10.  NOURRITURE ET ALIMENTATION DES POISSONS

10.0   Introduction

1.Au début du présent ouvrage (voir section 2.0), vous avez appris que les végétaux sont en mesure, grâce à la photosynthèse, de fabriquer de nouvelles substances organiques à partir de la lumière solaire et d'éléments nutritifs simples, alors que les animaux, notamment les poissons, en sont incapables. Aussi, pour survivre, se développer et se reproduire, les poissons doivent se nourrir de matières organiques tels que végétaux, autres animaux ou aliments préparés contenant des substances végétales et/ou animales. Vous devez donc veiller tout particulièrement à ce que vos poissons reçoivent la nourriture dont ils ont besoin, aussi bien sur le plan qualitatif que sur le plan quantitatif.

Choix de l'alimentation des poissons

2. Trois types d'aliments sont utilisés dans les étangs piscicoles:

  • aliments naturels;
  • aliments de complément;
  • aliments complets.

3. Les aliments naturels sont présents naturellement dans l'étang. Ils peuvent comprendre détritus*, bactéries*, plancton*, vers, insectes, mollusques, plantes aquatiques et poissons. Leur abondance dépend dans une large mesure de la qualité de l'eau. Le chaulage (voir chapitre 5) et la fertilisation (voir chapitre 6), en particulier la fertilisation organique, peuvent vous aider à fournir à vos poissons des aliments naturels en quantité suffisante.

4. Les aliments de complément sont des aliments distribués de façon régulière aux poissons de l'étang. Ils se composent généralement de matériaux à bon marché disponibles sur place, par exemple végétaux terrestres, déchets de cuisine ou sous-produits agricoles.

5. Les aliments complets sont aussi distribués de façon régulière. Ils se composent d'un mélange d'ingrédients soigneusement choisis, destinés à fournir tous les éléments nutritifs nécessaires à une bonne croissance des poissons. Ils doivent se présenter sous une forme facilitant leur absorption et leur digestion. Ce type d'aliment est très difficile à fabriquer sur place et s'avère généralement très coûteux à l'achat.

6. Le système de production piscicole peut être défini en fonction du type d'aliment utilisé:

  • système extensif: la production de poissons dépend totalement des aliments naturels;
  • système semi-intensif: la production dépend à la fois des aliments naturels et des aliments de complément; ce système permet d'élever un plus grand nombre de poissons dans l'étang;
  • système intensif: la production de poissons dépend entièrement de la distribution d'aliments complets, et le taux d'empoissonnement des étangs ne dépend plus de la quantité de nourriture disponible, mais d'autres facteurs tels que la qualité de l'eau.

7. En prenant connaissance des sections suivantes, vous en saurez davantage sur les aliments naturels (section 10.1) et les aliments de complément (sections 10.2 à 10.6). Si la question des aliments complets vous intéresse, vous pouvez consulter un autre manuel de la FAO intitulé Feeds end feeding of fish and shrimp: a manual on the preparation and presentation of compound feeds for shrimp and fish in aquaculture, par M.B. New (Rapport ADCP/REP/ 87/26). 1987. Rome, FAO. 284 pages.


10.1  Aliments naturels des poissons

Il existe différents types d'aliments naturels

1. Les aliments naturels des poissons présents dans un étang sont très variés et se composent généralement d'un mélange complexe de végétaux et d'animaux.

(a) Ils peuvent être de taille microscopique ou relativement grande.

(b) Ils peuvent être vivants ou morts (détritus produits par décomposition bactérienne).

(c) lls sont généralement présents dans les différentes zones de l'étang:

  • à proximité de la rive, par exemple les plantes enracinées;
  • en suspension dans l'eau, par exemple le plancton;
  • à la surface ou au fond (matériau benthique ou benthos*), tels que vers, larves d'insectes et mollusques;
  • à la surface d'objets immergés (couverture biologique ou aufwuchs*);
  • évoluant dans le milieu ambiant, par exemple insectes aquatiques, grenouilles et poissons (nekton*).

2. Pour mieux gérer votre étang par des mesures de fertilisation (voir chapitre 6), vous devez apprendre à reconnaître les principaux groupes d'aliments naturels, Il vous faudra à cet effet un microscope (voir section 15.3), que vous pourrez vous procurer dans un dispensaire local, une école ou un centre d'alevinage. Demandez conseil à votre agent de vulgarisation. Examinez les illustrations ci-après. N'oubliez pas que ces organismes sont -parfois extrêmement petits et pratiquement invisibles à l'oeil nu.

Note: 1 micromètre(micron) = 1µm = 0,001 mm.









Quelle est la nourriture naturelle préférée des poissons?

3. La nourriture naturelle préférée des poissons varie considérablement en fonction de l'espèce et du stade de développement.

4. Comme vous l'avez déjà appris, les larves de poissons ne se nourrissent pas de façon active, mais survivent grâce aux réserves alimentaires contenues dans le sac vitellin (voir section 9.4). Peu de temps avant l'absorption complète du sac vitellin, les jeunes alevins commencent généralement à se nourrir d'aliments naturels constitués de plancton de très petite taille, tels que les algues microscopiques et les rotifères. Au fur et à mesure que leur bouche s'agrandit, ils se nourrissent d'organismes planctoniques de plus en plus gros (cladocères, copépodes) et de larves/pupes d'insectes. Peu à peu, alors que l'alevin grandit, les préférences alimentaires évoluent de façon à ressembler de plus en plus à celles du poisson adulte.

Premier mois d'alimentatlon (carpe commune)



TABLEAU 27
Régime alimentaire naturel des poissons adultes

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5. Les poissons adultes sont classés dans différentes catégories en fonction de leurs préférences alimentaires, comme indiqué au tableau 27.

(a) Les poissons herbivores préfèrent les substances végétales, par exemple:

  • le phytoplancton*, pour la carpe argentée chinoise;
  • les végétaux supérieurs, pour Tilapia rendalli, la carpe herbivore et le Puntius asiatique.  

(b) Les poissons omnivores mangent un mélange d'aliments naturels variés, quoique certains préfèrent des aliments bien définis, par exemple:

  • le zooplancton*, pour la carpe marbrée chinoise;
  • la faune benthique, pour la carpe commune;
  • les détritus benthiques, pour le mrigal, cyprinidé indien;
  • le phytoplancton, pour le tilapia du Nil;
  • les fruits et les gralnes, pour les Colossoma d'Amérique du Sud

(c) Les poissons carnivores préfèrent les aliments d'origine animale, tels que les insectes, têtards, grenouilles et petits poissons. Il en est ainsi en ce qui concerne la truite et les poissons-chats, comme le Clarias africain et le Pangasius asiatique.

6. Vous devez veiller à ce qu'il y ait un apport approprié du type d'aliments naturels que préfère votre espèce de poisson en particulier. Les organismes du phytoplancton sont les plus faciles à produire grâce à un programme adéquat de fertilisation (voir chapitre 6). Le zooplancton se développera ensuite rapidement en présence d'algues dont il peut se nourrir.

7. Si vous souhaitez encourager la croissance de couvertures biologiques, c'est-à-dire d'un mélange de végétaux et d'animaux minuscules fixés sur diverses surfaces, par exemple dans les étangs de premier alevinage, vous pouvez fertiliser l'eau et utiliser des bottes d'herbes séchées ou de tiges végétales fixées sous eau.


Evaluation du phytoplancton

8. Si vos poissons se nourrissent de phytoplancton, il est particulièrement important de vérifier périodiquement la qualité et la quantité de plancton disponible.

9. Pour vérifier la qualité, tirez lentement un filet à phytoplancton (voir paragraphes 12 à 15) à travers l'étang dans une direction. Essayez de couvrir une grande superficie d'eau. Déterminez au microscope les types d'algues présents (voir section 15.3). Il ne doit pas y avoir trop d'algues filamenteuses

10. Pour contrôler la quantité, estimez la transparence de l'eau au moyen d'un disque de Secchi ou en plongeant votre bras (voir section 2.3). Le plancton est suffisamment abondant tant que la transparence reste inférieure à 60 cm (voir section 6.0).

Evaluation du zooplancton

11. Evaluez la qualité et la quantité du zooplancton en procédant comme suit:

(a) Evaluez la qualité en tirant lentement un filet à zooplancton (voir paragraphes 12 à 15) à travers l'étang dans une direction. Essayez de couvrir une superficie importante. Déterminez les principaux organismes de zooplancton présents à l'aide d'un simple microscope (voir section 15.3). Recherchez particulièrement la présence d'oeufs et de juvéniles:

  • s'ils sont nombreux, une nourriture adéquate est présente, assurant un développement sain du zooplancton;
  • s'ils sont rares, les organismes du zooplancton manquent de nourriture.

(b) Vérifiez la quantité disponible en filtrant à travers le filet à zooplancton un volume déterminé d'eau de l'étang prélevé en plusieurs points d'échantillonnage répartis sur toute la surface de l'étang. Procédez comme suit: 

  • avec un seau de 10 l par exemple, prélevez cinq échantillons d'eau pour recueillir un volume total de 50 l;
  • filtrez ces échantillons à travers le filet pour concentrer le zooplancton dans le récipient inférieur;
  • transférez ce zooplancton dans un tube de verre gradué;
  • immobilisez les organismes du zooplancton en ajoutant une pincée de sel ou quelques gouttes de formol;
  • laissez-les se concentrer au fond du tube pendant environ une heure;
  • mesurez le volume décanté de zooplancton;
  • s'il équivaut à au moins 3 ml/100 l d'eau, il y a suffisamment de zooplancton pour nourrir vos poissons. Si vous avez prélevé un échantillon de 50 l d'eau, par exemple, vous devez avoir un volume décanté de zooplancton d'au moins 1,5 ml.

Fabriquez vous-même un filet à plancton¹

(Adapté de E. Woynarovich. 1975. Elementary guide to fish culture in Nepal, p. 111 Rome. FAO)

12. Pour fabriquer un petit filet à plancton, vous devez tout d'abord vous procurer auprès d'un fournisseur spécialisé un morceau de tissu synthétique à mailles très fines appelé gaze à blutoir:

  • pour un filet à phytoplancton, choisissez une grandeur de maille de 0,025 mm (25 µm);
  • pour un filet à zooplancton, choisissez une grandeur de maille de 0,080 à 0,100 mm (80 à 100 µm).

13. Il vous faudra également:

  • un petit morceau de toile (voir schéma);
  • du fil de fer galvanisé (de 2 à 3 mm de diamètre et environ 80 cm de long);
  • un petit récipient comme collecteur de plancton;
  • environ 10 cm de tube souple;
  • une pince à ressort pour fermer hermétiquement ce tube

14. Pour fabriquer le filet à plancton, procédez comme suit:

(a) Découpez un morceau de gaze à blutoir (voir schéma).

(b) Découpez un morceau de toile (voir schéma).

c) Pliez-le en deux et cousez-le par des points doubles au morceau de gaze à blutoir (voir schéma).

d) Terminez le filet conique par des points doubles le long du côté

e) Fixez le collecteur de plancton à l'extrémité intérieure avec de la colle et du fil.

f) Fixez le tube souple à la base de ce collecteur.

g) Introduisez le fil de fer galvanisé dans la partie supérieure de la toile en lui donnant la forme d'un support annulaire. Repliez ses extrémités de manière à former une petite poignée,

h) Fermez le tube souple avec la pince,

15. Votre filet à plancton est maintenant prêt. Filtrez l'eau de l'étang et concentrez le plancton dans le collecteur. A la fin de l'échantillonnage, desserrez la pince inférieure et transférez le plancton par le tube souple dans une petite fiole, afin de procéder aux opérations ultérieures.

Fabrication d'un petit filet à plancton

10.2   Aliments de complément: aspects qualitatifs

Pourquoi utiliser une alimentation complémentaire

1. Il y a plusieurs raisons de compléter l'alimentation naturelle disponible dans l'étang par des aliments artificiels provenant de l'extérieur, par exemple:

  • lorsque les aliments présents naturellement ne suffisent plus pour assurer une alimentation et une croissance adéquate;
  • lorsque vous souhaitez élever un plus grand nombre de poissons dans l'étang pour obtenir une récolte plus importante tout en ayant une croissance satisfaisante

2. Lorsque vous utilisez davantage d'aliments de complément, vous passez d'un système extensif de production à un système semi-intensIf. .

Choix des aliments de complément

3. Quand vous optez pour l'utilisation d'aliments de complément, préférez les produits présentant les caractéristiques suivantes:

  • valeur nutritive adéquate: teneur élevée en protéines* et en hydrates de carbone* et faible teneur en fibres (voir paragraphes 6 à 9);
  • bonne acceptation par les poissons auxquels ils sont destinés;
  • motifs économiques: pour une qualité donnée, choisissez de préférence le coût le moins élevé;
  • aliments disponibles pendant la plus grande partie de la période de croissance des poissons;
  • coût additionnel minimal de transport, de manutention et de traitement;
  • facilité de manutention et d'entreposage

Note: particulièrement importante à l'intention des petits exploitants ruraux. Dans la mesure du possible, il est parfois préférable de s'associer pour effectuer des achats en gros et réduire ainsi les prix d'achat, les coûts de transport et les frais de stockage.

4. De nombreux types de substances peuvent constituer des aliments de complément pour les poissons, par exemple:

  • végétaux terrestres: herbacés, feuilles et graines de légumineuses arbustives (voir section 4.1), fruits, légumes;
  • végétaux aquatiques: jacinthe d'eau, laitue d'eau et lentille d'eau;
  • petits animaux terrestres: vers de terre, termites, mollusques;
  • animaux aquatiques: vers, têtards, grenouilles, poissons;
  • riz: brisures, issues de polissage, son, balle;
  • blé: balayures, remoulages, son;
  • maïs: gluten, farine de gluten;
  • tourteaux après extraction de l'huile des graines de moutarde, de noix de coco, d'arachide, de palme, de coton, de tournesol, de soja;
  • canne à sucre: molasses, tourteaux filtrés, bagasses;
  • pulpe des cerises de caféier;
  • graines de coton;
  • déchets de brasserie: drèche et levure;
  • déchets de cuisine;
  • déchets d'abattoir: abats, sang, contenu de rumen ou de panse;
  • pupes de vers à soie;
  • fumier: fientes de poule, lisier de porc (voir chapitre 7).

5. Choisissez les aliments les plus utiles en fonction des critères ci-dessus (voir paragraphe 3).

6. Les aliments sont classés selon leur teneur en protéines, en hydrates de carbone et en fibres, comme indiqué au tableau 28.

TABLEAU 28
Valeur comparées des principaux ingrédients utilisés pour l'alimentation de complément des poissons

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7. Les protéines sont constituées essentiellement d'eau, de carbone et d'azote, Au cours de leur digestion par le poisson, elles se décomposent en différents acides aminés* utilisés par les mécanismes de croissance, de reproduction, de reconstitution et de sécrétion. Les protéines sont généralement présentes dans les sous-produits animaux, les graines et les tourteaux d'oléagineux. Juvéniles et reproducteurs ont parliculièrement besoin de protéines.

8. Les hydrates de carbone tels que les amidons, les sucres et la cellulose sont constitués essentiellement d'eau et de carbone: Ils fournissent l'énergie nécessaire aux activités de subsistance et aux activités vitales des poissons. Les hydrates de carbone utiles se trouvent principalement dans les céréales et les molasses. Par contre, les sons, la paille, la pulpe de café, les bagasses de canne à sucre et les graines de coton entières contiennent surtout de la cellulose non digestible; la teneur en fibres est également élevée.

9. Pour obtenir les meilleurs résultats, il convient d'utiliser des mélanges simples des différents ingrédients alimentaires, de manière à fournir aux poissons les protéines supplémentaires et les hydrates de carbone utiles dont ils ont besoin. Dans la mesure du possible, évitez de leur distribuer une proportion forte de substances fibreuses, En revanche, ces substances peuvent s'avérer très utiles lors de la préparation de compost (voir section 6.3).

Distribution des aliments de complément

10. Les aliments de complément se présentent sous deux formes: sèche et humide.

11. Les aliments secs tels que céréales et tourteaux sont faciles à stocker, à transporter et à distribuer aux poissons.

12. Les aliments humides tels que sang, contenu de rumen, molasses et drèche de brasserie exigent un traitement spécial avant d'être distribués aux poissons; il faut par exemple les mélanger avec des ingrédients secs afin d'absorber une partie de l'humidité, ou les sécher pour accroître leur durée de stockage (voir section 10.6).

13. Par conséquent, les aliments de complément sont habituellement distribués aux poissons à l'état sec (environ 10 pour cent d'humidité) ou à l'état humide (30 à 50 pour cent d'humidité). Sous cette dernière forme, ils sont consommés de préférence par certaines espèces; sans doute plus agréables au goùt et mieux digérés, ils donnent de meilleurs résultats. Il est par ailleurs possible de faire une meilleure utilisation des aliments en réduisant les pertes. En effet, la plupart des aliments humides ne se conservent pas bien et il convient de ne préparer simultanément que de petites quantités.

Finesse des particules alimentaires

14. Il est important d'adapter la taille des particules alimentaires à la taille de la bouche des poissons, afin de limiter les pertes et de maximiser l'utilisation des aliments (voir tableau ci-dessous). En fonction de la taille du poisson, la préparation des aliments peut comporter différentes opérations telles que:

  • broyage ou mouture des aliments secs à l'intention des juvéniles;
  • hachage des matières végétales en petits morceaux à l'intention des poissons herbivores.

15. Il ne faut pas oublier que les particules alimentaires ne doivent pas être plus petites que nécessaire. En effet, dans le cas des particules fines:

  • les éléments nutritifs se dissolvent plus facilement dans l'eau;
  • les poissons ont davantage de difficultés à s'alimenter correctement;
  • une quantité plus importante de particules risque d'être ignorée des poissons et de se décomposer dans l'eau
Tailles préconisées pour les particules alimentaires (diamètre en mm)
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10.3   Aliments de complément: quantités à utiliser

1. Vous devez vous efforcer de fournir aux poissons (dans l'étang et/ou par les aliments) toute la nourriture nécessaire pour:

  • entretenir les fonctions corporelles telles que la circulation sanguine et la respiration normale;
  • assurer la croissance, par exemple augmentation de la taille et production d'oeufs

2. Si la quantité ou la qualité de la nourriture disponible est limitée, les poissons risquent de ne pas grossir, ou de perdre du poids et même de mourir de carences alimentaires. Aucune croissance ne sera constatée tant que les besoins alimentaires d'entretien ne sont pas satisfaits. Ces besoins augmentent en fonction de la température de l'eau, puisque l'activité des poissons augmente également. Ils sont comparativement plus importants pour les petits poissons que pour des poissons plus grands.

Exemple

L'étang contient 1 000 kg de carpes communes et son eau est à une température de 25 ºC. Les poissons sont nourris au moyen de graines de céréales. La satisfaction des seuls besoins d'entretien exige l'apport de quantités suffisantes en fonction de la taille des poissons.

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Pour obtenir une croissance des poissons, il faut fournir une quantité d'aliments supérieure aux besoins quotidiens d'entretien

Note: Dans la pratique, une partie de cette nourriture sera fournie par les aliments naturels présents dans l'étang. Vous devrez donc planifier les apports d'aliments de complément en fonction de l'importance de la nourriture naturelle disponible

Importance de l'alimentation complémentaire à prévoir

3. Il n'est pas facile de déterminer les quantités d'aliments artificiels à distribuer régulièrement dans chaque étang pour obtenir les meilleurs résultats. Les problèmes les plus courants que vous devrez éviter sont:

  • la sous-alimentation, qui conduit à une perte de production;
  • la suralimentation, qui se traduit par des dépenses inutiles et qui peut également entraîner une détérioration de la qualité de l'eau et des pertes de production. .

4. A titre indicatif, les données du tableau ci-dessous peuvent servir à estimer la production piscicole potentielle sans alimentation complémentaire. Tout accroissement de la production par rapport à ces valeurs exigera donc un apport d'aliments de complément.

Production potentielle sans alimentation extérieure
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Exemple

Considérons un étang de 1 000 m² (0,1 ha) moyennement fertilisé. La production escomptée est de 100 à 200 kg de poisson par an. Si on souhaite produire par exemple 400 kg/an, il faudra prévoir un apport d'aliments de complément suffisant pour obtenir 200 à 300 kg de production.

5. Les quotients nutritifs (Qn) des aliments concernés permettent d'estimer les quantités requises (voir paragraphes 16 à 21). Dans la pratique, ils doivent être calculés sur la base de résultats réels observés dans les conditions locales. Les valeurs habituelles de ces Qn varient de 8 à 15 kg d'aliments par kilogramme de poisson produit.

Exemple

La valeur estimée du quotient nutritif des aliments de complément disponibles est 6:1. Dans le cas ci-dessus, une production de 200 à 300 kg exigera (200 à 300 kg) x 6 = 1200 à 1800 kg d'aliments de complément.

6. En supposant un peuplement continu de poissons présent dans l'étang, ces aliments seraient distribués en quantités égales tout au long de l'année, c'est-à-dire à raison de 4 à 6 kg par jour en moyenne. Toutefois, dans le cas où des élevages uniques sont réalisés, les besoins alimentaires augmentent graduellement de l'empoissonnement à la récolte; utilisez la tableau ci-dessous pour estimer la quantité journalière d'aliments de complément à distribuer.

Variation des besoins alimentaires au cours de l'élevage

Note: Au cours de chaque de période, l'alimentation doit être progressivement ajustée, pour passer d'une valeur inférieure à la moyenne (au début) à une valeur supérieure (à la fin).

Exemple

Considérons une quantité totale de 1 000 kg d'aliments nécessaire sur une période de 200 jours; calculez la quantité moyenne à distribuer chaque jour:

7. Bien que ces calculs vous donnent des indications utiles, la détermination de. la quantité d'aliments de complément à fournir dans un étang particulier doit impérativement être basée sur l'expérience acquise. C'est l'une des raisons de la nécessité de tenir des relevés précis relatifs à chaque étang (voir chapitre 16).

8. Toutefois, lorsque vous déterminez les quantités requises vous devez tenir compte des facteurs suivants:

a) Les petits poissons ont relativement besoin de plus de nourriture que les grands.

b) En présence d'une nourriture naturelle abondante, il faut utiliser moins d'aliments de complément.

c) Si le taux d'empoissonnement est faible, il est possible de réduire l'alimentation complémentaire et de compter davantage sur l'alimentation naturelle.

d) La quantité nécessaire d'aliments de complément est d'autant moins importante que sa qualité est plus élevée,

e) Les eaux à température élevée exigent une alimentation plus abondante que les eaux à température plus fraîche.

9. Par conséquent, vous devrez adapter en permanence l'alimentation tout au long du cycle de production si vous voulez obtenir les meilleurs résultats, comme vous le verrez à la lecture des paragraphes qui suivent.

10. La quantité totale d'aliments de complément à fournir quotidiennement aux poissons d'un étang particulier est généralement exprimée en pourcentage du poids total (ou biomasse B) de poissons qui s'y trouvent. Ce pourcentage est appelé taux journalier d'alimentation (TJA).

Exemple

Supposons que TJA = 2,5 pour cent de la biomasse des poissons B  = 80 kg; il faudra donc distribuer quotidiennement dans l'étang 80 kg x (2,5 ÷ 100) = 2 kg d'aliments de complément.

11. Le tableau 29 vous aidera à calculer rapidement les besoins alimentaires quotidiens des étangs en fonction de la biomasse de poissons qui y est présente et du taux journalier d'alimentation choisi.

TABLEAU 29
Besoins quotldiens en aliments de complément (en kg)

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Variations du taux journalier d'alimentation

12. Comme indiqué ci-dessus, le taux journalier d'alimentation dépend de divers facteurs, par exemple:

(a) Espèce et taille individuelle des poissons.

Variation potentielle du TJA (pourcentage du poids individuel
des poissons) en fonction de leur taille

(b) Espèce et température de l'eau.

Variation du TJA en fonction de la température de l'eau
pour des carpes communes d'un poids individuel de 20 à 50 g

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(c) Espèce et quantité d'aliments naturels disponibles. Rappelez-vous que quelques années sont nécessaires pour que le niveau de la production naturelle d'un nouvel étang se stabilise.

Exemple

Considérons un élevage de tilapias du Nil dans un étang régulièrement fertilisé avec du fumier organique afin d'obtenir une bonne production de plancton (fleur d'eau) (voir section 6.2 et chapitre 7); dans ce cas, l'alimentation complémentaire peut être réduite jusqu'à la moitié.

Fréquence des distributions journalières d'aliments de complément

13. L'augmentation de la fréquence des distributions d'aliments de complément comporte plusieurs avantages, en particulier si l'alimentation naturelle ne constitue pas l'essentiel de la ration alimentaire quotidienne, à savoir:

  • réduction des gaspillages de nourriture;
  • réduction de la consommation d'oxygène dissous et amélioration de la qualité de l'eau;
  • réduction des pertes d'éléments nutritifs par lessivage, et par conséquent amélioration de la qualité de l'alimentation;
  • meilleure uniformité de la taille des poissons, en donnant aux poissons les moins agressifs plus de chances de se nourrir;
  • amélioration de la croissance des poissons et de l'utilisation de la nourriture.

14. Avant de décider de la fréquence des distributions d'aliments, notez les points suivants.

(a) La fréquence des distributions doit être d'autant plus importante que les poissons sont plus petits.

(b) Les aliments secs doivent être distribués plus fréquemment que les aliments humides.

(c) Aucune distribution d'aliment ne doit dépasser 3 pour cent du poids total des poissons présents dans l'étang,

(d) La fréquence des distributions doit être réduite lorsque la température de l'eau diminue, ou si elle dépasse des valeurs optimales.

(e) Cette fréquence doit être adaptée à l'espèce de poisson considérée. Des distributions moins abondantes mais plus fréquentes conviennent particulièrement bien aux tilapias. Par contre, un repas par jour suffit à des truites de plus de 50 g.

(f) Les frais d'alimentation doivent être contrôlés pour vérifier qu'ils ne sont pas excessifs par rapport aux rendements obtenus.

Exemple de plan d'alimentation adapté aux tilaplas
et à différents types de carpes en eau à température
élevée, en fonction de la taille

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15. Après avoir décidé de la fréquence d'alimentation quotidienne, la ration totale journalière doit être subdivisée en conséquence. Il convient de l'ajuster souvent en fonction de l'utilisation des aliments par les poissons (voir paragraphe 16).

Exemple

Une ration journalière de 2 kg a été calculée. Si vous décidez de nourrir les poissons deux fois par jour, chaque repas sera constitué de 2 kg ÷ 2 = 1 kg d'aliments de complément.

Contrôle de l'utilisation des aliments

16. Il convient de vérifier périodiquement l'utilisation des aliments afin d'adapter l'alimentation en conséquence. Cette vérification est effectuée généralement à différentes occasions.

(a) Avant de distribuer des aliments, vérifiez s'il n'y a pas de restes de la distribution précédente. A cet effet, il vous faudra peut-être utiliser une petite pelle faite d'un treillis métallique à mailles fines, montée sur un long manche. Adaptez alors le taux journalier d'alimentation (TJA) en conséquence..

Exemple

Des alevins de carpe commune sont nourris une fois par jour en présence d'un bon apport d'aliments naturels. Vérifiez, 2 ou 3 heures après, l'emplacement où les poissons sont nourris.S'il n'y a aucun reste, augmentez légèrement la TJA le lendemain. S'il reste des aliments, vérifiez à nouveau 5 à 6 heures après. S'il en reste encore un peu, utilisez le même TJA le lendemain. S'il en reste assez bien, diminuez le TJA le jour suivant.

(b) Pendant la distribution d'aliments, observez soigneusement les poissons afin de voir s'ils se nourrissent avec appétit. Un bon appétit est signe de bonne santé et de bonne qualité de l'eau.

(c) Tous les 15 à 30 jours, vérifiez la nouvelle biomasse de poissons présente dans l'étang (voir section 16.4) et ajustez la ration alimentaire journalière en conséquence, Vérifiez l'utilisation des aliments au cours de la période passée de 15 à 30 jours, en calculant le quotient nutritif (Qn) relatif à cette période (voir paragraphes 17 à 19).

(d) A la fin du cycle de production, vérifiez l'utilisation des aliments en calculant le quotient nutritif relatif à ce cycle particulier (voir paragraphe 20). Faites vos calculs sur la base de données précises (voir chapitre 16).

Détermination et utilisation du quotient nutritif

17. Le quotient nutritif (Qn) désigne la quantité d'aliments distribués (en kg) rapportée au gain en poids des poissons (en kg) au cours de la même période de temps 

Exemple

Pendant une période d'un mois, la biomasse des poissons a augmenté de 12 kg La quantité d'aliments de complément distribuée a été de 48 kg. Qn = 48 kg ÷ 12 kg = 4.

18. Ce quotient nutritif Qn peut varier de façon considérable, généralement en fonction des facteurs ayant une incidence sur le taux journalier d'alimentation (espèce, type d'alimentation, qualité de l'eau et disponibilité de nourriture naturelle). N'oubliez pas que Qn est d'autant plus faible que les aliments distribués sont mieux utilisés par les poissons. Le tableau ci-contre indique des valeurs types du quotient nutritif de certains aliments de complément.

Valeurs types du quotient nutritif d'aliments de complément courants
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19. Si vous souhaitez obtenir des indications plus précises, il faut prendre en considération la production de poisson qui pourrait être obtenue uniquement avec l'alimentation naturelle présente. Déduisez-la du gain en poids total avant de calculer le Qn relatif aux seuls aliments de complément distribués

Exemple

Dans le cas ci-dessus, l'alimentation naturelle a été évaluée à 25 pour cent de l'accroissement en poids des poissons, c'est-à-dire 12 kg x 0,25 = 3 kg. Le Qn relatif aux aliments de complément est donc en réalité de 48 kg ÷ (12 - 3) = 5,33.

20. Pour apprécier l'efficacité d'utilisation des aliments dans un étang donné, il faut déterminer le Qn pour la période considérée. Comparez cette valeur observée à la valeur connue la plus fiable pour ce type d'alimentation, par exemple le Qn déterminé sur la base de l'expérience acquise dans votre ferme piscicole ou dans des conditions analogues dans d'autres fermes.

(a) Si cette valeur observée du Qn est nettement plus élevée, il y a certainement un problème à résoudre, par exemple faible teneur en oxygène dissous, suralimentation, mauvaise qualité des aliments, alimentation naturelle insuffisante ou maladie des poissons. identifiez et corrigez le problème.

(b) Si la valeur observée du On est égale ou inférieure, les conditions de production ont été normales ou mêmes supérieures aux conditions moyennes. Tâchez de les maintenir telles quelles.

Note: Pensez à comparer des valeurs de Qn sur des bases identiques, c'est-à-dire en tenant compte ou non des effets de l'alimentation naturelle.

21. Une fois déterminé le Qn correspondant à un certain type d'alimentation complémentaire, il est facile d'estimer la quantité requise d'aliments de ce type (F en kg) pendant une période de temps déterminée pour atteindre une certaine production de poisson (Y en kg) : F = Y x Qn (voir paragraphe 5).

Arrêt de la distribution d'aliments de complément

22. Dans un certain nombre de cas, il est avantageux ou même impératif d'arrêter l'alimentation complémentaire des poissons:

  • lorsque la température de l'eau est trop faible ou trop élevée (voir exemple);
  • lorsque la teneur en oxygène dissous est limitée (voir section 2.5);
  • le jour où l'étang reçoit une application de fumure organique (voi section 6.2);
  • lorsqu'une épidémie se déclare dans l'étang (voir chapitre 15).

Exemple

Il convient d'arrêter l'alimentation des poissons lorsque la température de l'eau atteint des valeurs extrêmes.

23. Interrompez l'alimentation des poissons pendant deux ou trois jours avant toute opération stressante de manutention telle que:

  • tri ou classement (voir section 12.0)
  • transport de poissons vivants (voir section 14.0)
  • récolte finale (voir section 11.0);
  • commercialisation (voir section 16.8)

10.4 Mode de distribution de l'alimentation complémentaire

1. Les deux sections précédentes vous ont indiqué quel type et quelles quantités d'aliments de complément sont utilisables. Vous devez en outre savoir à quel moment, à quel emplacement et comment distribuer ces aliments dans les étangs. Une règle importante consiste à adapter cette alimentation à la taille et à l'âge des poissons.

Exemple

Adaptez l'alimentation en fonction de l'âge des poissons


Quand alimenter les poissons

2. Dans des conditions normales d'élevage, il est préférable de nourrir les poissons au moins une fois par jour, généralement six jours par semaine. Il convient de les nourrir plus souvent si possible, en particulier les juvéniles (voir section 10.3, paragraphes 13 et 14). Dans certaines conditions, par exemple températures plus basses, il faut les nourrir seulement tous les deux ou trois jours.

3. Le meilleur moment de la journée est tôt le matin, alors que la température de l'eau et la teneur en oxygène dissous commencent à augmenter (voir section 2.5). Une deuxième distribution peut avoir lieu vers la fin de l'après-midi, quelques heures avant le coucher du soleil.

4. Dans certains cas, avec des dispositifs d'alimentation à la demande (voir paragraphes 12 à 16), les heures d'alimentation et les quantités sont choisies par les poissons eux-mêmes: la nourriture leur est fournie quand ils ont faim.

Choix de l'emplacement des distributions d'aliments

5. Suivant le type d'aliment, la taille de l'étang et la méthode de distribution, les modalités ci-après de distribution peuvent être choisies.

(a) Sur la totalité de la surface de l'étang, par exemple lorsqu'on distribue à la main des aliments secs et finement moulus à la surface de petits étangs. La nourriture est alors disponible sur une superficie étendue, ce qui a pour effet de limiter la compétition parmi les poissons.

(b) A certains emplacements choisis, par exemple lorsqu'on distribue des aliments qui tombent au fond de l'eau, Il est alors plus facile de contrôler leur utilisation.

Procédez comme suit:

  • choisissez des emplacements où le fond de l'étang est ferme, en évitant les fonds vaseux;
  • choisissez des emplacements où l'eau est peu profonde: de 0,60 à 1 m de profondeur;
  • pour de grands étangs et si vous n'avez pas d'embarcation, préférez des points de distribution d'aliments proches des rives;
  • il est préférable d'utiliser plusieurs points de distribution d'aliments: dans de grands étangs, de 5 à 7 points/ha pour les juvéniles et de 3 à 4 points/ha pour des poissons plus âgés;
  • repérez soigneusement l'emplacement des points de distribution choisis, par exemple par un piquet en bois vertical émergeant de la surface de l'eau;
  • modifiez les points de distribution si des accumulations de nourriture avariée se constituent aux emplacements de distribution actuels.

Mesure des quantités d'aliments à distribuer

6. Dans les fermes piscicoles, il faut mesurer à plusieurs reprises les quantités d'aliments à distribuer:

  • lors de la préparation d'aliments de complément composés d'un mélange de plusieurs ingrédients

Exemple

En fonction des disponibilités locales d'ingrédients alimentaires, vous décidez d'alimenter vos alevins de tilapias du Nil avec le mélange suivant

  • son de blé: 10 pour cent (en poids)
  • remoulages de blé: 45 pour cent
  • tourteaux d'arachide: 45 pour cent
  • lors de la distribution de la ration alimentaire destinée à un étang particulier.

Dans ces deux cas, les quantités requises peuvent être déterminées par des mesures de poids ou de volume.

7. Pour mesurer le poids d'ingrédients/aliments, il faut une balance ou un peson (voir section 8.6).

Exemple

Pour préparer 80 kg du mélange alimentaire ci-dessus, pesez et mélangez soigneusement les ingrédients suivants:

  • son de blé: 80 kg x 0,10 = 8 kg
  • remoulages de blé: 80 kg x 0,45 = 36 kg
  • tourteaux d'arachide: 80 kg x 0,45 = 36 kg

8. Pour mesurer des volumes, vous pouvez utiliser des récipients de différentes tailles, qu'il convient d'identifier clairement, par exemple par un chiffre tracé à la peinture; pour chaque récipient, utilisez des volumes d'eau connus afin de déterminer des volumes partiels et totaux, par exemple par intervalle de 0,5 l; peignez clairement à l'intérieur du récipient une ligne mince correspondant à chacun de ces niveaux.

Note: Vous pouvez également utiliser un petit récipient marqué d'un chiffre correspondant à son contenu, par exemple 0,5 l ou 1 l ou 5 l, en fonction des quantités à mesurer. Pour des quantités importantes, il est possible d'utiliser une brouette ou un fût propre de 200 l, préalablement étalonné.

9. Avant d'utiliser de tels récipients pour mesurer des volumes d'ingrédients alimentaires, vous devez établir des équivalences en procédant comme suit.

(a) D'après le tableau 30 déterminez le poids spécifique (en g/l) de chacun des ingrédients alimentaires à utiliser. Si vous disposez d'une balance, vous pouvez déterminer plus précisément ce poids spécifique vous-même en pesant (en g) le volume de 1 l de chaque ingrédient.

(b) Déterminez le volume (en l) de chaque ingrédient à mesurer permettant d'obtenir le poids (en g) nécessaire.

(c) Si vous utilisez un aliment constitué d'un mélange d'ingrédients, déterminez le volume équivalent de la ration à distribuer par une simple règle de trois.

Exemple

Pour préparer 80 kg du mélange proposé ci-dessus (par des mesures de volume), procédez comme suit:

(a) Relevez dans le tableaux 30 les poids spécifiques suivants: 210 g/l (son de blé brut), 340 g/l (remoulages de blé) et 600 g/l (tourteaux d'arachide).

(b) Determinez le poids nécessaire (en g) de chaque ingrédient, comme dans l'exemple ci-dessus..

(c) Déterminez le poids nécessaire (en l) de chaque ingrédient,

  • son de blé: 8 000 g ÷ 210 g/l =38,1 l (soit 38 l);
  • remoulages de blé: 36 000 g ÷ 340 g/l = 105,9 l (soit 106 l);
  • tourteaux d'arachide: 36 000 g ÷ 600 g/l = 60 l.

(d) Mélangez soigneusement ces volumes de manière à obtenir un volume total d'environ 204 l d'aliment.

S'il vous faut distribuer une ration de 1,2 kg de cet aliment dans un étang, mesurez-en un volume de 3 l déterminé par la règle de trois suivante:

  • 80 kg équivalent à 204 l;
  • 1 kg équivaut à (204 l ÷ 80);
  • 1.2 kg equivaut à (204 l ÷ 80) x 1.2 = 3 l.

Distribution des aliments

10. Il existe plusieurs façons de distribuer les aliments de complément. L'une des plus couramment employées est la distribution manuelle, qui consiste à lancer à la volée (à la main ou à la pelle) les aliments dans l'étang. Elle présente l'avantage considérable de permettre d'observer régulièrement le comportement alimentaire des poissons. En cas d'anomalie, les causes éventuelles peuvent être étudiées immédiatement et des mesures correctives être adoptées.

11. Pour concentrer la distribution d'aliments dans certains secteurs et pour éviter que la nourriture vienne au contact du fond de l'étang, l'une des méthodes suivantes peut être utilisée:

  • surélévation du fond de l'étang en accumulant de la terre pour constituer un monticule dont la partie supérieure se situe juste au-dessous du niveau normal de l'eau;
  • réalisation d'un cadre flottant fixe, en bambou par exemple; des aliments flottants - plantes fourragères vertes, végétaux aquatiques hachés ou son sec finement broyé - sont jetés dans le cadre;
  • construction d'un plateau fixe immergé, par exemple un plateau fait de perches de bambou fendues, sur lequel sont posés des aliments non flottants (bonne solution pour les juvéniles afin de réduire les pertes);
  • réalisation d'un plateau fixe submersible, placé sur des supports susceptibles d'être relevés au-dessus de l'eau au moyen d'un système simple à levier actionné depuis la digue;
  • réalisation d'un plateau flottant construit simplement comme indiqué sur le schéma et généralement amarré à la berge;
  • utilisation de dispositifs perforés, par exemple de paniers tressés, de récipients métalliques ou en plastique et de poches en filet à mailles fines; l'aliment humide est pressé à l'intérieur de façon à en faire passer un peu à travers les nombreux trous disposés tout autour du dispositif; les poissons grignotent et sucent l'aliment humide par ces trous (bonne solution pour les juvéniles).

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Plateau flottant, avec une structure faite de bandes
métalliques légères (3 à 5 mm d'épaisseur) que l'on
peut amarrer à la berge ou ancrer au fond de l'étang
(comme indiqué ci-dessous)


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Note: Le poids des matériaux utilisés pour réaliser le bâti et le plateau détermineront la taille du flotteur nécessaire.

12. La distribution d'aliments peut être facilement mécanisée en utilisant un simple distributeur à la demande: les poissons apprennent à dégager une quantité déterminée d'aliment sec en déplaçant un levier déclencheur. Il est facile d'en fabriquer un soi-même (voir ci-dessous) avec un fût à mazout, un gros tuyau en plastique ou bien un récipient en plastique, ou en bois et contreplaqué.

13. Dans le cas de grands étangs, de tels distributeurs à la demande peuvent contribuer dans une large mesure à réduire la main-d'oeuvre requise pour la distribution des aliments. Il ne faut cependant pas oublier les règles suivantes

  • utilisez au moins quatre distributeurs par hectare d'étang;
  • vérifiez régulièrement la présence d'aliments non consommés sous chaque distributeur, en particulier les jours où il y a du vent;
  • réservez-les aux poissons de taille suffisamment grande pour pouvoir les actionner correctement

Construction d'un simple distributeur à la demande en matière plastique

14. Un tel dispositif compte cinq parties principales, le récipient principal dans lequel se trouve l'aliment, un couvercle, un entonnoir inférieur, le déclencheur du distributeur actionné par le poisson de façon à délivrer l'aliment, et un support ou un bâti permettant de suspendre le dispositif au-dessus de l'étang. Procédez comme suit:

(a) La récipient principal peut être réalisé au moyen d'un seau en plastique ou d'un segment de tuyau, par exemple de 10 cm de diamètre et de 15 cm de long dans le cas d'un distributeur pour alevins, et de 20 cm de diamètre x 30 cm pour des poissons plus gros. Un seau en plastique muni d'un couvercle peut convenir parfaitement.

(b) Si vous devez fabriquer un couvercle, prévoyez si possible un profil légèrement incliné de façon à disperser la pluie et utilisez une feuille de matière plastique, un morceau de contreplaqué ou une tôle légère (par exemple un fût à mazout ou de l'aluminium léger). Attachez-le par de simples clips ou avec de solides attaches en caoutchouc (par exemple une chambre à air) ou avec du fil de nylon. Faites des trous dans le corps du récipient, si nécessaire, afin d'attacher les clips ou le fil.

(c) Procurez-vous un entonnoir adapté si possible au diamètre du tuyau ou de la base du seau. Si l'entonnoir est légèrement plus grand, coupez-le à la bonne dimension en découpant une hauteur appropriée à la partie supérieure. Avec un seau, Il est possible de découper dans le fond un trou adapté au diamètre de l'entonnoir, sans toutefois laisser un rebord de plus de 25 mm qui risquerait de retenir la nourriture.

(d) Fixez l'entonnoir au récipient. Vous pouvez utiliser une perceuse ou un fil de fer chauffé à blanc pour les percer simultanément, avant de les assembler avec du fil de fer fin ou du fil solide. Garnissez si possible le joint d'un produit d'étanchéité pour aquarium ou, à l'extérieur, de ruban adhésif étanche.

(e) Pour réaliser le déclencheur du distributeur, il vous faudra deux morceaux de fil de fer de grosseur moyenne et un petit bouchon de liège ou de plastique (par exemple d'une bouteille de détergent). Le premier morceau de fil de fer devra avoir de 5 à 7 cm de plus que le diamètre du tuyau ou du seau. Percez des trous de chaque côté du récipient, à une distance de 3 à 5 cm de la partie supérieure et passez-y ce morceau de fil de fer. Repliez chaque extrémité pour le maintenir en place.

(f) Le deuxième morceau de fil de fer constitue le pendule principal. Il est accroché au premier fil de fer, traverse l'entonnoir et descend dans l'eau jusqu'au point où les poissons peuvent l'actionner. Pour une distance par exemple de 30 cm entre le fil de fer supérieur et le fond de l'entonnoir et par ailleurs de 40 cm entre le fond de l'entonnoir et la surface de l'eau. Il faut prévoir en tout au moins 80 cm. Adaptez ces dimensions aux conditions présentes.

(g) Formez un petit crochet à l'extrémité supérieure, sur lequel vous pourrez visser le bouchon de liège ou de plastique. Ce dispositif constitue le régulateur de distribution. Passez ensuite le fil à travers l'entonnoir et suspendez-le par le crochet au fil de fer supérieur, de façon que le régulateur repose à l'intérieur de l'entonnoir juste au-dessus du tube d'écoulement. Il s'agit en l'occurrence d'un régulateur interne, légèrement plus dur à manoeuvrer, mais avec lequel l'aliment est mieux protégé des éclaboussures d'eau.

(h) Sinon, passez le fil de fer par l'entonnoir et fixez le régulateur au-dessous de son tube d'écoulement. Il s'agit dans ce cas d'un régulateur externe plus facile à manoeuvrer, mais avec lequel la nourriture est mouillée plus facilement par les éclaboussures, ce qui risque de boucher le dispositif.

(i) La partie inférieure du pendule, immergée sous eau, peut être repliée vers le haut de façon à former une petite boucle. Vous pouvez y fixer un petit morceau de bois ou de matière plastique de couleur vive, que les poissons pourront actionner plus facilement.

(j) Le déclencheur peut être réglé en déplaçant le régulateur vers le haut ou vers le bas du pendule jusqu'à ce qu'un espace approprié soit ainsi obtenu et permette aux particules alimentaires de tomber entre le régulateur et l'orifice de l'entonnoir. Si nécessaire, vous pouvez découper l'orifice de l'entonnoir pour l'élargir et permettre le passage de particules plus grosses,

(k) Enfin, le distributeur d'aliments doit être fixé à un support adéquat. S'il doit être réalimenté et entretenu depuis une embarcation, le distributeur peut être boulonné à un poteau ou à une simple plate-forme en bois. Un support pivotant est particulièrement utile pour réaliser un accès latéral. A cet effet, Il faut installer solidement un poteau vertical, par exemple de 8 cm x 8 cm, dépassant de 1,50 m la surface de l'eau et muni d'un gros boulon ou d'une cheville à son extrémité. Fixez sur cette dernière une pièce transversale en bois de 2 à 3 m de long, de 5 à 8 cm de large et de 8 à 10 cm d'épaisseur, de façon qu'elle soit en équilibre sur le poteau vertical. Cette pièce transversale est munie d'une cornière en acier à une extrémité, à laquelle le distributeur d'aliments est fixé. Un contrepoids (par exemple de grosses pierres ou un bloc de béton) est fixé à l'autre extrémité. Soutenez, si nécessaire, le poteau vertical par des haubans,

(l) Si vous disposez d'un poste de soudage, vous pouvez fabriquer un support pivotant au moyen d'un tuyau métallique et d'une barre. Comme base. Il vous faudra un tuyau en plastique ou en acier de 80 à 100 cm de long et soigneusement cimenté en place, dans lequel vous pouvez installer le tuyau vertical principal en choisissant sa taille pour qu'il puisse pivoter librement. Le bras destiné à porter le distributeur d'aliments peut être soudé à la partie supérieure et soutenu par des renforts appropriés.


Schéma des principaux éléments d'un distributeur à la demande

Note: Le récipient principal et l'entonnoir d'un dispositif d'alimentation à la demande peuvent être réalisés à partir d'une boite en plastique, en tôle mince ou même en contreplaqué (utilisez un contreplaqué qualité marine si possible), assemblés à l'aide de petits clous et de colle étanche, et protégés par une couche de vernis. Le schéma ci-dessus montre comment sont disposés les différents éléments; les instructions détaillées qui suivent indiquent comment réaliser un modèle simple de distributeur à la demande avec un seau en plastique et un entonnoir de cuisine.

10.5   Transport et entreposage des produits d'alimentation

Transport des produits d'alimentation

1. Les produits d'alimentation produits à l'extérieur de la ferme piscicole doivent être achetés régulièrement et livrés à proximité des étangs pour y être entreposés. S'il s'agit de quantités importantes, le transport se fait généralement par camion, mais il est également possible d'utiliser des moyens plus simples, par exemple des charrettes à traction animale (voir Les étangs et leurs ouvrages, chapitre 4), ou de simples remorques de bicyclettes

2. A la ferme proprement dite, les produits d'alimentation sont encore déplacés pour y être traités (voir section 10.6) et distribués dans les étangs, Sur de courtes distances, on utilise des récipients (paniers, sacs ou seaux, par exemple) ou des brouettes, Sur des distances plus importantes, on préfère utiliser des charrettes ou des remorques (voir Les étangs et leurs ouvrages, chapitre 4).

3. Il est important de réduire les coûts de transport autant que possible. D'ordinaire, il est moins coûteux, par unité de poids de nourriture, de transporter des quantités importantes en vrac, mais cela peut toutefois exiger un stockage prolongé avant l'utilisation des produits. Le stockage proprement dit peut être coûteux, et les produits risquent de se détériorer. Une façon d'atténuer cette difficulté consiste pour des exploitants voisins à grouper leurs commandes et à utiliser un moyen de transport commun. Déterminez à l'aide du tableau 30 les quantités à transporter ainsi que les coûts correspondants en fonction des produits requis (voir section 10.6).

TABLEAU 30
Poids et volume spécifiques des produits d'alimentation courants

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Principaux facteurs à prendre en considération pendant l'entreposage

4. Les produits d'alimentation doivent être entreposés très soigneusement pour éviter une détérioration excessive de la qualité des produits et des pertes trop importantes. Les principaux facteurs à contrôler sont les suivants.

(a) La teneur en humidité de l'air et des produits d'alimentation doit être maintenue aussi faible que possible. Tâchez de maintenir l'humidité relative de l'air au-dessous de 75 pour cent.

(b) La température de l'air comme celle des produits d'alimentation doit rester aussi basse que possible. En effet, à plus de 25 ºC, la détérioration des produits et les pertes risquent de s'aggraver rapidement.

(c) Les moisissures (champignons*) et les insectes (coléoptères, teignes,charançons, etc.) peuvent provoquer des pertes considérables et contaminer les produits d'alimentation par les sous-produits de leur métabolisme, Une tempé rature et une humidité élevées favorisent leur développement (voir encadré).

(d) Les rongeurs (souris, rats, etc.) et les oiseaux peuvent consommer d'importantes quantités de produits d'alimentation. Leurs déchets risquent également de les contaminer,

(e) Les voIs et les dommages indirects infligés aux entrepôts de produits d'alimentation peuvent enfin poser d'autres problèmes de gestion.

Les moisissures peuvent également être néfastes à vos poissons

Les moisissures (champignons) risquent de produire (des métabolites toxiques appelées mycotoxines. Les aflatoxines produites par une variété de moisissures bleu-vert du genre Aspergillus sont surtout connues en nutrition animale. Ces toxines apparaissent généralement dans les sous-produits du sorgho, de l'arachide, des graines de coton et de la noix de coco. Les teneurs de ces toxines augmentent considérablement lors du développement des moisissures en présence de conditions favorables de température et d'humidité. Certains poissons sont particulièrement vulnérables à ces toxines: leur couleur extérieure s'assombrit, ils cessent de s'alimenter et périssent rapidement. Attention à ne pas acheter de produits d'alimentation moisis. Jetez tout produit moisi et veillez à ce que les teneurs en toxines fongiques restent à un niveau insignifiant

Amélioration de l'entreposage des produits d'alimentation

5. Pour réduire au minimum la détérioration et les pertes de produits d'alimentation pendant leur entreposage dans votre ferme piscicole, faites particulièrement attention aux points suivants.

(a) Les locaux d'entreposage doivent rester aussi secs et frais que possible:

  • prévoyez une bonne toiture pour protéger les stocks des orages et de la lumière solaire;
  • protégez le sol des inondations ou de l'humidité montante (la meilleure solution consiste à installer une dalle en béton surélevée ou une plate-forme en bois);
  • prévoyez une bonne ventilation à travers tout le bâtiment (il est préférable de construire la façade en longueur face aux vents dominants et de créer des ouvertures dans ces murs, plutôt basses dans le mur exposé au vent et surélevées dans le mur opposé.)

(b) Obturez toutes les ouvertures par un treillis métallique à mailles fines, afin d'empêcher l'introduction de rongeurs et d'oiseaux. Veillez à ce que le pourtour du grillage soit soigneusement encastré pour éviter que des animaux passent en dessous. Il peut suffire par ailleurs de la présence de quelques chats pour garantir une élimination totale de ces animaux. Fermez bien la porte à clé. Installez des couvre-joints ou des rebords pour empêcher les fourmis et les termites de pénétrer.

(c) L'achat des produits d'alimentation exige une sélectivité particulière. Il faut se limiter aux produits secs, sans moisissures et qui ne sont pas infestés par les insectes. Passez un échantillon au tamis fin pour contrôler l'absence de mites, de larves d'insectes, de pupes, de déjections animales, etc. Le produit doit être meuble, s'écouler librement et ne pas avoir surchauffé à l'intérieur de tas de stockage.

(d) Si les produits sont entreposés dans des sacs, ces derniers ne doivent pas être empilés sur une hauteur trop importante. Si possible, empilez-les sur des plates-formes en bois pour qu'ils ne soient pas en contact direct avec le sol.

(e) Améliorez la circulation de l'air autour de chaque tas:

  • laissez un espace entre les tas empilés et les murs;
  • écartez les tas les uns des autres.

(f) Les matériaux entreposés en vrac doivent être retournés de temps à autre pour qu'ils restent secs et ne surchauffent pas au centre du tas. Il est possible de vérifier la température au moyen d'un thermomètre installé sur une simple tige.

(g) Gérez soigneusement les stocks en limitant le temps d'entreposage (voir tableau ci-dessous) à une valeur minimale grâce aux mesures suivantes:

  • achetez des quantités raisonnablement importantes et évitez les excès de stocks;
  • assurez une bonne rotation des stocks, en utilisant les produits les plus anciens en premier et en entreposant les produits plus récents derrière, si nécessaire;
  • étiquetez clairement les stocks, en indiquant la désignation des produits et la date d'entrée en stock;
  • utilisez en premier les sacs endommagés.

(h) Veillez à la propreté des zones de stockage en balayant le sol et en nettoyant régulièrement les murs, en enlevant les produits renversés et les sacs déchirés.

(i) Gardez des relevés précis d'inventaire (voir section 16.6).

Durée d'entreposage de sécurité pour les produits alimentaires
stockés dans de bonnes conditions

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Stockage de petites quantités d'aliments piscicoles

6. Si les quantités de produits d'alimentation entreposées ne sont pas importantes, une méthode sûre de les entreposer consiste à utiliser des récipients propres, par exemple des fûts métalliques ou des caisses en bois, Vous pouvez également utiliser des bacs de stockage en bois. Ces bacs peuvent aussi servir à conserver des aliments de complément traités, par exemple un mélange broyé de plusieurs ingrédients prêt à être distribué aux poissons tout au long de la semaine.

Espace d'entreposage nécessaire

7. Le tableau 30 permet d'estimer facilement l'espace d'entreposage nécessaire. Pour chaque produit d'alimentation, déterminez la quantité maximale à stocker dans de bonnes conditions de sécurité (voir paragraphe 5). Calculez la volume correspondant. Ajoutez 20 pour cent de ce volume afin d'estimer l'espace de stockage minimal nécessaire.

Note. Si la composition des mélanges alimentaires est susceptible de changer, calculez les volumes d'entreposage sur la base de l'ingrédient qui nécessite l'espace de stockage le plus grand,  

Exemple

Supposons qu'au cours des trois prochains mois il faille stocker 1 250 kg d'issues de riz, 800 kg de son de riz et 650 kg de tourteaux de graines de coton, Les volumes correspondants de produits alimentaires, sur la base des volumes spécifiques de ces derniers (tableau 30), sont les suivants:

issues de riz: 2.1 l/kg x 1250 kg  = 2625 l
son de riz: 3.1 l/kg x 800 kg   = 2480 l
tourteaux de graines de coton: 1.5 l/kg x 650 kg =   975 l
volume total    6 080 l

L'espace minimal d'entreposage requis est donc de 6080 l + (6 080 l x 0.20) = 6080 l + 1216 l = 7296 I, soit 7300 l = 7.3m3

10.6   Traitement des produits d'alimentation

1. Dans les petites fermes piscicoles rurales, les produits d'alimentation disponibles sur place sont généralement distribués au poisson à l'état naturel. Lorsque la production augmente, on procède toutefois à un certain type de traitement pour améliorer l'utilisation des produits d'alimentation disponibles et réduire les coûts correspondants. Cette façon de procéder peut impliquer une ou plusieurs opérations successives telles que broyage, tamisage, mélange, étuvage, séchage et compaction.

Distribution de produits de la taille adéquate

2. Vous avez vu précédemment (voir section 10.2) que la taille des particules alimentaires doit être soigneusement adaptée à la taille des poissons ainsi qu'à l'espèce considérée. Il est possible de modifier la taille des particules alimentaires en les broyant, en les écrasant, en les pilonnant ou en les moulant. Il est aussi préférable de hacher ou de réduire en pulpe les herbes et les différents matériaux végétaux avant de les distribuer. Dans le cas de très petits poissons, il est particulièrement important d'adapter la taille des particules alimentaires à la taille de leur bouche, en tamisant en conséquence les produits secs qui leur sont destinés,

3. Rappelez-vous cependant de ne réduire la taille des particules que dans la mesure où cela est nécessaire; en effet, plus les particules sont petites:

  • plus cela demande de travail;
  • plus les éléments nutritifs sont perdus lors de leur dissolution dans l'eau;
  • plus les pertes de nourriture au profit d'autres petits animaux sont importantes;
  • plus la nourriture se décompose rapidement dans l'eau;
  • plus les poissons de taille importante ont de difficultés à se nourrir convenablement

Mélange de plusieurs produits d'alimentation

4. Le mélange de deux ou plusieurs produits d'alimentation peut présenter différents avantages.

(a) L'aliment piscicole est mieux équilibré d'un point de vue nutritionnel. Cette considération est particulièrement importante pour les géniteurs et les juvéniles.

(b) Les ingrédients disponibles sur place sont mieux utilisés,

(c) Les produits d'alimentation liquides peuvent être utilisés plus efficacement, étant absorbés par différents produits secs (voir paragraphes 13 et 14).

5. Les produits secs et humides peuvent être mélangés de différentes façons.

  • à la main ou à la pelle, sur une surface propre;
  • par malaxage et pilage au moyen d'un pilon et d'un mortier;
  • dans une bétonnière propre.

6. Faites attention:

  • mesurez les quantités correctes de chaque ingrédient (voir section 10.4);
  • évitez de contaminer l'aliment piscicole, par exemple par un pesticide ou par d'autres produits chimiques entreposés à proximité

Cuisson ou étuvage des produits d'alimentation

7. La cuisson ou l'étuvage de certains produits d'alimentation peut être indispensable principalement pour donner au mélange une consistance adhésive en gélatinIsant les amidons présents et en obtenant ainsi un aliment plus stable dans l'eau (voir paragraphe 10). Cette opération peut en outre contribuer à améliorer la digestibilité de certains aliments et par conséquent leur utilisation par les poissons, et par ailleurs à détruire les organismes indésirables présents dans le produit.

8. Ce traitement est facilité par l'usage d'un appareil de cuisson de fabrication artisanale. Mélangez soigneusement les différents ingrédients, par exemple drèche de brasserie et son de riz. Etuvez ce mélange humide pendant 30 minutes de façon à obtenir une masse humide, susceptible d'être mélangée à d'autres produits secs, par exemple des tourteaux d'oléagineux et de la farine de sang, sans nouvelle addition d'eau.

Parties d'un apparell de cuisson artisanal et matériaux utilisés

Alimentation sous forme compacte

9. Il est préférable de distribuer aux poissons une forme d'aliment sous laquelle les fines particules restent collées ensemble, de préférence à une forme d'aliment qui, sitôt jetée dans l'étang, se décompose en de nombreuses petites particules.

10. Pour obtenir cette forme compacte, basez-vous sur les principes suivants.

(a) Utilisez uniquement des produits finement broyés ou tamisés. Chaque particule doit avoir moins de 2 mm, et de préférence moins de 1 mm.

(b) Augmentez l'humidité en ajoutant:

  • un liquide: on utilise généralement de l'eau, mais de l'huile de poisson ou de l'huile végétale peut lui être substituée et contribuer à accroître la valeur énergétique de l'aliment; ou
  • un ingrédient humide doté de propriétés agglutinantes, qui améliorera la stabilité de la nourriture sous l'eau; on utilise par exemple des amidons de pommes de terre cuites, de manioc ou de céréales (voir paragraphe 7), ou de l'argile jaune en poudre à raison de 5 à 6 pour cent du poids total.

(c) Mélangez soigneusement jusqu'à ce que vous obteniez la consistance d'une pâte ferme. Vérifiez-en le caractère adhésif en serrant une boule de pâte dans la main. Elle doit conserver la forme qui lui était imprimée une fois la pression disparue.

(d) Divisez la pâte en portions individuelles,

(e) Donnez à chaque portion la forme la mieux adaptée aux poissons (par exemple, plaquette, gros morceau ou boule humide). Un hachoir à viande permet de fabriquer des granulés humides.

(f) Utilisez cette nourriture humide le même jour. Pour la conserver plus longtemps, séchez-la comme indiqué ci-dessous

11. Rappelez-vous:

  • n'ajoutez pas trop de liquide à la fois;
  • la stabilité dans l'eau des aliments composés est d'autant plus grande que la structure de leur composants est plus fine.

Note: Il est possible de se procurer auprès de fournisseurs spécialisés des granulés secs de divers calibres et qualités, destinés à servir d'aliments piscicoles composés et équilibrés dans des systèmes d'élevage plus intensifs où l'alimentation naturelle devient une source secondaire d'éléments nutritifs.

Séchage des produits d'alimentation liquides et humides

12. Les produits d'alimentation liquides et humides, tels que sang animal, contenu de panse de bovins et drèche de brasserie, doivent être séchés avant leur entreposage. Vous venez de voir par ailleurs que les produits d'alimentation humides doivent également être séchés avant leur entreposage; la lecture des paragraphes qui suivent vous apprendra quelques moyens simples utilisables à cet effet. Cependant, n'oubliez jamais que vous devez:

  • sécher aussi vite que possible les produits, afin d'éviter leur fermentation et l'apparition de moisissures;
  • atteindre une humidité finale égale ou inférieure à 10 pour cent;
  • utiliser des surface de séchage propres;
  • protéger les produits en cours de séchage contre l'humidité excessive et la pluie au moyen de bacs ou de treillis amovibles si nécessaire;
  • placer les produits à l'abri des oiseaux et autres animaux;
  • empêcher toute contamination

13. Une méthode simple de séchage consiste à mélanger des produits humides avec des produits secs, par exemple des sons de céréales ou des tourteaux d'oléagineux, de façon à absorber progressivement l'humidité excédentaire. Ensuite, un mélange semi-humide peut être plus rapidement séché.

Traitement de sang frais

14. Procédez de la façon suivante pour traiter simplement et rapidement du sang frais:
.

(a) Placez de la chaux en poudre fine au fond d'un seau de collecte du sang. Utilisez de préférence de la chaux vive à raison de 1 g pour 100 g de sang (voir section 5.2), Il est possible d'utiliser de la chaux éteinte dans une proportion de 3 pour cent. On considère que 1 l de sang pèse 1 kg

(b) Remplissez le seau de sang,

(c) Remuez soigneusement jusqu'à ce que le sang durcisse pour former une masse noire d'aspect caoutchouteux.

(d) Etalez le sang durci en une couche mince sur une surface propre, à un endroit exposé au soleil. Vous pouvez travailler sur des sacs, des nattes ou une plate-forme. Vous pouvez aussi utiliser un séchoir solaire (voir paragraphes 17 à 20).

Note: Le sang traité à la chaux ne colle pas et ne se décompose pas. Il n'attire pas les mouches. Le calcium supplémentaire qu'il contient a pour effet d'accroître sa valeur nutritive.

Traitement du contenu de panse frais

15. Le mélange non digéré présent dans les trois premières poches stomacales des herbivores, par exemple des bovins, ovins et caprins, appelé contenu de panse (ou de rumen), peut généralement être obtenu auprès des abattoirs locaux. Recueillez-le dans un récipient tel qu'un demi-fût et traitez-le comme suit.

(a) Choisissez une surface directement exposée au soleil.

(b) Etalez le contenu de panse sur des nattes, des tôles ondulées, des plateaux en bois ou une plate-forme en béton; l'épaisseur de la couche étalée ne doit pas dépasser 5 à 7 cm.

(c) Ratissez de temps à autre le produit au cours du séchage.

(d) Après avoir séché le produit, il est facile de le piler au moyen d'un pilon et d'un mortier

16. Vous pouvez aussi utiliser un séchoir (voir paragraphes 17 à 22), qui facilitera cette opération, même en l'absence de soleil.

Construction d'un séchoir solaire simple

17. Il est facile de construire un séchoir solaire simple avec des perches de bambou et des feuilles de plastique. Pour obtenir un résultat satisfaisant, il faut des feuilles de plastique transparentes et des feuilles de plastique opaques (noires ou vertes). Une cheminée améliore la circulation d'air autour du matériau à sécher et évacue l'air chaud humide. Choisissez un emplacement parfaitement exposé au soleil et suffisamment à l'abri des vents forts, pour prolonger la durée de vie des feuilles de plastique.

Fabrication d'un séchoir solaire calorifugé

18. Un séchoir solaire calorifugé permet de maintenir des températures de séchage élevées; il peut être réalisé en bois et au moyen de feuilles de plastique en procédant comme suit:

(a) Construisez une boite extérieure de 240 cm x 120 cm et de 22,5 cm de profondeur:

  • installez-la sur quatre pieds de 15 cm de haut;
  • percez trois rangées de trous de 5 cm de diamètre, espacés de 15 cm, dans le fond de la boîte;
  • percez une rangée de trous de 5 cm de diamètre, espacés de 15 cm, dans les côtés de la boite;
  • le long du bord supérieur des côtés, découpez une série d'encoches de 2,5 cm x 7,5 cm, tous les 30 cm (voir schéma).

(b) De manière analogue, construisez une boîte intérieure de 210 cm x 90 cm et de 15 cm de profondeur:

  • adaptez cette boîte à l'intérieur de la boîte extérieure, de façon qu'elle soit placée au milieu à environ 15 cm des parois de la boite extérieure;
  • percez une série de trous de 5 cm dans le fond, face aux trous de la boite extérieure;
  • enlevez la boîte intérieure de la boite extérieure et mettez-la de côté
Séchoir solaire artisanal en bois

(c) Préparez trois battes d'environ 10 cm de large, de 220 cm de long et de 5 cm d'épaisseur:

  • percez dans chacune d'elle une série de trous de 5 cm correspondant exactement aux trous percés dans le fond de la boîte extérieure;
  • fixez chaque batte au fond de la boîte extérieure le long d'une série de trous, et vérifiez que les trous soient bien les uns en face des autres;
  • remplissez les espaces compris entre les battes avec un matériau calorifuge, par exemple de l'herbe ou des feuilles sèches, des copeaux de bois, de la paille de riz, etc.

(d) Replacez la boîte intérieure dans la boîte extérieure, de manière que les trous du fond correspondent exactement aux trous des battes.

(e) Garnissez les espaces séparant les deux boîtes avec un matériau calorifuge analogue, à peu près jusqu'à mi-hauteur de la boite intérieure.

(f) Peignez toutes les surfaces intérieures en noir mat afin de favoriser l'absorption et la rétention de la chaleur.

(g) Construisez le couvercle du séchoir:

  • abriquez un cadre en bois de 250 cm x 135 cm;
  • au centre de sa largeur, fixez debout une planche de 250 cm de long et de 10 cm de large/haut;
  • fixez une feuille de plastique transparent sur le fond du cadre;
  • fermez la partie supérieure du cadre au moyen d'une deuxième feuille de plastique transparent, en formant une légère pente de part et d'autre de la planchette centrale;
  • fixez ses côtés au fond du cadre et par-dessus les côtés de la première feuille de plastique

(h) Construisez deux plateaux de séchage à installer au-dessus de la boîte intérieure:

  • construisez des cadres en bois de 100 cm x 105 cm et d'environ 17 cm de haut;
  • munissez chacun d'eux d'une base en treillis métallique fin

Construction d'un couvercle

19. Séchage au soleil de sang, de contenu de panse ou autres matériaux:

  • installez les deux plateaux dans le séchoir solaire;
  • étalez régulièrement le produit sur les plateaux en une couche mince;
  • placez le couvercle au-dessus du séchoir;
  • le séchage s'effectue grâce à la circulation d'air; l'air frais pénètre par les trous percés à la base des boîtes, s'échauffe, sèche le contenu et ressort par les encoches taillées dans les côtés de la boîte extérieure;
  • ratissez fréquemment le produit séché;
  • poursuivez la séchage jusqu'à ce que l'humidité du produit soit inférieure à 10 pour cent

20. Pour obtenir les meilleurs résultats:

  • utilisez le dispositif par temps ensoleillé, pour accumuler de la chaleur dans le séchoir (en raison du matériau calorifuge qu'il contient, le séchoir continue à fonctionner pendant des passages nuageux occasionnels);
  • protégez le séchoir du vent pour limiter la détérioration des feuilles de plastique;
  • réparez la couverture de plastique dès qu'elle est endommagée, afin d'assurer la présence d'une couche d'air calorifuge retenue entre les deux feuilles de plastique;
  • s'il faut augmenter la circulation d'air, percez d'autres trous dans les parois des boites, en prenant soin de raccorder les trous intérieurs et extérieurs par des tubes de bambou, de plastique ou métalliques, et découpez des encoches supplémentaires permettant à l'air de s'échapper;
  • sinon, pour améliorer encore la circulation d'air, il est possible d'utiliser une "cheminée" (voir paragraphe 17). L'installation d'un simple volet permet de régler le débit d'air.

Fabrication d'un séchoir "tout temps"

21. Le séchoir précédent fonctionne bien par temps ensoleillé. Si le séchage doit se poursuivre pendant de longues périodes de temps nuageux ou pluvieux, il y a parfois intérêt à construire un séchoir «tout temps» muni d'un système de chauffage. Il peut en outre servir de séchoir solaire par temps ensoleillé.

22. A cet effet, vous devez fabriquer une structure permanente, au moyen de briques, de béton ou de pierres. Les dimensions intérieures peuvent être identiques à celles du séchoir solaire ci-dessus. Les principales différences sont les suivantes.

a) Construisez le foyer en argile, en briques ou avec une partie d'un fût métallique. L'extrémité de ce foyer doit être placée face aux vents dominants.

b) Raccordez à ce foyer un long tube métallique d'évacuation des gaz de combustion, qui fait également office de cheminée. Munissez la cheminée d'un registre pour interrompre le tirage en période d'utilisation comme séchoir solaire.

c) Prévoyez une ventilation intérieure au moyen de tubes de bambou perforés (de 5 à 7,5 cm de diamètre (voir Les étangs et leurs ouvrages, section 3.1). Installez-les au-dessus du tuyau d'évacuation des gaz de combustion et à travers le séchoir.


Construction d'un séchoir tout temps en maçonnerie