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Caractères phénotypiques de différenciation et de croissance des agneaux de race pure Djallonké et croisés Sahélien x Djallonké

C.V. Yapi

Institut des savanes (IDESSA), département Elevage
B P 633 Bouaké 01 (Côte d'Ivoire)


Résumé
1. Introduction
2. Matériel et méthodes
3. Résultats et discussion
4. Conclusion
Références


Résumé

Pour déterminer les caractères phénotypiques permettant de différencier un agneau Djallonké de race pure d'un agneau croisé Sahélien x Djallonké, une analyse factorielle discriminante et une analyse de variance ont été réalisées sur 64 agneaux contemporains des deux types génétiques. L'analyse discriminante a révélé que les caractères qui permettent de différencier les deux types génétiques étaient le poids à la naissance (PN), la longueur des oreilles (LO) et la longueur de la queue (LQ), caractères entre lesquels il existe une corrélation positive étroite (rLO_LQ = 0,707; rLO_PN = 0,699; rLQ_PN = 0,627). La longueur de l'oreille constituait la meilleure variable discriminante.

Pour tous les caractères mesurés, les agneaux croisés présentaient les meilleures performances bien qu'étant les moins âgés. L'analyse de variance sur la croissance présevrage indiquait que l'effet du type génétique sur le poids n'était très important (P<0,001) qu'au jeune âge (de la naissance à 60 jours). Au sevrage, l'effet dû au type génétique avait disparu. De la naissance au sevrage, le poids vif des agneaux croisés passait de 2,17 kg à 7,62 kg en moyenne et celui des agneaux de race pure de 1,76 kg à 7,28 kg. A l'âge de 60-70 jours, le poids vif le gain moyen quotidien, la longueur de l'oreille et la longueur de la queue avaient des valeurs moyennes de 6,78 kg, 65,5 g/j, 12,4 cm et 21,5 cm pour les croisés et de 6,55 kg, 62,9 g/j, 9,9 cm et 17,6 cm pour les agneaux de race pure.

Phenotypic differentiation and growth traits in purebred West African Dwarf lambs and their crosses with Sahel lambs

Abstract

Discriminant factorial analysis and analysis of variance were made on 64 contemporary West African Dwarf (WAD) and WAD x Sahel lambs to determine phenotypic traits for differentiating purebred WAD from their crosses with Sahel sheep. The discriminant analysis showed birth weight (BW), ear length (EL) and tail length (TL) to be traits for differentiating the two breed groups. These traits were positively correlated (rEL-TL = 0.707; rEL-BW = 0.699; rTL-BW = 0.627). The best discriminant variable was the ear length.

Notwithstanding their younger age, the crossbreds had better performances in all traits measured. The analysis of variance for preweaning growth showed that breed group significantly affected weight (P<0.001) only at an early age (from birth to 60 days). The effect of breed group disappeared at weaning. Live weight between birth and weaning rose from an average 2.17 kg to 7.62 kg in crossbreds, and from 1.76 to 7.28 kg in purebreds. Live weight, average daily weight gain ear length and tail length at 60-70 days averaged 6.78 kg, 65.5 g/d, 12.4 cm and 21.5 cm, respectively, for crossbreds, and 6.55 kg, 62.9 g/d, 9.9 cm and 17.6 cm, respectively, for purebreds.

1. Introduction

La race Djallonké, une ressource génétique sûre pour la Côte d'ivoire, se caractérise par une précocité de reproduction des jeunes béliers et antenaises, une aptitude à se reproduire tout au long de l'année, une adaptation aux conditions de l'environnement tropical humide et surtout une tolérance à la trypanosomiase animale, conséquence d'une longue période de sélection naturelle.

Malgré ces qualités, elle présente un poids vif adulte dépassant rarement 40 kg et une croissance très lente des animaux, ce qui limite la rentabilité de la production de viande.

Face au souhait des éleveurs de posséder ou de mettre sur le marché des animaux de grand format, on assiste dans les zones urbaines à des pratiques de croisement entre des moutons de race Djallonké et des animaux de races originaires des pays du Sahel communément appelées "sahéliennes". A l'âge adulte, le poids vif de ces animaux de grande taille peut atteindre 90 kg (Charray et al., 1980; Fitzhugh et Bradford, 1983).

Le département Elevage de l'Institut des savanes (IDESSA) à Bouaké a lancé une étude ayant pour objectifs la définition des caractéristiques phénotypiques des croisés Sahélien x Djallonké et l'évaluation de leurs performances par rapport à celles des Djallonké de race pure.

Le présent article présente les résultats de la première année de l'étude sur les caractères phénotypiques de différenciation et la croissance présevrage des agneaux Djallonké de race pure (D X D) et croisés Sahélien x Djallonké (S x D).

2. Matériel et méthodes

Un bélier Sahélien dont les caractéristiques correspondaient à celles du mouton Peul a été acheté sur le marché à bétail de Bouaké et mis en lutte sur un lot de 26 brebis Djallonké. Par ailleurs, 4 lots de 17 à 20 brebis Djallonké ont été affectés d'un bélier Djallonké chacun; les luttes ont eu lieu simultanément du 22 mai au 6 juillet 1991, soit pendant 45 jours. Il s'agissait de luttes naturelles, sans traitement hormonal préalable des brebis. Les béliers rejoignaient les lots de brebis pendant la nuit seulement.

Les agnelages ont eu lieu en plein air d'octobre à novembre 1991. Un numéro était attribué aux agneaux à la naissance et le poids, le sexe et le mode dé naissance étaient immédiatement enregistrés. Le sevrage des agneaux a eu lieu le 29 janvier 1992 à un âge moyen de 90 jours.

Les animaux ont été alimentés sur pâturage de savane naturelle pendant la journée. Le soir, les brebis recevaient 50 à 100 g de tourteau de coton par animal. De la paille de riz était distribuée pendant la saison sèche.

Une série de mesures ont été prises sur les agneaux entre l'âge de 40 et de 90 jours. Ces mesures ont ensuite été analysées par la méthode d'analyse factorielle discriminante du programme STAT-ITCF (ITCF, 1987) afin de déterminer les caractères phénotypiques permettant de différencier les deux types génétiques S x D et D x D. Les variables mesurées étaient le poids à la naissance, l'âge à la pesée, le poids au jour de la pesée, le gain moyen quotidien (GMQ) de la naissance au jour de la pesée, le nombre total de taches, le pourcentage de taches sur le corps à l'exception de la tête et des extrémités des pattes, le rapport entre le nombre de taches sur le corps et le nombre total de taches, la longueur de l'oreille, la longueur du cou, la longueur scapulo-ischiale, la longueur de la queue, et le périmètre thoracique.

Les agneaux ont été pesés à 15,33 et 71 jours et au sevrage. Les poids aux âges types de 30, 60 et 90 jours et les différents gains moyens quotidiens ont été calculés à partir des différentes pesées.

Une analyse par la méthode des moindres carrés (Harvey, 1988) a été effectuée pour déterminer les effets dus au sexe (mâle ou femelle), au mode de naissance (simple ou double), au type génétique (race pure ou croisée) et à l'interaction entre le sexe et le type génétique sur les différents poids et GMQ des agneaux. Le poids à la naissance et l'âge au sevrage ont été utilisés comme covariables dans l'analyse du poids au sevrage.

3. Résultats et discussion

3.1 Caractères phénotypiques de différenciation

L'analyse factorielle discriminante révèle un pourcentage de 80% d'animaux bien classés parmi les agneaux Sahélien x Djallonké et de 86% parmi les agneaux Djallonké. Le fait que les agneaux croisés soient classés parmi les agneaux de race pure indique que la plupart d'entre eux sont phénotypiquement plus proches des moutons sahéliens. Une faible proportion des croisés avait les caractéristiques typiques de la race Djallonké.

Le poids à la naissance (F = 18,30), la longueur de l'oreille (F = 25,12) et la longueur de la queue (F = 20,94) confirment cette classification (tableau 1). La meilleure variable discriminante était la longueur des oreilles, pour laquelle la valeur de F était la plus élevée. La corrélation était de 0,707 entre la longueur des oreilles et celle de la queue; de 0,699 entre la longueur des oreilles et le poids à la naissance; et de 0,627 entre la longueur de la queue et le poids à la naissance. Le périmètre thoracique de l'agneau s'étant révélé très fortement corrélé avec le poids (r = 0,959), le GMQ (r = 0,852) et la longueur scapulo-ischiale (r = 0,800), il pourrait être utilisé comme indice d'expression du poids ou du GMQ lorsque la pesée est difficile à réaliser.

Bien que constituant la meilleure variable discriminante, la longueur des oreilles ne peut à elle seule permettre de classer les agneaux. Son association avec les autres variables s'avère très importante pour la classification des agneaux, étant donné que le T2 de Hoteling (tableau 1) est supérieur à la valeur de F pour la longueur des oreilles.

A la naissance, les agneaux croises Sahélien x Djallonké pesaient 0,5 kg de plus que les agneaux Djallonké. A un âge plus avancé (63-71 jours), la différence de poids entre les deux types génétiques diminuait et n'était plus que de 0,23 kg, avec une différence de la croissance quotidienne de 2,63 g/j (tableau 1). La longueur des oreilles des croises avait 3 cm de plus que celle des Djallonké et la queue, 4 cm de plus.

La queue des Djallonké se situe au-dessus ou au niveau du jarret et celle des croisés au niveau ou en dessous du jarret, dans une proportion de 50% chaque. Aucun agneau Djallonké n'avait la quelle en dessous du jarret et aucun croisé ne l'avait au-dessus du jarret, sauf chez des animaux mal classés. Par ailleurs, avec un pourcentage de taches sur le corps de 9,83% contre 23,93% chez les croisés (tableau 1), les agneaux Djallonké présentaient en général une robe plus uniforme.

Tableau 1. Valeurs de F et moyennes des caractères mesurés chez des agneaux Djallonké et Sahélien x Djallonké

Caractères

F (probabilité associée)

Moyennes

(T2=58,72)

DxD

SxD

Poids à la naissance (kg)

18 30 (0,01)

2,12

2,64

Age (j)

4,46 (3,87)

71

63

Poids (kg)

0,17 (68,29)

6,55

6,78

GMQ(g/j)

0,13(72,11)

62,87

65,s

Nombre total de taches

1,49 (22,54)

6

5

Pourcentage de taches (%)

5,32 (2,32)

9,83

23,93

Longueur des oreilles (cm)

25,12 (0,00)

9,89

12,39

Longueur du cou (cm)

0,05(81,98)

17,12

17,31

Longueur scapulo-ischiale (cm)

2,33 (13,10)

35,07

37,21

Longueur de la queue (cm)

20.94 (0,01)

17,58

21,51

Périmètre thoracique (cm)

0,29 (60,24)

43,74

44,49

3.2 Performances de croissance

Il ressort de l'analyse de variance que le sexe, le mode de naissance et le type génétique avaient un effet très significatif sur le poids à la naissance. L'influence de ces facteurs diminuait avec l'âge, puis disparaissait au sevrage (tableau 2). Les poids de la naissance au sevrage des agneaux croisés étaient nettement supérieurs à ceux des agneaux de race pure (tableau 3). S'agissant des gains moyens quotidiens, seuls les effets dus au sexe et à l'interaction type génétique x sexe étaient importants au jeune âge (P<0,05), les autres facteurs n'ayant pas eu d'effet sur le gain moyen quotidien (tableau 4).

Les différences de poids entre les agneaux issus de naissances simples et ceux issus de naissances gémellaires n'étaient significatives (P<O,O1) qu'entre 0 et 30 jours, encore que la quasi-totalité des agneaux ait été de naissance simple. Sur 59 agneaux, 4 seulement étaient issus de naissances gémellaires. Il n'y a eu aucune naissance double parmi les croises.

Tous types génétiques et modes de naissance confondus, il n'y avait pas de différence entre le poids des agneaux mâles et femelles de 30 jours au sevrage (tableau 3). A l'exception du GMQ entre 30 et 60 jours, la croissance pondérale des femelles a 6t6 plus rapide que celle des mâles, mais cette différence n'était pas statistiquement significative. En particulier, les croisés femelles avaient une croissance de la naissance à 30 jours (98,6 g/j) significativement supérieure à celle des croisés mâles. De la naissance au sevrage, le poids des agneaux croisés augmentait plus rapidement que celui des agneaux de race pure, mais la différence n'était pas statistiquement significative (tableau 5).

Les faibles performances des croises enregistrées à l'IDESSA par rapport à celle obtenue par d'autres institutions pour le mouton du Vogan par exemple (Amégée 1983, 1984) pourraient s'expliquer par l'inadéquation de l'environnement sanitaire et alimentaire qui empêche les croises d'extérioriser tout leur potentiel génétique.

Tableau 2. Analyse de variance du poids des agneaux de la naissance au sevrage

Source de variation

Degré de liberté

Naissance

30 j

60 j

90 j

Sevrage

Sexe

1

1,32***

0,33

1,3

0,01

0,39

Mode de naissance

1

1,76***

5,29*

4,67

0,87

0,12

Type génétique

1

1,78***

9,63**

12,17**

3,27

0,56

Sexe x Type génétique

1

0,29

2,s3

0,91

0,08

0,08

Régression

Poids naissance

1





2,67

Age au sevrage

1





8,01

Résiduelle


0,11

0,95

1,81

2,53

2,73

(d.d.l.)


(54)

(50)

(43)

(34)

(32)

*** P<0,001,** P<0,01 * P<0,05

Tableau 3. Moyennes estimées du poids des agneaux de la naissance au sevrage (kg)

Moyenne générale

1,97

4,06

5,64

7,28

7,50


± 0,09

± 0,29

± 0,46

± 0,64

± 0,71

Sexe






Mâle

2,15a

3,97

5,85

7,31

7,32

Femelle

1,79b

4,15

5,42

7,26

7,59

Mode de naissance






Simple

2.33a

4,70a

6,32

7,64

7,60

Double

1,60b

3,42b

4,96

6,93

7,31

Type génétique






Djallonké

1,76b

3,57b

4,99b

6,93

7,28

Croisés

2,17a

4'55a

6,29a

7,63

7,62

Au sein d'une même colonne, les moyennes affectées des mêmes lettres ne sont pas significativement différentes.

Tableau 4. Analyse de variance des GMQ des agneaux de la naissance au sevrage

Source de variation

Degré de liberté

Naiss.-30 j

3 0-60 j

60-90 j

Naiss.-90 j

Naiss.-Sevrage

Sexe

1

3306

6383

977

69

40

Mode de naissance

1

1209

670

59

2

12

Type génétique

1

3068

1290

0

67

73

Sexe x Type

1

5092

4199

256

96

30

Régression








Poids naissance

1





7


Age au sevrage

1





80

Résiduelle


1099

897

497

299

330

(d.d.l.)

(50)

(43)

(34)

(34)

(32)


*.P<0,01 *P<0,01

Tableau 5. Moyennes estimées du GMQ des agneaux de la naissance au sevrage (g/j)

Moyenne générale

69,5

55,4

41,7

59,1

58,8


± 9,79

± 10,30

± 8,99

± 6,97

± 7,78

Sexe


Mâle

60,5

70,3a

35,7

57,5

57,4


Femelle

78,6

40,5b

47,8

60,7

60,1

Type génétique x sexe







Mâle

630

51,5b

38,8

57,8

56,6

Djallonké


Femelle

58,6b

45,9

44,7

57,2

57,0


Mâle

580

89,2a

32,5

57,2

58,2

Croisé


Femelle

98,6a

35,1b

50,8

64,2

63,2

Au sein d'une même colonne, les valeurs affectées d'une même lettre ne sont pas significativement différentes

4. Conclusion

Phénotypiquement, le croisé Sahélien x Djallonké se rapproche plus du mouton Sahélien que du Djallonké. Cette ressemblance se manifeste dans la longueur des oreilles, la longueur de la queue et une présence importante de taches sur le corps. Le poids à la naissance est plus élevé chez les croisés Djallonké x Sahélien que chez les Djallonké de race pure, mais cette supériorité pondérale diminue avec l'âge et disparaît au sevrage. Il est probable que la faible production laitière de la brebis Djallonké ne permette pas à l'agneau croisé de maintenir sa supériorité de poids jusqu'à un âge avancé, malgré les potentialités génétiques qu'il recèle. Il s'ensuit que l'amélioration de la productivité ne devrait pas s'appuyer uniquement sur les performances pondérales mais aussi sur la valeur laitière de la brebis.

Références

Amégée Y. 1983. Le mouton de Vogan (croisé Djallonké x Sahélien) au Togo. Revue d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux 36~1):79-84.

Amégée Y. 1984. Le mouton de Vogan (croisé Djallonké x Sahélien) au Togo. l. La production lactée et ses relations avec la croissance des agneaux. Revue d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux 37(1):82-90.

Fitzhugh H.A. et Bradford G.E. 1983. Productivity of hair sheep and opportunities for improvement. In: Hair Sheep of Western Africa and the Americas. A Genetic Resource for the tropics. Publié sous la direction de H.A. Fitzhugh, et G.E. Bradford. Westview Press, Boulder, Colorado (E.-U.). p. 23 à 52.

Harvey W.R. 1988. User's Guide for LSMLMW PC-Version. Ohio State University, Columbus, Ohio (E.-U.). 79 p.

Charray J., Coulomb J., Haumesser J.B., Planchenault D. et Pugliese P.L. 1980. Les petits ruminants d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest: Synthèse des connaissances actuelles. IEMVT (Institut d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux), Maisons-Alfort (France), Ministère de la coopération, Paris (France). 295 p.

ITCF (Institut technique des céréales et des fourrages). 1987. Manuel d'utilisation de STAT-ITCF. ITCF, Versailles (France).


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