Affiché le juillet 1997
Cameroun
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Fiche documentaire: Les femmes, l'agriculture et le développement rural
Cameroun
Population: 12,3 million
Tx. crois. dém.: 3,0%
Tx. de féc.: 5,8
TMI: 61/1000 nais
PNB/habitant: $200 EU
Source: World Bank Atlas, 1994
IMPORTANCE DE L'AGRICULTURE POUR L'ECONOMIE
L'agriculture joue un rôle important dans l'économie du pays,
avec 27 pour cent du PIB en 1991 et 59,3 pour cent de la population active
en 1992. Les principales cultures commerciales sont le coton et le café,
qui représentaient 16,7 pour cent des exportations en 1987, ainsi
que le cacao. Les principales cultures de subsistance sont les racines et
tubercules, le plantain, le mil et le sorgho. L'élevage apporte aussi
une contribution importante à l'alimentation. Le pays est généralement
autosuffisant du point de vue alimentaire.
Jusqu'à une date récente, l'aide à la recherche et
l'assistance financière ont été dirigées vers
le secteur des cultures d'exportation aux dépens de la production
vivrière. La chute des cours des matières premières
sur les marchés mondiaux a porté préjudice à
l'économie nationale et au secteur agricole en particulier. C'est
pourquoi la politique agricole actuelle du pays est tournée vers
un accroissement de la production vivrière, la relance et la protection
des marchés et le développement des activités de transformation
et de stockage des aliments.
ROLE DES FEMMES DANS L'AGRICULTURE
Il est difficile d'évaluer précisément la contribution
des femmes au secteur agricole, en raison de l'absence de statistiques ventilées,
mais on estime que les femmes rurales fournissent environ 90 pour cent des
denrées nécessaires à la subsistance de la population.
Les femmes travaillent également dans les cultures d'exportation.
Quand la saison bat son plein, les femmes consacrent six à huit heures
par jour aux travaux agricoles, en plus des travaux ménagers. En
1989/90, plus de 20 pour cent des foyers ruraux étaient dirigés
par une femme.
Répartition du travail selon les sexes
Les hommes travaillent surtout dans le secteur des cultures commerciales.
De leur côté, les femmes ont l'entière responsabilité
de la production vivrière; elles aident également les hommes
sur les cultures d'exploitation, notamment pour préparer la terre
ou lors des récoltes. Tandis que les hommes sont les principaux responsables
de la pêche et de l'élevage, les femmes s'occupent de la transformation
et de la commercialisation du poisson, elles élèvent de la
volaille et du petit bétail et participent à la transformation
des produits laitiers destinés à la consommation familiale
et à la vente. Les femmes accomplissent tous les travaux domestiques,
de la préparation des aliments à la collecte du bois de feu
et de l'eau. La journée des femmes rurales est généralement
entre 1,5 à 3 fois plus longue que celle des hommes.
Partage des décisions entre les hommes et les femmes, en ce qui
concerne les activités agricoles
Les données manquent sur cette question, on sait simplement que l'argent
tiré de la vente du lait et des produits laitiers reste à
la disposition des femmes.
PARTAGE DU POUVOIR ET DE LA PRISE DE DECISIONS
Membres et responsables d'organisations agricoles ou rurales
En dépit de l'absence de données ventilées par sexe,
on sait que peu de femmes occupent des postes de responsabilité dans
les coopératives mixtes et les associations d'aide mutuelle.
Femmes occupantdes postes de décision au sein des ministères
et des organes gouvernementaux
Peu de femmes occupent des postes de responsabilité dans les ministères
et autres services gouvernementaux.
MECANISMES DESTINES A ENCOURAGER LA PROMOTION DES FEMMES
Mécanismes nationaux
Le Ministère des affaires sociales et des femmes (MINASCOF) collabore
avec les femmes dans les villages par l'intermédiaire de vulgarisatrices
qui encouragent les femmes à s'organiser dans les domaines de la
sécurité alimentaire, de la santé et de l'éducation
familiales, des activités rémunératrices, de l'épargne
et du crédit.
Cellules ou points focaux d'IFD au sein des ministères techniques
Au Département du développement communautaire du Ministère
de l'agriculture (MINAGRI), une unité spécialisée encourage
les femmes à s'organiser en coopératives et associations d'agricultrices.
Pour mieux répondre aux demandes des femmes rurales, cette unité
devrait disposer d'une part plus importante du budget du Ministère
(elle est actuellement de 3,6 pour cent).
Organisations non gouvernementales (ONG)
Avec l'entrée en vigueur des lois de 1990 et 1992 facilitant la constitution
d'associations, un grand nombre de groupes de femmes se sont formés,
dont environ un millier sous l'égide du Département de la
coopération pour le développement et près de 2 000
à l'initiative du Ministère des affaires sociales et des femmes.
DROITS DE LA FEMME
En 1983, le Cameroun a signé la Convention sur l'élimination
de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes
qu'il a ratifiée en 1994. La Constitution garantit l'égalité
entre les hommes et les femmes, et le Code civil assure l'égalité
des droits en matière de patrimoine, de crédit et d'emploi.
Toutefois, le poids des traditions est source de discriminations à
l'égard des femmes. Seuls les chefs de famille de sexe masculin peuvent
posséder la terre.
DIMENSIONS ET FACTEURS DETERMINANTS DE LA PAUVRETE RURALE
La chute vertigineuse des cours des matières premières sur
les marchés mondiaux depuis 1987, qui atteint jusqu'à 60 pour
cent pour certains produits, a plongé le pays dans une crise économique
et financière, provoquant une augmentation du chômage et une
diminution des revenus. Une série d'ajustements structurels a entraîné
une diminution des dépenses publiques pour la santé, l'éducation,
la recherche agricole, la vulgarisation et l'entretien des routes. A la
suite de la libéralisation des prix et de la dévaluation de
la monnaie, les prix des produits de première nécessité
ont augmenté. La pauvreté croissante touche particulièrement
les femmes rurales sur qui retombe la subsistance de la famille. La malnutrition
frappe près de 24 pour cent des enfants en milieu rural. D'après
une étude de la Banque mondiale, 71 pour cent environ des familles
rurales vivaient au-dessous du seuil de pauvreté en 1992/93. La dégradation
de l'environnement est surtout sensible dans le Nord du pays, sujet aux
sécheresses et aux inondations, aux infestations acridiennes, aux
dévastations des cultures par les éléphants. Cette
région dépend de plus en plus de l'aide alimentaire extérieure.
De plus, l'usure des sols est très élevée dans la zone
très peuplée des hauts plateaux de la province occidentale
et de la province centrale, où la capacité de charge de la
terre a été atteinte, voire dépassée.
ACCES AUX RESSOURCES ET AUX SERVICES AGRICOLES
Terre
Bien que, légalement, seuls les hommes chefs de famille aient le
droit de posséder de la terre, traditionnellement les femmes rurales
ont accès à la terre. Des problèmes d'accès
à la terre peuvent cependant surgir, en particulier lorsqu'une veuve
ne s'entend pas avec sa belle-famille. Le titre de propriété
foncière, que seuls quelques privilégiés manipulent,
n'est pas un concept généralisé en milieu rural.
Elevage
Dans toutes régions du Cameroun, on élève du petit
bétail (chèvres, moutons, porcs et/ou volaille) dont s'occupent
les femmes et les enfants dans les fermes familiales.
Foresterie
Plus de 50 pour cent du pays est recouvert de forêts. Les plans du
gouvernement dans le secteur forestier prévoient la participation
de la population à l'aménagement des forêts communautaires
dans le cadre de la nouvelle législation sur les forêts.
Eau
D'après le Ministère des mines, de l'eau et de l'énergie,
40 pour cent de la population rurale aurait accès à l'eau
potable. Toutefois, en raison de la crise financière, plus de 40 pour
cent du réseau d'adduction d'eau n'est pas opérationnel. En
particulier, dans certaines zones de la province de l'extrême-Nord,
les femmes doivent parcourir jusqu'à dix kilomètres pour aller
chercher l'eau.
Crédit
Le manque d'accès au crédit est un problème qui frappe
aussi bien les hommes que les femmes en milieu rural, en raison des taux
d'intérêt élevés et des garanties requises. La
Banque de crédit agricole du Cameroun ne propose aucun programme
de crédit rural. Toutefois des mesures ont été prises
pour instituer des fonds de crédit accessibles à la population
rurale. Le Fonds d'investissement des micro-projets agricoles et communautaires
(FIMAC) finance des projets présentés par des groupements
composés indifféremment d'hommes ou de femmes.
Services de vulgarisation et formation agricole
Naguère, les services de vulgarisation s'intéressaient presque
exclusivement aux cultures commerciales. Le nouvel intérêt
porté à la production vivrière a amené la création
du Projet national de formation et de vulgarisation agricoles (PNFVA) en
1988; il est devenu opérationnel en 1990/91 dans six provinces sur
dix. Cependant, en partie à cause de la crise économique,
le projet n'a pas encore accordé l'attention voulue au secteur vivrier.
Jusqu'à ces dernières années, le secteur forestier
n'avait guère retenu l'attention des services de vulgarisation. A
la suite de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et
le développement en 1992, un Ministère de l'environnement
et des forêts a été créé et a inauguré
ses premiers projets. Le gouvernement a également établi un
plan de vulgarisation dans le secteur de l'élevage.
Les femmes représentent 25 pour cent des agents de vulgarisation
forestière, mais 3,2 pour cent seulement des vulgarisateurs agricoles.
Très peu de femmes ont bénéficié de services
de vulgarisation ou de recherche agricole et la plupart d'entre elles ne
bénéficient d'aucun support technologique susceptible d'alléger
leurs tâches ou d'augmenter leurs ressources.
QUELQUES PROGRAMMES DESTINES AUX FEMMES DANS L'AGRICULTURE, LA FORESTERIE
ET LES PECHES
Planification des politiques et recherches
Le projet national de vulgarisation et de formation agricoles a mis au point
un programme destiné à renforcer les liens entre la recherche
et la vulgarisation agricoles pour permettre aux productrices de denrées
alimentaires de bénéficier des résultats de la recherche.
Accés aux ressources et aux services agricoles
- Le Fonds d'investissement des micro-projets agricoles et communautaires
a encouragé les femmes à s'organiser pour regrouper leurs
demandes de crédit.
- Le projet national de formation et de vulgarisation agricoles est le
premier à s'intéresser à la production vivrière
et aux besoins des agricultrices, bien que les femmes ne représentent
encore que 12 pour cent environ des bénéficiaires du projet.
- Un projet de transformation du manioc a aidé les femmes à
s'organiser en groupements de production et de transformation et a permis
d'augmenter leur revenu.
- MINASCOF a créé, à titre expérimental, des
associations fonctionnant sur le modèle d'une coopérative
de production et de commercialisation des produits vivriers.
DOMAINES DEVANT ETRE AMELIORES
Planification des politiques et recherche
- Un système de collecte et d'analyse des données, fondées
sur une base fiable, concernant les activités des femmes rurales
doit être mis en place.
- Les recherches sur les systèmes agricoles devraient être
améliorées pour tenir compte des besoins des femmes.
- Une politique de développement claire, tenant compte du rôle
des femmes dans l'agriculture et des contraintes qu'elles subissent, devrait
être définie.
- MINASCOF devrait être chargé d'inciter les ministères
techniques à appliquer la nouvelle politique et d'instituer un système
de contrôle et d'évaluation.
Accés aux ressources et aux services agricoles
- Des mesures devraient être prises pour améliorer l'accès
des femmes au crédit, aux semences, aux technologies économisant
le travail, à la vulgarisation et à la commercialisation,
notamment par la promotion de micro-projets de transformation et de commercialisation,
par la formation massive de vulgarisatrices et par la promotion de groupements
locaux de crédit et d'épargne.
- Une meilleure coordination est nécessaire entre les diverses
ONG internationales et nationales pour intégrer les approches et
assurer de manière plus efficace l'accès des femmes aux ressources
et aux services agricoles.
- Les groupements et associations de femmes rurales doivent être
favorisés, ainsi que les réunions à différents
niveaux au cours desquelles les femmes échangeraient des informations
réciproques sur les expériences les plus positives.
Source: Rapport national sectoriel sur les femmes, l'agriculture et
le développement rural, 1994