F. Monicat, J. Keravec, P.M. BorneVeterinary Goat Project, Veterinary Research Laboratory
P.O. Box 8101, Harare (Zimbabwe)
Un suivi individuel et par troupeau des performances des caprins a été effectué dans neuf zones communales représentatives de la variabilité des systèmes de production rencontrés en milieu traditionnel au Zimbabwe. Du 1er septembre 1990 au 1er novembre 1991, un total de 6950 caprins appartenant à 254 exploitations ont été suivis individuellement sur une base bimensuelle.
Les performances de reproduction se sont révélées très différentes suivant les environnements naturels et socio-économiques dans lesquels évoluaient les animaux. Trois situations prédominantes ont pu être observées.
1) Les zones communales d'implantation récente, caractérisées par un environnement naturel non dégradé, une faible pression démographique et une faible densité animale.
Dans ces zones où une brousse arbustive dense occupe la majeure partie du territoire, la présence d'une strate arbustive buissonnante permet aux femelles de reconstituer leur état corporel en fin de saison sèche, avant les premières pluies. Les fécondations ont lieu au tout début de la saison des pluies et les potentiels de reproduction des caprins s'extériorisent pleinement: le taux de fertilité annuelle était de 97% chez les multipares et de 62% chez les femelles de moins de 2 ans; le dessaisonnement était important, avec une moyenne de trois mises-bas en deux ans réparties sur la saison des pluies et la saison sèche; la première mise-bas intervenait entre 12 et 18 mois; la prolificité était en moyenne de 150% pour les multipares et le taux de fécondité de 190%.
2) Les zones communales d'implantation ancienne dotées d'une végétation fortement dégradée et soumises à une forte pression animale.
Dans ces zones, où le surpâturage et l'exploitation intensive du bois par la population ont entraîné la quasidisparition de la strate arbustive buissonnante, les femelles doivent attendre la pousse de l'herbe en début de saison des pluies pour reconstituer leurs réserves. Elles ne sont fécondées qu'en milieu de saison des pluies. Dans ce cas, les performances de reproduction des caprins sont minimales: la fertilité annuelle était de 86% pour les multipares et de 31% pour les femelles de moins de 2 ans; une seule mise-bas était enregistrée par an, en milieu de saison sèche; la première mise-bas intervenait après 22 mois; la prolificité moyenne était de 120% pour les multipares et le taux de fécondité moyen de 110%.
3) Les zones communales où le milieu naturel est fortement dégradé, avec une forte densité de population et des contraintes alimentaires imposées par les systèmes de culture.
Cette situation s'observe dans les zones dominées par les cultures et dans les zones péri-urbaines à forte densité de population. Aux restrictions alimentaires de saison sèche imposées par la dégradation du milieu naturel s'ajoutent les mesures de lutte contre la divagation des animaux pendant la saison des pluies a fin de protéger les cultures. Au milieu de la saison des pluies, les animaux sont enfermés pendant une partie de la journée. La reconstitution des réserves est ainsi interrompue et ne reprend qu'après les récoltes, quand les animaux sont relâchés. Pour la plupart des femelles, les fécondations - quand elles ont lieu - surviennent à la fin de la saison des pluies. Les performances de reproduction s'en ressentent fortement: le taux de fertilité annuelle était de 73% pour les multipares et de 17% pour les femelles de moins de 2 ans; une seule mise-bas était enregistrée par an, en milieu de saison sèche; les premières mises-bas intervenaient après 22 mois; la prolificité moyenne était de 120% pour les multipares et le taux de fécondité moyen de 100%. Dans ces systèmes d'élevage soumis à de lourdes contraintes, 35% des chevreaux meurent avant l'âge de 1 an.
Il ressort des résultats enregistrés que les performances des troupeaux sont d'autant plus homogènes et plus médiocres que les contraintes de l'environnement naturel et socio-économique sont plus importantes. A l'inverse, une diminution des contraintes du milieu se traduit par une plus grande variabilité des performances par troupeau. Ce sont alors les techniques et pratiques individuelles mises en oeuvre par les éleveurs qui permettent l'expression du potentiel des animaux.
Reproductive of goats in traditional livestock systems in communal areas in Zimbabwe
Abstract
Individual and herd performances of goats have been monitored in nine communal areas in Zimbabwe which are representative of the various traditionally managed production systems. Between 1 September 1990 and 1 November 1991, 6950 goats belonging to 254 farms were monitored twice monthly on an individual basis.
Results show that reproductive performance varied markedly with the natural and socio-economic environment of the animals. Three situations predominate.
A) Recently established communal areas where the natural environment has not become degraded, with low population pressure and low animal density.
In these areas most of the land is covered by shrub bushland. A zone of brushwood enables females to recover their body condition by the end of the dry season. Conceptions occur at the very beginning of the rainy season and the goats' reproductive potential is fully achieved with an annual fertility rate of 97% for multiparous and 62% for does below two years of age; there is little seasonality of breeding, with an average of three kiddings in two years spread over the rainy and the dry seasons; first kidding occurs between 12 and 18 months; there is mean fertility of 1.5 for multiparous does; and the fecundity rate averages 190%.
B) Old communal areas with heavily degraded vegetation and high animal pressure.
In these zones, overgrazing. and overexploitation of wood lead to the near disappearance of the zone of brushwood and females have to wait for the grass growing at the beginning of the rainy season to regenerate their reserves. They do not conceive until the middle of the rainy season. Thus reproductive performance is poor. There is: an annual fertility rate of 86% for multiparous does and 31% for those below two years old; a single kidding in the middle of the dry season; first kidding after 22 months; mean fertility of 1.2 for multiparous does; and a fecundity rate averaging 110%.
C) Heavily degraded natural environment with high population density and food constraints due to cropping systems.
This type of situation is found in areas where crops dominate and in pert-urban areas with high human population density. In addition to food restriction during the dry season, due to the degradation of the natural environment, measures are taken to protect crops against wandering animals during the rainy season. In the middle of the rainy season, animals are locked up for part of the day. Rebuilding body reserves is held up and is resumed after the harvesting period, when the animals are released. When conception does take place, it occurs at the end of the rainy season, thereby heavily affecting reproductive performance. An annual fertility rate of 73% for multiparous and of 17% does females below 22 months; a single kidding in the middle of the dry season; first kidding after 22 months; mean fertility of 1.2 for multiparous does; and a fecundity rate averaging 100% are typical. In these heavily constrained livestock systems, 35% of the kids die before they are one year old.
Results show that the more the environment imposes natural and socio-economic constraints the more herd results become uniform and poor. On the other hand, when animals are not submitted to heavy environmental constraints, considerable variability in herd performances is recorded. The animals' potential is achieved through the individual techniques and practices of their owners.