Communication pour le développement Connaissance

Affiché le juin 1999

Radio locale communautaire en zone Mali-Sud: methodologie de mise en oeuvre et leçons apprises

par Jean-Pierre Ilboudo
Groupe Communication pour le développement
Division de la recherche, de la vulgarisation et de la formation de la FAO


I. Introduction

La zone Mali-Sud s'étend entre une partie de Sikasso, une partie des régions de Ségou, Koulikoro et Kayes; c' est une zone assez bien arrosée avec des populations autosuffisantes sur le plan alimentaire.

C' est une zone de production cotonnière et vivrière, particulièrement dans la production des cultures maraîchères.

C' est dans cette zone que la FAO avec le concours financier des Pays-Bas a assisté les communautés de base appuyées par le Gouvernement du Mali, a implanté 4 projets de radio locales communautaires: à Bla, Koutiala, Bougouni et Kolondièba, gérées par les communautés locales elles-mêmes.

Depuis bientôt dix mois, quatre nouvelles radios rurales communautaires ont vu le jour dans la partie sud du Mali, portant à plus d' une centaine les radios du riche paysage radiophonique varié et pluraliste qui caractérise singulièrement cette partie de l'Afrique Occidentale.

Ce projet qui a démarré en Juin 1997, s'est concrétisé après 18 mois durant lesquelles, une méthodologie d'installation des radios en milieu rural a vu le jour. Et c' est de cette expérience que je voudrais vous entretenir très brièvement;il s'agit d'une expérience retraçant les différentes étapes d'implantation de ces quatre radios communautaires.

II. Contexte du projet

Suite aux événements de Mars 1991, le pluralisme politique voit le jour au Mali. C'est la fin du monopole étatique de l'information communication. Il s'en suit une explosion des médias, et plus particulièrement la radio.

Le Projet Relance Radio Rurale a ainsi bénéficié d'un contexte de libération sans précédent des ondes au Mali par les autorités politiques d'alors. Cette libération a été accompagnée par :

Objectif du projet

Le projet vise à créer quatre radios rurales communautaires notamment à Bougouni, Kolondièba, Koutiala et Bla. A travers les émissions participatives multithématiques et interdisciplinaires, le projet appuiera les activités de protection maternelle et infantile, de promotion de la femme, d'éducation et de protection de l'environnement. Enfin il s'agira de contribuer à :

Objectifs majeurs

Après une première phase satisfaisante, la FAO a pris contact avec les Pays-Bas qui ont accepté de financer la deuxième phase du projet pour 700.876 USD.

Cette seconde phase du projet relance radio rurale en zone Mali-Sud s'est assigné trois objectifs majeurs :

A. Développer un mécanisme de durabilité des activités de la radio rurale locale et mettre en place des structures de fonctionnement adéquates.

B. Doter les radios rurales locales d'instruments juridiques et d'un cadre administratif réglementaire propre à pérenniser les activités sur fonds propres.

C. Créer une interactivité sociale à travers la participation des populations de la zone Mali-Sud à la conception, à l'élaboration, à la production, à la diffusion et à l'évaluation d'émissions radiophoniques multithématiques et interdisciplinaires.

Les résultats escomptés à travers cette deuxième phase sont les suivants :

Une première phase du projet débutée en mai 1993 a pris fin en juin 1995. Elle a permis également une étude sur le statut juridique de la radio au Mali par le Cabinet DIALLO en 1994.

Il est donc important de souligner au préalable que le projet d'installation des quatre radios en zone Mali-Sud a été précédé d'une première phase d' un projet qui visait la relance de la Radio Rurale du Mali; celle-ci souffrait d'immobilisme et de manque de formation du personnel sur les techniques participatives et interactives de production d'émissions.Entre 1993 et 1995 et ce, en marge des activités de base du projet(formation, production d'émissions sur le terrain, étude sur le statut juridique de la radio rurale), une étude des sites d'implantation des radios sur l'ensemble du pays a été menée tant au Nord qu' au Sud du pays, parallèlement et parfois en synergie avec celle menée par l'UIT (Union Internationale des Télécommunications) l'UNESCO et la SOTELMA (Société des Télécommunications du Mali) sur le schéma directeur de développement de la Radio Télévision au Mali.

Cette étude a fait l'inventaire de l'ensemble des fréquences F.M. Radio et Télé en République du Mali, facilitant ainsi la possibilité d'installation de radio et/ou T.V.en F.M. sur toute l'étendue du territoire.

C' est à la lumière des résultats de l'étude sur les sites d' implantation au Nord et au Sud-Mali, que la FAO, à la demande du Gouvernement, appuyant les communautés locales qui s'étaient exprimé lors de l' étude qui avaient exprimé leurs besoins et une demande, a élaboré une méthodologie qui est progressive à cause de se différentes étapes, participative parce qu' impliquant les populations dès la conception de la radio, flexible parce que itératif et patiente parce que tirant de l' expérience menée dans plusieurs pays auparavant.

D'après l'expérience vécue ; le choix du personnel(qu' il soit du terroir ou non) chargé d'animer le processus de mise en oeuvre d' une radio locale de type communautaire est d'importance;celui-ci devrait avoir les qualités suivantes :

III. Différentes étapes de la méthodologie d'installation des radios communautaires

Nous avons pu identifier au moins quinze(15) étapes et /ou activités;

3.1 Séances de sensibilisation

Plusieurs séances de sensibilisation( à travers des missions sur le terrain) et ce, à un rythme soutenu sont nécessaires. Ces séances de' explication, d'échanges, parfois de confrontations visent la concertation et le dialogue avec l'ensemble de la localité et doivent concerner toutes les composantes socio professionnelles de la localité.

Dans le cas de Mali-Sud, les associations et organisations paysannes, les associations et organisations des femmes, les ONG, les services publics, notamment le développement rural, ont été identifiés et ont participé à ces réunions autour du thème de la radio locale: y-a-t-il une demande? Quelles sont les attentes des populations? Que signifie avoir une radio au niveau de la communauté?Comment la gérer? De quoi va-t-on parler à la radio?

Comme stratégie il a fallu s'appuyer au départ sur l'administration locale et la CMDT (Compagnie Malienne de Développement des Textiles). Ces deux structures, ont accepté et adhéré aux principes fondamentaux du projet. Ainsi, dans les quatre localités les Commandants de cercle ont mobilisé leur administration de base (Chefs d'arrondissements) qui ont relayé l'information auprès des communautés de base.

En vue d'une meilleure implication des associations villageoises, la CMDT a quant à elle invité le Coordonnateur du projet aux différentes réunions décadaires regroupant les associations villageoises, les encadreurs CMDT afin d'expliquer la radio communautaire, sa gestion et la participation des populations à la mise en place de la radio.

Bref ces actions conjuguées ont entraîné la mobilisation souhaitée au niveau local et facilité le travail de terrain.

Dans les localités enregistrant la présence d'ONG, comme Kolondièba ; Save the Children et Helvetas ont été sensibilisés et pris leur responsabilité quant à participer effectivement aux réunions. Aujourd'hui ces ONG appuient et soutiennent fortement la radio.

Cette première étape est la plus importante; de sa réussite dépend le succès du processus d'implantation de la radio locale communautaire

3.2 Installation des Comités de Gestion et Programme

Au niveau de chaque cercle, une assemblée générale des différentes couches socioprofessionnelles a été convoquée. Il s'agit des représentants ;

Ainsi chaque groupe d' intérêt, chaque corporation socio professionnelle s' est fait représenter par ses délégués, au niveau de l'assemblée générale.

Le comité de gestion étant composé de 9 à 11 membres maximum, l'assemblée générale a décidé d' accorder:

3.3 Construction des locaux

Cette étape doit nécessairement impliquer les communautés de base car il s' agit bien de leur radio; tant qu' il n'y a pas cette implication dans la construction des locaux, il n' est pas possible qu'il y ait une appropriation ou une réappropriation possible de la radio par la communauté, pas d' identification totale avec la radio.

En zone Mali-Sud, les radios ont bénéficié également de l'appui des comités locaux de développement et des ONG. Par exemple à Bougouni, le comité local de développement présidé par le Commandant de cercle a signé un contrat de construction du local de la radio avec un entrepreneur de la localité pour 18 millions Francs CFA., soit 30000 usd

A Kolondièba, deux (2) ONG "Save the Children US, Helvetas" et le Comité local de développement ont financé le local pour un coût de 8 Millions CFA., soit 14000 usd

A Koutiala, le local a été construit sur financement du comité local de développement du cercle pour 17 Millions CFA, soit 28000usd.

A Bla, un ancien bâtiment (campement de la localité) a été réaménagé pour environ 3 Millions CFA, soit 6000 usd.

Bref; neuf mois après le démarrage du projet, les quatre localités avaient terminé la construction des locaux des stations.

3.4 Elaboration d'un statut et d'un cahier de charges provisoire

Dès le démarrage des activités ; le problème de statut et de cahier de charges s'est posé. Conformément au document de projet, il avait été demandé à chaque localité à travers le Comité de gestion de la radio, d'élaborer son propre statut et cahier de charges. Mais pour l'instant, les stations fonctionnent sur la base de statut et cahier de charges provisoires.

Le cahier de charges de la radio locale communautaire réglemente et garantit la gestion et le fonctionnement de la radio ; elle définit la nature, les objectifs, la gestion, le financement, la programmation et le fonctionnement de la radio locale

3.5 Choix du personnel (animateurs, producteurs et techniciens) sur la base de test écrit et oral

Des conditions ont été posées pour le recrutement du personnel :

Le personnel de chaque radio communautaire a été limité à huit agents. Ils sont payés sur la base des recettes de la radio. Depuis le démarrage de la radio, le personnel est payé. La fourchette des salaires varie de 20.000F CFA soit 33 usd à 40.000F CFA soit 66 usd. : 20.000F(33 usd pour le gardien, 30.000F(50 usd) pour les agents et 40.000F(66 usd) au chef de station.

L' organisation du test doit se basée sur la transparence absolue; elle a prévalu.

Les questionnaires ont été élaborés et corrigés sous la supervision des membres des comités de gestion et les résultats proclamés immédiatement après. Aucune plainte n'a été reçue à l'issue du test.

3.6 Choix et commande des équipements

Les Ingénieurs de l'ORTM, appuyés par un Consultant national (lui aussi agent de l'ORTM) et un expert de la FAO ont étudié, analysé et échangé sur le choix de l'ensemble des équipements: choix technologiques adaptés au contexte, au climat, aux conditions athmosphériques.Numérique ou Analogique? Une fois l' entente entre les parties d' une manière harmonieuse, ce choix a fait l' objet d' avis d'appel d'offre international.

3.7 Installation des équipements

Ce matériel a été installé par des techniciens et ingénieurs nationaux, chargés de faire la maintenance systématique et continue.

Les quatre stations du projet ont été installées entre la période du 4 Juillet au 6 Août 1998. Quatre Ingénieurs (dont 1 H.F., 1 B.F., 1 Electricien) ont procédé à l'ensemble des connexions des machines, à l'installation des pylônes et groupes électrogènes, aux vérifications électriques et au traitement acoustique des studios. Les localités ont fourni la main d'oeuvre et le matériel de construction (ciment, sable, gravier etc..)

Les trois Ingénieurs ont été pris en charge par la FAO, le quatrième par les localités. Après les installations, il a été procédé à la première mise en onde.

3.8 Formation du personnel technique et du Comité de gestion

Le CIERRO (Centre Interafricain d'Etudes en Radio Rurale de Ouagadougou), unique centre spécialisé en radio rurale en Afrique, a encadré l'ensemble des Techniciens et Animateurs-producteurs des quatre stations locales. Cinq des onze membres des Comités de gestion de chaque station ont été formés.

La dite formation qui a eu lieu du 6 Septembre au 10 Octobre 1998 a permis le démarrage effectif du fonctionnement et de la gestion des stations. Le programme de formation comprenait. des cours théoriques et pratiques sur les techniques de production radiophonique, l'animation d'antenne, les techniques de prise de son, l'exploitation des équipements, la gestion administrative et financière de la radio

3.9 Etude des besoins en information et en communication des populations

Cette étude est le principe de base de toute activité de communication pour le développement ; aucun message ne peut être développé si il ne part pas des préoccupations des populations, s'il ne prend pas en compte leurs besoins ; l'étude sur les besoins doit se faire en utilisant la méthodologie et les outils de l'approche participative ; elle doit mettre l'accent sur les besoins des femmes et des jeunes. Elle doit se situer en amont de la production des programmes radiophoniques qui doivent y trouver leurs thématiques et sources d'information.

3.10 Mise en marche de la station

Fin décembre 1998 à janvier 1999 les Comités de gestion autorisent le démarrage des programmes radios et suivent depuis le fonctionnement des stations. Généralement l'on habitue les auditrices et les auditeurs au signal de la station en diffusant de la musique populaire et locale.

3.11 Mener une étude sur le champ électromagnétique

Cette étape commence immédiatement après la mise en marche de la station et la diffusion des premières émissions ; en effet, comme la puissance et la stabilité, la portée fait également partie des caractéristiques essentiels d'un émetteur, à la différence qu'elle est liée à un ensemble de phénomènes extérieurs dont entre autre, le relief, le temps, la saison, la hauteur du pylône et le type et le gain de l'antenne utilisée. Il y a ce que l'on appelle la portée théorique et la portée pratique (réelle). Sa détermination est une activité communément appelé mesure de champ ; il s'agit tout simplement de déterminer la portée du signal et de constater les obstacles qui pourraient survenir et apporter des correctifs pour couvrir correctement les zones souhaitées.

3.12 Mettre en place les instruments de durabilité

Outre le comité de gestion qui es un premier organe de durabilité parce que travaillant également à mobiliser les ressources financières notamment pour le fonctionnement de la radio locale, il est nécessaire si l'on souhaite que la station soit pérenne et donc durable, envisager la création d'un mouvement associatif local, du genre association pour le développement de la radio locale qui aura ses cartes d e membres, ses droits d'adhésion, ses assemblées géne'rales, son programme d'activités.

3.13 Mener une étude sur le coût de fonctionnement de d' une radio

Elle est utile pour préparer la communauté à prendre en charge progressivement la radio dans tout ce qui est des frais de fonctionnement. Cette préparation de la communauté doit commencer dès que la radio est en marche

3.14 Mettre en place un système d' écoute et de feedback

Cette étape consiste à se baser sur les structures existantes pour stimuler l'écoute et la discussions sur les programmes radiophoniques en vue de faire remonter les critiques, besoins, souhaits, demandes, pour améliorer la qualité des émissions et pour accroître la participation des populations dans la conception, l'élaboration, la production et le suivi des émissions. Il faut surtout éviter de créer des structures d'écoute artificielles.

3.15 Mettre en place un système de suivi- évaluation d'impact des émissions

Le maillon faible des radios locales ; le courrier des auditeurs peut sembler être suffisant ; en vérité, il ne l'est pas.

Aussi, la nécessité d'élaborer des fiches de suivi-évaluation de l'impact des émissions est urgente ; elle peut se situer à trois (3) niveaux et ce, en fonction des finalités recherchées, car le suivi-évaluation d'impact cherche à mesurer l'audience de l'émission, les conséquences sur les attitudes et les comportements des populations, donc l'apport des savoirs, et enfin les conséquences sur l'environnement socio- économique(développement) de la localité, de la région du pays, au niveau agricole, de l'élevage, de la santé, de la gestion des ressources naturelles.....

IV. Leçons apprises

Les différentes étapes énumérées plus haut sont toutes importantes les unes que les autres.

Presque deux ans après le lancement du projet, force est de reconnaître que les étapes et activités de mise en oeuvre permettent de faire une approche intégrée de la radio communautaire.

Les leçons apprises en ce qui concerne les équipements techniques sont relatives;- aux pièces de rechange à prévoir dès l'installation des équipements, à la connaissance du rayonnement du signal et la nécessité parfois de réorienter les antennes des émetteurs pour une meilleure couverture.

Pour ce qui est des comités de gestion, il est important qu' elles s'impliquent plus et s'investissent davantage pour générer des ressources indispensables au bon fonctionnement des radios.

Pour ce qui est des programmes, il faut noter que les jeunes souhaitent avoir leurs programmes "48 heures par jour"; l'introduction de thèmes spécifiques et l'augmentation de temps d'antenne est réclamé.

Elle prendra en compte le renforcement des programmes spécifiques (Sida, petit commerce, planification familiale, nutrition, théâtre radiophonique, sport, la monographie du village).

Les femmes, elles, ont compris que l'on n'est mieux servi que par soi-même".

L'ayant mieux compris que quiconque, elles ont fait montre d'une représentation honorable dans la gestion et le fonctionnement des radios communautaires de Bougouni, Kolondièba, Koutiala et Bla ; des localités conservatrices, avec comme caractéristique, la prédominance du pouvoir masculin.

Qu'il s'agisse des Comités de gestion ou du personnel, des programmes ou des décisions, les radios communautaires de Mali-Sud se sont données comme priorités la prise en compte des préoccupations réelles de la femme.

Présentement, par rapport aux programmes diffusés dans les stations de Mali-Sud en direction des femmes, figurent des émissions spécifiques telles que : le planning familial, la violence à l'encontre de la femme, le Sida et la vie familiale. Ces programmes bénéficient d'une grande audience et suscitent l'enthousiasme de l'auditoire féminin.

Tenimba Samake, Village de Sido: "Nous les femmes, nous écoutons beaucoup la radio: matin, midi et soir. Car lorsque tu n' as pas d'informations et de connaissances sur un sujet et que quelqu' un d'autre les a et te les donne directement, sans protocole, comme c'est le cas avec la radio, ça fait plaisir à l'oreille. Nous aimons écouter les émissions sur le mariage et la vie conjugale; sur le ménage et la cuisine;sur l'hygiène; quand tu arrives à comprendre bien tous ces sujets, ça apporte quelque chose en plus dans ta vie"

Fanta Doumbia, Village de Blakala: "J'aime écouter l'émission musicale nocturne; ça me fait beaucoup plaisir"

Et comme l'a souligné une quinquagénaire à Kolondièba : je cite "la radio a apporté à la femme la liberté et l'indépendance, car elle sensibilise les hommes dont l'esprit demeure encore rétrograde et hermétique vis à vis de la femme. Elle évoque tout haut ce que nous disons tout bas. Nous saluons la clairvoyance des animateurs et souhaitons la poursuite de toutes les émissions en direction de la femme".

Quoique appréciées, les émissions destinées aux femmes demeurent de manière générale insuffisantes en raison du nombre d'heures qui leur sont consacrées : 8 heures par semaine à Kolondièba et à Bla, 12 heures par semaine à Bougouni et Koutiala ; alors que le temps d'antenne cumulé par semaine enregistre une moyenne de 58 heures.; à peine 20%.

Le prochain objectif de ces radios locales communautaires est d' augmenter très rapidement la tranche d' antenne consacrée aux émissions féminines, en se basant sur une étude participative de leurs besoins en information-communication.

Cette insuffisance s'explique par la jeunesse des stations, l'inexpérience du personnel et du Comité de gestion en matière de radio. Les Associations de femmes ont donc décidé de s'impliquer d'avantage dans la gestion des stations dans toutes les localités abritant les radios communautaires en participant elles mêmes directement ou indirectement à l'élaboration et à la diffusion des émissions pour exprimer leur point de vue.

En marge de cette volonté d'engagement, elles ont déjà entrepris une campagne de mobilisation de leurs adhérentes en expliquant l'utilité de la radio et le soutien attendu, comme par exemple les contributions financières garantes de la pérennité de la radio. Bref les femmes sont bien décidées à se faire entendre. Mais en ont-elles les moyens ? Une solution évidente se dégage : celui de mieux s'organiser en s'informant sur la possibilité de participation à la réalisation des programmes.

Une meilleure participation des femmes à la gestion des radios a déjà vu le jour. Les actions en cour déboucheront sans aucun doute sur une prise de conscience de l'appui des initiatives des femmes par la communication. La présence des femmes au sein des Comités de gestion et du personnel, le soutien de la radio par les Associations de femmes motivées, augure d'une meilleure gestion des radios et de leur pérennité en zone Mali-Sud. Les prochains renouvellements de Comités de gestion, laissent entrevoir une présence renforcée des femmes.

V. Conclusions

La période d'éclosion des radios privées, commerciales, associatives ou communautaires a correspondu à la montée des revendications politiques en Afrique ; des radios liées à des associations ou à des partis politiques ont revendiqué des espaces de liberté et de démocratie. Ainsi de 1989 à 1990, certains Etats, dans l'élaboration des constitutions, ont mis au point des codes de l'information qui ont autorisé la création des radios privées quel qu'en soit le type.

C'est ainsi que fin 1990-début 1991, au Burkina Faso, s'installait la première radio privée de type commercial dénommée Horizon FM. D'autres radios de type confessionnel (trois en tout pour le Burkina Faso) virent le jour entre 1992 et 1995. Au Mali, il a fallu attendre l'avènement de l'état de droit en 1992, pour voir une éclosion de plusieurs radios en milieu urbain comme en milieu rural. La tendance va sûrement s'accélérer au Niger, au Sénégal, au Cameroun où les professionnels de la communication, les associations et les communautés rurales revendiquent plus d'espaces de liberté et d'expression.

Ainsi, en fonction de leur appartenance d'origine, ces radios joueront des rôles et des fonctions politiques, culturels, spirituels ; certaines sont utilisées pour relier le village à la communauté de leurs fils restés dans l'immigration (radio de Kayes) ; beaucoup sont des radios commerciales diffusant musique et spots publicitaires.

Mais toutes diffusent des programmes relatifs à l'information service, aux questions de santé, d'environnement, utilisant habilement les langues nationales et la musique du terroir. En fait, beaucoup d'entre elles reprennent les rôles et usages initiaux de la radio rurale avec une plus grande attention quant à cibler des groupes d'auditeurs (jeunes, femmes, agriculteurs, pêcheurs) ou des communautés entières. C'est pour cela que l'on peut se demander aujourd'hui quel sera l'avenir des radios rurales dans cinq ans.

La société civile s'organise de se dote progressivement d'outils de communication parce qu'elle a besoin de communiquer ; parmi ces outils figure la radio, parce qu'elle représente l'outil de communication le moins coûteux, que les populations peuvent facilement s'approprier. Elle dispose de la souplesse instrumentale qui lui permet de jouer les fonctions et rôles suivants :

C'est pour cela qu'il est difficile de concevoir, comme on le prétend, le découpage de la " clientèle " en deux groupes opposés, l'auditoire urbain et l'auditoire rural. La réalité est plus nuancée et il nous semble que les différences et les modes de vie liés à l'appartenance ethnique ou communautaire, à la langue, au sexe, à l'âge, jouent un rôle de plus en plus important.

Les rôles et les usages de la radio rurale à l'orée de ce XXI° siècle se détermineront par ce qui sépare et rapproche les services radiophoniques communaux, publics, privés, religieux, commerciaux et les radios rurales existantes ; la fin du monopole inaugure un partage des rôles. Ils seront déterminés par les libertés, les règles du jeu, les mesures de cohésion dont on aura besoin dans le cadre du pluralisme médiatique qui est entrain de naître en Afrique.

Y aura-t-il des alliances entre radios ? Quelles structures d'ensemble, réglementations ou autres seront nécessaires pour permettre la cohabitation entre stations commerciales et radios publiques ? Que peut apprendre la radio publique de ses concurrents commerciaux et vice-versa ? De quelle manière fournir des prestations économiquement rentables ?

Telles sont, Mesdames et Messieurs, les interrogations qui sont miennes face au thème sur la radio locale communautaire rurale particulièrement ces 10 dernières années qui mettent de plus en plus, les communautés au centre de leur évolution..



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