entre partenaires français et étrangers ;
  2. D'identifier les besoins de création et de rénovation des dispositifs de formation dans différentes sous-régions du monde ;
  3. De construire des collaborations entre établissements et organisations nationales, internationales et étrangères ;
  4. De constituer progressivement une expertise collective en ingénierie des dispositifs de formation pour l'élaboration ou la rénovation, le suivi et l'évaluation de programmes de formation.

Les enjeux d'avenir sont importants : il nous faut accompagner les évolutions économiques, sociales et culturelles en cours en imaginant de nouveaux dispositifs de formation adaptés aux besoins, dans leurs objectifs, dans leurs différents publics notamment la grande masse des producteurs et productrices, dans leurs niveaux de formation, dans leurs contenus, dans leurs modalités d'organisation comme dans leur pédagogie...

C'est pourquoi les prochaines journées d'études, en 2001, devraient élargir notre champ de références, en favorisant la rencontre avec des établissements ou organisations d'autres pays, intervenant à l'international dans les secteurs du développement agricole, agroalimentaire et rural en faveur des pays en développement, émergents ou en transition économique.


1 MARAGNANI.A, DEBOUVRY.P, GRANIE.AM, METGE.J. « Initiation à l'ingénierie de formation pour le développement ». 1996.
2 MARAGNANI.A, TEISSET.JL, RANGHEARD.MS. « Bilan et perspective des activités d'ingénierie des dispositifs de formation à l'international ». Ministère de l'Agriculture et de la Pêche. 1999.
3 « Ingénierie des dispositifs de formation à l'international - Quelle démarche ? Quelle organisation ? Quelle offre ? ». Educagri éditions. 2000.



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