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Normes et variations de l'hématocrite et de la formule leucocytaire et particularités histologiques leucocytaires chez la brebis Djallonké du sud du Sénégal

M. Ndiaye, M. B. Sow et T. Alogninouwa

Institut sénégalais de recherches agricoles/Laboratoire national d'élevage et de recherches vétérinaires
B.P. 2057, Dakar (Sénégal)


Résumé
1. Introduction
2. Matériel et méthodes
3. Résultats et discussion
4. Conclusion
Références


Résumé

Cet article est consacré à l'étude de l'hématocrite et de la formule leucocytaire chez des brebis Djallonké adultes de la zone de Kolda, au sud du Sénégal. Les données obtenues sur un total de 355 prélèvements effectués sur des animaux âgés de plus de 12 mois permettent une bonne interprétation sémiologique des résultats de prospections cliniques faisant appel à la valeur de l'hématocrite et à la formule leucocytaire.

Les brebis, dont l'examen clinique n'avait révélé ni symptôme ni lésion et dont l'examen du frottis de sang réalisé simultanément n'avait pas non plus permis de détecter des hémoparasites, avaient un hématocrite moyen de 30,68% avec respectivement 30,02 et 31,34% comme valeurs minimum et maximum. Leur formule leucocytaire moyenne se présentait comme suit: neutrophiles 33%, éosinophiles 9%, lymphocytes 55% et monocytes 2 à 3%.

Les variations de ces constantes hématologiques ont été appréciées en fonction de l'infestation ou non par des hémoparasites, de l'état corporel, de la saison et du mode de conduite. Par ailleurs, les particularités histologiques des leucocytes des Djallonké ont été précisées.

PCV and differential leukocyte count standards and variations and histologic leukocyte characteristics in West African Dwarf sheep in southern Senegal

Abstract

This article presents a study of PCV and differential leukocyte count in adult West African Dwarf sheep in the Kolda area, in southern Senegal. Data from 355 samples taken on animals over 12 months old make it possible to diagnose properly symptoms based on the results of clinical investigations using PCV values and differential leukocyte count.

Ewes with no apparent clinical symptoms or injuries and no blood parasites detected in blood smears had an average PCV of 30.69%, with minimum and maximum values of 30.02 and 31.34, respectively. The average differential leukocyte count was as follows: neutrophils 33%, esinophils 9%, lymphocytes 55% and monocytes 2-3%.

Variation in these values was estimated according to infestation or non-infestation by blood parasites, body condition, season and management. Histologic characteristics of leukocytes of West African Dwarf sheep are specified.

1. Introduction

Dans les zones du Sénégal exposées à la trypanosomiase, la brebis Djallonké, réputée trypanotolérante, constitue la base démographique et génétique des troupeaux ovins des élevages extensifs traditionnels. Aussi est-il urgent de développer la recherche en matière de sémiologie médicale sur ce groupe qui, de par son importance démographique et zootechnique, sera vraisemblablement la cible principale de toutes les actions futures d'amélioration sanitaire. La définition des normes de l'hématocrite et de la formule leucocytaire de la brebis Djallonké du Sénégal présentée dans cette étude va dans ce sens.

2. Matériel et méthodes

2.1 Les effectifs

Au Sénégal, les femelles Djallonké constituent l'essentiel des troupeaux d'élevage extensif traditionnel, dont elles assurent la base génétique et démographique. Elles ne sont exploitées que de façon exceptionnelle, contrairement aux mâles dont l'exploitation est systématique dès le sevrage et principalement au moment de la fête du mouton. Le renouvellement génétique des troupeaux se fait par l'achat de femelles, puisqu'il n'existe aucun programme de reproduction centré sur des géniteurs sélectionnés. De par leur fonction de génitrice, les femelles assurent la pérennité et la dynamique de production des troupeaux. Aussi cette étude se limite-t-elle aux brebis adultes, c'est-à-dire âgées de 12 mois et plus.

Des prélèvements de sang ont été effectués sur 159 femelles durant la saison des pluies, et sur 193 femelles durant la saison sèche 1990/91. Bien qu'entretenues selon un mode extensif traditionnel, ces brebis avaient la particularité d'appartenir à un réseau de troupeaux surveillés dans le cadre d'un programme de recherche. A ce titre, elles bénéficiaient d'un léger encadrement zootechnique et sanitaire destiné à fidéliser les propriétaires, et avaient été vaccinées contre la pasteurellose et la peste des petits ruminants en août 1990.

En même temps que les prélèvements, on a procédé à l'examen clinique des animaux et à l'attribution d'une note de pointage reflétant l'état d'entretien des brebis. Le mode de conduite des animaux au pâturage (pâture libre ou avec gardiennage, ou mise au piquet) a également été enregistré.

2.2 Réalisation et lecture du microhématocrite et du frottis

Suivant les individus, la prise de sang a été réalisée tantôt par ponction de sang veineux à la jugulaire, tantôt par ponction des capillaires de l'oreille. Des tubes et microtubes héparinés ont été utilisés ainsi que des lames dégraissées à l'alcool.

Selon Murray et coll. (1983), les résultats de l'hématocrite et de la formule leucocytaire sont en effet aussi fiables à partir de sang périphérique qu'à partir de sang veineux. La recherche de parasites sanguins à partir du sang périphérique est cependant plus sensible de 20% que celle effectuée à partir de sang veineux.

Pour établir la formule leucocytaire et l'hématoscopie parasitaire, les frottis ont été colorés par la méthode RAL 555. Cette méthode de coloration panoptique fait intervenir trois solutions, à savoir le fixateur, l'éosine et le bleu de méthylène. Le frottis est trempé pendant cinq secondes dans chaque solution et la lame mise à égoutter verticalement pendant cinq secondes entre chaque solution. Après trempage dans la troisième solution, elle est lavée à l'eau déminéralisée. La lecture se fait au microscope optique à faible grossissement (x 100).

2.3 Détermination de la note d'état

La note d'état des femelles Djallonké a été déterminée d'après l'échelle de Russel et coll. citée par Richard (1990).

Note 1: apophyses épineuses et transverses saillantes; arc vertébral et apophyses mamillaires aisément palpées du fait de masses musculaires peu abondantes;

Note 2: arc vertébral moins net et apophyses transverses moins pointues, voire même légèrement arrondies; apophyses épineuses et mamillaires toujours aussi faciles à différencier;

Note 3: apophyses épineuses ne peuvent plus être pincées entre le pouce et l'index mais leur pointe encore individualisable à la palpation; transverses couvertes par les masses musculaires mais espaces entre deux apophyses transverses encore différenciés sous la pression des doigts; arc vertébral et apophyses mamillaires non palpables.

2.4 Analyse des données

Les paramètres statistiques de référence utilisés sont la moyenne arithmétique des valeurs d'hématocrite, les fréquences moyennes relatives des types cellulaires et les fréquences absolues d'animaux porteurs d'un type d'hémoparasites ou d'une association d'hémoparasites. Les comparaisons de moyennes de groupe ont été effectuées par la méthode dite de la variable réduite Z de distribution normale pour les échantillons de grande taille, et par la variable t de distribution de Student pour les groupes de moins de 30 individus.

3. Résultats et discussion

3.1 L'hématocrite

Le tableau 1 présente les valeurs moyennes et les écarts types de l'hématocrite pour les différents facteurs de variation considérés indépendamment.

3.1.1 Hématocrite et saison

L'hématocrite varie de 14 à 36% en saison des pluies et de 19 à 47% en saison sèche. La valeur de la variable réduite Z (11,7) révèle que la supériorité de l'hématocrite de saison sèche est statistiquement significative (P<0,05).

La baisse de l'hématocrite lors de la saison des pluies peut s'expliquer par l'action concomitante de divers facteurs:

- le parasitisme gastro-intestinal tel que constaté par divers examens coproscopiques;

- le parasitisme externe attesté par la présence dans le sang de parasites transmis par des insectes hématophages (glossines, tiques).

En saison sèche par contre, les animaux ont un environnement alimentaire et sanitaire tout autre:

- la divagation leur permet d'accéder à diverses ressources alimentaires (champs post-culturaux et pâturages naturels, ordures ménagères);

- la complémentation est souvent pratiquée en fin de saison sèche par les éleveurs qui disposent de réserves fourragères (fanes d'arachide, tiges de mil) (Merlin et coll., 1990);

- le parasitisme digestif va en s'amenuisant et perd de sa gravité clinique; la sécheresse du milieu ambiant limite les réinfestations (Vassiliades, 1978);

- le parasitisme externe évolue de même, du fait de la grande mobilité des animaux qui ne sont plus attachés ni soumis à la promiscuité des abris de saison des pluies.

3.1.2 Hématocrite et note d'état

D'après les résultats des tests de différence de moyennes, il apparaît que:

- au cours d'une même saison, les hématocrites d'animaux affectés de notes d'état différentes (tableau 1) sont toujours significativement différents au niveau de 0,05.

- la supériorité de l'hématocrite de saison sèche sur celui de saison des pluies se confirme pour les animaux présentant des notes d'état identiques, sauf en ce qui concerne la note 3 pour laquelle les hématocrites ne sont plus statistiquement différents au niveau de 0,05 (tableau 2).

Tableau 1. Valeurs moyennes de l'hématocrite des brebis Djallonké selon la saison, la note d'état corporel et le statut hémoparasitaire

 

n

Moyenne

Ecart

Saison

Saison des pluies

159

24,71

4,86


Saison sèche

193

30,68

4,61

Interaction saison x note

Saison sèche

Note 1

79

21,59

3,32


Note 2

54

27,35

3,57


Note 3

9

33,00

2,00

Saison des pluies

Note 1

40

26,82

3,73


Note 2

91

30,42

3,66


Note 3

57

33,91

3,88

Présence d'hémoparasites


Animaux porteurs

31

22,51

5,15


Animaux non porteurs

125

25,08

4,55

Mode de conduite


Piquet

40

23,45

4,84


Gardiennage

31

28,06

4,54

Tableau 2. Valeurs de Z ou de t pour une comparaison intersaison des moyennes d'hématocrite par notes d'état

Saison sèche

Saison des pluies

Note 1

Note 2

Note 3

Note 1

7,47 S

0,69 NS

4,7 S

Note 2

16,66 S

4,95 S

2,06 S

Note 3

19,55 S

13,66 S

0,68 NS

S = significatif; NS = non significatif (au niveau de 0,05).

3.13 Hématocrite et présence d'hémoparasites

La présence d'hémoparasites dans les frottis a été observée en saison des pluies uniquement. 31 brebis se sont révélées porteuses d'hémoparasites, avec une prévalence estimée comme suit:

Anaplasrna centrale

12,55%

Theileria sp.

1,88%

Trypanosoma brucei et vivax

1,88%

Anaplasma centrale et Theileria sp.

3,14%

L'hématocrite varie de manière significative (P<0,05) avec la présence (animal porteur) ou non (animal non porteur) d'hémoparasites dans le frottis (tableau 1). Signalons que Toure (1982) a constaté une baisse significative de l'hématocrite chez des moutons Djallonké expérimentalement infestés par Trypanosoma congolense.

L'aggravation de la baisse de l'hématocrite, déjà nette et statistiquement significative en saison des pluies, que provoque la simple présence d'hémoparasites laisse perplexe quant à la prétendue rusticité du Djallonké.

3.1.4. Hématocrite et conduite du troupeau

Le tableau 1 donne la valeur moyenne de l'hématocrite mesuré sur deux troupeaux, dont l'un était maintenu au piquet durant toute la saison des pluies et l'autre géré en pâture libre. Le second mode de conduite est associé à une plus forte valeur de l'hématocrite (P<0,05).

3.2 Formule leucocytaire

3.2.1 Formule leucocytaire et saison

Le tableau 3 donne les taux moyens des différents types de leucocytes pour la saison sèche et la saison humide. La formule leucocytaire ne diffère pas significativement d'une saison à l'autre.

3.2.2 Formule leucocytaire et statut hémoparasitaire

Contrairement à l'hématocrite, la formule leucocytaire n'est pas modifiée par la présence d'hémoparasites (tableau 4).

Il ressort de ces données que l'infestation hémoparasitaire réduit d'abord l'hématocrite; lorsque la parasitémie s'aggrave, on assiste à l'apparition des signes cliniques de l'infestation.

3.3 Caractéristiques morphologiques et histologiques des leucocytes

Les neutrophiles matures présentent un noyau lobé, mais la morphologie des lobes varie d'une cellule à l'autre. Dans la majorité des cas, il s'agit de plaques concentriques réunies entre elles par un filament de chromatine. Il arrive cependant que le noyau ne soit pas segmenté, auquel cas il se présente en une bande de chromatine dense.

Les lymphocytes (grands et petits) se différencient facilement, contrairement à ce que rapporte la littérature. Le rapport nucléocytoplasmique varie d'une cellule à l'autre. Le noyau présente une morphologie variable (ovale, en cloche ou en raquette de tennis). Le cytoplasme est basophile, avec parfois des granules éosinophiliques de taille et de nombre variables.

Les éosinophiles sont conformes à la description classique qui en est faite. Cependant, des éosinophiles dont les granules sont plus basophiles qu'éosinophiles ont été observées dans certains cas. Ce phénomène pourrait être lié au colorant utilisé.

Les monocytes se présentent comme des cellules de grande taille et de morphologie variable. Ce sont en général des cellules rondes avec un cytoplasme légèrement basophile. Le noyau n'a pas de structure bien définie; il peut être en cloche, en fer à cheval ou bilobé. Le rapport nucléocytoplasmique est élevé. La distinction entre monocytes et lymphocytes est souvent difficile à établir.

Un type cellulaire à morphologie tenant à la fois du monocyte et du lymphocyte a souvent été observé. Il existe en outre un type cellulaire binucléé à cytoplasme plus neutrophile que basophile.

Les examens n'ont pas révélé de polynucléaires basophiles.

4. Conclusion

L'hématocrite des brebis Djallonké subit des variations significatives en fonction de la saison, de l'état du sujet face aux hémoparasitoses et du mode de conduite, étant entendu par ailleurs que le mode de conduite et la saison ont un effet déterminant sur le régime alimentaire des animaux et sur leur susceptibilité aux infestations par les helminthes et les hémoparasites.

Des valeurs références de l'hématocrite en fonction de la saison et du mode de conduite peuvent être dégagées de cette étude. La note d'état permet une bonne prédiction de l'hématocrite. La formule leucocytaire ne subit pas de variations saisonnières et n'est pas modifiée par la simple présence d'hémoparasites.

Sur le plan histologique, la signification sémiologique de la plus grande fréquence de granulations éosinophiliques en saison des pluies et de la rareté des polynucléaires basophiles reste à élucider.

Tableau 3. Formule leucocytaire par saison

 

Saison des pluies (n = 159)

Saison sèche (n = 193)

Neutro

Eosino

Lympho

Mono

Neutro

Eosino

Lympho

Mono

Moyenne

32,84

9,16

55,61

2,37

33,26

5,95

57,31

3,52

Ecart type

6,77

6,22

8,45

1,31

5,80

3,79

6,26

2,02

Tableau 4. Formules leucocytaires et statut hémoparasitaire

 

Animaux porteurs (n = 31)

Animaux non porteurs (n = 125)

Taux (%)

Ecart type

Taux (%)

Ecart type

Neutrophiles

 

32,61

6,40 32,8

6,85

Eosinophiles

7,19

3,64

9,73

6,63

Lymphocytes

57,61

7,29

55,13

8,73

Monocytes

2,5

1,23

2,33

1,34

Références

Merlin P., Ndiaye M. et Faugère O. 1990. Facteurs de risque des pneumopathies des petits ruminants au Sénégal. I. Zone soudanienne, saison sèche 1988-1989. Document de travail du programme PPR (Pathologie et productivité des petits ruminants) nº 19. LNERV (Laboratoire national de l'élevage et de recherches vétérinaires)/ISRA (Institut sénégalais de recherches agricoles), Dakar-Hann (Sénégal). 21 p. + 14 tableaux.

Murray M., Trail J.C.M., Turner D.A. et Wissocq Y.J. 1983. Productivité animale et trypanotolérance. Manuel de formation pour les activités du réseau. CIPEA (Centre international pour l'élevage en Afrique), Addis-Abeba (Ethiopie). 221 p.

Richard D. 1990. Les notes d'état des moutons Waralé et Peul-peul. Document multicopié. ISRA (Institut sénégalais de recherches agricoles)/LNERV (Laboratoire national de l'élevage et de recherches vétérinaires), Dakar-Hann (Sénégal). 4 p.

Toure S.M. 1982. Caractérisation de la trypanotolérance et comparaison des races bovines et ovines. Référence n. 61/Parasitologie. LNERV (Laboratoire national de l'élevage et de recherches vétérinaires)/ISRA (Institut sénégalais de recherches agricoles), Dakar-Hann (Sénégal). 12 p.

Vassiliades G. 1978. Notes sur le parasitisme gastro-intestinal des moutons du Sénégal. In: 46ème session de l'OIE (Office international des épizooties), OIE, Paris (France).


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