
Affiché le mai 1997
L'enseignement et la formation agricoles:
difficultés et chances
- Troisième partie
1. L'adéquation de la formation aux besoins de l'emploi et de
l'entreprenariat
Les relations avec le marché de l'emploi
De nombreux participants aux réunions ont exprimé l'intérêt
qu'ont les établissements d'enseignement agricole à connaître
en permanence les conditions de l'emploi et d'adapter leur enseignement
à ce dernier. La formule idéale proposée serait de
les doter d'une structure d'observation permanente du marché de l'emploi
et d'ajustement des programmes. Tous ont regretté que des rigidités
institutionnelles et un manque de ressources rendent la chose très
difficile.
Cette lacune est assez généralisée, mais il existe
quelques exceptions intéressantes, parmi lesquelles on peut citer:
- l'Institut Agricole de Bouaké, en Côte d'Ivoire, qui s'est
doté d'une cellule permanente d'étude du marché de
l'emploi, utilise essentiellement des professeurs visitants provenant des
divers secteurs économiques et organise pour ses étudiants
des stages en entreprises, où ils trouvent généralement
un emploi. Ceci se fait également au Royaume-Uni, sous la forme des
"placements industriels", intervenant pendant la formation universitaire;
- l'Ecole des Cadres Ruraux de Bambey, au Sénégal, ouvre
ses formations vers les activités du secteur privé par l'étude
des problèmes de gestion et de cas concrets. Les étudiants
développent des connaissances et des savoir-faire appréciés
par le secteur privé et augmentent leurs chances de trouver un emploi;
- l'Escuela Panamericana "El Zamorano", au Honduras, organise
des formations de techniciens supérieurs et d'agronomes. L'enseignement
se caractérise par l'importance donnée à la pratique
et par un entraînement à la prise de décisions techniques
et administratives, suivant le principe "apprendre en faisant",
et reste en contact permanent avec le marché de l'emploi (voir cadre
3);
- l'Instituto Universitario Experimental de Tecnología y Agricultura
"Simón Bolívar", au Vénézuéla,
forme des "administrateurs d'exploitations agricoles", en réponse
à la politique vénézuélienne de promotion de
la moyenne exploitation modernisée.
Quelques initiatives pour mettre en place des formations orientées
vers l'entreprenariat et les besoins du secteur privé ont été
mentionnées par la Table Ronde pour l'Europe Centrale et Orientale,
mais ces expériences sont forcément trop récentes pour
que leurs résultats puissent être analysés.
Un certain nombre de pays industrialisés, restant fidèles
à la tradition libérale et humaniste de l'enseignement universitaire,
se refusent à conditionner les admissions en fonction des seules
perspectives de l'emploi et tiennent à laisser les étudiants
libres de choisir leur filière de formation selon leurs goûts.
Toutefois, dans beaucoup de ces pays, le système proprement universitaire
est doublé d'un enseignement technique supérieur beaucoup
plus orienté vers la formation d'entrepreneurs et de gestionnaires.
Dans la plupart des pays industrialisés et dans certains pays en
développement, c'est un usage courant que d'exiger une année
de travail à la ferme ou dans une autre activité liée
au secteur agro-alimentaire, avant d'être admis à suivre des
formations de longue durée en agriculture. Dans certains cas, comme
au Royaume-Uni, les étudiants doivent effectuer plusieurs périodes
de travail dans diverses entreprises agricoles pendant leurs études.
Le système franÿais des "Grandes Ecoles" et des "Ecoles
techniques supérieures", conservé dans la plupart des
pays francophones, représente une formule intermédiaire entre
une orientation basée sur l'emploi et la liberté universitaire
de choisir sa formation. Tout en laissant aux étudiants une grande
liberté dans le choix de leur cursus, les établissements maintiennent
avec les services techniques et les organisations professionnelles des contacts
permanents qui facilitent l'orientation des formations.
Objectifs de développement, besoins locaux et participation des
communautés
L'enseignement et la formation agricoles ont un rôle fondamental à
jouer dans la définition et l'exécution des plans et programmes
de développement d'un pays. Mais il convient pour cela que les autorités
compétentes définissent une politique agricole cohérente,
dans laquelle l'enseignement et la formation agricoles auront leur place,
ce qui, comme conséquence, exige la définition d'objectifs
généraux de formation pour le système de l'enseignement
agricole.
Il a été assez généralement recommandé,
pour faciliter cette formulation que des membres responsables du corps universitaire
soient invités à participer à la préparation
des politiques agricoles. C'est la cas de la Malaisie où les universitaires
sont souvent appelés à participer aux commissions gouvernementales
de programmation et de répartition budgétaire.
Les programmes de formation à tous les niveaux, doivent prendre en
compte les problèmes des petits agriculteurs, comme ceux des "fermiers
sans terre ou quasi sans terre", grâce à un matériel
pédagogique spécifique et des programmes spéciaux de
recherche et de vulgarisation.
Le secteur de la pêche doit également être l'objet d'une
attention particulière dans les programmes de recherche, de formation
et de vulgarisation: les petits pêcheurs côtiers sont parmi
les populations les plus démunies sur le continent asiatique comme
dans les îles du Pacifique Sud, où l'absence de personnel compétent
représente un facteur limitant pour le développement de la
pêche.
Dans beaucoup de Régions, les fermes familiales de petite dimension
représentent le plus grand nombre des exploitations. Le modèle
de développement technologique que leur proposent la recherche et
la vulgarisation n'est pas du tout adapté à ces petits producteurs,
car il dépend d'intrants inaccessibles à la plupart d'entre
eux.
La prise en compte des besoins de ces familles rurales est du ressort des
responsabilités de l'Etat en matière de génération
de technologies appropriées et de formation professionnelle. Les
institutions d'enseignement agricole ont le devoir de former des chercheurs
et des vulgarisateurs capables de prendre en compte les besoins de ces petits
producteurs.
Dans de nombreux pays, les entreprises agricoles se distribuent depuis l'agriculture
de subsistance jusqu'aux exploitations les plus modernes. Cette considération
a amené les Tables Rondes pour l'Afrique francophone et lusophone
à proposer que les besoins en formation soient évalués
en fonction de quatre "axes":
- l'administration du développement et la vulgarisation;
- les besoins de l'entreprenariat et du secteur privé;
- le monde paysan traditionnel;
- la formation des enseignants et des chercheurs.
Les participants ont suggéré, comme moyen de rapprocher les
formations des besoins réels, d'associer des représentants
des forces vives économiques et des communautés à la
définition des besoins et des programmes.
Cette approche a été tentée en Colombie par un projet
conduit par la FAO. L'établissement de niveau secondaire concerné
s'est doté d'un "comité pédagogique externe",
réunissant les administrations publiques intéressées,
les institutions de développement opérant dans la zone et
les producteurs organisés en coopératives. Le comité
donne son avis sur les orientations et les programmes de l'établissement
et aide à la recherche d'un emploi par les diplômés.
La Table Ronde pour le Moyen-Orient a observé que la formule classique,
qui consiste à laisser les enseignants eux-mêmes définir
les programmes, est inappropriée. Les besoins en formation et les
profils d'emploi doivent être pris en considération de faÿon
adéquate dans l'ajustement des cours.
Il est souhaitable que des représentants de toutes les catégories
intéressées participent à la formulation des programmes.
La recherche des besoins à satisfaire peut être réalisée
au moyen d'enquêtes auprès des anciens élèves,
grâce à des questionnaires portant sur leur carrière,
les emplois occupés et leur degré de satisfaction pour la
formation reÿue dans l'établissement.
2. La defonctionnarisation des formations et leur orientation vers l'entreprenariat
et les besoins du secteur privé
Dans le passé, la plupart des pays en développement ont orienté
les formations agricoles vers les besoins des services publics ou des organismes
para-publics. La plupart des diplômés trouvaient ainsi un débouché
dans la fonction publique.
La crise économique et les programmes d'ajustement structurel ont,
dans beaucoup de pays, non seulement réduit les recrutements par
le secteur public, mais aussi conduit de nombreux fonctionnaires à
perdre leur emploi. Ces fonctionnaires "déflatés"
ont besoin de programmes de reconversion vers le secteur privé et
l'entreprenariat.
De nouvelles exigences pour l'enseignement et la formation
Plus que jamais, les systèmes d'enseignement et de formation agricoles
doivent répondre aux besoins de l'entreprenariat et du secteur privé.
Les formations doivent être organisées en fonction des besoins
de différents groupes, parmi lesquels on peut citer:
- des chômeurs, totaux ou partiels;
- des fonctionnaires "déflatés";
- des cadres divers voulant se recycler;
- de jeunes diplômés cherchant un premier emploi;
- des groupements divers tels que des associations villageoises ou des
groupements d'agriculteurs, demandant des connaissances et des savoir-faire
pour le développement local.
L'Institut National de Développement Rural de Thiès, au Sénégal,
offre l'exemple d'un programme "intégré" de formation
à l'entreprenariat. Son "Projet d'Appui à la Formation
à l'Entreprenariat" offre une formation payante précédée
de conseils d'orientation et suivie d'une post-formation après installation.
Pas mal de collèges agricoles en Afrique ont organisé des
formations professionnelles pour les agriculteurs et les personnes qui veulent
s'installer en agriculture, ainsi que des programmes de formation pour le
développement des petites et moyennes entreprises, mais peu d'établissements,
jusqu'à présent, ont organisé des cours de haut niveau
de formation à l'entreprenariat et à la gestion.
Divers facteurs ont contribué à accroître la pression
en faveur de l'introduction de sujets commerciaux dans les programmes de
l'enseignement et de la formation agricoles, parmi lesquels on peut citer:
- l'accroissement des échanges de biens, de personnes et d'informations
entre régions et pays;
- la réduction des recrutements par le secteur public;
- la réduction des aides financières gouvernementales à
l'enseignement et à la formation agricoles;
- l'effondrement des systèmes d'économie dirigée
et le passage à l'économie de marché.
Différentes formules de formation à l'entreprenariat ont été
envisagées et expérimentées dans des pays d'Afrique;
elles impliquent soit des établissements de formation initiale, soit
des projets de développement appuyés par des ONG ou des organisations
internationales.
En ce qui concerne les établissements de formation initiale, la situation
est la suivante:
- les établissements formant des ingénieurs de conception
et les universités ont peu réagi à ce nouveau type
de demande;
- c'est au niveau des formations d'ingénieurs des travaux ou de
techniciens, déjà plus orientées vers la pratique,
que l'on peut espérer susciter et former valablement des entrepreneurs
agricoles.
Les participants à la Table Ronde pour l'Afrique francophone ont
identifié certaines conditions nécessaires à la réussite
d'une réorientation des formations vers l'entreprenariat:
- les programmes doivent répondre aux besoins nationaux;
- les programmes et méthodes pédagogiques doivent être
en adéquation avec les besoins de l'emploi et les profils professionnels
des stagiaires à former;
- le rôle des institutions, particulièrement celles qui offrent
parallèlement des formations initiales classiques, doit être
clairement défini;
- la formation sous forme de stages et de conseils techniques individuels
doit se poursuivre après l'installation des entrepreneurs; ceux-ci
doivent y contribuer financièrement;
- l'enseignement et la formation pratique doivent faire appel, autant
que possible, à des compétences venant du milieu professionnel;
- des méthodes souples de formation doivent être utilisées;
- à mesure qu'ils s'installent, les entrepreneurs agricoles doivent
être associés à la définition, la préparation
et l'exécution des programmes ultérieurs.
Le passage d'une economie centralement planifiée à une
economie de marché
Le passage d'une économie centralement planifiée à
une économie de marché, spécialement étudié
par la Table Ronde pour l'Europe Centrale et Orientale, entraîne un
changement radical dans les objectifs et les méthodes de l'enseignement
agricole. Quoique les problèmes et le contexte présentent
de grandes similitudes dans toute la région, les conditions propres
diffèrent d'un pays à l'autre.
L'Allemagne représente un cas extrême, puisque, après
la réunification, le système de l'enseignement et de la formation
agricoles de l'ex-RDA a été graduellement et totalement intégré
dans celui de la République Fédérale.
La Russie et les autres pays ex-communistes n'ont pu, pour leur part, conduire
une réforme aussi totale. Cependant leurs stratégies de transformation
ont été définies et de nouvelles politiques pour réorienter
le système de l'enseignement agricole vers l'économie de marché
se mettent en place progressivement.
Les objectifs fondamentaux du système d'enseignement sont en cours
de révision pour s'adapter à cette économie de marché.
En particulier:
- le système doit répondre aux besoins de l'entreprise privée;
- l'esprit d'entreprise doit être développé chez les
étudiants, qui doivent apprendre à penser de faÿon créative
et à agir de faÿon indépendante.
- la formation des conseillers en économie agricole et en commercialisation
doit faire l'objet d'une attention renouvelée de grande ampleur;
- il convient de remplacer la formation de spécialistes étroits
par celle de diplômés ayant une vision élargie du "complexe
agro-alimentaire";
- les problèmes de l'environnement, totalement négligés
jusqu'à présent, doivent recevoir l'importance qui leur est
due.
L'obtention de ces objectifs rend nécessaire une restructuration
complète du système éducatif en soi, selon les principes
suivants:
- à l'isolement des facultés d'agriculture, trop nombreuses
et réparties en trop petites unités, il convient de substituer
des ensembles plus importants et diversifiés;
- la recherche et l'enseignement, antérieurement séparés,
doivent être associés et les enseignants intégrés
dans le système de la recherche;
- le système à créer doit être suffisamment
souple pour permettre aux étudiants de choisir leur cursus parmi
un certain nombre d'options;
- des échanges internationaux sont nécessaires pour permettre
aux professeurs et aux étudiants de sortir de l'isolement actuel
et de profiter de l'expérience des pays à économie
libérale de marché;
- le succès de cette profonde transformation nécessite un
recyclage du corps enseignant, afin de le préparer à ces nouveaux
programmes et ces nouvelles méthodes d'enseignement.
La solution des problèmes mentionnés ci-dessus est rendue
plus difficile par des décennies de sous-investissement dans l'enseignement
supérieur, d'où des difficultés pour acquérir
et entretenir les équipements, obtenir de la documentation et des
manuels, et la perte d'intérêt de la part des diplômés
pour les carrières de l'enseignement et de la recherche.
La Russie et les autres pays de l'Europe Centrale et Orientale ont tous
manifesté le désir d'une coopération internationale
et inter-institutionnelle pour l'élaboration de leurs plans de réforme
et pour l'organisation de contacts réels avec des établissements
d'Europe Occidentale et d'Amérique du Nord.
Les experts réunis pour les différentes conférences
ont estimé utile, en vue de l'étude des problèmes de
l'enseignement et de la formation agricoles, de classer les pays selon les
critères suivants:
- les pays développés (industrialisés);
- les pays en voie de développement avancé (réalisant
une industrialisation rapide);
- les pays les moins avancés;
- les pays en voie de transition d'une économie planifiée
vers l'économie de marché.
la
Bulgarie
Comme les autres pays de l'Europe Centrale et Orientale, la Bulgarie vit
des changements socio-économiques rapides et profonds qui affectent
l'économie et l'enseignement agricole. Le système de cet enseignement
et ses objectifs doivent être reconsidérés. Celui qui
a été hérité du socialisme est vieilli, statique
et rigide avec des formes et des structures inflexibles: il ne satisfait
pas les besoins actuels. La Bulgarie a besoin d'un système ouvert
et flexible, apte à s'adapter aux changements, ce qui implique une
université capable d'associer l'enseignement, la recherche et la
vulgarisation-développement.
- M. Popova: "L'enseignement supérieur agricole en Bulgarie
en période de transition économique" - Table Ronde pour
l'Europe Centrale et Orientale - 1992 |
Tant dans les "pays industrialisés" que dans les "pays
en voie de développement avancé", des problèmes
spécifiques sont en cours d'apparition et il est vraisemblable que
les problèmes rencontrés par l'enseignement agricole dans
les pays industrialisés apparaîtront également dans
d'autres pays, à mesure de leur accès au stade industriel,
tels que la Corée, Taïwan, le Brésil, le Mexique, l'Argentine
ou le Chili.
Dans ces pays, l'intégration accélérée et la
diversification des activités agricoles ont changé le rôle
et les perspectives de l'enseignement agricole. Les changements les plus
importants se sont manifestés au niveau de:
- l' économie libéralisée et la situation du marché;
- la société, ses valeurs et sa perception du monde rural;
- les progrès scientifiques et l'apparition de nouvelles technologies;
- la réduction de la population active agricole à un minimum.
Il convient également de prendre en considération des changements
importants dans la perception qu'a le public des activités agricoles.
Les consommateurs deviennent exigeants en ce qui concerne la qualité
des aliments, la protection de l'environnement ou le bien-être des
animaux d'élevage.
En ce qui concerne la structure même du système de l'enseignement
agricole dans les pays industrialisés, dans les pays en voie de développement
avancé et dans les pays en transition, les tendances dont il conviendra
de tenir compte vont vers:
- une concurrence entre institutions, du fait de la mobilité des
étudiants et du marché libre des enseignements supérieurs;
- la "mondialisation" de la société, qui conduit
les établissements à internationaliser davantage leur image
de marque;
- une coopération croissante entre un petit nombre d'institutions
de haut niveau et une diminution de la compétitivité des autres;
- l'intégration renforcée entre l'enseignement supérieur
et la recherche;
- l'importance croissante de la crédibilité du corps enseignant
universitaire aux yeux du secteur privé.
Ces considérations présentées devant la Table Ronde
pour l'Europe Centrale et Orientale, sont confirmées par les études
de cas réalisées en 1991 dans des établissements d'enseignement
supérieur de pays comme le Canada, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas,
la Suède, les Etats-Unis et les rapports par pays du Japon, de la
Corée ou de la Thaïlande, entre autres.
3. Les relations avec les organisations régionales et internationales
Les organisations régionales, inter-régionales et internationales
ont en général un domaine de compétence plus large
que le seul enseignement agricole. Elles associent souvent l'aide financière
à l'assistance technique et peuvent émaner des gouvernements
ou d'ONG.
D'autre part, des associations internationales ont été créées
par les établissements d'enseignement agricole eux-mêmes, aux
niveaux sub-régional ou régional, souvent par grands ensembles
linguistiques.
Les associations regroupant des établissements d'enseignement supérieur
sont évidemment plus nombreuses et ont une plus large extension géographique
que celles qui intéressent des établissements d'enseignement
technique.
Problèmes liés aux institutions et organisations
Toutes les organisations, inter-gouvernementales ou inter-institutionnelles,
ont été reconnues indispensables par les participants aux
différentes rencontres. Toutefois il a été fait remarquer
que:
- leur multiplication entraîne trop souvent des doubles emplois
et des superpositions d'actions, aggravées par une absence quasi
totale de coordination, même entre institutions appartenant à
la même organisation. Les possibilités de coopération
pour l'organisation de programmes spécialisés de formation
sont rarement exploitées;
- les projets et actions de différentes origines opérant
dans une même institution, peuvent entrer en conflit ou provoquer
des tensions au sein de l'institution elle-même;
- les projets réalisés sur financement extérieur
n'ont généralement pas une durée suffisante. L'absence
trop fréquente de formation d'un personnel national de relève
compromet la survie des initiatives;
- la fin des projets financés par l'étranger entraîne
l'interruption brutale de tout support logistique: sans la prévision
de ressources nationales pour prendre la relève, la continuité
de l'action est souvent compromise.
Les Tables Rondes ont unanimement souligné la nécessité
de regarder par delà les frontières nationales et d'établir
des liens avec d'autres institutions de recherche ou d'enseignement supérieur.
Les associations régionales d'agronomes, de vétérinaires,
d'enseignants ou de techniciens, sont un instrument efficace de circulation
de l'information au niveau international. Il en existe dans toutes les Régions,
mais elles sont particulièrement actives en Asie et Amérique
Latine.
La coordination et la coopération inter-institutionnelles
La coordination et la coopération inter-institutionnelles existent
déjà, essentiellement aux niveaux régional et sub-régional,
et bon nombre d'organismes associatifs inter-institutionnels étaient
représentés aux diverses Tables Rondes, tels:
- l'Association Asiatique des Collèges et Universités Agricoles
(AAACU);
- le Centre Régional pour l'Enseignement Supérieur et la
Recherche Agricoles en Asie du Sud-Est (SEARCA);
- l'Association Latino-Américaine d'Enseignement Agricole Supérieur
(ALEAS);
- le Centre de Développement Rural Intégré pour l'Afrique
(CIRDAFRICA);
- l'Association des Facultés d'Agriculture en Afrique (AFAA);
- le Réseau Européen de Coopération Universitaire
pour l'Agriculture Tropicale (NATURA).
Ces institutions facilitent l'organisation d'échanges inter-universitaires,
consistant essentiellement à:
- promouvoir des projets de recherche conduits en association;
- procéder à des échanges de chercheurs, d'enseignants
et d'étudiants;
- procéder à des échanges d'information sur les programmes
et autres sujets d'intérêt commun.
Dans différentes Régions, se sont créés des
réseaux de solidarité et de coopération, à commencer
par les associations régionales (asiatiques, africaines ou latino-américaines)
d'universités ou facultés d'agriculture.
Ces réseaux ont permis d'identifier, parmi les institutions associées,
des centres particulièrement bien situés et préparés
pour devenir des pôles régionaux pour telle ou telle spécialité.
Les Tables Rondes ont recommandé le renforcement de tels centres,
appelés:
- "Centres d'Excellence", en Asie;
- "Centres de Spécialisation", en Afrique anglophone;
- "Centres Régionaux d'Etudes Spécialisées en
Agriculture", en Afrique francophone.
Beaucoup de participants ont souligné le fait que la multiplication
des spécialisations à prévoir ainsi que le coût
de plus en plus élevé qu'elles représentent en équipement
et en personnel, rendent désirables des accords inter-institutionnels
de coopération. Mais trop souvent, l'"esprit de clocher"
a fait échouer les efforts pour créer des universités
régionales.
C'est évidemment dans le domaine des spécialisations rares
et coûteuses que la coopération inter-institutionnelle peut
offrir la maximum de services. Comme tous les établissements ne peuvent
offrir toutes les spécialisations, cette formule permet de confier
à des institutions particulières la formation initiale ou
continue des spécialistes: c'est en ce sens que doivent être
conÿus les "Centres d'excellence" ou "Centres de spécialisation",
qui seront également appelés à jouer un rôle
fondamental dans les programmes de recherche inter-institutionnels ou internationaux.
Les réseaux académiques et les liens inter-institutionnels
semblent manquer, d'une faÿon générale, au Moyen-Orient.
Leur création a été recommandée par la Table
Ronde régionale, dans le but d'améliorer la coordination pour
la recherche et l'enseignement supérieur.
Les différentes Tables Rondes pour l'Afrique ont toutes souligné
le besoin d'établir des contacts et de créer des liens entre
les différents réseaux fonctionnant sur ce continent.
Tandis que les liens existant entre leurs établissements se relâchent,
les pays de l'Europe Centrale et Orientale désirent en créer
davantage, et plus intenses avec les institutions de l'Ouest. Ils ont lancé,
au cours de leur Table Ronde, un appel pour la création d'une "Association
Européenne de l'Enseignement Supérieur Agricole", chargée
de susciter des liens entre établissements de l'Ouest, du Centre
et de l'Est du Continent.
La plupart des Tables Rondes ont recommandé que des réseaux
nationaux, sub-régionaux ou régionaux d'établissements
d'enseignement et de formation soient également créés
au niveau intermédiaire et technique.
L'Expérience des ecoles inter-etats
Une coopération intra-régionale pour l'enseignement, réalisée
avec l'aide de certains pays industrialisés, a abouti à la
création par quatorze pays francophones d'Afrique Centrale et Occidentale,
d'un certain nombre d'"Ecoles Inter-Etats".
Dans le domaine agricole, fonctionnent actuellement:
- l'Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires
(EISMV), à Dakar, Sénégal;
- l'Ecole Inter-Etats des Ingénieurs de l'Equipement Rural (EIER)
à Ouagadougou, Burkina Faso;
- l'Ecole Inter-Etats des Techniciens Supérieurs de l'Hydraulique
et de l'Equipement Rural (EITSHER), également à Ouagadougou,
Burkina Faso.
Les Ecoles Inter-Etats sont membres du réseau francophone des CRESA
(Centres Régionaux de Recherche et d'Enseignement Supérieur
Agricole).
La formule, en place depuis près de vingt ans, présente
les avantages suivants:
- budget suffisant, auquel participent tous les Etats membres, et qui
peut être renforcé par la coopération multinationale;
- politique efficace de formation du corps enseignant;
- centres de documentation complets et actualisés;
- organisation d'une formation post-universitaire et d'une formation continue
bien structurées;
- liens permanents avec les structures employant les diplômés;
- participation à la recherche appliquée et à la
diffusion des techniques;
- grande souplesse et autonomie administratives;
- échanges permanents avec le monde extérieur sous forme
de consultants, vacataires et professeurs venant d'autres institutions d'Afrique,
d'Europe et du Canada;
- parfaite adéquation de la formation à l'emploi.
Le rôle des organisations internationales en faveur de l'enseignement
agricole
Toutes les Tables Rondes ont pris conscience de l'importance des organisations
internationales - au niveau régional et global - et du rôle
qu'elles peuvent jouer dans le développement, le perfectionnement
et la modernisation de l'enseignement agricole
La FAO est l'agence pilote pour le développement rural et le responsable
technique du développement agricole dans le "système"
des Nations-Unies.
Au titre de l'enseignement agricole, elle a pour mission de:
- aider les gouvernements à définir leur politique et promouvoir
leurs programmes;
- promouvoir de nouveaux programmes et de nouvelles méthodes d'enseignement
et aider à leur mise en oeuvre;
- aider à l'établissement de structures d'association entre
l'enseignement, la recherche et le développement;
- apporter son assistance à des projets, qu'ils soient financés
par elle même, par d'autres organisations internationales ou par des
Etats.
Les organisations internationales peuvent donc intervenir efficacement en
faveur de l'enseignement agricole en:
- apportant leur appui aux institutions régionales qui souvent
manquent de moyens, favorisant ainsi la coopération entre pays en
développement;
- organisant des échanges d'information et d'expériences
entre Etats et Régions;
- préparant des compétences nationales pour assurer la relève,
et donc la continuité des actions, en fin de projet;
- avorisant la coordination entre différents donateurs et agences
techniques.
Les agences donatrices bilatérales, qu'elles dépendent des
gouvernements, de fondations ou d'organisations de volontaires, ont une
large gamme de projets et d'actions en matière d'enseignement agricole.
Elles encouragent en outre l'établissement de liens entre institutions
des pays industrialisés et institutions de même niveau dans
les pays en développement. Ces liens sont particulièrement
importants dans l'octroi et la gestion de bourses, le perfectionnement du
personnel et la création de réseaux d'excellence.