Pr Yenikoye Alhassane
Président du Comité directeur du RéseauExcellence Madame la Présidente,
Honorables invités,
Mesdames, Messieurs;
Je suis très heureux de me trouver aujourd'hui dans cette belle ville de Kampala et je suis certain de partager ce plaisir avec vous.
Après Bamenda en janvier 1989, date de création de notre Réseau, Nairobi en décembre 1990 et Arusha en décembre 1992, nous voici réunis à Kampala dans le cadre de la 3ème Conférence biennale du Réseau africain de recherche sur les petits ruminants. C'est pour nous l'occasion de faire un bilan du chemin parcouru, et de dégager pour notre Réseau de nouvelles orientations qui tiennent compte à la fois des contraintes internes et externes à notre système de recherche zootechnique en Afrique.
Au cours de ses six années d'existence, le Réseau a essayé d'atteindre les objectifs qui lui ont été assignés. En effet, à travers son approche de recherche concertée qui favorise par conséquent la formation et la circulation de l'information, le Réseau a essayé, d'une part d'améliorer la qualité des recherches entreprises par ses membres et d'autre part, de contribuer à une meilleure coordination de la recherche zootechnique en Afrique.
Il a également réussi à susciter une prise de conscience significative de l'importance des petits ruminants sur le continent en réunissant tous les deux ans une masse critique de chercheurs africains appartenant aux systèmes nationaux de recherche agricole. Cette prise de conscience est développée et renforcée par ses diverses publications.
Enfin le Réseau a contribué dans une certaine mesure à améliorer les conditions de recherche de quelques centres nationaux de recherche agricole par un apport financier appréciable obtenu auprès des donateurs.
L'une des principales conséquences des activités du Réseau sur les systèmes nationaux de recherche agricole, a été le renforcement de leur capacité de recherche, et nous pouvons affirmer que tant que le Réseau africain de recherche sur les petits ruminants disposera de l'appui financier nécessaire, il continuera à avoir un impact positif sur ces systèmes nationaux.
L'insuffisance de fonds destinés à la recherche constitue l'une des préoccupations majeures de notre Réseau. Cette situation est générale au niveau du continent africain et des pays en développement. En effet, la plupart de ces pays consacrent moins de 0,5% de leur produit intérieur brut (PIB) à la recherche-développement alors que les différents forums internationaux tenus sur ce sujet en recommandent au minimum 1%. Cette attitude des Etats à l'égard du financement de la recherche est due surtout à l'absence de politique scientifique et technologique. La recherche n'est pas considérée comme une priorité par les gouvernements africains, en particulier en période de crise économique.
En outre, on constate que dans la plupart des centres nationaux de recherche en Afrique, 70% à 90% des subventions allouées sont absorbées par les charges de personnel. Une autre raison de l'insuffisance de financement de la recherche en Afrique est la faiblesse ou l'inexistence dans certains cas de liens entre les institutions nationales de recherche et le secteur productif.
Toutes ces difficultés ont des répercussions négatives sur les performances de nos chercheurs et partant de notre Réseau. Il est par conséquent nécessaire de prendre en compte la dimension nationale dans la résolution des problèmes de financement de la recherche menée en Afrique par les membres de notre Réseau. Chacun d'entre nous, dans la limite de sa sphère de responsabilité au niveau national, doit sensibiliser son gouvernement de façon à ce que la recherche soit intégrée comme élément de la stratégie de développement national. A cet effet, les mécanismes de financement public et privé de la recherche doivent être revus.
Il pourra être proposé les recommandations suivantes:
1. Allocation des ressources de l'Etat à la recherche agricole sur la base de budgets-programmes adaptés aux besoins pluriannuels des chercheurs, pouvoirs publics et sociétés.2. Mise en place d'un Fonds national de la recherche scientifique et technologique pour compenser les subventions absorbées par les charges de personnel. Ce fonds sera alimenté par l'Etat, les institutions et offices publics et para-publics, les organismes régionaux et internationaux de recherche opérant dans les pays.
3. Octroi d'un régime de faveur en matière de taxes et d'impôts aux instituts nationaux de recherche agricole sur les biens, services et dons afférents au développement de la recherche.
4. Etablissement de liens de partenariat entre les institutions de recherche agricole et le secteur productif (Petites et moyennes industries) dans le but de faciliter le transfert des résultats de la recherche au secteur productif et de canaliser les fonds gouvernementaux vers ces institutions de recherche.
La mise en oeuvre de ces mesures permettra d'améliorer la capacité de recherche de nos systèmes nationaux, gage de réussite et de durabilité de notre Réseau.
Cependant, construire une capacité scientifique et technologique présuppose une réponse globale au besoin de réformer le financement et la gestion des systèmes nationaux de recherche. A cet égard, il est souhaitable que l'aide des donateurs soit orientée à la fois vers les priorités définies dans les plans de développement socio-économique et culturel des pays du sud et vers la création et le soutien des réseaux de recherche régionaux et internationaux. Les donateurs devraient contribuer également au financement des programmes établissant les liens entre les institutions de recherche et le secteur productif, car c'est par le développement économique à travers la prospérité des entreprises que le système de recherche peut bénéficier d'un financement durable.
Enfin, il faut favoriser le système de prêt d'assistance technique auprès des bailleurs de fonds (Banque mondiale) pour financer la recherche agricole en Afrique.
Nous devons nous organiser au sein du Réseau pour disposer d'une banque de données sur les Etats et organismes régionaux et internationaux qui financent la recherche agricole en Afrique.
Le bilan des actions entreprises auprès des donateurs et bailleurs de fonds par le Comité directeur depuis la conférence d'Arusha vous sera présenté par le coordonnateur dans son rapport d'activité.
En tant que jeune réseau, nous continuerons à rechercher le soutien de tous pour permettre à notre structure de se développer et de se renforcer.
Le Réseau doit mettre à profit ces journées pour élaborer les éléments de sa stratégie et fixer ses priorités en matière de production et de santé des petits ruminants dans le nouveau cadre créé en matière de recherche zootechnique internationale.
Au nom du comité directeur, du coordonnateur et de tous les membres du Réseau, je voudrais remercier sincèrement tous les pays, individus et organisations dont l'appui et la compréhension ont permis à notre Réseau de jouer pleinement son rôle au niveau africain.
En premier lieu, je citerai le CIPEA qui a toujours soutenu financièrement et matériellement notre Réseau depuis sa création. Ensuite, je citerai la CEE et le NRI qui viennent au premier rang de nos donateurs.
Enfin, nos remerciements vont aux autorités ougandaises pour le soutien combien utile et important qu'elles ne cessent d'apporter à notre Réseau, nous permettant ainsi de tenir cette 3ème conférence biennale dans cette belle et historique capitale Kampala.
Vive le Réseau africain de recherche sur les petits ruminants.
Vive la coopération scientifique internationale.