Affiché le septembre 1996
Atelier international sur le développement de la radio rurale en Afrique
Ouagadougou, Burkina Faso
10-14 juin 1996
Les pays africains se trouvent face à d'importantes mutations d'ordre politique, économique et social, caractérisées notamment par un processus de démocratisation et de pluralisme, la recherche de la paix, une décentralisation de la décision économique et politique, un encouragement des opérateurs économiques et des acteurs de la société civile à reprendre des fonctions jusqu'alors assurées par les Etats.
Dans ce contexte, des défis majeurs doivent être relevés: assurer la sécurité alimentaire de populations en croissance rapide, augmenter la production agricole tout en préservant l'équilibre des ressources naturelles, améliorer les conditions de vie, de santé, d'éducation, de nutrition des populations, notamment des femmes et des enfants, créer des revenus et des emplois.
Ces défis ne peuvent être relevés sans une participation active des populations.
Pour y parvenir, la communication est un facteur stratégique. Les déclarations de Windhoek en 1991 et de Bamako en 1993 ont mis l'accent sur la nécessité du développement d'une presse et d'une radio indépendantes et pluralistes. La radio demeure, pour le monde rural, l'outil de communication le plus populaire, le plus fiable, le plus économique et le plus accessible . Elle permet, plus que tout autre moyen, de surmonter les obstacles de la distance, de l'analphabétisme et de la diversité des langues.
L'utilisation de la radio au service du monde rural a connu d'importantes évolutions. Les innovations technologiques en matière d'équipements, la réduction du coût des émetteurs F.M., l'assouplissement des monopoles de diffusion et l'apparition de nouveaux acteurs du secteur privé et associatif ont conduit, au cours des dernières années, au développement de nouvelles formes radiophoniques au niveau des centres urbains comme à celui des communautés rurales.
Cette évolution a permis une diversification et une pluralité des approches, une couverture plus complète des territoires et une meilleure prise en compte de la diversité des contextes socio-économiques et des langues des auditoires. Les acteurs du développement, et notamment les animateurs de base ont désormais la possibilité de s'approprier cet outil de communication en créant leurs propres stations de radio ou en participant activement à l'orientation de leurs programmes. Pour prometteuse qu'elle soit, cette évolution se caractérise toutefois par une grande dispersion des initiatives et une fragilité des dispositifs mis en place.
Aujourd'hui, les radios rurales africaines sont à la croisée des chemins. De nouvelles orientations doivent être dessinées pour le futur, des décisions doivent être prises et de nombreux problèmes restent à résoudre pour leur permettre de se développer harmonieusement et de remplir leur mission d'information et de dialogue au service du développement rural:
En définitive, il est essentiel que tous les partenaires engagés dans le développement rural (Gouvernements, partenaires internationaux, associations représentatives du monde rural, opérateurs économiques du secteur privé) s'engagent à soutenir et à accompagner le développement de la radio rurale en Afrique.
Pour cela, ils doivent identifier les ressources disponibles et mettre en place des mécanismes de concertation et de suivi qui permettent la planification et la mobilisation de leurs compétences techniques et de leurs ressources financières , de façon coordonnée et complémentaire. Un tel mécanisme devrait notamment trouver une articulation avec l'Initiative Spéciale du système des Nations unies pour l'Afrique.
Tous les partenaires concernés sont invités à considérer le Plan d'Action de Ouagadougou comme un cadre de référence commun pour la définition et la mise en oeuvre des futures actions de développement de la radio rurale en Afrique.
Bases de l'action
Le développement des radios rurales à l'échelle nationale, régionale et locale et la prise en compte de l'ensemble des besoins de la population rurale implique le respect du pluralisme par l'Etat et les autres acteurs, ainsi que la mobilisation concertée et complémentaire de stations de radio qui se situent à plusieurs échelles et niveaux, disposent de moyens différents les uns des autres et fonctionnent selon des statuts et des règles diversifiés.
Il est donc indispensable, au moment où de nouvelles stations s'implantent à un rythme rapide, en milieu urbain comme en zones rurales, de prendre les dispositions politiques, juridiques et réglementaires appropriées, à l'échelle nationale, régionale et locale, afin d'adopter des statuts juridiques appropriés, de définir des missions et d'établir des cahiers des charges conformes au statut et à la vocation des stations, d'édicter des règles de déontologie adaptées aux conditions nouvelles créées par l'apparition de nouveaux acteurs dans le paysage radiophonique, d'attribuer les autorisations et les fréquences sur des bases juridiquement fondées, d'encourager et de faciliter la constitution de réseaux.
L'adoption de statuts juridiques appropriés permettra par ailleurs aux radios rurales d'acquérir une autonomie administrative, financière et rédactionnelle en conservant une mission générale de service public.
Ces modifications juridiques et réglementaires doivent s'accompagner des dispositions institutionnelles qui permettent aux radios rurales de jouer pleinement leur rôle d'instrument de promotion et de soutien du développement rural. Pour cela, tous les acteurs du développement doivent être associés à l'orientation et à la définition des programmes radiophoniques, afin que la thématique de ces programmes, ainsi que leur traitement reflètent la diversité des besoins et la pluralité des opinions et des approches.
Activités
Bases de l'action
La survie des radios rurales est menacée en raison de maigres ressources qu'elles peuvent consacrer aux équipements et infrastructures techniques qui connaissent, dès lors, de sérieux problèmes de fonctionnement et de maintenance. Elles ne disposent généralement pas d'équipements spécifiques et connaissent de grandes difficultés pour s'approvisionner en pièces détachées.Pour assurer un développement durable de la radio rurale, il est indispensable d'établir, au niveau de chaque pays, un plan de développement des infrastructures et équipements techniques des radios rurales et de rechercher, à l'échelle nationale et interafricaine, les solutions techniques appropriées pour une exploitation rationnelle de l'ensemble des équipements existants.
Activités
Bases de l'action
Les questions relatives à la formation et à la recherche sont essentielles pour le développement de la radio rurale en Afrique.
Au niveau national, elles doivent être considérées comme prioritaires. Un secteur recherche/formation au service de tous les acteurs engagés dans la mise en oeuvre de nouvelles formes radiophoniques au service du développement rural doit être constitué dans chaque pays . Il doit déboucher sur la mise ne place d'un programme de recherche portant sur tous les aspects du développement de la radio rurale et sur un programme de formation qui aille au delà de la formation des producteurs pour prendre également en considération les questions relatives à la formation des techniciens d'exploitation et de maintenance, des gestionnaires, des documentalistes, des spécialistes de la recherche, des spécialistes de la formation, ainsi que des ;métiers liés au développement des nouvelles technologies de l'information. Par ailleurs, ce programme doit être ouvert aux nouvelles techniques et méthodologies de recherche participative et d'enquête sociale sur le milieu rural. Il doit également s'étendre aux techniques de communication de proximité et aux autres moyens de communication permettant de compléter et de prolonger l'action de la radio rurale sur le terrain.
Au niveau interafricain, un mécanisme de coordination et d'appui aux programmes nationaux de recherche /formation doit être mis en place avec le soutien des partenaires de la coopération internationale. Il devra s'appuyer sur un réseau de chercheurs et de formateurs africains en radio rurale ainsi que sur la constitution et l'exploitation d'un centre de ressources international dans ce domaine. Une telle mission pourrait être confiée au CIERRO, pour ce qui concerne les pays francophones et à des structures équivalentes, s'agissant des pays anglophones et lusophones.
Au niveau international, la collaboration entre les principaux organismes partenaires des radios rurales africaines doit être poursuivie et intensifiée pour coordonner les appuis apportés aux différents pays et aux structures interafricaines en matière de recherche et de formation.
Activités
Bases de l'action
Une coordination et un large partenariat international sont essentiels à la mobilisation des ressources financières, techniques et humaines nécessaires à la mise en oeuvre de ce plan d'action. Cette coopération permettre de rationaliser et de rentabiliser au mieux les initiatives en cours et en projet, en évitant notamment les duplications et en exploitant au mieux les moyens existants. Cette coopération internationale s'établira en collaboration avec les institutions actuellement impliquées dans le soutien aux radios rurales et à la communication rurale en respectant les dynamiques et processus en cours. Des institutions telles que le CIERRO joueront un rôle prépondérant dans cette action. Une attention particulière sera apportée à l'initiative spéciale du système des Nations unies pour l'Afrique en faveur du développement des ressources humaines, de la santé, des femmes, du développement durable, de la paix, de la démocratie. La radio rurale joue et doit continuer à jouer un rôle central dans ces différents domaines.
Activités
Les conclusions de l'atelier de Ouagadougou seront égaleme nt présentées lors de la prochaine table-ronde sur la Communication pour le développement organisée en Septembre 1996 à Harare par l'UNESCO, en présence d'Agences des Nations Unies, d'ONG et d'Universités.
En tant qu'organisateurs de cette rencontre, l'URTNA, la FAO et le Gouvernement du Burkina Faso sont mandatés pour mettre en oeuvre le suivi de l'atelier et identifier les financements nécessaires.