Ce document décrit une méthode d'évaluation de l'environnement pour élaborer des interventions de transformation du territoire, comme des projets de développement agricole. La méthode est basée sur une analyse de la situation actuelle, reposant sur l'évaluation des composantes fondamentales de l'environnement (sol, eau, biosphère) et sur la subdivision du territoire en unités écosystémiques au moyen de paramètres numériques. On obtient ainsi un système d'information géographique qui sert de support aux politiques d'aménagement. La superposition des hypothèses projetées permet d'évaluer les effets sur l'environnement, de déterminer la viabilité de l'intervention et de voir si des modifications doivent être apportées. Un exemple concret d'application de cette méthode, dans le cas d'un projet d'agrandissement d'un site d'extraction en Vénétie, est présenté.
Deuxième partie (document separé)
Les projets de développement rural, élaborés et mis en oeuvre par des organisations internationales telles que la FAO dans les pays en développement et, depuis peu, en Europe de l'Est, ont pour objectif d'améliorer les conditions socioéconomiques. Compte tenu de la nécessité de répondre sans délai aux besoins essentiels des populations, les interventions visent principalement, et parfois exclusivement, à une augmentation quantitative et/ou qualitative des productions agricoles et de la productivité.
De nombreuses études (Altieri et al., 1983; Ellen, 1982; Chambers, 1983) démontrent aussi que le développement, notamment rural, doit aller au-delà de cet objectif et tenir compte de la qualité globale de l'écosystème ou plutôt, dans le cas qui nous intéresse, de l'agroécosystème, vu comme un système biologique composé d'un certain nombre d'espèces (populations), de leurs interactions réciproques et avec les facteurs non vivants de l'environnement agricole (Ingegnoli, 1993).
Une approche intégrant des problématiques de type environnemental et des nécessités sociales dans la formulation et surtout dans l'exécution de projets de développement agricole doit éviter les erreurs commises par les pays industrialisés, qui se sont laissés guider par l'objectif prioritaire d'accroître les productions agricoles sans considérer les effets écologiques au sens large. Avec le temps, le développement agro-industriel s'est avéré non viable du point de vue de l'environnement, asservi aux lois du marché et trop consommateur d'énergie.
Les principaux effets négatifs du développement agricole quantitatif occidental se manifestent sous diverses formes, a savoir:
Lorsque l'on formule des interventions dans des systèmes naturels d'une grande richesse génétique, on risque de surestimer les capacités d'autorégulation et de régénération de la nature et de dépasser le seuil de réversibilité, ce qui aura pour effet de déclencher des processus de rétroaction négatifs et destructeurs. Or, il faut favoriser un développement agricole durable qui permette de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs, en préservant et en améliorant la qualité des ressources de base existantes (Hobbelink et al., 1995; Altieri, 1991).
Si l'on reconnaît qu'il est indispensable de formuler des plans de développement agricole compatibles avec les situations économiques locales, on prête encore trop peu d'attention à la qualité de l'environnement, c'est-à-dire à la capacité d'un écosystème de conserver spontanément ses composantes biotiques et non biotiques et leurs interactions complexes, dans un état d'équilibre dynamique stable par rapport aux conditions climatiques et édaphiques locales (Andreis, 1993). Il est donc indispensable de compléter les systèmes d'analyse socioéconomique par des méthodes d'évaluation de l'environnement, permettant d'estimer les effets à court, moyen et long termes sur l'agroécosystème d'un projet de développement rural pour pouvoir modifier certaines activités du projet et/ou organiser des interventions spécifiques de revalorisation.
La présente étude définit une méthode d'évaluation de l'environnement applicable à des projets de développement agricole (ou tout au moins de transformation du territoire), qui peut être utilisée avant, pendant et après l'intervention, et dont les caractéristiques fondamentales sont: objectivité et répétabilité; simplicité; et flexibilité.
Dans ses grandes lignes, elle consiste en une analyse, aussi objective que possible, des composantes fondamentales de l'environnement (sol, eau, biosphère), à partir de laquelle le territoire est subdivisé en zones homogènes, appelées biotopes ou unités écosystémiques (Finke, 1993; Di Fidio, 1993).
Il existe des interactions précises entre les activités humaines et les unités écosystémiques, qui engendrent des flux de réaction variant avec la qualité de l'unité écosystémique concernée et le type d'intervention pratiqué. La méthode d'évaluation de l'environnement présentée ici permet de quantifier ces interactions.
Pour formuler un jugement estimatif de l'environnement, on adopte un critère de conservation, lié à la qualité actuelle du milieu, considérée comme le minimum admissible en dessous duquel on ne doit pas descendre.
| RECHERCHES | TRAITEMENT | |||
|---|---|---|---|---|
| Eléments constitutifs | Sur le champ/ en laboratoire | bibliographiques/ cartographiques | Indices dérivés (synthétisés) 1* | Paramètres thématiques |
| Sol | squelette | |||
| profondeur | ||||
| déclivité des versants | Erosion | |||
| longueur des versants | ||||
| caract. physiques | fertilité intrinsèque | |||
| car. chimiques/minérales | Exploitation durable du sol | |||
| comp. organique | activité biologique | |||
| type de culture | apports fertilisants | |||
| position microstructures | position microstructures | protection hydrologique | ||
| direction microstructures | direction microstructures | |||
| forme microstructures | forme microstructures | |||
| Eau | oscillations de la nappe | oscillations de la nappe | potentiel érosif | Bilan hydrique |
| réseau hydrographique | réseau hydrographique | écoulement de surface | ||
| vitesse d'écoulement | percolation profonde | |||
| apports pluviométriques | ET | |||
| données climatiques | débits | |||
| rejets | ||||
| sources, fontaines, puits | Stabilité hydrogélogique | |||
| installations hydrauliques | ||||
| Végétation | bois et formation linéaires | localisation | protection hydrogéologique | |
| longueur | refuge de faune | |||
| largeur | liaison | |||
| hauteur | alimentation de la faune | Métapopulations animales | ||
| structure | potentiel mellifère | |||
| densité | production ligneuse | |||
| composition botanique | ||||
| mode de régénération | aménagement du paysage | |||
| âge | effet esthétique | Typologies de végétations | ||
| degré d'entretien | protection visuelle | |||
| bandes enherbées | caract. paysage | |||
| lutte contre la pollution | ||||
| Biodiversité | ||||
| ombrage | ||||
| effet brise-vent | ||||
| richesse botanique | ||||
|
Notes: Les données doivent définir toutes les caractéristiques nécessaires, compte tenu des objectifs et de l'échelle de l'enquête.
* Le traitement se déroule en plusieurs étapes successives, les informations sont synthétisées en indices dérivés, puis en paramètres thématiques, d'importance croissante. | ||||
Pour choisir entre les multiples caractéristiques qui peuvent être relevées, et entre les indices possibles, il est indispensable d'identifier ce qui est nécessaire et suffisant (critère primaire) pour définir d'une manière exhaustive, par rapport à l'échelle du travail, les composantes de l'environnement; tout en garantissant la simplicité et la précision des relevés (critère opérationnel).
Le choix du type de paramètres écosystémiques à prendre en considération pour déterminer la qualité globale de l'environnement est un aspect crucial, qui fait tout l'intérêt de la méthode.
Il existe essentiellement deux types de paramètres des biotopes:
Pour simplifier l'approche méthodologique, il convient de concentrer la démonstration sur une des composantes de l'environnement - sol, eau, végétation - et dans notre cas, sur la dernière. Ainsi, l'analyse de la végétation est fondamentale pour évaluer la qualité de l'environnement. La composante autotrophe est en effet le premier gradin de la pyramide écologique, dont dépendent directement ou indirectement tous les organismes hétérotrophes, suivant des rapports qualitatifs et quantitatifs qui peuvent être définis (Arnold, 1983; Merriam et Lanoue, 1990), avec des limites d'approximation d'autant plus réduites que les relations synécologiques sont mieux connues et précisées (Snow et Snow, 1988).
Ainsi, dans l'évaluation écologique du territoire non bâti d'une commune agricole du nord-est de l'Italie, la série de données classiques sur la vocation agronomique et culturale des terrains a été intégrée dans l'analyse des formations naturelles présentes (Fabbri, 1993; Merriam, 1984). La fiche utilisée pour ces relevés est présentée au tableau 2. On a considéré que la hauteur, la composition spécifique et la densité des couloirs écologiques (bois, maquis, haies, etc.) étaient des informations primaires. Ces données ont été mises en corrélation pour quantifier des indices complexes, tels que le degré d'ombrage des cultures, la richesse de la flore, le potentiel mellifère, d'alimentation et de refuge pour la faune sauvage. Ces indices expriment les influences des présences naturelles sur les activités anthropiques effectives et potentielles et sur les aspects plus écologiques à proprement parler. Le relevé permet, en mesurant un nombre limité de caractéristiques, de répondre à de multiples demandes, du fait que l'évaluation du potentiel biologique repose sur la formulation de fonctions de corrélation adéquates entre les caractéristiques primaires.
| Commune de : | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| DATE: | numéro de la surface étudiée | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |
| Caractéristiques | Description | Rangée de peupliers | Haies mixtes | Rangée | Maquis et arbustes | Haies face rue | Allée bordées d'arbres limite communale |
| Dimensions | hauteur arbres | 7 | 15 | 9 | 8 |
| 20 |
| hauteur arbustes | 3 | 3 | 4 | 6 | |||
| Structure | 1° arborée | 10 | 20 |
| 80 | ||
| 2° arborée | 70 | 60 | 40 | 30 | |||
| 1° arbustive | 60 | 50 | 40 | ||||
| Degré couverture (%) | 2° arbustive | 100 | 50 | 90 | 60 | ||
| herbacée
(< 30 cm) | 100 | 100 | 100 | 100 | 100 | 80 | |
|
| herbacée
(> 30 cm) | 40 | 60 | 50 | 20 | ||
| Distance moyenne | arbres | 6 | 5 | 7 | 10 |
| 12 |
| arbustes | 1 | 2 | 2 | 2 | |||
| Formation végétale située le long de: | route | * |
| * | |||
| cours d'eau | * | * | * | ||||
| frontière | * | ||||||
| Régime d'aménagement | taillis/avec têtards bas | * | * | ||||
| têtards hauts | * | * | |||||
| haute futaie | * | * | |||||
| pépinière forestière | * | ||||||
| élagage | |||||||
| mélange | |||||||
| néant | * | ||||||
| Age | < 2 ans | * | * | ||||
| de 2 à 6 ans | * | * | * | * | |||
| de 6 à 10 ans | * | * | * | * | |||
| de 10 à 20 ans | * | * | * | * | |||
| > de 20 ans | * | * | |||||
| Aspect | rangée simple | * | * | ||||
| rangée double | * | ||||||
| rangées multiples | * | * | |||||
| maquis
( >20 m) | * | ||||||
| Bandes latérales enherbées | présentes | * | * | * | * | * | |
| Fonction | récréation | ||||||
| protection | * | * | * | * | |||
| production | * | * | * | * | |||
| nature | * | * | * | * | |||
| «historique» | |||||||
| Entretien/Utilisation à des fins productives | excessive | * | |||||
| régulière | * | * | |||||
| occasionnelle | * | * | |||||
| en friche | * | ||||||
| Notes: Ces données sont intégrées avec un relevé botanique. Dans une phase successive, elles sont mises en corrélation pour chiffrer les indices complexes. | |||||||
Certaines caractéristiques ne peuvent pas être évaluées en totalité avec un relevé, auquel cas il est préférable de procéder à une détermination indirecte, en s'aidant de cartes (classes de pente des versants, altitude, dimensions des zones, par exemple) et/ou de documents (données climatiques, oscillations de la nappe acquifère, histoire locale, etc).
Les fonctions de corrélation, notamment celles qui intéressent la composante biotique, dérivent de la modélisation, sous forme de symboles, des données bibliographiques applicables au domaine d'intervention. Ces informations aux divers degrés d'agrégation (paramètres simples, thématiques et globaux) sont explicitées sous forme de tableaux et de cartes. En utilisant un logiciel graphique (CAD) en combinaison avec une base de données stockant et traitant les données à travers un programme original expressément mis au point, les différentes informations (cartographiques, relevées, calculées) sont rendues interactives. La note attribuée à la qualité de l'environnement résulte de l'intégration réciproque et flexible des données cartographiques et de celles obtenues à partir d'un relevé direct, selon les modalités décrites plus haut.
La lecture peut se faire à différents niveaux:
La qualité écosystémique globale peut être visualisée immédiatement sur une carte, à l'aide d'écomosaïques (Ingegnoli, 1993) représentant la distribution spatiale des valeurs du paramètre spécifique (par exemple nombre d'espèces), du thème spécifique (par exemple stabilité hydrogéologique, métapopulations animales) et enfin de la valeur totale de l'environnement, équivalant à la somme de tous les points assignés à chaque unité de surface (pixel).
Les écomosaïques diffèrent conceptuellement des cartes thématiques car elles ne représentent pas des éléments physiques mais la signification écologique attribuée à un territoire en fonction de la valeur de ses caractéristiques naturelles (De Nardo et Dal Sasso, 1995). On en arrive ainsi à définir la carte des unités écosystémiques (biotopes) qui présente des zones de même valeur écologique.
Ces unités constituent les données de référence de l'analyse de la situation actuelle, à partir de laquelle seront effectuées les évaluations ultérieures de l'impact potentiel de l'intervention anthropique, qu'il s'agisse d'une transformation agricole ou d'un autre type.