Affiché le juin 1996
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Fiche documentaire: Les femmes, l'agriculture et le développement rural
Maroc
Population: 26,2 millions
Tx. crois. dém.: 2,5%
Tx. de féc.: 4,2
TMI: 63/1,000 nais
PNB/habitant: $1,040 E.-U
Source: World Bank Atlas, 1994
IMPORTANCE DE L'AGRICULTURE POUR L'ECONOMIE
En 1992, l'agriculture fournissait 14 pour cent du PIB et employait
34,8 pour cent de la population. Les terres arables représentent
13 pour cent de la superficie totale du pays et les forêts couvrent
8,2 pour cent du territoire. Les principales cultures sont les céréales
(blé et orge surtout), les agrumes, les olives, les haricots, les
pois chiches, les tomates et les pommes de terre. En 1989, le poisson et
les produits de la pêche assuraient 42 pour cent des exportations
alimentaires et 14 pour cent de toutes les exportations, alors que
les agrumes représentaient 4,1 pour cent du total des exportations.
Au cours des cinq dernières années, on estime que le secteur
agricole a été en mesure de satisfaire les besoins alimentaires
du pays dans les proportions suivantes: céréales: 79 pour
cent; sucre: 66 pour cent; huile: 35 pour cent; lait et produits
laitiers: 55 pour cent; fruits et légumes: 100 pour cent;
viande: 100 pour cent.
ROLE DES FEMMES DANS L'AGRICULTURE
Quelque 57 pour cent des femmes travaillent dans l'agriculture, principalement
dans les domaines de l'élevage (67,8 pour cent) et dans l'horticulture
(46,2 pour cent). Dans l'ensemble, les femmes constituent plus de 50 pour
cent de la main-d'oeuvre agricole et, en particulier, elles représentent
63 pour cent de la main-d'oeuvre dans le secteur de l'élevage
et 41,6 pour cent dans celui de la production maraîchère.
Répartition du travail selon les sexes
Les femmes s'occupent avant tout du désherbage, de la récolte
et du stockage des cultures vivrières et elles participent également
aux semis, au repiquage, aux travaux d'irrigation, à la lutte contre
les ravageurs et à la fertilisation des sols. Ce sont elles qui sont
chargées des tâches ménagères. En ce qui concerne
les pêches, les femmes travaillent presque exclusivement dans le secteur
de la transformation.
Partage des décisions entre les hommes et les femmes en ce qui
concerne les activités agricoles
Le partage des décisions entre les hommes et les femmes varie en
fonction du type de décision et du statut de la femme dans le ménage.
De façon générale, ce sont les hommes qui prennent
la plupart des décisions, mais il n'est pas rare qu'ils consultent
leur épouse. Les femmes ont un pouvoir de décision considérable
en l'absence d'un mari ou d'enfants du sexe masculin. Toutefois, les fils
sont souvent ceux qui prennent les décisions en l'absence du mari.
D'une évaluation rurale participative effectuée dans une région,
il ressort que:
- Dans la production maraîchère, 25 pour cent des femmes
prenaient des décisions en l'absence des maris, mais 75 pour
cent s'en remettaient à ce sujet à leurs fils. Lorsque les
maris étaient présents, les décisions étaient
d'ordinaire prises conjointement.
- Dans l'élevage, 70 pour cent des femmes prenaient elles
seules des décisions en l'absence des maris. Lorsque les maris étaient
présents, la totalité des femmes consultaient leur mari, sauf
pour ce qui est de l'approvisionnement en eau, où 75 pour cent
des femmes décidaient de leur propre chef.
- Dans le secteur du crédit, sur les 55 pour cent de femmes
qui avaient obtenu des crédits, 50 pour cent avaient tout d'abord
consulté leur mari. Pour les femmes sans mari, 25 pour cent
agissaient seules, 25 pour cent d'entente avec leurs fils et dans 50 pour
cent des cas, le fils prenait à lui seul les décisions.
- Pour l'achat d'aliments et de biens destinés à la famille,
la totalité des femmes consultaient leur mari en ce qui concerne
les biens, alors que 25 pour cent des femmes décidaient à
elles seules pour l'achat de produits alimentaires. Environ 50 pour
cent des femmes sans mari prenaient des décisions elles-mêmes
en ce qui concerne les achats, alors que 24 pour cent consultaient
leurs fils et 25 autres pour cent (d'ordinaire les femmes plus âgées)
déléguaient toute prise de décision à leurs
fils.
PARTAGE DU POUVOIR ET DE LA PRISE DE DECISIONS
Les femmes n'ont pas accès aux structures de prise de décision
en raison du poids des contraintes politiques, économiques et sociales
et notamment de l'analphabétisme, des lourdes tâches qui leur
incombent et de l'accès limité à l'information et aux
services.
Membres et responsables d'organisations agricoles et rurales
Il y a environ 2 500 coopératives agricoles, avec 180 000
membres au total. Ces coopératives couvrent quelque 12 pour
cent de la production agricole et opèrent dans les secteurs de l'élevage,
de la production agricole et de la transformation. Il n'y a pas de données
ventilées par sexe sur les membres ou les responsables, mais les
femmes n'occupent presque jamais des postes de direction dans ces coopératives.
Dans le secteur de la réforme agraire, les femmes représentaient
5,9 pour cent des membres des coopératives agricoles en 1993.
En dehors de ce secteur, il y a 17 coopératives composées
exclusivement de femmes qui s'occupent surtout d'élevage.
Femmes occupant des postes de décision au sein des ministères
et des organes gouvernementaux
Quelque 30 pour cent des fonctionnaires sont des femmes, mais la plupart
d'entre elles remplissent des tâches subalternes.
MECANISMES DESTINES A ENCOURAGER LA PROMOTION DES FEMMES
Mécanismes nationaux
Il n'y a pas de mécanismes nationaux en faveur des femmes.
Cellules ou points focaux d'IFD au sein des ministères techniques
Il n'y a pas d'unité ou de point focal d'IFD au sein des ministères
techniques, bien qu'un certain nombre d'entre eux aient des programmes destinés
aux femmes.
Organisations non gouvernementales (ONG)
On ne dispose guère d'informations sur les ONG en général
et les ressources humaines, matérielles et financières des
ONG travaillant avec les femmes rurales n'ont pas fait l'objet de recherches.
La plupart des ONG comprennent aussi bien des hommes que des femmes mais
au cours des dix dernières années, le nombre des ONG féminines
a augmenté. L'Union nationale des femmes marocaines (UNFM) semble
être la mieux organisée de celles-ci avec un réseau
de 50 groupes régionaux et de 120 groupes locaux. Elle est principalement
axée sur la pauvreté et au nombre de ses activités
figure la création d'une quinzaine de coopératives dans le
secteur agricole ou dans l'élevage.
DROITS DE LA FEMME
Le Maroc a signé la Convention sur l'élimination de toutes
les formes de discrimination à l'égard des femmes. Il existe
des garanties constitutionnelles et juridiques en ce qui concerne les droits
de la femme et l'égalité entre les sexes. En outre, le gouvernement
a commencé à réviser le code civil (la Moudouana) en
1993, pour améliorer les droits de la femme en ce qui concerne le
mariage et le divorce. Toutefois, la législation en matière
de contrats et de commerce exige que les femmes obtiennent l'autorisation
de leurs maris pour travailler ou exercer une profession. En outre, des
pratiques discriminatoires subsistent en dépit des lois, notamment
dans les domaines de l'accès à la propriété,
des salaires et de la participation aux organismes de décision.
DIMENSIONS ET FACTEURS DETERMINANTS DE LA PAUVRETE RURALE
Les facteurs ci-après contribuent à la pauvreté rurale
en général:
- Augmentation de la dégradation de l'environnement, en particulier
désertification et déboisement, qui réduisent la productivité
et qui expliquent la difficulté croissante qu'ont les femmes à
s'approvisionner en eau et en bois de feu.
- Analphabétisme et manque d'accès aux formes institutionnelles
d'éducation.
- Exode rural des hommes qui accroît la pauvreté des femmes
et entraîne un surcroît de travail pour elles.
ACCES AUX RESSOURCES ET AUX SERVICES AGRICOLES
Terre
Il n'existe pas de statistiques officielles ventilées par sexe sur
la propriété foncière. Toutefois, des enquêtes
sur différents types de sols et de régions indiquent que les
femmes ne constituent qu'un faible pourcentage des propriétaires
fonciers et que la dimension de leurs parcelles est en moyenne la moitié
de celle des hommes.
Elevage
Si des données spécifiques ne sont pas disponibles, on sait
toutefois que les femmes jouent un grand rôle dans ce secteur.
Foresterie
Il n'y a pas de données disponibles sur la participation des femmes
à la foresterie. Le bois est encore une source importante d'énergie
pour le ménage, mais l'accès au bois de feu est de plus en
plus difficile et les femmes y consacrent une grande partie de leur temps.
Eau
L'accès à l'eau potable demeure limité. Comme pour
le bois de feu, le transport de l'eau prend une bonne partie du temps des
femmes.
Crédit
Rares sont les femmes qui ont accès au crédit et aux services
financiers, en raison de nombreux facteurs socio-économiques. La
Banque nationale de crédit agricole (CNCA), qui a le monopole des
financements agricoles, ne dispose pas de données ventilées
par sexe sur les prêts accordés. Toutefois, elle a effectué
une étude pilote sur les obstacles auxquels se heurtent les femmes
pour accéder au crédit. En conséquence, elle a mis
en place un système d'octroi de crédit aux femmes pour des
activités agricoles et artisanales, en employant du personnel féminin
et en adotpant des procédures simplifiées. En quatre ans,
le nombre de femmes obtenant des crédits est passé de 400
à 2 000.
Services de vulgarisation et formation agricole
Le Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire (MAMVA)
emploie quelque 1 500 agents de vulgarisation travaillant dans
300 bases rurales. Bien que les données sur les vulgarisateurs ne
soient pas ventilées par sexe, on sait que les vulgarisatrices sont
peu nombreuses. Jusqu'au milieu des années 80, les services de vulgarisation
ou da formation n'atteignaient que très peu de femmes. Bien qu'un
certain nombre d'activités de formation soient maintenant axées
sur les femmes rurales, seules quelques-unes d'entre elles en profitent.
On estime que les femmes ne constituent que 2,7 pour cent de tous les bénéficiaires
des services de vulgarisation.
QUELQUES PROGRAMMES DESTINES AUX FEMMES DANS L'AGRICULTURE, LA FORESTERIE
ET LES PECHES
Planification des politiques et recherches
Le Ministère de l'agriculture et de la réforme agraire effectue
des études pour analyser la situation des femmes rurales, identifier
leurs problèmes et besoins, notamment en ce qui concerne la production
agricole. Par ailleurs, il met actuellement au point une stratégie
pour créer les organismes, former du personnel et donner une formation
aux femmes.
Accés aux ressources et aux services agricoles
- La Banque nationale de crédit agricole (CNCA) a effectué
une étude pilote pour identifier les obstacles institutionnels et
socio-économiques qui empêchent les femmes d'accéder
au crédit et elle a élaboré un cadre simple et approprié
qui permettrait de faire face aux besoins financiers des femmes.
- Dans la plupart des projets de développement on commence à
inclure des volets concernant les femmes.
- Un certain nombre d'activités des divers ministères sont
axées sur l'alphabétisation, la génération de
revenus, les services sociaux et d'autres interventions en faveur des femmes
rurales.
DOMAINES DEVANT ETRE AMELIORES
Planification des politiques et recherche Il faut effectuer
davantage de recherches pour identifier les rôles, les besoins et
les moyens d'améliorer le sort des femmes rurales. Une unité
d'IFD doit être créée au Cabinet du Premier Ministre
pour mettre en place des mécanismes de coordination entre ceux qui
travaillent dans le secteur du développement rural, notamment en
ce qui concerne la famille et les femmes. Des unités d'IFD doivent
être créées à des échelons élevés
dans chaque département. Des données ventilées par
sexe doivent être recueillies. Un système de suivi et d'évaluation
doit être mis en place pour les volets des programmes et projets de
développement rural intéressant les femmes et la famille.
Des liens doivent être créés avec des organisations
internationales afin de profiter de l'expérience qu'elles ont acquise
dans d'autres pays dans le domaine de la promotion de la femme et pour leur
demander de renforcer leur soutien au Maroc.
Réforme juridique
et politique
Des efforts de conscientisation sont nécessaires
pour sensibiliser la population aux droits de la femme. Les détails
des conventions internationales ratifiées devraient être incorporés
dans la législation nationale pour assurer des salaires égaux
aux femmes et garantir leur participation à tous les niveaux de la
prise de décision.
Accés aux ressources et aux services
agricoles
Il faudrait s'efforcer d'améliorer l'accès
des femmes aux technologies domestiques et agricoles qui allègent
le travail, au crédit, aux services de vulgarisation et à
la formation. Il faudrait accorder une attention accrue au recrutement de
vulgarisatrices.
Source: "Les femmes et l'agriculture au Maroc", 1994