
décembre 2002
par Jean-Pierre Rakotoson
Mémoire de licence présenté par Jean-Pierre Rakotoson en 2001-2002
Faculté des Sciences de la communication sociale
Université pontificale Salesiana à Rome
Une analyse critique des projets de la FAO en faveur de la radio rurale en Afrique de l'Ouest entre 1980 et 2000 vient d'être éditée.
L'auteur a choisi le thème " Radio rurale et Développement " en raison de l'importance de la radio rurale en matière de développement. "La radio occupe une place importante dans la vie quotidienne des populations de l'hémisphère sud du monde et spécialement pour celles de l'Afrique". La culture de l'oralité qui y règne, l'analphabétisme, mais aussi le peu de téléviseurs disponibles sont autant de facteurs qui font de la radio le moyen de la communication le plus populaire et le plus accessible pour les populaires rurales africaines.
La région qui fait l'objet de l'étude est l'Afrique de l'Ouest francophone, où existe effectivement une unité de style radiophonique. C'est là que "la radio rurale s'est forgée une identité et s'est développée". La région est considérée comme "pionnière en ce qui concerne la radio rurale".
Pour l'auteur de ce mémoire de licence, Jean-Pierre Rakotoson, " l'intérêt de ce travail consiste d'une part à faire connaître davantage la radio rurale et sa méthodologie et d'autre part à mettre en évidence tous les concepts qui ont permis le développement de cette radio rurale en Afrique durant ces derniers vingt ans."
Cette analyse s'est fixée trois objectifs:
Le travail est divisé en trois parties :
La première partie du travail présente succinctement les théories du développement : est rappelée la théorie de Freire selon laquelle le développement commence de l'intérieur du pays concerné, et non de l'extérieur (de l'Occident). Chercheurs et organisations internationales évoqueront dès les années 1950 le rôle que peut jouer l'information dans le développement des pays du Sud. Cette première partie se poursuit sur le rôle de la radio communautaire dans le développement en Afrique. L'auteur insiste : la radio communautaire n'est pas seulement une radio pour la communauté, mais bien la radio de la communauté, elle est contrôlée par la communauté qui en est propriétaire. Jean-Pierre Rakotoson rappelle que le concept de radio rurale est né en Afrique et qu'il s'est développé surtout dans la partie Ouest du Continent à partir de la fin des années 1960, grâce à l'appui d'organisations internationales comme la FAO, la FAO s'appuyant sur la radio rurale pour favoriser développement agricole et lutte contre l'insécurité alimentaire. Est ici soulignée la capacité de la radio à "stimuler le changement des mentalités chez les peuples, afin de rendre ces derniers conscients que le développement de leur région dépend de leur participation au processus à mettre en place."
La seconde partie du mémoire rappelle les caractéristiques de l'Afrique francophone, l'histoire de la radio rurale depuis sa naissance, ses particularités, son rôle, ses atouts et contraintes dans cette Afrique de l'Ouest. Car la "radio rurale" qui est particulièrement développée en Afrique francophone y puise des caractéristiques communes, des racines et des méthodes de production radiophonique, grâce au CIERRO1 "qui assure l'unité de style de cette radio dans l'Afrique francophone". Quant à son évolution, la radio à caractère agricole jusque là - transmettant des techniques de culture aux paysans - a changé de style dans les années 1980 " en considérant les styles de vie de la population locale", puis dans les années 1990 en optant pour l'approche participative favorisant sorties sur le terrain et émissions publiques. La radio devient alors un outil de sensibilisation et d'investigation en faveur du développement rural. Les populations locales participent à la définition des programmes. Les auditoires et leurs attentes devront être connus, le statut juridique adapté. Les organisations internationales soutiennent le développement de cette radio et favorisent la formation de ses agents. Toutefois, les équipements techniques demeurent insuffisants.
Dans la troisième partie, partie essentielle de ce mémoire, sont étudiés douze projets de radio rurale élaborés par la FAO en Afrique de l'Ouest francophone entre 1980 et 2000. Cette étude comprend l'analyse des projets y compris leurs raisons d'être, objectifs, participants et difficultés rencontrées pour conclure sur une analyse critique tant en termes de concept (le développement) que de méthode (l'approche participative).
L'initiative des projets revient aux gouvernements des pays qui déplorent le manque de communication entre décideurs et paysans ainsi que le manque de moyens des radios rurales. Ces gouvernements souhaitent que les populations prennent une part plus active au développement et demandent à la FAO son soutien.
Les objectifs des projets de la FAO en matière de radio rurale sont:
Le gouvernement local et les formateurs sont les principaux acteurs des projets.
L'auteur souligne le bien-fondé des projets FAO : la radio est effectivement le moyen de communication le plus adapté pour atteindre les populations concernées et contribuer au développement rural, d'autant qu'en donnant la parole aux paysans et aux communautés locales (approche participative), elle les responsabilise. Il est également montré que la plupart des projets ont atteint leurs objectifs.
Toutefois, cette analyse critique montre que, dans plusieurs pays, les activités de radio rurale se déroulent hors du cadre intégré et harmonieux que constituerait une " politique nationale de communication pour le développement ". En effet, seulement sept pays africains ont élaboré de telles politiques nationales, et ce, avec l'aide de la FAO. Autre maillon faible, les radios rurales connaissent insuffisamment leurs auditoires, et les besoins et attentes de leurs auditeurs en matière d'information. En outre, ces radios n'ont pas mis en place un système de suivi-évaluation permettant de mesurer l'impact des émissions radiophoniques.
En conclusion, il est établi que la FAO n'a pas échoué dans ses projets, mais qu'un plus grand succès est possible si la phase préparatoire des projets est améliorée. Il est recommandé une meilleure identification en amont des " partenaires fiables pour les projets de développement dans le monde rural " et un plus grand effort de " formation des jeunes qui sont les avenirs de l'Afrique à cette méthode participative ".
1 Centre Interafricain d'Etudes en Radio Rurale de Ouagadougou.