Genre et développement Société

Février 1998

La parité entre hommes et femmes
et la participation à la planification du développement agricole

Vue d'ensemble

par Jeanne Koopman
Consultant, Service des femmes dans le développement (SDWW)
Division de la femme et de la population de la FAO
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Qu'est-ce que la planification agricole?

Par "planification agricole", nous entendons ici deux processus: l'élaboration des politiques agricoles et la planification agricole proprement dite.
Elaboration des politiques agricoles
Les décideurs sont les personnes élues ou désignées, les hauts fonctionnaires et, dans certains cas, les bailleurs de fonds, qui exercent des pouvoirs financiers et politiques pour:

La planification agricole
Les planificateurs élaborent des plans et des projets d'investissement nationaux, régionaux, locaux, ainsi que des programmes pour les organismes opérationnels, conformément aux buts, aux stratégies et aux politiques arrêtés par les décideurs. Les planificateurs peuvent être des économistes, des spécialistes en sciences sociales ou des techniciens qui sont employés dans les unités de planification du Ministère de l'agriculture ou dans ses différents organismes techniques, par exemple, les services d'élevage et de vulgarisation. Ils peuvent également être des experts travaillant dans des ONG et dans des organisations de développement nationales ou internationales. Le personnel d'encadrement peut également être impliqué dans la planification, en particulier lorsqu'il s'agit de planifier des programmes pour les organismes opérationnels.

La planification se tient, non seulement au niveau des gouvernements, par le biais des planificateurs officiels, mais également au sein des organisations internationales (comme la FAO), des organismes privés, des ONG, des entreprises privées, ainsi que dans chaque exploitation agricole. Par conséquent, on peut affirmer que, dans une certaine mesure, chaque personne impliquée dans le secteur est un planificateur. Pour plus de clarté, nous utiliserons toutefois le terme "planificateur" dans le sens de planificateur gouvernemental, alors que le terme "partie prenante" servira à désigner tous les autres acteurs et groupes d'intérêt dans le secteur agricole.

Les parties prenantes
Les sont toutes les personnes et organisations qui ont quelque chose à perdre ou à gagner de l'application d'une politique, d'un programme ou d'un projet en particulier. De nombreuses personnes et groupes de personnes peuvent " tirer profit " des résultats de la planification agricole. Parmi ceux-ci, on peut citer les agriculteurs et les agricultrices des différents groupes socio-économiques, ethniques ou d'âge, les éleveurs, les personnes qui pratiquent l'agriculture de rapport, les ouvriers agricoles salariés, les pêcheurs, les employés et les propriétaires des usines de transformation agricole ou des entreprises de commercialisation agricole, les associations paysannes, les élus, les fonctionnaires et les représentants des organismes internationaux.

Les agriculteurs
Par "agriculteurs", nous nous référons ici aux hommes et aux femmes impliqués dans des activités de production et de transformation, sur une petite échelle, dans les domaines de l'agriculture, de la pêche et de l'élevage. Il s'agit là d'activités économiques primaires et qui sont réalisées avec des ressources limitées en ce qui concerne la terre, le capital, l'instruction et la main-d'oeuvre.

L'évolution de la planification agricole, en théorie et en pratique

Dans les années 60 et 70, la planification macro-économique nationale a été fortement encouragée et largement pratiquée. Les plans nationaux s'occupaient de fixer des buts de croissance, de décomposer ces derniers en secteurs, d'analyser les contraintes macro-économiques entravant la croissance et d'élaborer des stratégies nationales et sectorielles. On trouvait souvent dans les éternels plans quinquennaux des projets de grande envergure, publics, semi-publics et privés, lesquels étaient rarement planifiés en détail car leur financement n'était généralement pas encore garanti. Le manque de planificateurs qualifiés en matière de préparation de projets constituait une importante contrainte dans le domaine de la planification agricole dans son ensemble (FAO, 1984:8). Le fait d'incorporer de grands projets aux plans servait souvent à attirer des financements internationaux.

Il n'était pas rare que les plans nationaux et ceux du secteur agricole incluent des politiques concernant la fixation des prix et des intrants, la recherche et la vulgarisation, autant d'orientations destinées à stimuler une rapide croissance économique. La haute priorité de la croissance supposait un accent marqué sur une meilleure infrastructure dans les régions, sur les grandes entreprises commerciales et sur les secteurs d'exportation. Cela conduisit parfois à une exacerbation des écarts de revenus à l'échelle régionale et locale et, souvent, à un échec des efforts de réduction de la pauvreté (Labonne, 1988; FAO, 1985). L'agriculture de subsistance, secteur des petits exploitants pratiquant, était habituellement laissée de côté.

Cette situation subit un changement dans les années 70 lorsque les principaux bailleurs de fonds commencèrent à encourager un nouveau type de projets de "développement rural intégré" (DRI). Ces projets associaient des activités sociales et économiques et se concentraient souvent sur le secteur des petits exploitants, parfois même sur les systèmes d'exploitation agricole de subsistance. Cependant, l'objectif fondamental restait encore l'accroissement de la production commercialisable, même si on accorda une plus grande attention à la prestation d'une grande variété de services à certains groupes de la population – les pauvres, les fermiers sans terre, les femmes et les jeunes. Dans certains cas, notamment en Amérique latine, ces groupes étaient censés prendre part à la conception des services dont ils avaient besoin (Young:1993: 47). Toutefois, il était plus courant que la participation ne soit pas prévue au niveau des villages et que la plupart des "services" ciblés sur les femmes n'ait aucun rapport avec leurs activités productives, mais uniquement avec les aspects reproductifs de leur vie, par exemple, la santé, l'éducation, la fourniture d'eau, etc.

Une nouvelle forme de recherche sur le développement rural, la démarche "recherche sur les systèmes d'exploitation et de vulgarisation" (FSR/E) fut également mise au point vers la fin des années 70 et le début des années 80. Elle encourageait, dans la recherche agricole, l'utilisation de méthodes interdisciplinaires davantage axées sur la participation. L'impact de cette nouvelle démarche sur la planification et sur les principaux projets dans le domaine de l'agriculture fut néanmoins limité. En effet, la plupart des projets agricoles mis en oeuvre sur une grande échelle étaient ciblés sur des "agriculteurs pilotes", qui étaient presque invariablement des petits exploitants aisés, de sexe masculin, ou des gros exploitants pratiquant l'agriculture commerciale. En outre, la recherche sur les systèmes d'exploitation a rarement pu intégrer tous les membres des ménages ruraux dans l'analyse ou tenir compte des relations entre les sexes au sein des ménages ou entre les ménages (Young, 1993: 52).

Néanmoins, les critiques féministes des projets de développement empreints de préjugés masculins s'inspirèrent de l'approche FSR/E pour développer l'analyse de genre, comme le firent par ailleurs les partisans des méthodes participatives quand ils commencèrent à chercher la manière de planifier les projets sur un mode ascendant (base-sommet) (Young, 1993: 47-48). Cela marqua le début de la production de documents sur "genre et agriculture" et sur "genre et planification", ainsi que le démarrage d'un processus par lequel les méthodes et les outils d'évaluation rurale rapide allaient être transformés en une méthode baptisée "diagnostic rural participatif" .

Les années 70 furent également marquées par les préoccupations concernant la pauvreté et les disparités régionales, inquiétudes qui allaient conduire à la naissance de la planification agricole décentralisée, menée à bien pour des zones limitées (niveau régional et/ou local). Celle-ci fut appliquée dans cette même période, d'abord par l'Inde et par d'autres régions de l'Asie et ensuite, dans les années 80, en Afrique et dans d'autres pays en développement (FAO, 1985; Labonne, 1988). Les objectifs de la planification régionale du développement associent la croissance, la réduction de la pauvreté et "l'équilibre" régional ou l'équité. Ajoutons cependant que les méthodes de planification participatives ont rarement été utilisées dans les processus de planification décentralisée. Comme ceux réalisés à l'échelle nationale, les plans et projets régionaux et locaux et les projets de développement rural intégré ont généralement été élaborés en suivant une démarche descendante, c'est-à-dire du sommet à la base (Maetz et Quieti, 1987; Belshaw, 1988; Bendavid-Val, 1990 et 1991).

La crise de la dette des années 80 imprima un nouveau tournant aux politiques gouvernementales (fortement stimulé par les institutions internationales de crédit), en plaçant à nouveau l'accent sur la croissance économique. Cet objectif devait être poursuivi en concentrant les efforts de développement sur les régions, sur les entreprises agricoles et sur les cultures au plus grand "potentiel de croissance", c'est-à-dire l'agriculture commerciale du secteur privé et les cultures d'exportation. Cette fois, il devait toutefois s'accompagner d'une modification de la structure et du poids de l'Etat, en particulier en réduisant son rôle et en favorisant son désengagement en faveur du secteur privé. C'est ainsi que le FMI et la Banque mondiale imposèrent une "stabilisation" et un "ajustement structurel" devant mener à de fortes réductions des budgets publics et du personnel de la fonction publique. Les grands efforts de planification à l'échelle nationale furent découragés.

Le redémarrage des politiques favorisant l'agriculture commerciale et d'exportation exacerba plus encore les disparités entre les régions et les ménages. Par la suite, l'intérêt pour la planification régionale et locale fut stimulé et des propositions de micro-projets pour réduire la pauvreté furent avancées lorsque l'on finit par admettre que de nombreuses politiques "d'ajustement" avaient des retombées négatives sur les pauvres. Parmi les méthodes préconisées pour planifier les projets régionaux, tant de petite que de moyenne envergure, on peut citer l'évaluation rurale rapide (ERR) (Conyers, 1993:108-9) et, plus récemment, le diagnostic rural participatif (DRP).

Les outils de l'évaluation rurale rapide ont été principalement utilisés avec les notables des villages et avec les "informateurs locaux" des organismes opérationnels, ce qui a fortement favorisé les partis pris contre les femmes. Cette tendance s'est pratiquement confirmée lorsque l'on a commencé à faire appel au diagnostic rural participatif, mais les derniers efforts réalisés semblent indiquer un changement de direction. Ces préjugés à l'encontre des femmes, même si non intentionnels, se sont également insinués dans la planification régionale et locale, et même dans la série FAO sur les matériels de formation pour la planification agricole (Training Materials for Agricultural Planning) (Voir Maetz et Quieti, 1987: 37-8; Bendavid-Val, 1990: 7 et 1991:49).

C'est à partir de la fin des années 70 que les évaluations ont mis à jour les retombées négatives des politiques axées sur la croissance et des projets en faveur des femmes. Elles donnèrent lieu à une critique féministe qui élargit très vite ses reproches à la planification proprement dite (Palmer, 1979; Buvinic, 1986). Les critiques s'accompagnèrent souvent de suggestions sur une nouvelle façon d'engager la planification complétée par des outils d'analyse de genre et de planification tenant compte de la problématique hommes/femmes (Overholt et al., 1984; Poats et al.,1988; Young, 1988; Feldstein et Poats,1989; Rao et al., 1991; Ostergaard, 1992; Moser, 1993; Young, 1993). Il s'agit là, on l'aura compris, des travaux qui ont été à l'origine des projets présentés dans le cadre de cet atelier, en ce qui concerne l'inspiration globale et les méthodes.

Au cours des années 80, la pauvreté et le besoin de comprendre ses effets du point de vue des communautés locales, ont fait l'objet d'une attention de plus en plus grande, ce qui a conduit à un remodelage des méthodes d'évaluation rurale rapide. C'est ainsi qu'est née une nouvelle série d'outils de planification, baptisée "diagnostic rural participatif " (DRP) . La communauté féministe du développement se rendit rapidement compte de l'efficacité de cette démarche pour mettre en évidence les aspects relatifs aux enjeux hommes/femmes. C'est ainsi qu'ont été produits, dans les années 90, de nombreux documents sur le diagnostic rural participatif/l'analyse de genre (Feldstein et Jiggins, 1994; Thomas-Slayter et al. 1995; ainsi que les versions provisoires des manuels ASEG).

Les travaux écrits sur la planification agricole ont certes encouragé la planification régionale décentralisée dans l'espoir de réduire la pauvreté ainsi que les méthodes participatives pour mieux intégrer les priorités locales dans les plans régionaux ou locaux. En revanche, plus rare a été la prise en compte des documents écrits sur la problématique du genre. (FAO, 1986; Maetz et Quieti, 1987; Belshaw, 1988; Bendavid-Val, 1990 et 1991). Quelques ouvrages mentionnent bien l'importance des femmes, mais ils n'incluent pas l'analyse de genre dans le "corps" de l'analyse ou dans les méthodes mises en avant. Dans Mollett (1990), on trouve un chapitre sur les femmes dans la seconde édition du manuel sur la planification agricole, mais l'utilisation de l'analyse de genre n'apparaît à aucun moment dans le reste de l'ouvrage, même là où cela aurait été hautement pertinent. Cela fait penser à la façon dont les "composantes féminines" étaient autrefois annexées aux projets qui, en dehors de cela, ignoraient totalement les questions de genre. Une exception intéressante est le manuel de Ellis (1992) sur les politiques agricoles, dans lequel sont présentés les effets sur les femmes de chaque politique décrite. C'est cependant le seul exemple que nous avons pu trouver.

Et dans la "vie réelle"? Là également, on constate que l'analyse de genre a rarement – sinon jamais -- , fait partie de la boîte à outils du planificateur. Il en est de même, par ailleurs, du diagnostic rural participatif, qui ne l'a abordée que d'une façon très sommaire en tendant à confiner la participation aux notables officiels du village. Aujourd'hui, la formation des décideurs et des planificateurs de haut niveau sur la planification agricole s'oriente bien plus sur les aspects techniques, tels que les projections de l'offre et de la demande, la définition d'objectifs, l'allocation des ressources, que la prise en compte des différences socio-économiques et de genre. L'expérience des dix études de cas confirme que la planification dite ascendante (de bas en haut) et, en particulier, le "besoin" d'intégrer l'analyse de genre dans les processus de planification agricole, laissent sceptiques de nombreux décideurs issus de la vieille génération. Bien des études de cas font également état du fait que les fonctionnaires et les agents de terrain n'avaient jamais été confrontés auparavant au DRP ou à l'analyse de genre.

Les projets ont démontré que ces outils sont pertinents pour mener à bien une planification tenant compte des enjeux hommes/femmes. Le prochain pas important à faire – un véritable défi -- est de trouver les moyens d'adapter les procédures de planification afin qu'elles soient davantage en rapport avec les informations que les outils peuvent générer. C'est en gardant à l'esprit ce défi que l'on passera en revue, dans la section suivante, les principales caractéristiques des différents types de planification et d'élaboration des politiques, dans le domaine de l'agriculture.

Tour d'horizon des différents types de planification agricole

Les structures, les processus et l'importance relative des différents "échelons" de la planification diffèrent d'un pays à l'autre. Tout projet essayant de travailler avec ce système doit l'étudier dans son contexte local. Néanmoins, il pourra être utile d'acquérir une certaine familiarité de base avec les traits communs de la plupart des systèmes de planification agricole. Ces connaissances permettront de déterminer où et à qui diriger les informations produites par les processus participatifs sensibles au genre afin d'élargir, dans la planification, la prise en compte du genre et des autres différences existant entre les agriculteurs.

La planification du développement, notamment la planification agricole, peut être décomposée en deux catégories: celle qui est centralisée et celle qui est décentralisée. Dans un système de planification centralisée, toutes les grandes décisions concernant les politiques, la planification, la programmation et la budgétisation sont prises au niveau national, aussi bien celles pour le secteur dans son ensemble que celles pour les organismes opérationnels des sous-secteurs. Dans un système de planification décentralisée, la responsabilité d'un grand nombre de ces décisions incombe aux échelons régionaux et/ou locaux. Un mécanisme distinct pour la planification régionale ou locale peut être mis en place pour développer un plan d'investissement régional. La décentralisation de la planification et de l'administration chargée de l'agriculture a tendance à rapprocher l'analyse des problèmes et la planification des réalités régionales et locales.

Le processus de décentralisation est en pleine expansion géographique (actuellement, en particulier, en Afrique) et s'intensifie dans les zones où il a été revendiqué pendant longtemps (dans certaines parties de l'Asie et de l'Amérique latine). Il s'agit d'une forme de planification présentée, le plus souvent, comme ayant le but explicite d'associer davantage les agriculteurs à la planification. C'est pour cela que ses principales caractéristiques sont passées en revue dans le cadre de ce travail.

Dans un système décentralisé, le niveau national se concentre sur l'établissement des buts et des objectifs et sur la formulation des politiques agricoles. Cela est nécessaire pour guider les organismes publics en matière de programmation et de planification des projets et pour influencer la prise de décision dans le secteur privé. Les planificateurs nationaux assurent également l'appui budgétaire et technique, ainsi que les services de coordination, de suivi et d'évaluation destinés aux échelons inférieurs de la planification. Ils sont souvent impliqués dans la conception des projets de grande envergure, prévus aux niveaux national et régional.

La planification régionale est le niveau intermédiaire de tout système de planification décentralisée. Elle est responsable d'agréger et de coordonner les plans et les programmes proposés aux échelons inférieurs et de les harmoniser en fonction des contraintes politiques et budgétaires fixées à l'échelle nationale. Les planificateurs régionaux peuvent également être associés à la conception et à la mise en oeuvre des projets conçus au niveau national, mais qui opèrent dans la région. Ils fournissent habituellement une assistance technique et administrative et assurent la formation des planificateurs locaux et des institutions associées à la planification locale et à l'élaboration des projets.

La planification locale se tient au sein des organismes opérationnels des sous-secteurs quand il s'agit, par exemple, de programmer la vulgarisation locale, et dans les enceintes institutionnelles (multi-agences) ou communautaires lorsqu'il s'agit de concevoir et de mettre en oeuvre des projets locaux. A ce niveau, les conseils élus au niveau local, les ONG, les organisations privées et les associations paysannes participent souvent à la planification des projets et des programmes, aux côtés des planificateurs locaux et des techniciens des organismes opérationnels. Par le passé, les fonds nécessaires devant permettre une planification et une programmation plus indépendantes ont souvent manqué, ce qui a inhibé la planification au niveau local. Néanmoins, au fur et à mesure que la décentralisation de l'administration se poursuivait, de plus en plus de décisions concernant les financements ont été déléguées aux échelons régional et local. En revanche, une contrainte plus importante entrave la planification locale, en particulier celle du développement rural intégré (qui peut englober dans un seul et unique projet l'agriculture, l'élevage, la gestion des ressources naturelles, la recherche, la vulgarisation, le crédit, la commercialisation et le social). Cette contrainte est le manque d'expérience en matière de collaboration avec des équipes multidisciplinaires et l'insuffisance des méthodologies de planification appropriées (Maetz et Quieti, 1987).

La planification villageoise ou communautaire est encore rare. Avec l'intensification de la décentralisation, la planification villageoise pourrait toutefois acquérir de plus en plus d'importance. Elle a fondamentalement deux fonctions: i) fournir des informations aux niveaux supérieurs de la planification, par le biais de l'analyse participative des problèmes; ii) permettre de hiérarchiser les priorités des communautés et d'établir des plans d'action communautaires qui pourront être mis en oeuvre soit de manière indépendante, soit avec une assistance extérieure.

L'importance accrue de la décentralisation de la planification constitue l'un des trois éléments fondamentaux du contexte actuel de l'élaboration des politiques et de la planification dans le domaine agricole.

Même si tous ces éléments n'intéressent pas nécessairement tous les pays et que chacun d'entre eux n'est pas obligatoirement une "nouveauté" dans tous les contextes, ils sont suffisamment courants pour former un environnement relativement nouveau en ce qui concerne l'élaboration des politiques et la planification. Cet environnement est particulièrement ouvert à la planification agricole participative, sensible au genre et aux différences socio-économiques.

Le défi de rendre la planification "davantage participative" a plusieurs origines. L'une des premières à citer est le fait que de nombreux projets et programmes de développement n'ont pas réussi à atteindre leurs objectifs car la réponse des agriculteurs n'a pas été à la hauteur de leurs attentes. La vieille habitude de rejeter la responsabilité sur le manque d'instruction et sur la lenteur des agriculteurs est désormais passée de mode. Il est en effet apparu comme évident que nombreux étaient les agriculteurs -- par exemple ceux ayant peu de ressources, c'est-à-dire la majorité des agricultrices -- qui se heurtaient à des obstacles tels qu'il leur était pratiquement impossible de réagir selon les expectatives. Il convient ensuite de se pencher sur les succès obtenus par les programmes de développement communautaire basés sur la participation aux processus de planification, de mise en oeuvre et de suivi. Ces succès ont démontré que les communautés rurales sont en fait intéressées par le développement et qu'elles réaliseront des efforts pour que les plans et les projets aboutissent pourvu que ces plans répondent aux priorités locales. Enfin, les pressions en faveur d'une démocratisation ajoutent une importante dimension politique à la demande d'une planification plus participative de type "ascendant".

La recommandation de "la prise en compte des femmes" vient en partie, également, des réalisations peu brillantes des projets ayant complètement ignoré les rôles féminins dans les systèmes d'exploitation. Vingt ans d'évaluations de projets, conduites sous un éclairage tenant compte des enjeux hommes/femmes, ont conduit à une meilleure reconnaissance du fait que beaucoup de projets, même ceux qui ont amélioré la situation des hommes, n'ont en réalité qu'aggravé celle des femmes. D'autres facteurs sont également responsables du changement progressif des attitudes, à la fois aux niveaux international et national. Parmi ceux-ci, citons les pressions exercées par les bailleurs de fonds sur les gouvernements afin de répondre aux besoins des femmes en tant qu'agricultrices, ainsi que l'élan donné par les principales conférences internationales sur la population, sur l'environnement et sur les femmes. La rapide augmentation du nombre d'associations féminines dans le monde entier et les liens de plus en plus nombreux entre celles-ci ont ajouté une plus-value politique au phénomène.

Un facteur nettement moins positif a stimulé l'apparition de l'environnement politique actuel. Il s'agit de la pression souvent extrême exercée sur les gouvernements pour réduire leur budget afin de satisfaire aux exigences de l'ajustement structurel et de la stabilisation. Ce facteur a son poids à bien des égards, notamment au niveau des réductions de fonds et de personnel dans le domaine de la planification, de l'attribution d'une haute priorité aux cultures d'exportation du ressort des hommes, de la restriction des fonds destinés aux services publics, comme la vulgarisation, la commercialisation et le crédit en faveur des agricultrices. Les méthodes de planification participatives sensibles au genre supposent de consacrer une attention bien plus grande au rapport coût/efficacité pour la production et l'utilisation d'informations susceptibles de stimuler le développement de politiques, de projets et de programmes tenant compte des enjeux hommes/femmes.

Les nouvelles voix qui se font entendre dans cet "environnement complexe de la planification" ont certainement donné lieu à une réponse politique positive. Cependant, la question que se posent les planificateurs, " que faut-il faire exactement ? ", reste entière. Bien évidemment, aucune réponse simple n'existe. Par contre, il y a des démarches novatrices pleines de promesses qui associent à la planification agricole les différents groupes d'agriculteurs, y compris les femmes, ainsi que les pauvres. Les projets retenus pour l'atelier "La parité entre hommes et femmes et la participation à la planification du développement agricole – exploitation des meilleures pratiques " ont démontré la pertinence et l'utilité de plusieurs démarches participatives conscientes du genre et des différences entre agriculteurs. Ces démarches seront passées en revue dans le chapitre suivant.

Avant de passer à l'examen proprement dit des projets, il nous semble indispensable de clarifier le sens des différents termes utilisés dans le cadre de ce travail. Mais surtout, nous souhaitons clarifier ce que nous entendons par "planification agricole participative tenant compte du genre et des différences". Chaque composante de cette phrase sera donc examinée.

La participation

Personne n'ignore que la participation est un terme pouvant être interprété de manière très large. Il est même possible que les diverses parties prenantes d'un même processus de planification agricole l'interprètent différemment. Une étude de la FAO sur la planification du développement agricole aux différents échelons, en Asie et dans le Pacifique (FAO, 1985 : 89-90, cité dans l'encadré ci-après) examine les différentes façons dont la "participation " est mise en oeuvre dans les processus de planification.

Niveaux de participation populaire dans la planification agricole

  1. participation limitée uniquement aux élites (souvent les représentants élus);
  2. participation consistant à demander aux communautés de légitimer ou de ratifier des projets identifiés et formulés par le gouvernement, sans que celles-ci soient associées à la planification détaillée et à la gestion des projets;
  3. participation consistant à consulter les communautés depuis le tout début, celles-ci étant également impliquées activement dans la planification et la gestion des projets;
  4. participation dans laquelle les représentants des différentes couches de la société/groupes trouvent leur place dans tous les mécanismes de planification/coordination/évaluation mis en place aux différents niveaux, y compris les hautes sphères politiques; et
  5. participation dans laquelle les représentants cités au point 4 ont une réelle maîtrise des décisions, à tous les niveaux.

L'étude de la FAO souligne que, pour ce qui est de l'année 1985, "l'expérience dans différents pays démontre que les modalités de participation cités aux points 4 et 5 ne se sont pas concrétisées" (ibid. p.90). Même si cette situation pourrait avoir changé, il faut admettre que même la modalité de participation décrite au point 3 reste assez rare. Lorsque l'on planifie des projets devant encourager la participation à la planification agricole, il convient d'analyser les degrés existants de participation afin de mieux appréhender les changements requis pour passer à des degrés supérieurs. Il est aussi impératif de savoir clairement ce que l'on entend par participation.

Qui devrait participer? L'analyse des différences

Les projets visant à améliorer la prise en compte, dans la planification agricole, des priorités des agriculteurs et des agricultrices et des différents groupes socio-économiques doivent encourager la participation de la plus grande variété possible de parties prenantes. Dans l'idéal, il faudrait que les représentants de tous les groupes ayant un intérêt quelconque dans les projets, programmes ou politiques soient associés activement à la planification. On verra lors de l'examen des projets que certains d'entre eux ont conduit pour la première fois l'analyse des différences, méthode importante pour individualiser et impliquer les différentes parties prenantes au niveau communautaire.
L'analyse des différences permet d'identifier les divers groupes de parties prenantes au niveau local. Les critères de différence sont le sexe, l'âge, la richesse/le revenu, l'appartenance religieuse ou ethnique, la caste, l'occupation et l'instruction. Le classement socio-économique participatif est un outil de l'analyse des différences. Dans cet exercice, les représentants de la communauté divisent les ménages d'une zone en diverses catégories et définissent ensuite les critères sur lesquels leurs catégories sont fondées. C'est ensuite à la communauté elle-même de relever les grands paramètres des différences socio-économiques de la zone. Une équipe de planification peut ainsi former des petits "groupes cibles" homogènes représentatifs des différences les plus marquées en matière de situation socio-économique. Les groupes cibles peuvent être par la suite différenciés en fonction du sexe, de l'âge, de l'appartenance ethnique, etc. Le fait que chaque groupe cible utilise séparément les outils de planification participative augmente fortement les chances de voir les contraintes, les ressources, les besoins et les priorités de chaque groupe analysés et représentés de façon appropriée.

Le Diagnostic rural participatif : DRP et MARP

Le Diagnostic rural participatif (DRP) et la Méthode accélérée de recherche participative (MARP) sont similaires et sont utilisés de façon interchangeable dans ce document et dans les dix études de cas. Tous deux font appel à une série d'outils facilitant un processus de recherche-action conduit par les communautés locales. Il s'agit dans les deux cas d'une méthode exceptionnellement pertinente et efficace qui permet d'impliquer les communautés dans la production et l'analyse des informations et dans les phases de hiérarchisation des priorités de la planification agricole. Des outils spécifiques, tels que les cartes des ressources du village, les graphiques des tendances et les profils institutionnels, contribuent à l'analyse des questions communautaires. D'autres outils, par exemple, les diagrammes des systèmes d'exploitation agricole, les calendriers saisonniers, les horloges des activités journalières, les cartes des ressources des ménages, peuvent être combinés avec l'analyse de genre pour faciliter l'analyse des modes et moyens (stratégies) d'existence des différents groupes socio-économiques. Une troisième série d'outils aide les communautés et les divers groupes cibles basés sur le niveau socio-économique et le sexe à identifier et à hiérarchiser leurs problèmes et leurs besoins en ressources, ainsi qu'à élaborer des plans d'action pour le groupe concerné ou pour la communauté. On trouvera une description complémentaire de cette méthode dans le chapitre suivant.

L'analyse de genre

L'actuel environnement politique encourage "l'implication des femmes", sans toutefois promouvoir nécessairement une analyse des enjeux hommes/femmes dans la planification et dans l'application des politiques, des programmes et des projets. L'analyse de genre étudie les différents rôles et responsabilités des hommes et des femmes, les disparités entre les sexes en ce qui concerne l'accès aux ressources et le contrôle sur celles-ci, ainsi que les différences qui en résultent au niveau des contraintes, des besoins et des priorités. En associant l'analyse de genre aux outils de la planification agricole participative, les décideurs et les planificateurs ont l'occasion de mieux comprendre la façon dont la structure des politiques et des programmes doit être modifiée si l'on veut impliquer les femmes sur un pied d'égalité avec les hommes. Cela permet de démontrer pourquoi certains projets et politiques ont des conséquences négatives pour les femmes.

L'analyse de genre identifie, dans la sphère économique, les modèles d'inégalité bien établis se fondant sur le sexe. Cette analyse peut être vue comme une menace pour les parties prenantes les plus favorisées dans le processus de planification agricole. Dans de nombreux cas, les cadres supérieurs et les décideurs se sont révélés être plus réticents à l'analyse de genre que les agriculteurs et les agents de terrain travaillant pour l'Etat. Dans d'autres cas, il est possible que le recours aux outils de l'analyse de genre au niveau d'une communauté alimente des conflits pouvant nuire aux intérêts des femmes. Pour éviter ce genre de résultats négatifs, il convient de laisser aux femmes le soin de décider s'il est préférable d'utiliser certains outils de l'analyse de genre soit dans des situations mixtes (hommes/femmes) soit uniquement au niveau des femmes. Lorsque les relations entre les hommes et les femmes sont hiérarchiques (la grande majorité des cas), il est impératif d'inclure, sans exception, dans les méthodes participatives comme le DRP, une "analyse des problèmes des femmes" séparée et, probablement, un "plan d'action communautaire" distinct réservé aux femmes.

Qu'entend-on par " planification agricole participative tenant compte du genre et des différences "?

Il s'agit d'une planification des politiques agricoles qui est le fruit d'une bonne compréhension des différences en matière de besoins, de contraintes et de priorités entre les divers groupes d'agriculteurs, et qui en tient compte. Les différences peuvent être fondées sur le sexe, la situation socio-économique, l'âge, l'appartenance ethnique, la race et sur d'autres facteurs. Lorsque les agriculteurs et les agricultrices des différents groupes socio-économiques, groupes d'âge et groupes ethniques, ont activement pris part à la planification des activités de développement agricole, les planificateurs et les décideurs peuvent alors être conscients de ces différences et de la meilleure façon d'y répondre.

Dans quelle mesure la planification agricole tient compte, aujourd'hui, des enjeux hommes/femmes et des différences socio-économiques?

Il est difficile de le savoir. Un examen des publications et des rapports disponibles auprès de la FAO et dans les principales bibliothèques fait apparaître qu'une attention très faible a été accordée aux questions de genre dans le domaine de la planification agricole. Deux ouvrages sur la planification et sur les politiques agricoles, publiés au début des années 90 (Mollett, 1990; Ellis, 1992) ont un chapitre sur les femmes, mais Ellis uniquement intègre les questions de genre dans chaque sujet traité. L'examen des dix volumes récemment publiés par la FAO sur les matériels de formation en planification agricole (Training Materials for Agricultural Planning) met en évidence le manque d'attention aux questions de genre. Le travail intitulé Guide for Training in the Formulation of Agricultural and Rural Investment Projects, publié en 1986, insiste sur la nécessité d'impliquer les différents groupes socio-économiques dans les méthodes participatives de production d'informations, mais laisse de côté les enjeux hommes/femmes.

En contraste avec le peu d'attention accordée aux questions de genre dans les documents traitant de planification agricole, de plus en plus de documents se concentrent de façon spécifique sur le genre dans la planification agricole. Ces documents émanent de ce que nous appellerons, faute de mieux, "mouvement féministe". Tout a commencé dans les années 70, avec les critiques concernant les effets négatifs, sur les femmes, des projets de développement (Palmer, 1979) et cela s'est poursuivi avec le texte complètement novateur où est décrit le "cadre Harvard pour l'analyse de genre" (Overholt, et al., 1985). Il y a eu littéralement une explosion d'ouvrages sur la problématique hommes/femmes dans l'agriculture, dont la plupart contiennent des orientations pratiques et des outils pour conduire l'analyse de genre et la planification des projets . Il s'agit là, on s'en doute, des documents sur lesquels se sont basés en général les projets retenus pour l'atelier ainsi que les méthodes qu'ils ont utilisés.

Vu la quantité de documents abordant la question, on peut se demander pourquoi ceux-ci n'ont pas influencé davantage les ouvrages traitant des courants principaux pour la planification agricole. Une grande partie de la réponse s'explique par le facteur temps. En effet, la plupart des documents sur le genre dans la planification ont été produits à la fin des années 80 et dans les années 90 . Ce qui est récent. Une autre partie de la réponse pourrait résider dans le fait que les "questions relatives aux femmes" ont toujours été l'objet d'un certain isolement dans les discours techniques et académiques, un destin partagé par le "genre". Quoi qu'il en soit, la production en rapide augmentation de documents sur le genre et la planification agricole a eu un impact important. En effet, elle a contribué à créer l'environnement politique permettant aujourd'hui à de nombreux gouvernements de donner aux planificateurs le mandat de stimuler la participation et d'impliquer les femmes.


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