Communication Connaissance

août 2002

La radio rurale: outil d'enquête sociale

Techniques de production radiophonique participative et études des auditoires

par Jean-Pierre Ilboudo
Service de la vulgarisation, de l'éducation et de la communication
Division de la recherche, de la vulgarisation et de la formation de la FAO

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RESUME DE L'ARTICLE

L'article commence en contrastant les grandes attentes et ambitions émancipatrices des communautés par rapport aux objectifs de développement de la radio rurale communautaire et fait une enquête pays par pays qui révèle une très pauvre base de recherche sur l'auditoire et sur l'impact des initiatives de la radio rurale (principalement en Afrique francophone mais aussi avec quelques exemples en Afrique anglophone).

Pendant trente ans, les radiodiffuseurs ruraux et les journalistes continuent de produire des émissions superficiellement ou avec très peu de connaissances sur leurs audiences et auditoires. L'auteur de l'article indique comment les approches de la recherche qualitative (incluant la large panoplie des techniques de la MARP1) peuvent être utilisées pour former à la recherche les producteurs en radio, sur ce que les auditoires recherchent dans la radio et sur comment l'audience réagit face aux programmes radiodiffusés.

Pour l'histoire de la MARP, se référer aux travaux de Robert Chambers (1983) et spécialement en 1992.

Depuis que les résultats de la MARP sont appliqués immédiatement à l'élaboration des programmes de la radio rurale sur le terrain, la division entre recherche et pratique disparaît et la radio rurale devient elle-même un des outils de l'enquête sociale et du développement. L'auteur considère la MARP comme un important correctif de la tendance qui voudrait utiliser la radio rurale par les centres urbains pour faire des campagnes en direction des communautés rurales au lieu de la traiter comme un outil que les communautés se sont appropriées et qui leur appartient.

L'article indique des éléments de sociologie empirique pour l'élaboration et la méthodologie participative et interactive de la radio rurale. Il se propose de revenir plus tard sur le suivi-évaluation de l'impact des émissions radiophoniques. Pour ce faire, des outils méthodologiques ont été élaborés et testés sur le terrain.


1Méthode active de recherche participative

I. INTRODUCTION

Pour des centaines de millions de personnes, la communication démocratique est difficilement réalisable, en raison de l'insuffisance des moyens et des vecteurs de communication.

Les possibilités de communiquer sont donc limitées par un manque d'infrastructures, de systèmes de communication et de moyens de production surtout dans les pays en développement, mais également pour les minorités sociales et culturelles des pays industrialisés.

L'exclusion de certains groupes défavorisés des moyens de communication ordinaires constitue un problème capital. La composition et l'importance de ces groupes varient d'un pays à l'autre, ainsi que la gravité de leurs problèmes, mais on les retrouve partout dans le monde. Ce sont les populations démunies, les handicapés, les personnes géographiquement isolées, celles qui font l'objet de discriminations d'ordre social, culturel et économique, les minorités ethniques, linguistiques, religieuses, les femmes, les enfants et la jeunesse.

Dans certains endroits, ces groupes se voient refuser des droits aussi fondamentaux que la liberté de réunion, d'expression ou d'opinion.

D'autres, plus nombreux, sont défavorisés par les traditions et les attitudes sociales solidement enracinées ; cela est vrai surtout pour les femmes, qui représentent plus de la moitié du genre humain et qui contribuent à hauteur de 80% à l'économie des pays africains.

Ces dernières années, on a vu des initiatives, qui deviennent de plus en plus fréquentes pour abattre, ou du moins abaisser, les barrières à la démocratisation qui caractérisent la situation sociopolitique actuelle.

L'avènement de la radio communautaire a permis un accès populaire plus large aux organes d'information grâce à l'affirmation en Afrique du droit de réponse et de critique, à diverses formes de rétro information et à des contacts réguliers entre les communicateurs et le public. Comme l'écrivait Bertold Brecht, il y a soixante-trois ans, : «La radio doit cesser de devenir un moyen de distribution pour devenir un moyen de communication ; elle serait le plus merveilleux moyen de communication imaginable dans la vie publique, un immense réseau - elle le serait si elle était capable non seulement d'émettre mais de recevoir, de permettre à l'auditeur d'entendre, mais aussi de parler et si, au lieu de l'isoler, elle lui permettait le contact».

La radio communautaire a permis la participation des non professionnels à la production et à l'émission des programmes, pour utiliser activement les sources d'information mais aussi l'habileté individuelle, et permettre parfois à la créativité artistique, de s'exprimer.

La radio communautaire crée des «communications alternatives» habituellement mais pas toujours locales.

Enfin, la radio communautaire permet la participation de la collectivité et des usagers des médias à la gestion et à la prise de décision. L'autogestion est la forme la plus radicale de participation, puisqu'elle suppose un rôle actif joué par de nombreux individus, non seulement dans les programmes et la circulation de nouvelles, mais aussi dans les processus de décision sur les questions générales.

En liaison avec les modèles de participation active et souvent parallèlement à eux, on observe une tendance dans plusieurs pays industrialisés à décentraliser les médias de masse. Cette tendance s'exprime, par exemple, par la création de stations locales de radios, l'augmentation du nombre de centres de production de programmes ou l'introduction de télévision par câble.

Les moyens de communication sont des instruments culturels qui servent à promouvoir ou influencer des attitudes, à motiver, à favoriser la diffusion des modèles de comportement et à provoquer l'intégration sociale.

Pour des millions de personnes, les moyens de communication sont le principal moyen d'accès à la culture et à toutes formes d'expression créative.

C'est pourquoi face à la "synchronisation des cultures" par les satellites et autres autoroutes de l'information marchandise et bon marché, la radio communautaire doit valoriser les éléments culturels de la communauté dans les programmes qu'elle produit. Encourager les cultures endogènes face aux intrusions de l'extérieur est aussi crucial.

Au contraire, les échanges entre radios communautaires, entre cultures et systèmes de valeurs différentes offrent de grands avantages et créent un réseau de communication intra et intercommunautaire.

Les nombreux défis auxquels la radio communautaire doit faire face, dans la situation socioéconomique en transition, sont la formation, les équipements, la technologie et la connaissance des auditoires ainsi que la mesure des audiences, les questions d'interrelation entre l'impact des technologies de communication et la préservation des cultures locales, que la recherche devra déterminer autant qu'elle doit comparer les législations sur les radios communautaires.

La radio communautaire, dans un monde en transition doit se préparer à affronter l'avenir politique, économique, technologique, pour une meilleure définition de ses missions et du rôle des communautés auxquelles elle doit appartenir, qui doivent la gérer et qui doivent participer pleinement à la conception, à l'élaboration et à la production des émissions, en utilisant les formes d'expression propres à la communauté, sans pour autant négliger les expériences des autres communautés, tout en bénéficiant de la solidarité des associations, organisations régionales et internationales oeuvrant à la promotion des principes philosophiques et à la mise en œuvre des radios communautaires.

II. LES AUDIENCES ET LA CONNAISSANCE DE L'AUDITOIRE

Les vertus de la radio en tant que moyens de communication et de persuasion n'ont été que trop chantées. Cependant, plusieurs pays africains ont, de nos jours, appris à leurs dépens, qu'il ne suffit pas de disposer d'une radio éducative pour insuffler une dynamique nouvelle au processus de développement et lui donner un sens irréversible.

Dans les pays dits en développement, le manque de moyens (tous ordres confondus) rend peu fréquentes les études d'audience ou les opérations de sondage qui seules peuvent permettre à l'homme de radio de se faire une idée de ses publics, et d'adapter ses programmes aux aspirations et aux attentes des auditeurs. De ce fait, celui-ci s'adresse à un public potentiel et supposé dont les goûts et les préoccupations ne correspondent pas toujours à ceux identifiés ou supposés par les responsables et animateurs de la radio.

En outre, des facteurs économiques, linguistiques et culturels constituent des freins d'accès à la radio pour les auditoires ruraux. Même si, aujourd'hui, on assiste à l'émergence de plus en plus importante d'un pluralisme de la radio en Afrique, force est de constater que dans la plupart des cas, les structures et systèmes de production et diffusion des informations à destination des groupes de base sont aux mains des Etats africains, ceux-ci y exerçant un monopole qui n'est pas de nature à permettre une démocratisation de l'accès aux médias, pour et par ces groupes de base. Ainsi, sur un modèle de communication centralisateur, générant une information univectorielle, pédagogique et moralisatrice, conçue le plus souvent sans la participation des premiers concernés auxquels elle s'adresse, évoluant plus en fonction des calendriers agricoles arrêtés par les services nationaux de la vulgarisation que des préoccupations et aspirations des groupes de base.

Le caractère centralisateur des médias et autres moyens de communication fait qu'avec la crise économique (manque et/ou limitation des moyens pour la production et le suivi de la production radiophonique), le contenu des médias, dont notamment la radio, ne cherche plus à identifier et à intégrer les besoins en formation/communication des auditrices et auditeurs. D'autre part, la fragilité de certains Etats africains ne milite pas en faveur d'une décentralisation ou d'une régionalisation de la radio, gage de réussite pour tout processus de communication participative ; on se limite à quelque déconcentration formelle ou régulatrice.

LA RADIO RURALE EN TANT QU'OUTIL D'ENQUÊTE SOCIALE

Les partenaires au développement du monde rural se sont aperçus que les enquêtes sociales qui précèdent les grandes campagnes radiophoniques ne sont pas satisfaisantes. Au mieux, elles sont bien faites, mais dans une seule langue nationale et les contenus rédigés en français ou en anglais doivent être reconstitués par les animateurs pour servir de base à une campagne radiophonique. Au pire, les interviews de la radio, dans différentes langues parlées au quotidien, révèlent des opinions et des attitudes différentes de celles décrites par l'enquête sociologique.

La méthodologie mise au point avec la plupart des radios rurales d'Afrique de l'Ouest concernant les feux de brousse a mis l'accent sur l'outil d'enquête sociale que constitue une radio rurale décentralisée ainsi que l'écoute attentive des populations parmi lesquelles elle vit. Ainsi, les enquêtes sociales et les reportages radiophoniques en milieu rural cessent d'être de simples razzias, mais deviennent de véritables écoutes de la population. C'est cet instrument que nous voulons présenter, expérimenter et approfondir pour voir s'il pourrait s'inspirer de la méthode active de recherche participative dans l'intérêt bien compris non seulement de la radio, mais aussi de tout service s'intéressant à ce que pensent et veulent les populations rurales.

Les communicateurs doivent connaître l'approche participative en question et expérimenter des instruments de cette méthodologie sur le terrain pour un usage participatif et interactif de la radio rurale.

L'expérience a montré que certains instruments de la MARP sont valables en radio rurale, tandis que d'autres le sont moins, suivant que l'on se trouve dans une radio rurale centrale, régionale ou locale.

Il ne s'agit pas de trouver forcément des similitudes entre les différentes étapes, les différents outils de l'approche participative et les différentes techniques ou méthodes utilisées dans la production d'émissions de radio rurale, lors de sorties sur le terrain.

Il paraît utile de faire ces précisions d'entrée de jeu, car il s'agira de passer en revue quelques méthodologies de participation des villageois dans la formulation des idées et des besoins, la planification, l'exécution et le suivi-évaluation des actions.

Il convient de faire le point sur l'outil radio dans le processus de participation des populations á la production des émissions.

Il s'agit également d'envisager la radio comme outil d'investigation du milieu et comme l'outil d'évaluation d'actions de développement, c'est á dire d'envisager la radio en tant qu'outil d'enquête sociale.

Il s'agit enfin de trouver les éléments et outils méthodologiques à prendre en compte pour l'élaboration d'une méthode participative en radio rurale. C'est donc une nouvelle voie qui s'ouvre dans la recherche, tenant compte des difficultés liées à la fiabilité des études réalisées par des experts venus d'outre-mer, études qui «collent» moins à la réalité sur le terrain.

L'APPROCHE PARTICIPATIVE EN QUESTION

Lorsqu'on évoque cette notion, on pense tout de suite à des méthodologies telles que la méthode active de recherche et de planification participative (MARP) en français ou Rapid Rural Appraisal (RRA) en anglais. On pense à des noms très connus comme ceux de Mamadou Bara Gueye, de Robert Chambers, ou d'autres références non moins importantes.

L'approche participative en Afrique de l'Ouest renvoie également à la Pédagogie Diobass mise au point par Emmanuel Ndione, Hughes Dupriez et Pierre Jacolin. Il existe sûrement d'autres méthodes et d'autres pédagogies relevant de la participation.

Nous parlerons rapidement de la MARP, pour nous concentrer ensuite sur la radio rurale. Mais d'abord qu'est ce que la MARP?

Définition de la MARP

La MARP est une puissante méthodologie pour la recherche dans le développement rural.

Elle est basée sur le travail d'une équipe interdisciplinaire qui combine diverses techniques pour la collecte et l'analyse de l'information.

Les techniques requièrent que l'équipe dialogue d'une manière extensive et informelle avec les populations locales et prenne en compte les conditions et règles locales en même temps qu'elle utilise l'information de seconde main telle que les cartes déjà existantes et les rapports administratifs.

La MARP est utilisée pour obtenir l'information à temps, à un coût réduit, d'une manière pertinente et endogène en tant que base utile pour la planification et le développement de l'action.

La MARP repose sur des procédures systématiques mais elle n'utilise pas de questionnaires ; ce n'est pas une enquête formelle.

La MARP peut prendre plusieurs jours ou plusieurs mois quant à son application, en fonction des objectifs que l'on veut atteindre, de la taille du milieu rural, de la disponibilité des routes et des moyens de transport.

La MARP a été développée dans les années 1980 en Afrique de l'Ouest et est devenue l'une des plus productives et des mieux connues des nouvelles approches de la recherche en développement.

On peut définir la MARP comme une séquence systématique d'activités interdisciplinaires pour la production de l'information pertinente sur les conditions de vie en milieu rural, et ce, d'une manière itérative et efficace.

La MARP est intensive et expéditive, caractérisée par un apprentissage accéléré et une efficience de l'effort.

Elle est basée sur de petites équipes interdisciplinaires, qui permettent l'exploration de sujets qui s'analysent à l'aide d'une seule approche disciplinaire.

Elle emploie des méthodes spécifiques choisies à partir d'une panoplie d'outils et de techniques relevant de plusieurs disciplines.

Elle concerne le savoir local, le combinant avec l'expertise scientifique moderne.

Elle permet une compréhension très poussée à travers des tournées rapides de l'interaction de terrain.

Elle atteint la pertinence, à un coût faible en termes de temps et d'argent investi.

Elle teste et vérifie les découvertes à travers des techniques spéciales d'observation directe, lors d'essais et de triangulation.

Elle réduit d'une manière significative le processus de planification, la mise en œuvre et l'analyse de recherche.

Elle est scientifique, pratique et utile.

Des équipes de terrain appliquent l'approche participative de plusieurs manières et selon des étapes que l'on pourrait résumer de la manière suivante:

Lors de toutes ces étapes, les villageois sont actifs et responsables des idées et des actions à engager.

Jusqu'à une époque très récente, la radio rurale intervenait dans le milieu rural comme prolongement de l'agent de vulgarisation rurale. Si dans les années 1980, plusieurs chercheurs en communication et plusieurs praticiens ont réfléchi sur le caractère participatif et interactif de la radio rurale, ce ne fut pas un hasard.

En effet, cette remise en cause de l'utilisation de la radio a coïncidé avec le développement de la MARP et les deux outils se sont développés parallèlement en puisant souvent aux mêmes sources disciplinaires et en s'empruntant mutuellement certaines techniques.

Avant de revenir sur cet aspect des choses, il est utile d'indiquer que la radio rurale est utilisée par plusieurs projets FAO utilisant l'approche participative comme outil de communication contribuant à la mise en œuvre de ces étapes:

  1. l'information/connaissance (étude de milieu)
  2. l'évaluation des activités de terrain et action de mise en œuvre.

A travers des techniques de production radiophoniques telles que l'émission publique, l'interview communautaire, la causerie-débat, la radio rurale est utilisée comme outil d'investigation du milieu mais aussi comme outil d'évaluation et d'autoévaluation.

Car en donnant la parole aux villageois à travers la plus participative de ses émissions qu'est l'émission publique, la radio rurale permet d'opérer une sorte de triangulation en recueillant diverses opinions liées à l'âge, au sexe, à la localisation géographique, aux conditions sociales des populations sur un thème donné ; tant il est vrai qu'à l'émission publique participent spontanément toutes les catégories sociales du village ou de la communauté rurale.

Ainsi arrive-t-on à faire un diagnostic ou une évaluation.

L'utilisation dynamique de la causerie-débat et des techniques de l'interview permet de diagnostiquer et d'évaluer.

L'utilisation de la radio en tant qu'outil d'enquête sociale requiert un certain nombre de conditions préalables sans lesquelles l'on ne peut atteindre l'objectif visé.

Cela amène à parler de la manière dont la radio rurale est utilisée de nos jours d'un point de vue de la méthodologie des sorties sur le terrain.

On ne parlera pas de tout ce qui est de la préparation du matériel technique utilisé lors des sorties sur le terrain.

Ce qui intéresse ici, c'est la nécessaire prospection de trois à quatre jours que peu d'équipes, pour ne pas dire aucune, ne font. Les sorties sur le terrain sont organisées sous la forme de razzia pendant laquelle seul le producteur de la radio rurale joue le rôle central, décide des thèmes, fait des émissions directives, passe accidentellement une nuit dans le village et n'évalue jamais ce qu'il a diffusé.

Cette utilisation de la radio rurale est loin d'être participative et ne permet pas à la radio rurale d'être un outil d'enquête sociale.

MÉTHODOLOGIE POUR UN USAGE PARTICIPATIF ET INTERACTIF DE LA RADIO RURALE

Organiser une sortie sur le terrain en radio rurale revient à organiser une collecte de l'information rurale ainsi que son traitement.

Et comme pour toute collecte de l'information, la phase préparatoire est capitale, comprenant information et documentation sur tous les aspects du monde rural. Le premier principe méthodologique reccommandé est donc l'interdisciplinarité : l'équipe de la radio rurale doit comprendre des techniciens d'autres secteurs et domaines du développement intéressés par les activités de la radio rurale (agriculture, santé, élevage, eaux et forêts, affaires sociales).

La prospection

Elle se situe en amont de la sortie sur le terrain : trois à quatre semaines avant la sortie, une équipe restreinte s'y prépare en se rendant pendant trois à quatre jours sur le site désigné.

Là, l'équipe rassemble les données secondaires sur la localité et le village auprès des structures administratives les institutions d'appui et d'assistance. Elle s'entretient avec les couches sociales représentatives du village (chefs coutumiers, Imans, groupements villageois…) pour collecter le maximum d'informations et connaître ceux qui participeront aux émissions de radio rurale.

L'équipe doit recueillir l'historique du village et identifier avec les différents groupes sociaux, les thèmes dont les villageois souhaitent discuter avec la radio rurale, leurs problèmes et leurs aspirations.

L'équipe devra faire le tour du village pour connaître ses limites, son organisation spatiale.

Toutes ces données collectives devront être traitées et consignées dans un rapport qui servira à toute l'équipe pour préparer la sortie en se partageant les tâches, en planifiant les activités.

Pendant la prospection, il est indispensable d'établir une première relation de qualité avec les populations et ses premiers responsables : le chef de village, le chef coutumier, l'imam, les responsables des groupements villageois et de groupements d'intérêt économique, les responsables des associations, les responsables des services techniques décentralisés qui interviennent dans le village, même si ces services se situent au niveau préfectoral, sous-préfectoral ou départemental.

Savoir qui informer et avec qui négocier et ne pas oublier ceux qui décident. L'on prendra la précaution de préciser la période (date) de la sortie que la radio rurale souhaite faire, la durée du séjour (une semaine à dix jours). Ces précisions permettent à la mission de prospection de discuter des contraintes qui pourraient survenir pendant la période (activités économiques importantes, cérémonie rituelle, fête religieuse, calendrier des travaux….) avant de prendre une décision commune prennant en compte la disponibilité des deux parties. Le problème de logement de l'équipe pendant la sortie ainsi que la préparation des repas devront bien être discutés. L'équipe devra:

Ces techniques d'entretien serviront à faire l'historique du village (entretien non directif), à connaître les données physiques (paysage, pluviométrie), les données sur la santé, l'agriculture, l'élevage, les types de cultures, la culture (groupes ethniques, relations de parenté, les coutumes, les intérêts).

Elles permettront également de connaître les réalisations sociales (écoles, maternité, dispensaires) et les infrastructures (barrages), les problèmes que le village connaît, etc. (entretien directifs).

L'équipe devra aussi faire un tour du village pour avoir une idée de l'espace et la situation géographique des peuplements, des végétaux (jardins, bois, pépinières, barrages, cours d'eau).

Dès son retour à la station de radio rurale nationale ou régionale, l'équipe devra dépouiller toutes ces données, traiter l'information et la présenter sous forme de rapport monographique.

Cette monographie devra comprendre:

La préparation de la sortie sur le terrain

Outre les précautions d'usage sur le plan technique (vérification du matériel et test de tous les équipements techniques), l'équipe de la radio rurale devrait avoir :

Elle doit définir les thèmes à traiter basés sur le rapport monographique de la mission de prospection et sur l'analyse des informations recueillies.

La séance de travail préliminaire doit porter également sur les techniques de collecte de l'information, les outils de communication et les genres radiophoniques utilisables comme émission publique, tradition orale, musique du terroir, conte, proverbe), causerie-débat, interview, magazine d'information etc. Tous ces éléments ainsi que les thèmes et programmes seront discutés et choisis.

L'equipe décide enfin des lots qui récompenseront les meilleurs candidats des émissions publiques.

Sortie sur le terrain : séjour dans le village

Il s'agit bien d'un séjour dans un ou plusieurs villages. Il est vivement recommandé de choisir un ou plusieurs villages voisins et ayant les mêmes caractéristiques culturelles (linguistiques).

1er jour : le voyage se fera assez tôt le matin pour avoir le temps de faire les formalités d'usage (visite de courtoisie au Préfet, au Sous-préfet, au Chef d'arrondissement) et de se rendre au village avant midi ou en tout cas avant la tombée de la nuit.

Une fois au village, on va saluer les autorités et responsables, puis on rejoint les cases ou les logements qui ont été désignés pour héberger l'équipe.

2ème jour : on commence à s'intégrer au village. On assiste ou on participe aux événements ou activités en cours (baptêmes, obsèques, manifestations culturelles, travaux champêtres…). C'est l'observation participante qui sera utilisée par tous les membres de l'équipe. On découvre, on s'habitue aux visages, à l'environnement, on tisse les premières relations.

Pour la deuxième nuit, on pourrait organiser une soirée culturelle pendant laquelle des enregistrements de musiques traditionnelles, de contes, et de proverbes seraient effectués ; on utilisera la sonorisation pour permettre aux populations de suivre confortablement les éléments de la tradition orale recueillis, mais également pour créer une animation.

3ème jour : l'équipe commence à mieux connaître ses interlocuteurs au village et à identifier les thèmes qui pourraient faire l'objet d'émissions à produire (causeries-débats, émissions publiques, interviews, magazines d'information et/ou à thème, éléments pour microprogrammes…). Ce troisième jour sera consacré aux visites et aux discussions informelles en vue de préparer la production des émissions. L'on devrait commencer à préparer les guides d'entretien dès le soir.

4ème jour : soit l'on poursuit la préparation des entretiens informels et l'élaboration des guides d'entretien, soit l'on commence les premières interviews quand on sent que la relation de confiance minimale a été créée avec les populations. C'est seulement à ce moment qu'on fait sortir les enregistreurs, les micros, les cordons.

5ème jour : suite de la collecte des informations à travers différents genres radiophoniques ; réaliser le maximum d'émissions sur les lieux de travail des populations.

6ème jour : le dernier jour de la sortie verra se poursuivre la collecte de l'information en utilisant les autres genres radiophoniques dont le magazine. Du moins, l'on recueillera les éléments nécessaires pour la confection de magazines d'information ou à thème (interview, musique, bruitage, témoignage, direction et proverbe).

L'équipe organisera dans l'après-midi ou dans la nuit, une dynamique de groupe sur le thème de la radio rurale tenant compte des critiques des villageois et des villageoises sur les émissions de la radio rurale, sur les animateurs, les heures d'écoute, la réception du signal, des besoins des auditeurs.

7ème jour : fin du séjour de l'équipe de la radio rurale. L'équipe remerciera toutes les personnes clés du village, de la région. L'équipe laissera aux villageois le reste des vivres qu'elle avait amenés avec elle. Si l'équipe décide de passer 10 jours sur le terrain elle aura deux jours de travail en plus qu'elle organisera en fonction de son programme.

Cette méthodologie est valable pour les radios rurales nationales (ou centralisées) et les radios rurales régionales. Elle est moins valable pour les radios rurales locales.

Elle a été mise au point par le CIERRO (Centre Interafricain d'Etudes en Radio Rurales de Ouagadougou) au début des années 1980. Ce centre l'a utilisée pour la formation de ses étudiants en radio rurale.

Cette formation a également développé les journées radiophoniques rurales pendant lesquelles les villageois conçoivent et produisent eux-mêmes des émissions de radio rurale après avoir démystifié l'outil radiophonique que représentent ici, le micro, le cordon, l'enregistreur. Ce bel exemple de participation paysanne à la radio est à encourager.

En conclusion

Il s'agit aujourd'hui de redonner un nouveau souffle à la radio rurale; que les émissions participatives et interactives deviennent réelles, plus nombreuses, systématiques sur les antennes de la radio rurale, en étant rigoureux dans la préparation et l'exécution des sorties sur le terrain, en utilisant les techniques de collecte les plus vivantes, les plus interactives (émissions publiques, causeries-débats, interviews semi-directives).

La réflexion et la recherche sur la radio rurale en tant qu'outil d'enquête sociale devraient permettre une première utilisation des outils et techniques de l'approche participative (MARP, Diobass) pour enrichir la dimension interactive de la radio rurale dont la souplesse, le faible taux d'inertie, l'accessibilité, l'instantanéité lui confèrent les atouts de la participation physique, expressive et cognitive des populations rurales.

Approfondissement de la méthode active de recherche participative

La méthode active de recherche participative, ou MARP, utilisée en milieu rural s'appuie surtout sur les équipes pluridisciplinaires. Ces équipes utilisent un certain nombre de méthodes et de techniques de recherche conduisant à la connaissance effective des problèmes et situations au sein du monde rural.

La MARP en tant que méthode de recherche met en priorité l'accent sur la connaissance et le savoir des populations locales, savoir se référant non seulement à une longue expérience, mais aussi à la connaissance scientifique. Il s'agit donc d'une liaison de deux savoirs en vue de tirer le meilleur résultat de la recherche effectuée par le Marpiste.

La MARP a fait son apparition dans les années 1960 au moment où les chercheurs s'étaient déjà rendu compte de l'échec du transfert technologique en direction des pays pauvres.

Les années 1970/80 virent l'apparition de cette nouvelle méthode surtout dans les pays d'Asie. Et c'est vers 1985 que cette méthode fit son entrée effective en Afrique.

Il s'agit d'une méthode de recherche simple pouvant être utilisée dans la planification, l'étude et l'évaluation de toute action de développement.

Pendant un minimum de quatre à cinq jours, l'équipe MARP procède à la collecte d'informations et répertorie les différentes données du milieu.

L'équipe devra aussi prévoir des moments d'interaction pour évaluer ses activités et programmes ainsi que les tâches des jours suivants.

Avant de boucler la mission elle présentera les résultats de ses enquêtes aux populations afin de les corriger ou de les améliorer,

Partie II

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