Communication Connaissance

août 2002

La radio rurale: outil d'enquête sociale

Techniques de production radiophonique participative et études des auditoires

par Jean-Pierre Ilboudo
Service de la vulgarisation, de l'éducation et de la communication
Division de la recherche, de la vulgarisation et de la formation de la FAO

Partie 3 de 3

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GUINÉE

La recherche de l'audience a de tout temps préoccupé les responsables et les animateurs de la radio rurale. Mais faute de formation adéquate et de moyens financiers requis, les méthodes de recherche se sont limitées aux techniques suivantes:

Avec la Fondation Friedrich Ebert, seize groupes d'écoute d'artisans ont été installés à Kindia où se trouve l'antenne "4A" de la Fondation qui s'occupe de la formation des coopératives artisanales. Toutefois, ces groupes n'ont pas été dotés de récepteurs.

A titre d'illustration, voici quelques correspondances envoyées par les responsables de ces groupes:

L'UNICEF envisage d'installer des groupes d'écoute dans les sites du projet FINNATCOM en Moyenne Guinée (Labé et Dalaba) et en Haute Guinée (Faranah et Dabola) qui seront équipés de récepteurs et de matériel de sonorisation. Ces groupes devraient être installés courant 1996.

En matière de recherche d'audience, Population Services International a organisé une étude en 1993 pour mesurer l'impact de la campagne de sensibilisation sur les MST-SIDA et le préservatif " Prudence " en Moyenne Guinée menée, pendant 6 mois, par la station de la radio rurale de Labé. Les résultats de l'étude qui a touché un échantillonnage de 723 personnes sont les suivants.

Taux d'écoute de la radio rurale de Labé
(Document Population Services International)

Conclusion de l'écoute sur la station de la radio rurale de Labé

«La radio rurale étant le vecteur de communication utilisé pour véhiculer les messages de la campagne médiatique, l'enquête devait déterminer le taux d'écoute dans la population. Ce taux est de 94%. Ce chiffre n'est pas exagéré dans la mesure où la radio rurale est considérée comme le moyen de communication de référence dans toute cette partie de la Guinée».

«Pour les populations de Foutah, c'est le seul canal de communication susceptible d'atteindre le plus grand nombre de gens à la fois. En outre, dans une région où les moyens de communication sont relativement difficiles, la radio est le seul moyen d'échange entre les personnes éloignées les unes des autres».

«Par ailleurs l'approche participative utilisée par la radio rurale fait que la population considère cette dernière comme étant la sienne. La langue utilisée et les messages développés qui rencontrent les préoccupations de la population renforcent cet attachement et justifient amplement le taux d'écoute aussi élevé … L'impact du travail et la portée de la radio rurale de Labé dans le changement de comportements des populations de la Moyenne Guinée face au SIDA ne sauraient être minimisés».

«Aussi recommandons nous l'utilisation de toutes les radios rurales de la Guinée pour lutter contre la pandémie du SIDA sur tout le territoire national». In document PSI.

Par ailleurs, toujours dans le souci de qualifier le personnel et les programmes, deux ateliers sur l'autoévaluation ont été organisés en 1994 et en 1995 avec l'appui de la coopération suisse.

GUINÉE BISSAU

Jusqu'à présent, il n'existe pas de moyens de connaissance de l'auditoire et aucune étude n'a été menée.

Il n'existe pas non plus de mécanismes permettant de faire remonter le feed-back des programmes.

En ce qui concerne les méthodes et les dispositifs employés pour mesurer l'impact des programmes de la radio rurale pendant la réalisation des 4 rencontres régionales dans le cadre du projet TCP/GBS/2251 (A), les participants ont exprimé, presque à l'unanimité, leur appréciation de la radio rurale, faisant surtout mention des émissions publiques, en exprimant l'espoir qu'il y ait une continuité de la radio rurale.

MALI

Depuis 1960, année de création de Radio Mali, jusqu'à son élargissement à la télévision en 1983, aucune recherche sur l'audience de la radio n'a été effectuée.

En 1995 encore, malgré l'explosion de la radio sur l'espace national, il n'existait aucune perspective de recherche ou de connaissance de l'auditoire de la radio sur l'espace national. Cela s'explique d'une part par la multiplicité de problèmes techniques et financiers auxquels font face quotidiennement les radios d'état et privées, et d'autre part, par l'aspect recherche sur l'auditoire qui n'a toujours pas été perçu et l'inexistence de spécialistes en la matière.

Moyens de connaissance de l'auditoire existants

Qu'il s'agisse du niveau national régional ou local, la radio rurale ne dispose que de deux moyens de connaissance de son auditoire.

Les correspondances ou bien le courrier des auditeurs. Même si leur fiabilité peut être mise en cause, ils constituent à présent le baromètre ou le feed-back des programmes de la radio rurale. C'est d'ailleurs le seul moyen de connaissance de l'auditoire dans les radios communautaires de type associatif en milieu rural.

Les coups de fil : au niveau de la capitale, la radio rurale reçoit énormément de cours de fil et de courrier.

La nécessité de connaissance de l'auditoire est indispensable pour évaluer la situation actuelle de communication. A ce propos, une étude liminaire a été effectuée en 1994 par Mme Dorothea Schultz, sociologue allemande, sur la «Réception et l'appréciation des radios rurales locales et nationales en milieu rural et semi urbain».

Description des mécanismes du feed-back vers la radio rurale

Après réalisation et diffusion d'une émission sur un thème bien déterminé en direction d'une cible bien précise, les populations rurales réagissent très souvent par des lettres personnelles ou bien des lettres d'associations.

Ces correspondances pour la plupart sont écrites dans les langues nationales, ce qui montre qu'il s'agit d'une zone encadrée où les populations sont alphabétisées.

Une fois, ces correspondances transmises par poste ou déposées à la radio rurale, elles sont intégralement lues sur les antennes, ce qui permet l'instauration du dialogue.

Le mécanisme est donc simple: diffusion d'un message à la radio et réaction au message de la part du paysan.

Description des méthodes et dispositions pour mesurer l'impact de la radio rurale

Il n'existe aucune méthode ou disposition particulière pour mesurer l'impact de la radio rurale. Jusqu`á présent, la radio rurale d'une manière particulière et l'ensemble des radios évoluant au Mali de façon générale ne se sont jamais préoccupé de l'impact de leurs messages. Seuls les projets, programmes, départements techniques ou ministériels ont géré cet aspect. Les résultats des études, enquêtes ou sondages réalisés par les sociologues sont très souvent déposés au niveau des projets et départements ministériels et y restent. Ce manque d'intérêt quant à l'impact de la radio rurale est dû à l'absence de structures adéquates devant se charger de la question.

MAURITANIE

Moyens de connaissance de l'auditoire

La radio rurale ne possède pas de moyens suffisants pour la réalisation d'enquêtes sur son auditoire et ne maîtrise pas non plus les techniques d'enquêtes elles-mêmes.
Pour connaître son auditoire, ses besoins et attentes, et se faire une idée de l'impact des émissions, la radio rurale utilise souvent des méthodes empiriques:

Il faut cependant signaler l'existence d'une enquête sur les habitudes d'exposition aux médias audiovisuels en Mauritanie réalisée en 1994 par le Programme National IEC en matière de population.

Il ressort de cette enquête que les programmes de la radio rurale sont globalement suivis par un auditeur de Radio Mauritanie sur deux. La proportion est nettement plus importante chez les femmes (près de 60%) que chez les hommes (41,1%). L'intérêt pour les programmes augmente au fur et à mesure que l'on avance dans les classes d'âge. Les auditeurs de la radio rurale se recrutent aussi principalement au sein des catégories les moins scolarisées.

Mécanismes de feed-back et de mesure de l'impact

Les sorties de terrain sont utilisées par la radio rurale pour déterminer et mesurer:

Les sorties sont également l'occasion d'enregistrer les avis, recommandations et suggestions des populations sur le contenu, la forme et l'horaire de diffusion des programmes et de dresser une monographie, aussi complète que possible, des localités visitées.

Les rapports: Bien que cela ne soit pas chose aisée, la radio rurale arrive à collecter une partie des rapports établis par les administrations locales, les projets et les ONG opérant en milieu rural. Ces rapports rédigés par des spécialistes (administrateurs, agronomes, vulgarisateurs, médecins, ingénieurs, sociologues…) sont pour la radio rurale une source d'information sur les conditions de vie, les préoccupations et les attentes des populations.

Le courrier des auditeurs: La radio rurale utilise ce moyen classique de recueil du feed-back. Il y a lieu de reconnaître que la majorité des populations cibles de la radio rurale étant analphabète, le courrier des auditeurs n'est pas abondant.

Les jeux publics: Les jeux publics sont analysés dans la perspective d'y trouver des témoignages attestant la compréhension ou l'application par l'auditoire du contenu d'un message scientifique, technique ou pratique.

La radio rurale s'emploie également à y déceler les raisons profondes qui font qu'un comportement ou une pratique se perpétuent.

SENEGAL

Au démarrage de la radio rurale en 1968, les auditeurs étaient organisés au niveau de la réception - par groupes d'écoute - et la collecte de leurs réactions était faite rationnellement par un animateur désigné qui les faisait remonter jusqu'à la station.

Aujourd'hui, avec la pénétration poussée du transistor en milieu rural, l'écoute des programmes est de plus en plus individuelle. Si elle est élargie, elle se limite au groupe familial dans la cour de la concession.

Les correspondances et réactions des auditeurs dans les émissions sont les seuls moyens de connaissance de l'auditoire. Il arrive également que des auditeurs habitant des zones rurales se présentent à la radio rurale pour réagir suite à une émission déjà diffusée.

Depuis 1976, aucune étude fiable à caractère scientifique n'a été faite sur l'impact des programmes.

Cependant, quand des débuts de solution satisfaisant les différentes parties apparaissent en réponse à des situations conflictuelles soulevées dans les émissions, on se rend compte de l'impact des programmes de la radio rurale. Les réactions très favorables des services des utilisateurs en direction de la radio rurale après une campagne de vaccination du bétail ou de lutte contre les feux de brousse témoignent de l'impact des émissions de la radio rurale.

A ses débuts et pendant de longues années, la radio rurale mettait à la disposition des groupes d'écoute des enveloppes timbrées portant l'adresse de l'émission. Les auditeurs réagissaient alors régulièrement avec célérité et pas moins de 35 lettres étaient reçues chaque semaine à la radio.

CONGO

Depuis la création de la radio rurale, aucune étude scientifique de grande envergure n'a été menée pour connaître l'auditoire. Toutefois, des évaluations sectorielles d'activité ont été faites grâce au financement de la Fondation Friedrich Naumann, en particulier dans les districts de Kellé, d'Ewo et de Boundji, du 15 au 25 décembre 1989, dans les zones de Sibiti et de Gamboma. Une évaluation internationale du projet radio rurale avait également été réalisée en 1982, permettant à l'équipe dirigeante d'alors d'apprécier l'efficacité des méthodes utilisées par la radio rurale en direction des paysans à travers leurs réactions.

La connaissance de l'auditoire permet d'évaluer l'impact d'un média sur la population cible. Les mécanismes qui permettent de faire remonter le feed-back vers la radio rurale sont les suivants:

Les informations recueillies font l'objet d'une analyse au niveau de la direction. C'est ce qui explique la diversification des thèmes exploités actuellement dans les tranches de la radio rurale. Jusque là, il était reproché à la radio rurale de se n'intéresser presque exclusivement qu'à l'agriculture. Aujourd'hui des thèmes liés à l'environnement, à la santé, à l'hygiène, à l'allaitement, à l'éducation, à l'enclavement et à l'économie rurale sont abondamment traités par la radio rurale.

Ces mécanismes constituent de véritables «espaces de dialogue» entre le public et les producteurs d'émissions.

Les méthodes utilisées, outre les évaluations citées plus haut et le courrier des auditeurs, sont les émissions publiques. En plus des visites sur le terrain, l'équipe de la radio rurale organise des émissions publiques assorties de jeux et de cadeaux. Souvent, l'énigme est un thème précédemment traité par la radio rurale. C'est à cette occasion que les participants sont interrogés sur le nom des présentateurs d'émissions en langues nationales et en français.

A ce jour, en raison des difficultés d'ordre matériel et financier, le cordon ombilical est rompu et la méthode oubliée.

KENYA

L'étude d'audience la plus récente a été entreprise en 1995. Elle s'est appuyée sur un questionnaire d'enquête.

Dans les radios rurales existantes le feed-back sur les émissions est recueilli à travers:

NIGERIA

Bien que de nombreuses études aient été réalisées dans le pays sur l'importance de la radio comme moyen de communication, elles ont souvent été limitées dans leurs objectifs et leur portée. La NAERLS entreprend actuellement une étude nationale. Les études d'audience sont réalisées par les différentes stations. Il est difficile de vérifier la pertinence de l'exécution de ces études. Il y a un besoin criant d'organiser une étude globale pour mesurer l'impact de la radio sur la vie rurale au Nigeria.

REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

La première étude de l'auditoire a été réalisée en 1988. Cette étude a permis de mettre en évidence les temps idéaux d'exposition du monde rural centrafricain aux émissions de radiodiffusion. C'est en fonction de cette enquête que la grille de programme a été élaborée.

Les moyens de connaissance empirique de l'auditoire sont:

Le feed-back de l'auditoire vers la radio rurale provient essentiellement des courriers, des rapports des correspondants, des autorités administratives des provinces et parfois des appels téléphoniques.

L'assistance allemande a programmé, depuis 1992, une étude d'audience de la radio rurale. Cette étude ne pourra être réalisée qu'après la couverture totale du pays en réseaux de radio rurale. C'est à l'issue de cette enquête que les méthodes et dispositifs seront cernés pour mesurer l'impact de la radio rurale.

TANZANIE

La recherche sur l'auditoire s'appuie sur des questionnaires que l'on met au point, que l'on distribue à la population et que l'on fait remplir. Pour cela, il convient de se rendre dans les zones rurales et de rencontrer les gens. Des récepteurs de radio sont utilisés pour mesurer la qualité du signal ainsi que pour évaluer le nombre de foyers qui se branchent sur la station.

Le mécanisme utilisé pour recueillir le feed-back de l'auditoire s'appuie essentiellement sur des cartes QSL.

TCHAD

S'agissant de la notoriété des programmes de la radio rurale et de leur impact sur la population, il n'existe pas de données objectives permettant une véritable évaluation. Un travail spécifique d'étude de l'auditoire reste à entreprendre. Il semble, toutefois, d'après certains indicateurs, que ces programmes soient très écoutés et appréciés par le monde rural tchadien. Ainsi par exemple, le Ministère de l'élevage et de l'hydraulique pastorale a constaté une forte progression de la demande des éleveurs en vaccins et médicaments depuis la diffusion des microprogrammes relatifs à la vaccination des troupeaux.

De même, le Ministère de l'environnement a constaté une participation plus massive de la population à la campagne de reboisement. Ce thème avait également été traité par une série d'émissions publiques, de magazines, tables rondes et de microprogrammes.

Des enquêtes systématiques ont été organisées par plusieurs Ministères, notamment ceux de l'Elevage, des Affaires sociales, de l'Environnement et de la Santé. Enfin, la campagne de vaccination a permis de mesurer l'impact des programmes de radio rurale. Cette évaluation a été conduite par l'UNICEF, le Ministère de la Santé et le Ministère de la Communication.

En règle générale, les responsables des départements ministériels ont été satisfaits des programmes produits et diffusés par la radio rurale du Tchad. Ces programmes couvrent bien, à travers les thèmes qui y sont abordés, les préoccupations liées au développement rural. La radio rurale du Tchad est devenue un moyen essentiel de sensibilisation et de mobilisation du monde rural, car elle a su à la fois diffuser et vulgariser les thèmes nationaux du développement et rendre compte des initiatives et des difficultés des communautés villageoises, très concrètement, en exploitant des témoignages personnels et en s'appuyant sur des micro réalisations à la base.

Le succès de la radio rurale est indiscutablement lié à cette démarche interactive, à sa faculté d'aborder les problèmes sans complaisance et à ses programmes attrayants, variés et ancrés dans la tradition populaire et le patrimoine culturel des différentes communautés tchadiennes.

ZAMBIE

Zambia National Broadcasting Corporation

La ZNBC a organisé trois études de l'audience radiophonique:

Le principal outil mis en œuvre était le questionnaire.

Radio 1 (dans les sept langues locales) et Radio 2 (en anglais) ont des programmes «taillés» sur mesure pour répondre aux demandes des auditeurs.

S'agissant du feed-back, la ZNBC et les ministères qui produisent les programmes s'appuient beaucoup sur le courrier des auditeurs. Les demandes sont largement prises en compte par les producteurs dans leurs programmes. Il arrive aussi que la ZNBC réponde aux demandes des auditeurs à travers son unité de relations publiques. Quelques lecteurs adressent leurs lettres directement au Directeur général de la ZNBC, alors que d'autres le font à travers les rubriques de «lettres à la rédaction» des journaux quotidiens.

Christian Science n'a pas encore organisé d'étude d'audience. Pendant ses phases de planification, la radio a utilisé les données des enquêtes de la ZNBC pour évaluer l'impact de la radio sur les auditoires zambiens.

Actuellement, Christian Science utilise son propre questionnaire en direction d'un échantillon aléatoire d'auditeurs potentiels.

ZIMBABWE

Une enquête sur l'écoute de la radio a été organisée en 1991 par la British Broadcasting Corporation (BBC), la Société Research International et la ZBC.

Une autre étude/évaluation d'audience a été réalisée par la FAMWZ pour s'assurer de la popularité du projet et connaître les besoins d'extension à d'autres zones. Un consultant ghanéen a été recruté pour conduire cette évaluation, avec l'assistance d'agents de terrain zimbabwéens.

L'évaluation a mobilisé une série d'outils : interviews individuels des membres et des animateurs des clubs DTRDevelopment Through Radio»), des personnes ressources sur le terrain (enseignants locaux, infirmières…) et des acteurs-clé engagés dans la conception, la gestion et le fonctionnement du projet.

Elle s'est appuyée sur des discussions avec les groupes-cibles, l'observation des réunions des clubs DTR, l'analyse du contenu, l'organisation d'ateliers par zone et d'un atelier final regroupant des membres des DTR, de la ZBC, d'organisations partenaires, de départements ministériels et d'ONG.

Tous ces outils avaient été pré-testés dans une opération-pilote impliquant un club de chacune des zones (points de croissance) dans lesquels le projet était mis en œuvre.

Dans les recherches conduites actuellement sur le terrain, les interviews individuelles ont été menées auprès d'un échantillon de 225 membres de clubs DTR pris au hasard, 21 animateurs, également choisis au hasard et 61 personnes-ressources. Les interviews ont été conduites en langues Shona et Ndebele, selon le cas, les réponses étant enregistrées en anglais dans le formulaire d'enquête.

51 réunions avec les groupes cibles (RGC) incluant des membres des clubs DTR (dont 31 dans le Mashonaland et 14 dans le Matabeleland) ont été organisées. 23 RGC de 'contrôle' (dont 3 dans le Mashonaland et 14 dans le Matabeleland) ont également été organisées. Parmi les 560 personnes qui ont participé aux RGC, 397 étaient des membres des clubs DTR. Les RGC ont été menées en Shona et Ndebele, selon le contexte, et entièrement enregistrées. Les bandes magnétiques ont été ensuite traduites mot à mot en anglais.

22 clubs DTR ont fait l'objet d'une observation pendant leurs séances régulières d'écoute et de discussion.

Toutes les activités ci-dessus ont été entreprises entre novembre 1991 et avril 1992. Entre décembre 1991 à février 1992, une analyse de contenu a été entreprise sur un échantillon de 83 programmes diffusés entre mars 88 et mai 1991 dans les clubs DTR du Mashonaland. Les émissions diffusées vers les Clubs DTR du Matabeleland n'ont pu être analysées car les bandes avaient été effacées.

L'évaluation a été sérieusement gênée par plusieurs événements:

Le consultant extérieur en recherche pour la communication de l'évaluation, qui avait entre temps été nommé à Harare, a accepté de prendre la relève du directeur de la recherche et a désigné deux personnes pour analyser les données des questionnaires individuels et des RGC. Les tâches restantes ont été prises en compte de la façon suivante.

La tâche reste grande pour les radios rurales et donc pour les communicateurs et communicatrices de mieux connaître les sociétés rurales: ce qui fonde leur vie, leurs croyances; ce à réaliser pour améliorer les conditions de vie. Car la communication radiophonique est un outil de pensée et de relation ; elle favorise la compréhension mutuelle et le dialogue fécond.

Le communicateur apprend à écouter les auditeurs, à les connaître, à utiliser leur langage.

Mais cela n'est possible qu'en opérant une rupture épistémologique avec l'illusion de la transparence contenue dans le mode de pratique artificielle des sorties sur le terrain pour une collecte de l'information qui refuse d'écouter les populations.

Il s'agit d'utiliser la radio comme outil d'enquête sociale en vue d'une réelle participation des auditeurs dans la production des émissions.

Les outils de l'approche participative (Participatory Rural Appraisal) ont longtemps été ignorés (ils le sont encore) par les communicateurs de la radio rurale. Nous avons voulu présenter ici les différentes étapes et les divers avantages comparatifs, les différents outils d'approche participative, techniques ou méthodes utilisées dans la production d'émissions de radio rurale, lors de visites sur le terrain.

CONCLUSION

Nous avons commencé notre article en contrastant les nombreuses aspirations, attentes et potentialités de la radio rurale avec les pratiques de développement qui hélas retirent de plus en plus à ces aspirations leur légitimité. Beaucoup de communautés sont marginalisées dans le monde. L'amélioration de leurs conditions de vie requiert qu'elles participent à la communication à travers les médias qui sont en principe les leurs. Une approche participative de la radio rurale, qui prend en compte les méthodes découlant de la MARP, devrait donc rassembler plusieurs secteurs de la vie sociale en incluant les riches en information et les pauvres en information, les agents de développement et ceux qu'ils voudraient voir touchés par ces activités de développement, mais aussi englober les grandes idées et les moins grandes, relatives aux idéaux de la radio communautaire.

On peut conclure que la radio rurale pourrait être utilisée dans un processus d'investigation en milieu rural pour des actions de développement. Le travail fait a révélé des éléments à prendre en compte dans l'élaboration d'une méthode participative en radio, comme indiqué ci-dessous.

  1. Les équipes de radio rurale en charge d'une enquête sociale doivent eux-mêmes connaître les objectifs poursuivis pour parvenir à les expliquer aux populations concernées. C'est le travail préliminaire fait à la radio même.


  2. Des réunions communautaires avec la population, spécialement avec les leaders communautaires et religieux, sont impératives, avant même le début effectif de l'enquête pour connaître l'historique du village, les préoccupations des gens, les projets déjà en cours, la situation politique et sociale dans le village. C'est le moment de chercher des informations pour l'élaboration d'une carte du village, avec ses installations, ses activités, la taille de sa population, ses concessions, ses richesses, etc. C'est donc plus qu'un travail de repérage.


  3. La troisième étape consiste à entrer véritablement au cœur de l'enquête, par une visite de terrain de plusieurs jours, en se familiarisant sur place avec le terroir, ses problèmes et ses opportunités majeures grâce à des outils empruntés à la MARP, au transect avec les informateurs-clés, aux interviews semi-structurées dans le terroir même. C'est également le moment de discuter avec les paysans de leurs problèmes, de les analyser avec eux, d'élaborer une carte réelle du terroir, de faire des interviews avec des personnes ressources.


  4. La quatrième étape consisterait alors à analyser véritablement les stratégies et les problèmes prioritaires, catégorie par catégorie grâce à des interviews individuelles notamment, ce qui est plutôt une spécialité de la radio. C'est ici le moment de sortir les appareils d'enregistrement, les micros et les câbles. Des outils empruntés à la MARP, comme le diagramme de Venn sont aussi d'un précieux secours pour connaître notamment les institutions du village et leurs interrelations.


  5. Les équipes de radio rurale peuvent ensuite se retrouver entre elles pour les premières analyses des opportunités de recherche et d'action. Ces analyses participatives se focalisent sur les problèmes prioritaires évoqués par les paysans, leurs causes et leurs conséquences. Cette démarche peut être schématisée par l'arbre à problèmes.


  6. L'étape précédente conduit tout naturellement à l'analyse et à la hiérarchisation des possibilités de solution. Toujours dans le souci participatif, il est important d'obtenir le consensus des populations concernées sur les activités à mener, précisément leur part à apporter dans la résolution de leurs problèmes et ce qu'elles demanderaient comme assistance extérieure. Dans la très pure tradition de la radio rurale, c'est dans une émission publique avec des prix à distribuer aux gagnants que se déroulerait cette étape.


  7. La dernière étape semble la restitution synthétique, avec les notables ou interlocuteurs, de tout ce qu'on se serait fixé, puis la finalisation d'un rapport de terrain fait par les chercheurs, suivi d'une évaluation interne du travail fait par les équipes d'investigation. On conclura en responsabilisant chacun quant au suivi des actions décidées ensemble.

L'une des faiblesses des radios rurales en Afrique reste encore aujourd'hui la méconnaissance des habitudes et des heures d'écoute des auditrices et des auditeurs. Sans cette connaissance, systématique et régulière, la radio rurale ne saurait et ne peut jouer son rôle d'outil d'enquête sociale.

Un autre maillon faible de la radio rurale est l'évaluation de l'impact des émissions diffusées ; on sait très peu ce que ces émissions ont apporté en termes d'information, de connaissances, de motivation, de mobilisation et de changement d'attitude et de comportement.

Dans notre prochaine livraison, nous proposerons des outils méthodologiques pour le suivi de l'impact des émissions radiophoniques.

BIBLIOGRAPHIE

Tudesq André-Jean. - La radio en Afrique noire,- Paris : Pedone, 1983.

Anselme J.L. - Les ethnologues, les enquêtes de l'Etat. - In : Cahiers d'études africaines, no. 71.

Rosenberg M. - The Logic of Survey Analysis. - New-York: Basic Books, 1968.

Thiaw Abdou Soulaye. - Mass medias et publicité au Sénégal : une étude qualitative et quantitative des audiences. - Dakar, mémoire de l'ENSUT, 1987.

Ilboudo Jean-Pierre. - La radio rurale du Burkina dans les années 1980 - l'étude des conditions de production du discours radiophonique, du contenu du discours radiophonique et de l'auditoire. - Thèse pour le Doctorat des Sciences de l'Information et de la Communication, Université de Bordeaux III, 1992.

Etats des lieux de la radio rurale en Afrique.-
Da Matha Jacques-Philippe, Bénin
Diallo Bassirou, Burkina Faso
Bah Bashir, Guinée
Bareto de Carvalho, Guinée-Bissau
Mulenkei Lucy, Kenya
Omar Sangaré, Mali
Yoro Bernard, République centrafricaine
Kipozi Sango. Tanzanie
Thingadane Charles, Zambie
Shibanda Jennifer, Zimbabwe
Namodji N.D. Maurice, Tchad
Arokoyo Tunji, Nigeria
Kuarmin Alex, Ghana
Epagna-Toua Etienne, Congo
Djimera Halakha, Mauritanie
Counta Baba, Sénégal
Joof-Cole Amie, Gambie

Partie I

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