Education Connaissance

Affiché le mai 1997

L'enseignement et la formation agricoles:
difficultés et chances - Troisième partie


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1. L'adéquation de la formation aux besoins de l'emploi et de l'entreprenariat

Les relations avec le marché de l'emploi

De nombreux participants aux réunions ont exprimé l'intérêt qu'ont les établissements d'enseignement agricole à connaître en permanence les conditions de l'emploi et d'adapter leur enseignement à ce dernier. La formule idéale proposée serait de les doter d'une structure d'observation permanente du marché de l'emploi et d'ajustement des programmes. Tous ont regretté que des rigidités institutionnelles et un manque de ressources rendent la chose très difficile.

Cette lacune est assez généralisée, mais il existe quelques exceptions intéressantes, parmi lesquelles on peut citer:

Quelques initiatives pour mettre en place des formations orientées vers l'entreprenariat et les besoins du secteur privé ont été mentionnées par la Table Ronde pour l'Europe Centrale et Orientale, mais ces expériences sont forcément trop récentes pour que leurs résultats puissent être analysés.

Un certain nombre de pays industrialisés, restant fidèles à la tradition libérale et humaniste de l'enseignement universitaire, se refusent à conditionner les admissions en fonction des seules perspectives de l'emploi et tiennent à laisser les étudiants libres de choisir leur filière de formation selon leurs goûts. Toutefois, dans beaucoup de ces pays, le système proprement universitaire est doublé d'un enseignement technique supérieur beaucoup plus orienté vers la formation d'entrepreneurs et de gestionnaires.

Dans la plupart des pays industrialisés et dans certains pays en développement, c'est un usage courant que d'exiger une année de travail à la ferme ou dans une autre activité liée au secteur agro-alimentaire, avant d'être admis à suivre des formations de longue durée en agriculture. Dans certains cas, comme au Royaume-Uni, les étudiants doivent effectuer plusieurs périodes de travail dans diverses entreprises agricoles pendant leurs études.

Le système franÿais des "Grandes Ecoles" et des "Ecoles techniques supérieures", conservé dans la plupart des pays francophones, représente une formule intermédiaire entre une orientation basée sur l'emploi et la liberté universitaire de choisir sa formation. Tout en laissant aux étudiants une grande liberté dans le choix de leur cursus, les établissements maintiennent avec les services techniques et les organisations professionnelles des contacts permanents qui facilitent l'orientation des formations.

Objectifs de développement, besoins locaux et participation des communautés

L'enseignement et la formation agricoles ont un rôle fondamental à jouer dans la définition et l'exécution des plans et programmes de développement d'un pays. Mais il convient pour cela que les autorités compétentes définissent une politique agricole cohérente, dans laquelle l'enseignement et la formation agricoles auront leur place, ce qui, comme conséquence, exige la définition d'objectifs généraux de formation pour le système de l'enseignement agricole.

Il a été assez généralement recommandé, pour faciliter cette formulation que des membres responsables du corps universitaire soient invités à participer à la préparation des politiques agricoles. C'est la cas de la Malaisie où les universitaires sont souvent appelés à participer aux commissions gouvernementales de programmation et de répartition budgétaire.

Les programmes de formation à tous les niveaux, doivent prendre en compte les problèmes des petits agriculteurs, comme ceux des "fermiers sans terre ou quasi sans terre", grâce à un matériel pédagogique spécifique et des programmes spéciaux de recherche et de vulgarisation.

Le secteur de la pêche doit également être l'objet d'une attention particulière dans les programmes de recherche, de formation et de vulgarisation: les petits pêcheurs côtiers sont parmi les populations les plus démunies sur le continent asiatique comme dans les îles du Pacifique Sud, où l'absence de personnel compétent représente un facteur limitant pour le développement de la pêche.

Dans beaucoup de Régions, les fermes familiales de petite dimension représentent le plus grand nombre des exploitations. Le modèle de développement technologique que leur proposent la recherche et la vulgarisation n'est pas du tout adapté à ces petits producteurs, car il dépend d'intrants inaccessibles à la plupart d'entre eux.

La prise en compte des besoins de ces familles rurales est du ressort des responsabilités de l'Etat en matière de génération de technologies appropriées et de formation professionnelle. Les institutions d'enseignement agricole ont le devoir de former des chercheurs et des vulgarisateurs capables de prendre en compte les besoins de ces petits producteurs.

Dans de nombreux pays, les entreprises agricoles se distribuent depuis l'agriculture de subsistance jusqu'aux exploitations les plus modernes. Cette considération a amené les Tables Rondes pour l'Afrique francophone et lusophone à proposer que les besoins en formation soient évalués en fonction de quatre "axes":

Les participants ont suggéré, comme moyen de rapprocher les formations des besoins réels, d'associer des représentants des forces vives économiques et des communautés à la définition des besoins et des programmes.

Cette approche a été tentée en Colombie par un projet conduit par la FAO. L'établissement de niveau secondaire concerné s'est doté d'un "comité pédagogique externe", réunissant les administrations publiques intéressées, les institutions de développement opérant dans la zone et les producteurs organisés en coopératives. Le comité donne son avis sur les orientations et les programmes de l'établissement et aide à la recherche d'un emploi par les diplômés.

La Table Ronde pour le Moyen-Orient a observé que la formule classique, qui consiste à laisser les enseignants eux-mêmes définir les programmes, est inappropriée. Les besoins en formation et les profils d'emploi doivent être pris en considération de faÿon adéquate dans l'ajustement des cours.

Il est souhaitable que des représentants de toutes les catégories intéressées participent à la formulation des programmes.

La recherche des besoins à satisfaire peut être réalisée au moyen d'enquêtes auprès des anciens élèves, grâce à des questionnaires portant sur leur carrière, les emplois occupés et leur degré de satisfaction pour la formation reÿue dans l'établissement.

2. La defonctionnarisation des formations et leur orientation vers l'entreprenariat et les besoins du secteur privé

Dans le passé, la plupart des pays en développement ont orienté les formations agricoles vers les besoins des services publics ou des organismes para-publics. La plupart des diplômés trouvaient ainsi un débouché dans la fonction publique.

La crise économique et les programmes d'ajustement structurel ont, dans beaucoup de pays, non seulement réduit les recrutements par le secteur public, mais aussi conduit de nombreux fonctionnaires à perdre leur emploi. Ces fonctionnaires "déflatés" ont besoin de programmes de reconversion vers le secteur privé et l'entreprenariat.

De nouvelles exigences pour l'enseignement et la formation

Plus que jamais, les systèmes d'enseignement et de formation agricoles doivent répondre aux besoins de l'entreprenariat et du secteur privé. Les formations doivent être organisées en fonction des besoins de différents groupes, parmi lesquels on peut citer: L'Institut National de Développement Rural de Thiès, au Sénégal, offre l'exemple d'un programme "intégré" de formation à l'entreprenariat. Son "Projet d'Appui à la Formation à l'Entreprenariat" offre une formation payante précédée de conseils d'orientation et suivie d'une post-formation après installation.

Pas mal de collèges agricoles en Afrique ont organisé des formations professionnelles pour les agriculteurs et les personnes qui veulent s'installer en agriculture, ainsi que des programmes de formation pour le développement des petites et moyennes entreprises, mais peu d'établissements, jusqu'à présent, ont organisé des cours de haut niveau de formation à l'entreprenariat et à la gestion.

Divers facteurs ont contribué à accroître la pression en faveur de l'introduction de sujets commerciaux dans les programmes de l'enseignement et de la formation agricoles, parmi lesquels on peut citer:

Différentes formules de formation à l'entreprenariat ont été envisagées et expérimentées dans des pays d'Afrique; elles impliquent soit des établissements de formation initiale, soit des projets de développement appuyés par des ONG ou des organisations internationales.

En ce qui concerne les établissements de formation initiale, la situation est la suivante:

Les participants à la Table Ronde pour l'Afrique francophone ont identifié certaines conditions nécessaires à la réussite d'une réorientation des formations vers l'entreprenariat:

Le passage d'une economie centralement planifiée à une economie de marché

Le passage d'une économie centralement planifiée à une économie de marché, spécialement étudié par la Table Ronde pour l'Europe Centrale et Orientale, entraîne un changement radical dans les objectifs et les méthodes de l'enseignement agricole. Quoique les problèmes et le contexte présentent de grandes similitudes dans toute la région, les conditions propres diffèrent d'un pays à l'autre.

L'Allemagne représente un cas extrême, puisque, après la réunification, le système de l'enseignement et de la formation agricoles de l'ex-RDA a été graduellement et totalement intégré dans celui de la République Fédérale.

La Russie et les autres pays ex-communistes n'ont pu, pour leur part, conduire une réforme aussi totale. Cependant leurs stratégies de transformation ont été définies et de nouvelles politiques pour réorienter le système de l'enseignement agricole vers l'économie de marché se mettent en place progressivement.

Les objectifs fondamentaux du système d'enseignement sont en cours de révision pour s'adapter à cette économie de marché. En particulier:

L'obtention de ces objectifs rend nécessaire une restructuration complète du système éducatif en soi, selon les principes suivants: La solution des problèmes mentionnés ci-dessus est rendue plus difficile par des décennies de sous-investissement dans l'enseignement supérieur, d'où des difficultés pour acquérir et entretenir les équipements, obtenir de la documentation et des manuels, et la perte d'intérêt de la part des diplômés pour les carrières de l'enseignement et de la recherche.

La Russie et les autres pays de l'Europe Centrale et Orientale ont tous manifesté le désir d'une coopération internationale et inter-institutionnelle pour l'élaboration de leurs plans de réforme et pour l'organisation de contacts réels avec des établissements d'Europe Occidentale et d'Amérique du Nord.

Les experts réunis pour les différentes conférences ont estimé utile, en vue de l'étude des problèmes de l'enseignement et de la formation agricoles, de classer les pays selon les critères suivants:

la Bulgarie
Comme les autres pays de l'Europe Centrale et Orientale, la Bulgarie vit des changements socio-économiques rapides et profonds qui affectent l'économie et l'enseignement agricole. Le système de cet enseignement et ses objectifs doivent être reconsidérés. Celui qui a été hérité du socialisme est vieilli, statique et rigide avec des formes et des structures inflexibles: il ne satisfait pas les besoins actuels. La Bulgarie a besoin d'un système ouvert et flexible, apte à s'adapter aux changements, ce qui implique une université capable d'associer l'enseignement, la recherche et la vulgarisation-développement.
- M. Popova: "L'enseignement supérieur agricole en Bulgarie en période de transition économique" - Table Ronde pour l'Europe Centrale et Orientale - 1992

Tant dans les "pays industrialisés" que dans les "pays en voie de développement avancé", des problèmes spécifiques sont en cours d'apparition et il est vraisemblable que les problèmes rencontrés par l'enseignement agricole dans les pays industrialisés apparaîtront également dans d'autres pays, à mesure de leur accès au stade industriel, tels que la Corée, Taïwan, le Brésil, le Mexique, l'Argentine ou le Chili.

Dans ces pays, l'intégration accélérée et la diversification des activités agricoles ont changé le rôle et les perspectives de l'enseignement agricole. Les changements les plus importants se sont manifestés au niveau de:

Il convient également de prendre en considération des changements importants dans la perception qu'a le public des activités agricoles. Les consommateurs deviennent exigeants en ce qui concerne la qualité des aliments, la protection de l'environnement ou le bien-être des animaux d'élevage.

En ce qui concerne la structure même du système de l'enseignement agricole dans les pays industrialisés, dans les pays en voie de développement avancé et dans les pays en transition, les tendances dont il conviendra de tenir compte vont vers:

Ces considérations présentées devant la Table Ronde pour l'Europe Centrale et Orientale, sont confirmées par les études de cas réalisées en 1991 dans des établissements d'enseignement supérieur de pays comme le Canada, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, les Etats-Unis et les rapports par pays du Japon, de la Corée ou de la Thaïlande, entre autres.

3. Les relations avec les organisations régionales et internationales

Les organisations régionales, inter-régionales et internationales ont en général un domaine de compétence plus large que le seul enseignement agricole. Elles associent souvent l'aide financière à l'assistance technique et peuvent émaner des gouvernements ou d'ONG.

D'autre part, des associations internationales ont été créées par les établissements d'enseignement agricole eux-mêmes, aux niveaux sub-régional ou régional, souvent par grands ensembles linguistiques.

Les associations regroupant des établissements d'enseignement supérieur sont évidemment plus nombreuses et ont une plus large extension géographique que celles qui intéressent des établissements d'enseignement technique.

Problèmes liés aux institutions et organisations

Toutes les organisations, inter-gouvernementales ou inter-institutionnelles, ont été reconnues indispensables par les participants aux différentes rencontres. Toutefois il a été fait remarquer que: Les Tables Rondes ont unanimement souligné la nécessité de regarder par delà les frontières nationales et d'établir des liens avec d'autres institutions de recherche ou d'enseignement supérieur. Les associations régionales d'agronomes, de vétérinaires, d'enseignants ou de techniciens, sont un instrument efficace de circulation de l'information au niveau international. Il en existe dans toutes les Régions, mais elles sont particulièrement actives en Asie et Amérique Latine.

La coordination et la coopération inter-institutionnelles

La coordination et la coopération inter-institutionnelles existent déjà, essentiellement aux niveaux régional et sub-régional, et bon nombre d'organismes associatifs inter-institutionnels étaient représentés aux diverses Tables Rondes, tels: Ces institutions facilitent l'organisation d'échanges inter-universitaires, consistant essentiellement à: Dans différentes Régions, se sont créés des réseaux de solidarité et de coopération, à commencer par les associations régionales (asiatiques, africaines ou latino-américaines) d'universités ou facultés d'agriculture.

Ces réseaux ont permis d'identifier, parmi les institutions associées, des centres particulièrement bien situés et préparés pour devenir des pôles régionaux pour telle ou telle spécialité. Les Tables Rondes ont recommandé le renforcement de tels centres, appelés:

Beaucoup de participants ont souligné le fait que la multiplication des spécialisations à prévoir ainsi que le coût de plus en plus élevé qu'elles représentent en équipement et en personnel, rendent désirables des accords inter-institutionnels de coopération. Mais trop souvent, l'"esprit de clocher" a fait échouer les efforts pour créer des universités régionales.

C'est évidemment dans le domaine des spécialisations rares et coûteuses que la coopération inter-institutionnelle peut offrir la maximum de services. Comme tous les établissements ne peuvent offrir toutes les spécialisations, cette formule permet de confier à des institutions particulières la formation initiale ou continue des spécialistes: c'est en ce sens que doivent être conÿus les "Centres d'excellence" ou "Centres de spécialisation", qui seront également appelés à jouer un rôle fondamental dans les programmes de recherche inter-institutionnels ou internationaux.

Les réseaux académiques et les liens inter-institutionnels semblent manquer, d'une faÿon générale, au Moyen-Orient. Leur création a été recommandée par la Table Ronde régionale, dans le but d'améliorer la coordination pour la recherche et l'enseignement supérieur.

Les différentes Tables Rondes pour l'Afrique ont toutes souligné le besoin d'établir des contacts et de créer des liens entre les différents réseaux fonctionnant sur ce continent.

Tandis que les liens existant entre leurs établissements se relâchent, les pays de l'Europe Centrale et Orientale désirent en créer davantage, et plus intenses avec les institutions de l'Ouest. Ils ont lancé, au cours de leur Table Ronde, un appel pour la création d'une "Association Européenne de l'Enseignement Supérieur Agricole", chargée de susciter des liens entre établissements de l'Ouest, du Centre et de l'Est du Continent.

La plupart des Tables Rondes ont recommandé que des réseaux nationaux, sub-régionaux ou régionaux d'établissements d'enseignement et de formation soient également créés au niveau intermédiaire et technique.

L'Expérience des ecoles inter-etats

Une coopération intra-régionale pour l'enseignement, réalisée avec l'aide de certains pays industrialisés, a abouti à la création par quatorze pays francophones d'Afrique Centrale et Occidentale, d'un certain nombre d'"Ecoles Inter-Etats".

Dans le domaine agricole, fonctionnent actuellement:

Les Ecoles Inter-Etats sont membres du réseau francophone des CRESA (Centres Régionaux de Recherche et d'Enseignement Supérieur Agricole).

Le rôle des organisations internationales en faveur de l'enseignement agricole

Toutes les Tables Rondes ont pris conscience de l'importance des organisations internationales - au niveau régional et global - et du rôle qu'elles peuvent jouer dans le développement, le perfectionnement et la modernisation de l'enseignement agricole

La FAO est l'agence pilote pour le développement rural et le responsable technique du développement agricole dans le "système" des Nations-Unies.

Au titre de l'enseignement agricole, elle a pour mission de:

Les organisations internationales peuvent donc intervenir efficacement en faveur de l'enseignement agricole en: Les agences donatrices bilatérales, qu'elles dépendent des gouvernements, de fondations ou d'organisations de volontaires, ont une large gamme de projets et d'actions en matière d'enseignement agricole. Elles encouragent en outre l'établissement de liens entre institutions des pays industrialisés et institutions de même niveau dans les pays en développement. Ces liens sont particulièrement importants dans l'octroi et la gestion de bourses, le perfectionnement du personnel et la création de réseaux d'excellence.



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