
mai 2004
Genève, Suisse
14-15 avril 2004
par Lavinia Gasperini
Proposition presenté au Comité directeur de l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA)
Disponible également en anglais
En dépit de l’amélioration sans précédent des niveaux de vie enregistrée depuis plusieurs décennies, le monde compte encore:
La majorité des individus appartenant à ces groupes – qui se confondent souvent – vit dans les zones rurales. Ce qui signifie, pour dire les choses différemment, que nous devons concentrer en priorité nos actions sur l’amélioration des conditions de vie dans les campagnes. D’après les estimations du FIDA (2001), 75 % des pauvres du monde entier sont des ruraux. On estime en outre que d’ici 2020, malgré l’urbanisation, 60 % des pauvres continueront d’appartenir au monde rural. Si, globalement, la population mondiale reste majoritairement rurale (53 %), ce phénomène est particulièrement frappant dans les pays en développement où les ruraux représentent en moyenne 80 % de la population totale. On estime également qu’au cours des 30 prochaines années, la plupart des ruraux des pays en développement resteront ruraux et ce sera particulièrement vrai pour les pays les moins avancés, où les habitants des zones rurales représenteront toujours en 2030 plus de 55 % de la population. On voit ainsi que les ruraux ne sont pas appelés à disparaître et que la majorité des pauvres continuera de se concentrer dans les zones rurales pendant de nombreuses années. Les données pointent donc vers des politiques et des investissements publics ciblés sur les populations rurales dans la mesure où le phénomène actuel d’urbanisation ne peut en aucun cas justifier un désengagement dans les zones rurales. C’est particulièrement vrai pour l’Afrique, où la pauvreté est bien plus répandue dans les campagnes que dans les villes1. Dans ces circonstances, l’avènement d’une croissance soutenue passe par l’augmentation de la productivité et des rendements des pauvres, et notamment des paysans pauvres. La pauvreté pourrait être nettement réduite si, sur l’ensemble du continent, les zones rurales contribuaient au développement économique. Pour ce faire, il faut consentir davantage d’investissements qui permettent aux ruraux pauvres de prendre en mains leur destin – à cet égard, les investissements dans l’éducation sont absolument vitaux. Si l’éducation n’est pas le seul facteur susceptible de réduire la pauvreté, le niveau d’éducation du chef de famille est un bon indicateur du niveau potentiel de revenu du ménage ; on constate que l’incidence de la pauvreté est plus marquée dans les ménages où le chef de famille n’a reçu aucune éducation2. Les recherches menées en Afrique montrent que la fréquentation scolaire est moindre dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Les inégalités entre les sexes sont également plus marquées dans les zones rurales3.
Par conséquent, la réalisation des objectifs fixés pour 2015 par la déclaration du millénaire – y compris ceux concernant la réduction de la pauvreté, l’amélioration de la sécurité alimentaire et l’enseignement primaire universel – nécessitera des efforts particulièrement importants dans les zones rurales. Si ce constat est vrai pour l’ensemble du monde, il l’est particulièrement en Afrique.
Ca veut dire que il est necessaire de adresser les « pauvres » et les « défavorisés », avec des politiques et des actions que mette l’accent en priorité sur les populations rurales.
Partout dans le monde entier, la ruralité est pratiquement synonyme de pauvreté, d’analphabétisme et de sous-alimentation. C’est pourquoi l’initiative en partenariat L’Éducation pour les populations rurales (EPR) s’adresse en priorité aux habitants des zones rurales et c’est dans cet esprit que le « Programme-phare relatif à l’éducation pour les populations rurales » a été lancé en septembre 2002 – pendant le Sommet mondial pour le développement durable (SMDD) – par les directeurs généraux de la FAO et de l’UNESCO.
Ce programme-phare cherche à souligner l’importance de l’ERP comme étape cruciale pour réaliser l’éducation pour tous (EPT) ; il reflète aussi les politiques en faveur du développement durable promues par le Sommet mondial de l’alimentation (Rome, 1996). L’article 3 de la déclaration sur l’EPT insiste sur la nécessité de supprimer les inégalités dans l’accès à l’éducation en ciblant les groupes mal desservis et notamment les pauvres, les enfants qui travaillent, les ruraux et les communautés isolées. L’article 5 de cette déclaration évoque l’obligation d’élargir les moyens et la couverture de l’éducation de base en s’intéressant aussi à la formation des jeunes et des adultes aux compétences techniques de base, notamment agricoles. Plusieurs engagements pris dans le plan d’action du Sommet mondial de l’alimentation concernent aussi l’éducation. Le premier affirme la nécessité d’assurer un environnement propice à l’éradication de la pauvreté, au maintien d’une paix durable et à la sécurité alimentaire pour tous. Il engage aussi les gouvernements (objectif 1.4) à appuyer, en collaboration avec la société civile, les investissements dans la mise en valeur des ressources humaines, notamment dans les domaines de l’éducation, de l’alphabétisation et d’autres domaines de formation, indispensables au développement durable. Le deuxième engagement (objectif 2.1) porte sur l’amélioration des compétences et des capacités humaines grâce à l’éducation de base et à la formation professionnelle et en cours d’emploi. Il concerne aussi la promotion de l’accès de tous, en particulier des pauvres et des membres des groupes vulnérables et défavorisés, à l’enseignement de base, en privilégiant accès et soutien à un enseignement primaire complet tout en prêtant une attention particulière aux enfants des zones rurales et aux filles. Le troisième engagement vise la poursuite des politiques et des méthodes participatives et durables de développement alimentaire, agricole, halieutique, forestier et rural ; il souligne aussi la nécessité de développer les infrastructures éducatives en milieu rural ainsi que les systèmes de formation, d’éducation et de renforcement des compétences et d’accorder la priorité aux investissements éducatifs axés sur l’être humain. Le contrôle du suivi a ces engagements devra être assuré par la communauté internationale dans le cadre du suivi des plans d’action de Jomtien et de Rome.
Pour concrétiser les objectifs de la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous et du Sommet mondial de l’alimentation, de nouveaux partenariats et alliances pluri-sectoriels et interdisciplinaires devront être noués entre ceux qui œuvrent en faveur de l’agriculture et du développement rural et ceux qui œuvrent pour l’éducation. De nombreux éléments montrent qu’il existe une corrélation directe entre le niveau d’éducation et le niveau de revenu, la santé maternelle, la mortalité infantile et la cohésion sociale. Pour les Nations unies, la FAO assume la direction de ce programme-phare chargé de promouvoir des initiatives internationales et locales.
Il s’agit d’apporter une assistance technique aux pays désireux de répondre aux besoins éducatifs de base des ruraux en élaborant des plans d’action spécifiques dans le cadre des plans nationaux d’action pour l’Éducation pour tous. Un projet de ce type a ainsi été engagé au Kosovo en 2003-04 pour aider les autorités (ministères de l’Éducation et de l’Agriculture) à préparer le plan national consacré aux besoins éducatifs des populations rurales du pays. En 2003, neuf études de cas par pays sur l’EPR ont été lancées – trois dans les Balkans et six en Amérique latine. Un projet EPR a été élaboré au Mozambique en 2003.
La proposition au Comité directeur de l’ADEA d’organiser conjointement en 2005 un atelier régional sur l’EPR en Afrique s’inscrit dans ce cadre de l’initiative de partenariat du le Programme-phare relatif à l’éducation pour les populations rurales. L’atelier s’appuiera sur les acquis des réunions précédentes en Amérique latine et en Asie organisées en 2002, 2003 et 2004. Il contribuera par ailleurs à nouer de nouvelles alliances entre les décideurs du secteur de l’éducation, de l’agriculture et du développement rural afin d’apporter une réponse aux besoins fondamentaux d’éducation des populations rurales.
De nombreuses actions ont été entreprises depuis le SMDD pour assurer la promotion de l’EPR – mais il reste encore beaucoup à faire et le temps presse. Si nous agissons ensemble, nous pourrons dépasser l’objectif fixé de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées et illettrées de par le monde d’ici 2015 et faire en sorte que tous les enfants – notamment dans les zones rurales (là où vivent la plupart des enfants africains) et surtout les filles – soient effectivement scolarisés et puissent bénéficier d’une éducation de qualité adaptée aux besoins des communautés rurales. Il ne s’agit pas là d’objectifs plafond mais bien de cibles minimum. Ensemble, nous pouvons construire un monde meilleur pour tous.
1Voir le Rapport 2001 sur la pauvreté rurale du FIDA ainsi que son étude Évaluation de la pauvreté rurale – Afrique orientale et australe (2002, p. 11), où l’on peut lire : « [L’Afrique orientale et australe] se compose de 21 pays et abrite une population totale d’environ 350 millions d’habitants. Quelque 260 millions d’habitants vivent en milieu rural (73 %), et plus de la moitié d’entre eux vivent dans une pauvreté extrême. En 2000, quelque 145 millions d’habitants de la région vivaient dans la pauvreté. Dans la majorité des pays, à l’exception des petits pays insulaires (Seychelles et Maurice), 40 à 50 % de la population vivent au-dessous du seuil de pauvreté national. »
2« Une étude portant sur le Niger, pays dans lequel le niveau global de l’instruction est beaucoup moins élevé que dans l’ensemble des pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, révèle que l’incidence de la pauvreté est la plus élevée (70 %) dans les ménages dont le chef n’a aucune instruction ; lorsque le chef de ménage (homme ou femme) est alphabétisé, l’incidence est de 65 % et lorsqu’il a suivi une scolarité primaire complète elle tombe à 56 %. » (Évaluation de la pauvreté rurale – Afrique de l’Ouest et du Centre, FIDA, p. 18, 2001).
3« Ainsi, au Niger, le taux de scolarisation des filles les plus pauvres est de 6 % en milieu rural, contre 80 % environ parmi les garçons de familles non pauvres en zone urbaine. On observe aussi d’importants écarts dans les campagnes : dans les 20 % de ménages ruraux les plus pauvres, le taux de scolarisation des filles (7,3 %) représente environ 40 % de celui des garçons, alors que dans les 20 % de ménages ruraux les plus riches la proportion est de 55 %. » (FIDA, op. cit., p. 18).
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