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L’ÉTAT DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION
DANS LE MONDE
2017

Une bonne récolte ©branislavpudar | Shutterstock.com

Bien que la quantité d’aliments produite dans le monde soit largement suffisante pour que chacun puisse manger à sa faim, 815 millions de personnes sont sous-alimentées. L’un des plus grands défis auxquels est confrontée la planète est de garantir à une population toujours plus nombreuse - qui atteindra selon les projections 10 milliards de personnes en 2050 - une alimentation suffisante pour couvrir ses besoins nutritionnels. Pour nourrir 2 milliards de personnes de plus en 2050, la production alimentaire devra augmenter globalement de 50 pour cent. La sécurité alimentaire est une condition complexe qui requiert une approche holistique prenant en compte toutes les formes de malnutrition, la productivité et les revenus des petits producteurs alimentaires, la résilience des systèmes de production alimentaire et l’utilisation durable de la biodiversité et des ressources génétiques.


PARTIE 1

La faim dans le monde gagne du terrain

Après un recul constant depuis plus d’une décennie, la faim dans le monde apparaît à la hausse, touchant, 11 pour cent de la population mondiale.

La faim dans le monde gagne du terrain: selon les estimations, le nombre de personnes sous-alimentées est passé de 777 millions en 2015 à 815 millions en 2016

Outre une augmentation de la proportion de la population mondiale souffrant de la faim chronique (prévalence de la sous-alimentation), le nombre de personnes sous-alimentées sur la planète a également augmenté à 815 millions, contre 777 millions en 2015.

Ce dur rappel à la réalité se fait l’écho d’une année qui a vu la famine toucher certaines parties du Soudan du Sud pendant plusieurs mois au cours de 2017 et des situations d’insécurité alarmantes qui menacent de se transformer en famines dans d’autres pays touchés par les conflits comme le Nigéria, la Somalie et le Yemen.

La situation s’est visiblement dégradée sur le plan de la sécurité alimentaire dans certaines parties de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie du Sud-Est et de l’Ouest, comme en fait état la première partie du présent rapport. C’est principalement dans les zones en conflit qu’on a observé une détérioration des conditions, souvent amplifiée par des sécheresses ou des inondations en partie liées au phénomène El Niño et aux chocs climatiques.

Au cours de la dernière décennie, le nombre de conflits violents s’est considérablement accru et ce sont les communautés rurales qui ont été les plus durement frappées, avec des effets négatifs sur la disponibilité et la production alimentaire.

La malnutrition sévère est une préoccupation majeure au Soudan du sud due au manque d’aliments nutritifs. Au plus haut point de la saison maigre, les communautés dépendent des aliments sauvages et de l’assistance humanitaire pour survivre.
©FAO/Francis Muana

La situation s’est également détériorée dans certaines régions en paix, notamment celles qui sont aux prises avec un ralentissement de leur économie. Plusieurs pays fortement tributaires des exportations de produits ont été confrontés à un effondrement de leurs recettes budgétaires et d’exportation au cours des dernières années; une situation qui pèse à la fois sur la disponibilité des aliments, en raison d’une réduction de la capacité d’importation, et sur l’accès à la nourriture, du fait d’une érosion de la marge de manœuvre budgétaire permettant de protéger les ménages les plus pauvres contre la hausse des prix intérieurs des produits alimentaires.

FIGURE 1

Le nombre de personnes sous-alimentées est reparti à la hausse en 2014 et s’élèverait à 815 millions en 2016

  • Prévalence de sous-alimentation (axe vertical de gauche)
  • Nombre de personnes sous-alimentées (axe vertical de droite)

Note : Prévalence et nombre de personne sous-alimentées dans le monde pendant la période 2000-2019. Les chiffres relatifs à 2016 sont des estimations prévisionnelles (voir l’encadré 1 à la page 5 et les notes méthodologiques à l’annexe 1 p. 103) SOURCE : FAO.


PARTIE 2

Le fardeau multiple de la malnutrition

La tendance inquiétante observée au niveau des indicateurs de la sous-alimentation ne se reflète cependant pas dans les résultats nutritionnels. Les données recueillies sur les diverses formes de malnutrition (présentées ci-après) laissent entrevoir des baisses continues de la prévalence du retard de croissance chez les enfants, comme en témoignent les moyennes mondiales et régionales.

Toutefois, près d’un quart des enfants de moins de 5 ans souffrent encore d’un retard de croissance et présentent donc un risque plus élevé d’être atteints de déficiences cognitives, de connaître des difficultés durant leur vie scolaire et professionnelle, et de décéder des suites d’infections.

Parallèlement, différentes formes de malnutrition restent une préoccupation mondiale.

Le retard de croissance touche 155 millions d’enfants de moins de 5 ans

Parallèlement, différentes formes de malnutrition restent une préoccupation mondiale. L’excès pondéral chez les enfants de moins de 5 ans devient un problème grandissant dans la plupart des régions, tandis que l’obésité chez les adultes continue de gagner du terrain dans l’ensemble des régions. Ainsi, diverses formes de malnutrition coexistent, certains pays se trouvant confrontés à des taux élevés à la fois de dénutrition au sein de la population infantile et d’obésité au sein de la population adulte.

Désormais, la dénutrition, l’excès pondéral et les maladies non transmissibles qui leur sont associées coexistent dans un grand nombre de régions, de pays, voire de ménages. Six indicateurs nutritionnels – trois faisant partie du cadre de suivi des ODD et trois autres étant liés aux cibles mondiales relatives à la nutrition adoptées par l’Assemblée mondiale de la Santé (AMS) – sont décrits ci-après pour mieux appréhender le fardeau multiple de la malnutrition, qui n’épargne aucune région du monde.

Aperçu de l’état de la nutrition en 2016

Indicateur Nombre Pourcentage de la population de reference
Retard de croissance chez l’enfant de moins de 5 154.8 millions 22.9 pour cent 
Emaciation chez l’enfant de moins de 5 ans 51.7 millions 7.7 pour cent 
Excès pondéral chez l’enfant de moins de 5 ans 40.6 millions 6 pour cent 
Obésite chez l’adulte 640.9 millions 12.8 pour cent 
Anémie chez la femme en âge de procréer 613.2 millions 32.8 pour cent 
Allaitement exclusivement au sein du nourrisson de moins de 6 mois 60.3 millions 43 pour cent 
Le retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans

Bien que la prévalence du retard de croissance semble être à la baisse tant pour les moyennes régionales que mondiales, en 2016, 155 millions d’enfants de moins de 5 ans dans le monde souffrent d’un retard de croissance, augmentant le risque d’être atteints de déficiences cognitives, de connaître des difficultés durant leur vie scolaire et professionnelle et de décéder des suites d’infections. A l’échelle mondiale, la prévalence de ce trouble a reculé, passant de 29,5 pour cent en 2005 `22,9 pour cent en 2016 (figure 4).

FIGURE 2

Les taux de retard de croissance chez les enfants sont en baisse partout dans le monde, mais demeurent très élevés dans la majeure partie de l’Afrique

MONDIAL
AFRIQUE
ASIE
AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES

SOURCE : Groupe de la Banque mondiale/OMS/UNICEF : Joint Child Malnutrition Estimates, édition 2017.

De 2005 à 2016, la plupart des régions sont parvenues à améliorer la situation, les progrès les plus rapides ayant été enregistrés en Asie (notamment en Asie de l’Est et en Asie centrale) et en Amérique latine et dans les Caraïbes. La prévalence du retard de croissance a également reculé dans toutes les sous-régions d’Afrique, mais à un rythme nettement plus lent. En réalité, la baisse observée en Afrique ne suit pas la cadence de la croissance démographique, ce qui se traduit par une augmentation du nombre total d’enfants atteints.

L’émaciation chez les enfants de moins de 5 ans

En 2016, 7,7 pour cent d’enfants âgés de moins de 5 ans dans le monde souffraient d'émaciation. 17 millions d’entre eux environ étant gravement atteints. L’Asie du Sud est de loin la plus touchée, avec une prévalence particulièrement élevée estimée à 15,4 pour cent – un taux largement supérieur à ceux enregistrés dans toutes les autres sous-régions. Avec une prévalence de 8,9 pour cent, l’Asie du Sud-Est est également très loin de l’objectif à atteindre. Même si la situation est légèrement plus encourageante en Afrique, la prévalence de l'émaciation demeure à un niveau supérieur à celui établi par la cible nutritionnelle mondiale dans ce domaine. (figure 5)

FIGURE 3

Les taux d’émaciation chez l’enfant demeurent excessivement élevés dans certaines sous-régions, notamment en Asie du sud.

MONDIAL
AFRIQUE
ASIE
AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES

SOURCE : Groupe de la Banque mondiale/OMS/UNICEF : Joint Child Malnutrition Estimates, édition 2017.

L’excès pondéral chez les enfants de moins de 5 ans

L’excès pondéral chez l’enfant est un problème croissant dans plusieurs régions. À l’échelle mondiale, on estimait à 41 millions le nombre d’enfants de moins de 5 ans considérés comme étant en excès pondéral en 2016, soit environ 6 pour cent, contre 5 pour cent de 2005. (figure 6)

FIGURE 4

L’excès pondéral chez l’enfant est en hausse dans presque toutes les régions

MONDIAL
AFRIQUE
ASIE
AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES

SOURCE : Groupe de la Banque mondiale/OMS/UNICEF : Joint Child Malnutrition Estimates, édition 2017.

Avec l’exception de l’Afrique de L’Ouest, de l’Amérique du Sud et de l’Asie de l’Est où de légère baisses ont été enregistrées entre 2005 et 2016, et l’Afrique de l’Est, où la prévalence s’est maintenue, Toutes les autres régions les taux de prévalence d’enfants en excès pondéral ont suivi une courbe ascendante, les progressions les plus marquées ayant été enregistrées en Asie du Sud-Est et en Océanie.

L’obésité chez les adultes

L’obésité chez l’adulte continue d’augmenter partout, constituant un facteur majeur de risque de maladies non transmissibles, telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers.

FIGURE 5

L’obésité chez l’adulte progresse de plus en plus rapidement partout dans le monde

  • Monde entier
  • Afrique
  • Asie
  • Amérique Latine et Caraïbes

  • Amérique du Nord et Europe
  • Océanie

NOTES: Prévalence de l’obésité chez les adultes âgés de 18 ans et plus, de 1975 à 2014.
SOURCE: OMS/NCD-RisC et données de l’Observatoire de la santé mondiale (OMS), 2017.

De 1980 à 2014, la prévalence mondiale de l’obésité a plus que doublé. En 2014, plus de 600 millions d’adultes étaient obèses, soit environ 13 pour cent de la population adulte mondiale.

Il existe de grandes disparités entre les différentes régions du monde, mais le problème touche plus fortement l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Océanie, où 28 pour cent des adultes sont considérés comme obèses, contre 7 pour cent en Asie et 11 pour cent en Afrique. Dans la région Amérique latine et Caraïbes, environ un quart de la population adulte souffre d’obésité. Pendant longtemps, la prévalence de l’obésité chez les adultes est demeurée bien plus faible en Afrique et en Asie, où seules des hausses modérées ont été observées dans les années 1980 et 1990. Plus récemment cependant, ces deux régions ont elles aussi vu l’obésité se répandre rapidement parmi de plus larges couches de la population. Ainsi, alors que nombre de pays à revenu faible ou intermédiaire demeurent confrontés à des niveaux élevés de dénutrition et de prévalence des maladies infectieuses, ils doivent également faire face aujourd’hui à la charge croissante que représentent les adultes souffrant d’excès pondéral ou d’obésité et à la montée de certaines maladies non transmissibles comme le diabète qui en découle.

L’anémie chez la femme en âge de procréer

Selon les plus récentes estimations à notre disposition, l’anémie touchait 33 pour cent des femmes en âge de procréer dans le monde en 2016, ce qui représente environ 613 millions de femmes âgées de 15 à 49 ans. C’est en Afrique et en Asie que la prévalence de l’anémie est la plus forte, avec des taux supérieurs à 35 pour cent. À l’opposé, on observe les taux les plus faibles – sous la barre des 20 pour cent – en Amérique du Nord et en Europe ainsi qu’en Océanie.

FIGURE 6

L’anémie chez les femmes en âge de procréer est un problème persistant

  • Monde entier
  • Afrique
  • Asie
  • Amérique Latine et Caraïbes

  • Amérique du Nord et Europe
  • Océanie

NOTES : Prévalence de l’anémie chez les femmes en âge de procréer, de 2005 à 2016. Pour en savoir plus sur les pays pris en compte dans chaque région, voir les notes à l’annexe 1.
SOURCE : Observatoire de santé mondiale (OMS), 2017.

Les progrès accomplis pour réduire de moitié la prévalence d’anémie chez les femmes en âge de procréer d’ici à 2025 sont loin d’être suffisants.

Taux d’allaitement exclusif au sein

Plus que jamais, les femmes nourrissent leurs enfants exclusivement au sein, constituant une pierre angulaire de la survie et du développement de l’enfant. À l’échelle mondiale, 43 pour cent des nourrissons âgés de moins de 6 mois étaient exclusivement allaités au sein en 2016, contre 36 pour cent en 2005.

FIGURE 7

L’allaitement exclusif au sein a progressé très sensiblement dans de nombreux pays, mais demeure en deçà des niveaux souhaités

AFRIQUE
ASIE
AMÉRIQUE LATINE ET CARAÏBES
EUROPE
  • Recul (baisse de plus de 10 pour cent)
  • Évolution nulle ou minimale (entre plus 9 pour cent et moins 9 pour cent)

  • Faible progression (augmentation de 10 à 19 pour cent)
  • Forte progression (augmentation de 20 pour cent et plus)

NOTES : L’analyse porte sur un sous-ensemble de 82 pays et les points correspondent à la tendance autour de 2005 (2002-2008) et autour de 2015 (2010-2015). Le nombre (pourcentage) de pays ne disposant pas de données sur la tendance est le suivant (par région) : Afrique, 16 (32 pour cent); Asie, 26 (54 pour cent); Amérique latine et Caraïbes, 20 (59 pour cent) ; Europe, 33 (80 pour cent); et Océanie, 17 (94 pour cent). Il n’y a pas de graphique relatif à l’Océanie car un seul pays de cette région disposait de données sur la tendance. Il n’existe pas de données sur la tendance en Amérique du Nord, ni en Australie, ni en Nouvelle-Zélande.
SOURCE: UNICEF, bases de données mondiales 2016.

Considéré comme étant l’intervention préventive qui a l’effet positif le plus important sur la survie des enfants, l’augmentation des taux d’allaitement au sein pourrait, chaque année, sauver la vie de 820 000 enfants et prévenir 20 000 décès maternels dus au cancer. Qui plus est, nous disposons de plus en plus d’éléments qui tendent à prouver que l’allaitement maternel a un effet protecteur pour l’avenir en réduisant le risque d’excès pondéral et d’obésité.


PARTIE 3

Vers une comprehension intégrée de la sécurité alimentaire et de la nutrition

Bien qu’il semble compliqué de donner un sens à une situation où, d’un côté, la sécurité alimentaire – si l’on se fonde sur les estimations de la suffisance de l’apport énergétique alimentaire – se détériore à l’échelle mondiale et, de l’autre, la dénutrition chez l’enfant (retard de croissance) recule et l’obésité chez l’adulte progresse, il y a plusieurs explications possibles.

La sécurité alimentaire n’est pas le seul facteur déterminant des résultats nutritionnels, en particulier dans le cas des enfants. D’autres facteurs entrent en jeu, notamment : le niveau d’instruction de la mère ; les ressources allouées aux politiques et programmes nationaux en faveur de la nutrition chez la mère, le nourrisson et le jeune enfant ; l’accès à de l’eau propre, à des services d’assainissement de base et à des services de santé de qualité ; le mode de vie, l’environnement alimentaire et la culture.

Dans les pays à revenu élevé et intermédiaire en particulier, l’insécurité alimentaire et l’obésité coexistent souvent – parfois au sein d’un même ménage. Lorsqu’on commence à manquer de ressources pour se nourrir et à mesure que l’accès à une alimentation équilibrée diminue, on choisit souvent de consommer des aliments moins chers, moins bons pour la santé et à plus forte densité énergétique, ce qui expose à un risque d’excès pondéral et d’obésité.

Un monde libéré de la faim et de la malnutrition à l’horizon 2030 constituera une gageure

De plus, l’insécurité alimentaire, de même qu’une mauvaise nutrition pendant la grossesse et l’enfance, peuvent également conduire à des adaptations métaboliques qui favorisent l’apparition, à l’âge adulte, de l’obésité et des maladies chroniques non transmissibles qui y sont associées.

Dernier point mais non des moindres, l’évolution des modes d’alimentation et des systèmes alimentaires a conduit à une hausse de la consommation d’aliments fortement transformés dans plusieurs pays. La disponibilité immédiate d’aliments hautement transformés et à des prix abordables, sont des facteurs qui peuvent expliquer la coexistence de plusieurs formes de malnutrition au sein d’une même communauté ou d’un même foyer.

Il est nécessaire de procéder à des évaluations tenant davantage compte du contexte pour cerner les liens qui existent entre la sécurité alimentaire et la nutrition des ménages, d’une part, et les causes sous-jacentes de l’apparente divergence dans les tendances les plus récentes observées en matière de sécurité alimentaire et de nutrition.

Il est nécessaire de procéder à des évaluations tenant davantage compte du contexte pour cerner les liens qui existent entre la sécurité alimentaire et la nutrition des ménages, d’une part, et les causes sous-jacentes de l’apparente divergence dans les tendances les plus récentes observées en matière de sécurité alimentaire et de nutrition.


PARTIE 4

La faim, la malnutrition et les conflits: une relation complexe

Des 815 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire et de sous-alimentation chronique dans le monde, la grande majorité – 489 millions – vivent dans des pays touchés par un conflit.

L’écart est encore plus prononcé en ce qui concerne la dénutrition de l’enfant. En effet, près de 122 millions d’enfants, soit 75 pour cent des enfants de moins de 5 ans souffrant d’un retard de croissance, vivent dans des pays touchés par un conflit, la différence avec les pays qui ne sont pas touchés par un conflit est de neuf points de pourcentage.

"La paix est évidemment la solution clé afin de mettre un terme à ces crises mais nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre l'instauration de la paix, et la FAO, le Programme alimentaire mondial et le Fonds international de développement agricole travaillent tous très durs afin de venir en aide aux populations vulnérables. Les populations vulnérables ne peuvent être laissées pour compte, en particulier, les jeunes et les femmes."
Directeur général, José Graziano da Silva

Des corrélations simples montrent que les niveaux d’insécurité alimentaire et de dénutrition chroniques ou aiguës sont plus élevés dans les pays touchés par des conflits. En 2016, la moyenne non pondérée de la prévalence de la sous-alimentation dans les pays touchés par un conflit était de presque huit points de pourcentage supérieur à celle des pays non touchés par des conflits.

Les guerres sont devenues moins fréquentes au cours des décennies récentes, atteignant en 2005 le chiffre le plus bas jamais enregistré. Toutefois, le nombre de conflits violents et de décès liés aux conflits est en recrudescence. Les conflits violents ont augmenté de façon dramatique depuis 2010 et n’ont jamais été aussi nombreux, un signe qui fait craindre que les tendances actuelles ne se confirment au cours des années à venir.

FIGURE 8

Hausse prononcée du nombre de conflits depuis 2010

  • Violence étatique
  • Violence non-étatique
  • Violence unilatérale

SOURCE : Uppsala Conflict Data Program (UCDP)
(Programme d'Uppsala sur les données relatives aux conflits).

Les conflits entre deux factions armées organisées, dont aucune n’est un gouvernement ou un État ont augmenté de 125 pour cent depuis 2010, dépassant tous les autres types de conflits. Les conflits impliquant des États ont également augmenté pendant la même période, à raison de plus de 60 pour cent. De plus, les guerres civiles ou les conflits internes sont désormais plus nombreux que les conflits interétatiques ou que les conflits externes entre des États. En d’autres termes, ce ne sont plus les conflits entre nations qui prévalent, mais les conflits au sein des nations. Avec la montée des conflits internes, un plus grand nombre de parties externes est susceptible de s’impliquer dans ces conflits ou de faire les frais de la violence qu’ils déclenchent, et les conflits locaux se transforment alors en crises régionales, voire continentales.

La violence et les conflits sont inégalement répartis dans les continents et sont concentrés majoritairement dans quatre régions : la région Proche-Orient et Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne septentrionale, l’Amérique centrale et l’Europe orientale, en particulier en Ukraine. La plupart des conflits qui perdurent traversent les frontières et deviennent des conflits régionaux. C’est le cas notamment du conflit en cours dans la Corne de l’Afrique, la région des Grands Lacs en Afrique, du conflit entre l’Afghanistan, l’Inde et le Pakistan, du conflit qui a investi le Cameroun, le Nigéria septentrional et le Tchad au Sahel. La carte illustrant la chronologie et l’ampleur des conflits en Afrique fait ressortir nettement leur caractère transfrontalier et régional.

Les conflits sont le principal moteur des déplacements de personnes et les populations déplacées, qui sont parmi les plus vulnérables au monde, et sont victimes de l’insécurité alimentaire et de la dénutrition à un degré élevé. Le nombre de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI) a augmenté de manière considérable avec la multiplication des conflits, doublant entre 2007 et 2016, jusqu’à représenter 64 millions de personnes environ. À l’heure actuelle une personne sur 113 est soit un réfugié, soit une personne déplacée à l'intérieur de son propre pays, soit un demandeur d’asile. Les conflits et la violence ont déclenché et prolongé l’insécurité alimentaire également dans les communautés d’accueil. Par exemple, la guerre civile en République arabe syrienne a poussé plus de 6 millions de personnes à fuir leur foyer pour s’installer ailleurs dans le pays et 5 millions de personnes à gagner des pays voisins. A l’heure actuelle, les personne déplacées passent en moyenne plus de 17 ans dans des camps ou auprès de communautés d’accueil. (Voir l’encadré 6 et le cas du Liban).

122 millions d’enfants souffrant d’un retard de croissance vivent dans des pays touchés par un conflit.
© Piyaset | Shutterstock.com

Les événements d’origine climatique, en particulier les sécheresses, peuvent limiter la disponibilité et l’accès à la nourriture, ce qui aggrave les risques de conflit.
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Lorsque l’État, les systèmes socioéconomiques et/ou les communautés n’ont pas de capacités suffisantes pour prévenir les situations de conflit, y faire face ou les gérer, les segments les plus pauvres et les plus vulnérables de la société sont généralement les plus touchés.

En moyenne, 56 pour cent de la population des pays touchés par un conflit vit dans les zones rurales, où les moyens d'existence sont largement tributaires de l’agriculture. Les conflits ont des conséquences négatives sur chaque aspect ou presque de l’agriculture et des systèmes alimentaires – production, récolte, transformation et transport ou encore fourniture d’intrants, financement et commercialisation. Dans de nombreux pays touchés par un conflit, l’agriculture de subsistance joue encore un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire de la plus grande partie de la population. En Iraq, par exemple, avant le conflit, les districts de Ninive et Salah al-Din fournissaient près de 33 pour cent du blé et 38 pour cent de l’orge produits dans le pays. Une évaluation datant de février 2016 a permis de constater que 70 à 80 pour cent des cultures de maïs, de blé et d’orge étaient endommagées ou détruites dans le Salah al-Din, tandis que dans le district de Ninive, entre 32 et 68 pour cent des terres normalement consacrées au blé étaient en trop mauvais état ou avaient été détruites, ce qui était aussi le cas pour l’orge, à raison de 43 à 57 pour cent.

La plupart des pays ont réalisé des progrès considérables depuis 25 ans dans la lutte contre la faim et la dénutrition mais, dans la majorité des pays touchés par des conflits, les conditions ont stagné ou se sont détériorées.

La situation au Soudan du Sud montre bien les ravages que peuvent provoquer les conflits dans l’agriculture et les systèmes alimentaires, et la manière dont ils se conjuguent à d’autres facteurs – liés notamment à la santé publique – pour miner les moyens d'existence et créer une spirale d’insécurité alimentaire et de malnutrition qui s'accélère au fur et à mesure que le conflit gagne en intensité.

Les problèmes liés à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition aiguës ont tendance à s’amplifier lorsque des catastrophes naturelles – sécheresses ou inondations, entre autres – aggravent l’impact des conflits. La concomitance de conflits et de catastrophes naturelles d’origine climatique pourrait être plus fréquente sous l'effet du changement climatique, car celui-ci non seulement aggrave les problèmes liés à l’insécurité alimentaire et à la sous-alimentation, mais peut aussi mener inexorablement à des conflits, des crises prolongées et des situations de fragilité.

Dans certains cas, la cause profonde du conflit est la rivalité au sujet des ressources naturelles.

En fait, la compétition pour les terres et l’eau a été signalée comme l’un des facteurs susceptibles de déclencher un conflit, alors que la perte de la terre ou des avoirs productifs, la détérioration de l’emploi et la dégradation de l'environnement sont une entrave et une menace pour les moyens d’existence des ménages et des communautés. Des sources estiment qu’au cours des 60 dernières années, 40 pour cent des guerres civiles ont été associées aux ressources naturelles. Depuis 2000, 48 pour cent environ des conflits civils ont eu lieu en Afrique dans des contextes où l’accès aux terres est indispensable aux moyens d’existence de nombreux ruraux et où les questions foncières ont joué un rôle important dans 27 conflits, sur un total de 30.

Les conflits, particulièrement ceux aggravés par le changement climatique, constituent un obstacle de taille à l’élimination de la faim et de la malnutrition d’ici 2030. La faim, ainsi que toutes les formes de malnutrition ne seront pas éliminées d’ici 2030, à moins que l’on ne s’attaque à tous les facteurs qui compromettent la sécurité alimentaire et la nutrition.

L’aide aux pays touchés par des conflits devrait être axée sur le soutien aux investissements dans le renforcement de la résilience et la préparation à plus long terme

L’impact sur les systèmes alimentaires peut être grave si l’économie et les moyens d'existence des populations sont fortement tributaires de l’agriculture. Cela sape la résilience et peut forcer les individus et les ménages à adopter des stratégies d’adaptation de plus en plus destructrices et irréversibles, qui compromettent leurs moyens d'existence, leur sécurité alimentaire et leur nutrition L’insécurité alimentaire est en soi un facteur qui peut déclencher la violence et l’instabilité, particulièrement dans les contextes caractérisés par des inégalités diffuses et par des institutions fragiles. Les interventions visant à améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition qui tiennent compte des situations de conflit et qui sont menées en temps utile peuvent contribuer à la pérennisation de la paix.


PARTIE 5

Sécurité alimentaire, malnutrition et conflits: quelques étude de cas des pays

A humanitarian catastrophe on a massive scale: the case of South Sudan

Le conflit au Soudan du Sud a entraîné une catastrophe humanitaire sur très grande échelle : la famine a été déclarée dans certaines parie de l’Était d’Unité en février 2017, et plus de 4,9 millions de personnes (plus de 42 pour cent de la population) étaient en situation d’insécurité alimentaire grave.

L’accès aux aliments a été compromis par de fortes hausses des prix, l’inflation ayant été stimulée par les pénuries, la dévaluation de la monnaie et des coûts de transport élevés dus à l’insécurité qui règne le long des principaux axes commerciaux. La croissance annuelle de l’inflation a atteint un pic de 836 pour cent en octobre 2016. L’impossibilité matérielle et financière d’accéder aux aliments limite la consommation alimentaire des individus et des ménages et détermine une chute radicale des revenus effectifs du travail et des prix du bétail. Entre temps, la violence et l’insécurité ont causé l’épuisement et la destruction des moyens de production, aussi bien le bétail que les principales sources d’alimentation des ménages, comme les cultures sur pied ou les stocks de céréales.

Dans les zones les plus touchées, les aliments sont utilisés comme une arme, et les blocus, ainsi que les menaces sécuritaires qui cantonnent les populations dans les marécages, leur interdisent l’accès aux aliments et aux soins de santé. L’acheminement de l’aide vers les zones les plus durement frappées est limité car les belligérants bloquent délibérément les livraisons alimentaires d’urgence, détournant les camions et tuant les agents humanitaires. L’absence de protection des civils contre la violence a fait 1,9 million de personnes déplacées et plus de 1,26 million de réfugiés, qui ont perdu leurs moyens d'existence et sont tributaires de l’aide pour survivre.

Yémen: quand une crise prolongée menace la nutrition et la santé

Les estimations indiquent que depuis mars 2017, 17 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire grave (phases 3 et 4 de l’IPC). Cela représente 60 pour cent de la population – soit une augmentation de 20 pour cent par rapport à juin 2016 et de 47 pour cent depuis juin 20154. La dénutrition chronique infantile (retard de croissance) est de longue date un problème sérieux, mais la courbe de la dénutrition aiguë (émaciation) est montée en flèche ces trois dernières années. L’une des principales voies d’impact a été la crise engendrée par le conflit, qui n’a épargné aucun secteur de l’économie et qui frappe la population tout entière.

La situation de la nutrition a été aggravée par l’effondrement dramatique du système de santé et de ses infrastructures associé à un foyer de choléra et autres épidémies3 qui ont touché plusieurs gouvernorats en 2016 et se poursuivent en 2017.

Une crise prolongée s’étend au-delà des frontières: la guerre syrienne

Dans ce pays qui était auparavant une économie à revenu intermédiaire dynamique, 85 pour cent de la population vit aujourd’hui dans la pauvreté En 2016, 6,7 millions de personnes étaient considérées comme souffrant d’insécurité alimentaire aiguë et avaient besoin d’une assistance humanitaire urgente, tandis que la prévalence de la malnutrition aiguë avait augmenté dans la plupart des régions L’anémie frappe un quart environ des femmes adultes et des enfants de moins de 5 ans.

Autrefois une économie à revenu intermédiaire dynamique, 85 pour cent de la population de la République arabe syrienne vit aujourd’hui dans la pauvreté
© OBJM | Shutterstock.com

Six années de conflit ont cumulé leurs effets destructeurs non seulement sur l’économie, les infrastructures, la production agricole, les systèmes alimentaires et les institutions sociales mais aussi, plus généralement, sur la capacité de survie des populations.

Il se produit depuis 2011 un exode continu de Syriens fuyant le conflit, surtout à destination des pays voisins. Pour 2016, les estimations chiffraient à 4,8 millions le nombre de réfugiés ayant fui vers la Turquie, le Liban, la Jordanie, l’Iraq et l’Égypt.

Liban: débordement d’une crise prolongée

La crise en République arabe syrienne a eu d’énormes répercussions au Liban. Le pays connaît une récession économique et est confronté à l’arrivée de 1,5 million de réfugiés – un quart de sa population. Le ralentissement de l’économie tient à la montée de l’insécurité, à la perturbation des voies commerciales et au recul de la confiance des investisseurs et des consommateurs. Les exportations et les investissements étrangers directs ont reculé de 25 pour cent entre 2013 et 2014, et le tourisme a diminué de 60 pour cent depuis le début de la crise.

La crise a un impact disproportionné sur des ménages qui sont déjà vulnérables, non seulement parce que les emplois non qualifiés sont insuffisants et les services publics surchargés, mais aussi parce que la moitié des réfugiés est concentrée dans les zones les plus pauvres (soit un tiers des districts). Les pauvres le deviendront encore davantage et il faut s’attendre à des répercussions négatives sur la sécurité alimentaire et la nutrition.

Afrique de l’Est: un conflit qui a brisé des systems traditionnels

Les conflits prolongés et récurrents ont modifié les pratiques de pacage des éleveurs pastoraux en Éthiopie, au Kenya et en Ouganda, forçant les communautés à faire paître le bétail dans un périmètre restreint étant donné la mobilité limitée. Les systèmes traditionnels ont par conséquent été affectés.

Au Kenya, la concentration de bétail dans des aires restreintes a entraîné le surpâturage et la dégradation de l’environnement.
© Dragos Lucian Birtoiu | Shutterstock.com

La FAO a documenté le rôle des conflits dans la désintégration des systèmes traditionnels et la manière dont celle-ci contribue à la dégradation de l’environnement, minant ainsi la viabilité à long terme des moyens d'existence pastoraux.

Au Kenya, concentrer le bétail dans des aires restreintes cause le surpâturage et la dégradation de l’environnement. Les éleveurs pastoraux ont été forcés de se concentrer dans des zones déterminées, ce qui provoque des problèmes de surpâturage et de dégradation de l'environnement qui minent leurs moyens d'existence et la capacité de la communauté à s’adapter aux sécheresses et autres catastrophes d’origine climatique alors que les établissements humains surpeuplés entraînent la perte de sol sous l'effet de l’érosion. Les communautés souffrent aussi de la pénurie et de l’utilisation excessive d’eau, dues au surcroît de population et d’animaux La dégradation de l'environnement est exacerbée par l’abattage des arbres et le ramassage des herbes utilisés dans les travaux de construction, l’approvisionnement en bois de feu, la production de charbon de bois destiné à la consommation du ménage et à la vente.

Pendant ce temps, au-delà de la frontière, en Éthiopie, des conflits violents et sporadiques entre les Borana, les Garre, les Guji et les Konso sont devenus courants. Ces conflits se produisent au niveau local, mais leur dynamique juridique, politique et économique complexe les projette dans une dimension nationale, voire régionale, englobant ainsi les communautés et leurs alliés dans le reste du pays et au Kenya.

Colombie: évictions, dépossessions et d’accès inégal aux ressources naturelles

La Colombie a été le théâtre d’un conflit qui a duré plus de 50 ans, faisant jusqu’à six millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, soit 14 pour cent de la population totale. Ces chiffres sont le résultat de stratégies systématiques d’éviction et de dépossession menées par des groupes armés désireux de se saisir de territoires ruraux, de contrôler les ressources naturelles et la terre et de s’approprier les dividendes découlant de ces ressources. Les stratégies et les déplacements forcés ont également été associés avec l’économie du trafic des stupéfiants, dont l’expansion passe par le contrôle des voies d’acheminement et des terres dévolues aux cultures illégales. Les déplacements forcés à grande échelle sont non seulement le principal effet des conflits armés, mais aussi la principale cause de l’insécurité alimentaire. Ce sont les populations les plus pauvres et les plus vulnérables, notamment les communautés ethniques, qui ont pâti le plus de la situation.

Plus de 250,000 personnes ont été tuées et des millions de personnes déplacées durant le conflit armé qui a duré 52 ans en Colombie. Un accord de pays a été signé en novembre 2016 | ©Patrick Zachmann/Magnum Photos for FAO

Le conflit colombien a eu des répercussions socioéconomiques à court terme et à long terme. Les stratégies d’éviction et de dépossession menées par les rebelles ont d’abord mené au déplacement des agriculteurs et des ménages ruraux, tout en favorisant la concentration de la propriété foncière aux mains d’un petit nombre et en introduisant des modifications durables dans l’utilisation des terres et la production agricole (des cultures alimentaires de base aux cultures de rente, notamment l’huile de palme et les feuilles de coca). Cela a eu des effets sur la pauvreté et les inégalités ainsi que sur la production alimentaire et l’accès aux aliments. Pour la période allant de 1980 à 2010, on estime que 6,6 millions d’hectares de terres ont été abandonnés par suite des déplacements de population. Ce chiffre serait encore plus élevé si les territoires des communautés ethniques étaient inclus. La dépossession a surtout visé la petite propriété et les exploitations agricoles. Ce sont donc les ménages les plus pauvres et les plus vulnérables qui ont été le plus touchés. Il devenait essentiel pour la Colombie de compenser les dommages matériels subis par les personnes déplacées et les populations rurales par suite du conflit, notamment au moyen de mesures favorisant la restitution des terres et des logements et l’amélioration de l'accès au capital circulant et aux biens d’équipement.

Investir dans la paix et la sécurité alimentaire, le cas du nord de l’Ouganda

Le relèvement d'après-conflit constaté dans le nord de l'Ouganda est un exemple positif de la façon dont des investissements soutenus dans la paix et le relèvement peuvent contribuer à d'importantes améliorations de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans une ancienne zone de conflit. Deux décennies de conflit entre les forces gouvernementales et l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le nord du pays ont entraîné des déplacements de masse ainsi qu'une explosion de la pauvreté et de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition, surtout dans l'ancienne région agricole d'Acholi. Contraints de vivre dans des camps, les Acholi – qui vivaient auparavant essentiellement en situation de sécurité alimentaire – sont devenus presque entièrement tributaires de l'aide alimentaire internationale.

Cependant, depuis la fin du conflit, la sécurité alimentaire et la nutrition se sont beaucoup améliorées dans le nord de l’Ouganda, et la population d’Acholi n’a eu besoin d’aucune aide alimentaire depuis 2011 (l’aide apportée atteignait 1,9 millions de personne en 2007). À travers tout le pays, l’émaciation chez les enfants a baissé de près d’un tiers et le pourcentage de la population du pays vivant sous le seuil de pauvreté a diminué de plus de 10 pour cent entre 2005 et 2012.

Le Gouvernement ougandais a fait de l'agriculture une priorité pour le relèvement du pays après le conflit. De nombreuses organisations ont aidé les personnes déplacées et les anciens combattants à réparer leurs moyens d'existence en leur fournissant des intrants, tels que des semences et des outils, ainsi qu'au moyen de mesures de repeuplement des cheptels, de programmes «Espèces contre travail» et de programmes «Vivres contre travail», et des politiques nationales ont été adoptées en vue d’améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition.