
décembre 2001
Fiche documentaire
disponible également en anglais

Au seuil du XXIe siècle, les femmes rurales des pays en développement détiennent la clé de l’avenir des systèmes agricoles de la planète, de la sécurité alimentaire et des moyens d’existence, grâce au rôle qu’elles jouent dans la sélection des semences, la gestion du petit bétail, la conservation et l’utilisation durable de la diversité végétale et animale. Le rôle clé des femmes rurales en tant que pourvoyeuses et productrices d’aliments les associe directement à la conservation et à l’utilisation durable des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture. Des siècles d’expérience pratique ont donné aux femmes une connaissance unique et une fonction de décision dans le domaine de la gestion des cultures et des animaux, des écosystèmes et de leur utilisation à l’échelon local.
Les collectivités rurales les plus pauvres sont celles qui vivent dans des environnements marginaux et hétérogènes et qui ont le moins bénéficié des variétés végétales modernes à haut rendement. Jusqu’à 90 pour cent des plantes de ces agriculteurs proviennent de semences et de matériel végétal qu’ils ont eux-mêmes sélectionnés et sauvegardés.
Ces agriculteurs de subsistance ne peuvent se permettre l’achat de facteurs de production extérieurs tels qu’engrais, pesticides, produits vétérinaires, aliments pour animaux de bonne qualité et combustible fossile pour la cuisson des aliments et le chauffage. Ils tablent sur la préservation d’une vaste gamme de variétés végétales et animales adaptées à l’environnement local. De cette manière, ils sont en mesure de se prémunir contre les mauvaises récoltes et les pertes d’animaux, d’assurer un approvisionnement alimentaire continu et varié et de se protéger contre la faim et la malnutrition. Dans de nombreuses régions, la majorité des petits exploitants sont des femmes.
Tendances et chiffres relatifs à la diversité agrobiologique |
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Des politiques et des accords juridiques internationaux importants reconnaissent le rôle déterminant joué par les femmes, notamment dans les pays en développement, en ce qui concerne la gestion et l’utilisation des ressources biologiques. Malgré cette reconnaissance accrue au niveau international, on a fait bien peu jusqu’ici pour élucider la nature du lien entre la diversité agrobiologique et les activités, les responsabilités et les droits des hommes et des femmes. Les rôles décisifs des femmes, leurs responsabilités ainsi que leur connaissance approfondie des plantes et des animaux restent parfois «invisibles» aux agronomes, forestiers et écologistes, ainsi qu’aux planificateurs et décideurs.
Le manque de reconnaissance aux niveaux technique et institutionnel signifie que les intérêts et les exigences des femmes ne font pas l’objet d’une attention suffisante. En outre, la participation des femmes aux initiatives officielles de conservation de la diversité biologique reste faible en raison des barrières culturelles qui les empêchent souvent d’être représentées dans les centres décisionnels à tous les niveaux.
La recherche et le développement modernes et l’amélioration génétique centralisée ont ignoré et, dans certains cas, sapé les capacités d’innovation et d’amélioration des collectivités rurales en matière de variétés végétales. Avec l’introduction de technologies et de pratiques culturales modernes, les femmes ont vu une bonne partie de leur influence et de leur contrôle sur la production, ainsi que de leur accès aux ressources, reprise par les hommes. Ces derniers bénéficient souvent davantage des services de vulgarisation et ont les moyens d’acheter les semences, les engrais et le matériel technique nécessaires.
Par le biais de leurs différentes activités et méthodes de gestion, les hommes et les femmes ont souvent acquis des compétences et des connaissances différentes concernant l’environnement local, les espèces végétales et animales, leurs produits et leurs utilisations. Ces systèmes locaux de savoir différencié selon le sexe jouent un rôle décisif dans la conservation in situ, la gestion et l’amélioration des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture. Cela est dû au fait que l’on décide de ce qu’il faut conserver sur la base des connaissances et de la perception de ce qui est le plus utile au ménage et à la collectivité locale.
Les connaissances spécialisées des femmes et des hommes de la valeur et des divers usages des espèces et des variétés domestiquées s’étendent aux plantes sauvages qui servent d’aliments en période de disette ou comme médicaments et sources de revenus. Ce savoir local est très sophistiqué; il est traditionnellement partagé et transmis d’une génération à l’autre. Par l’expérience, l’innovation et l’expérimentation, des pratiques durables sont mises au point pour protéger les sols, l’eau et la végétation naturelle, y compris la diversité biologique. Cela a des répercussions importantes pour la conservation des ressources phytogénétiques.
Dans les petites exploitations agricoles, les agricultrices ont été largement responsables de la sélection, de l’amélioration et de l’adaptation des variétés végétales. La sélection des variétés est un processus complexe, à variables multiples, qui dépend du choix de certaines caractéristiques souhaitables (par exemple, la résistance aux ravageurs et aux maladies; l’adaptabilité aux conditions pédologiques et agroclimatiques; les qualités nutritionnelles, gustatives, culinaires; et les propriétés des aliments pour la transformation et l’entreposage).
Dans de nombreuses régions, les femmes sont également responsables de la gestion et de la reproduction du petit bétail. Là encore, le choix des caractéristiques pour l’amélioration zoogénétique comprend l’adaptation de certaines races aux conditions locales, la disponibilité des aliments pour animaux et la résistance aux maladies.
Le fait que les plantes et les animaux soient souvent produits à de multiples fins accroît encore la complexité du processus de sélection car on recherche un grand nombre de caractéristiques. Par exemple, le sorgho peut être cultivé pour les grains et les tiges, les patates douces pour les feuilles ainsi que pour les racines, et les brebis peuvent fournir du lait, de la laine et de la viande. En outre, pour créer un micro-environnement favorable et mieux gérer l’espace et le temps, on cultive souvent en association plusieurs espèces végétales qui se complètent l’une l’autre et on a recours à l’agriculture mixte (cultures, élevage et agroforesterie).
La reconnaissance de ce processus décisionnel sophistiqué incite peu à peu les généticiens et les chercheurs à réaliser que, lorsqu’une collectivité adopte et sélectionne des semences nouvelles et améliorées de cultures vivrières ou de races animales, c’est que les agriculteurs et les agricultrices les ont mises à l’essai et les ont approuvées.
Dans l’Etat de l’Andhra Pradesh, en Inde, des agricultrices et des sanghams (coopératives féminines), ont aidé des entomologistes de l’Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT) à mettre en œuvre un programme sur le pois cajan, couronné de succès, visant à produire des lignées résistant aux parasites. Les chercheurs ont examiné des variétés traditionnelles de pois cultivées par les femmes et ont proposé plusieurs lignées résistantes au principal ennemi, le foreur des gousses; ils ont réussi à mettre au point des lignées répondant mieux aux préférences des agricultrices. Les femmes ont évalué leurs performances non seulement en termes de rendement, mais aussi sur la base de 10 critères différents, dont la production de feuilles, les dégâts causés par le foreur des gousses, le goût, la biomasse ligneuse, la qualité, le prix du marché et l’aptitude au stockage. Trois des quatre lignées améliorées ont été classées par les femmes comme étant supérieures à leurs variétés locales et adoptées pour être cultivées à côté des leurs qu’elles gardent pour leur goût qu’elles jugent supérieur. En outre, elles conservent un mélange de variétés pour réduire les attaques des ravageurs.
Du fait de leurs activités journalières, de leur expérience et de leurs connaissances, les femmes sont particulièrement motivées pour protéger la diversité biologique. Toutefois, aux niveaux national et local, les femmes rurales sont, aujourd’hui encore, souvent limitées par un manque de droits sur les ressources sur lesquelles elles misent pour répondre à leurs besoins. En général, leurs droits d’accès aux ressources locales et leur contrôle sur ces dernières, ainsi que les politiques nationales ne vont pas de pair avec leurs responsabilités croissantes dans le domaine de la production vivrière et de la gestion des ressources naturelles.
Etant donné que les connaissances, le savoir-faire et les pratiques culturales des agriculteurs et des agricultrices contribuent à la conservation, au développement, à l’amélioration et à la gestion des ressources phytogénétiques, leurs contributions différentes devraient être reconnues et respectées dans les droits des agriculteurs. Par droits des agriculteurs, on entend «les droits qui confèrent aux agriculteurs et particulièrement à ceux des centres d’origine et de diversité des ressources phytogénétiques, leurs contributions passées, présentes et futures à la conservation, l’amélioration et la disponibilité de ces ressources». L’objectif est d’«assurer aux agriculteurs tous les bénéfices qui leur reviennent, et de les aider à poursuivre leur action» (FAO, 1989).
Le concept de droits des agriculteurs a été élaboré pour contrebalancer les droits de propriété intellectuelle «formels». Ces mécanismes formels de reconnaissance ne prêtent guère attention au fait que, dans de nombreux cas, ces innovations ne sont que l’étape la plus récente d’un long processus d’inventions qui a été mené au cours des millénaires par des générations d’agriculteurs, en particulier d’agricultrices, partout dans le monde.
Une stratégie à long terme pour la conservation, l’utilisation, l’amélioration et la gestion de la diversité des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture exige:
Il s’agit pour les générations futures de sauvegarder la diversité agrobiologique en protégeant et en encourageant la diversité présente dans les systèmes agricoles intégrés, qui sont souvent gérés par des femmes. La conservation de la diversité végétale et animale protégera la capacité des agriculteurs et des agricultrices à s’adapter aux conditions changeantes, à réduire les risques, à maintenir et à renforcer la production végétale et animale, la productivité et l’agriculture durable.
CONSERVATION EX SITU: Littéralement «hors du lieu»d’origine ou de l’aire
naturelle, par exemple des semences stockées dans une banque de gènes.
BANQUE DE GÈNES: Structure où le matériel génétique est entreposé sous la
forme de semences, de pollen ou de cultures tissulaires.
CONSERVATION IN SITU: Littéralement, «dans le lieu d’origine (d’une plante)».
Pour toute information complémentaire, contacter:
Service des femmes dans le développement,
Division de la femme et de la population
Département du développement durable
et Service de l'environnemnet et des ressources naturelles du génie agricole,
Division de la recherche, de la vulgarisation et de la formation
Département du développement durable
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
Viale delle Terme di Caracalla, 00100 Rome, Italie
ou consulter les sites Internet de la FAO: www.fao.org/sd or www.fao.org/gender
I/X2560F/1/9.99/2000