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Système traditionnel d'élevage caprin sur le plateau central du Burkina Faso

H. Tamboura et D. Berté

INERA, BP 7192, Ouagadougou (Burkina Faso)

Résumé
Introduction
Méthodologie
Résultats
Discussion et conclusion
Références bibliographiques

Résumé

Soixante onze (71) troupeaux de petits ruminants de quatre villages de la savane du plateau central du Burkina Faso ont été suivis pendant deux ans pour mieux caractériser le système traditionnel d'élevage caprin. Les résultats obtenus montrent que le système d'élevage pratiqué est très rudimentaire, avec divagation des chèvres en saison sèche et absence de complémentation alimentaire en sus des pâturages naturels, de soins sanitaires, et d'infrastructure adéquate. 50,7% des troupeaux sont composés de chèvres uniquement, contre 36,6% constitués de moutons et de chèvres. 33,8% ont plus de 10 têtes de caprins chacun, 29,5% ont entre cinq et 10 têtes, et 36,6% en ont moins de cinq. Entre 25 et 28% des animaux par troupeau sont des mâles, soit un ratio de 1 mâle pour 3 femelles. Les animaux de 6 à 18 mois sont les plus nombreux, suivis de ceux de 18 à 36 mois. Le poids vif moyen à 3 ans est de 20.69±0,67 kg. Le GMQ pendant les 120 premiers jours est de 131,1 g/j, contre 19,2 g/j de 0 à 3 ans.

Introduction

Le système traditionnel demeure la pratique dominante parmi les modes d'élevage des petits ruminants au Burkina Faso. Cela est encore plus vrai en ce qui concerne l'espèce caprine locale, pratiquement délaissée sans soins nutritionnels ou sanitaires, alors qu'elle constitue le troupeau numériquement le plus important et économiquement le plus exploité par les éleveurs et agro-pasteurs du pays. La présente étude a été entreprise compte tenu du poids économique (consommation ménagère, caisse de menues dépenses domestiques...) et socioculturel (rites coutumiers, mariages, baptêmes...), ainsi que de la très large répartition des caprins dans les exploitations paysannes du Burkina Faso. Elle vise essentiellement à promouvoir une meilleure connaissance des pratiques traditionnelles utilisées sur le plateau central du pays dans l'élevage et l'exploitation des chèvres de race locale.

Méthodologie

L'enquête a couvert soixante onze (71) troupeaux avec une fiche-questionnaire complétée par des pesées mensuelles systématiques sur chaque animal recensé. Les quatre (4) villages-sites de cette étude (Kamboinsé, Pabré, Sogodin, Sakoula) sont situés sur le plateau central du Burkina Faso, en zone subsahélienne, et reçoivent annuellement entre 400 à 600 mm de pluies. Les températures varient de 45°C en saison sèche chaude à 8-10°C en saison froide et la végétation est de type savane arbustive.

Résultats

Mode de conduite du troupeau

Bien que les agro-pasteurs de la zone soient tous sédentaires, la divagation reste une caractéristique dominante pour les caprins. Elle est totale en saison sèche, alors qu'en hivernage, les animaux sont surveillés plus ou moins étroitement pour éviter les dégâts aux cultures.

Les types d'élevages

L'étude de la répartition des espèces exploitées au sein des élevages suivis (tableau 1) révèle que 50,7% des troupeaux sont constitués exclusivement de caprins, 36,6% comprennent des ovins et des caprins, 2,8% des bovins et caprins, 8,4% les trois espèces, alors que seul 1,4% des troupeaux sont constitués exclusivement d'ovins.

Infrastructures d'élevages

66% des élevages enquêtés disposent d'une case au toit de paille comme abri pour l'ensemble des espèces présentes. Ce local est souvent trop étroit pour l'effectif qui y loge, mal aéré et surtout jamais balayé. Le fumier s'entasse donc jusqu'à son ramassage au début de l'hivernage pour la fumure des champs.

Alimentation et soins de santé

La base de l'alimentation des animaux reste le pâturage naturel, avec des herbacées, notamment Loudetia togoensis, Andropogon gayanus, Cenchrus sp., et les ligneux. Seuls les moutons de case, les vaches laitières et les bovins à l'engrais reçoivent les SPAI, les fanes d'arachides et de niébé, et les tiges de sorgho récolté. Les caprins n'en reçoivent pas. Deux éleveurs sur les 71 donnent la pierre à lécher artisanale à leur animaux. Celle-ci est remplacée chez les autres par le sel gemme.

Tableau 1: Types d'élevages pratiqués dans les quatre villages (Kamboinsé, Pabré, Sakoula et Sogodin)

Types d'élevages

Villages

Nombre total de troupeaux enquêtés

Bovin

Ovin

Caprin

Ovin + caprin

Ovin+ bovin

Bovin + caprin

Bovin+ ovin + caprin

Kamboinsé

13

0

0

6

4

0

-

3

Pabré

13

0

1

4

6

0

1

1

Sakoula

30

0

0

19

9

0

-

2

Sogodin

15

0

0

7

7

0

1

0

Total (%)

71 (100%)

0

1 (1,4%)

36 (50,7%)

26 (36,6%)

0

2 (2,8%)

6 (8,5%)

En matière de santé, 4% des éleveurs enquêtés ont eu recours une fois aux déparasitants gastro-intestinaux modernes. Aucun n'a jamais vacciné ni détiqué ses chèvres.

Taille du troupeau

La répartition des troupeaux selon les effectifs caprins par exploitation est présentée au tableau 2. Dans les villages de Kamboinsé et Sakoula respectivement, 53,3% et 43,3% des troupeaux ont plus de 10 têtes de chèvres, alors qu'à Pabré et Sogodin, respectivement, 53,8 et 60% des troupeaux ont moins de cinq têtes.

Structure du troupeau

Sex-ratio des troupeaux

La proportion de mâles par troupeau est de 22,2% à Kamboinsé, 31,9% à Pabré, 28% à Sakoula et 27,8% à Sogodin. Dans l'ensemble de la zone étudiée, la moyenne est de 27,5% de mâles par troupeau, c'est-à-dire environ 25,0% mâles et 75,0% femelles (tableau 3).

Pyramide des âges

Les figures 1A, 1B, 1C et 1D présentent les histogrammes des effectifs caprins en fonction de l'âge des animaux pour chaque village. Les animaux de 6 à 18 mois sont les plus nombreux, suivis de ceux de 18 à 36 mois d'âge. Les animaux âgés (plus de 36 mois) sont nettement moins nombreux, surtout chez les mâles où il n'en existait pratiquement pas.

Evolution pondérale des chèvres

A l'âge d'un mois, le cabri pèse en moyenne 3,25±0,24 kg contre 20,69±0,67 kg à 3 ans. La figure 2 montre la courbe-type d'évolution pondérale de la chèvre "Mossi" en élevage traditionnel selon le sexe. On observe une légère supériorité (non significative à 5%) des femelles par rapport aux mâles. Le tableau 4 présente les gains moyens quotidiens (GMQ), qui sont de 57,2 g/j et 73,8 g/j respectivement pour les mâles et les femelles de 0 à 4 mois.

Tableau 2: Importance relative des troupeaux selon leur effectif caprin, par village


Villages

Effectif par troupeau

Effectif total

Moins de 5 têtes

5 à 10 têtes

Plus de 10 têtes

Kamboinsé

13

3 (23 %)

3 (23%)

7 (54%)

Pabré

13

7 (54 %)

3 (23%)

3 (23%)

Sakoula

30

7 (23,3%)

10 (33,3%)

13 (43,3%)

Sogodin

15

9 (60 %)

5 (33,3%)

1 (6,7%)

Total

71

26 (36,6%)

21 (29,6%)

24 (33,8%)

Tableau 3: Sex ratio au sein des élevages traditionnels de chèvres des villages de Kamboinsé, Pabré, Sakoula et Sogodin (Plateau central du Burkina Faso)

Sexe

Kamboinsé

Pabré

Sakoula

Sogodin

Moyenne

Taux de mâles

22,15

31,98

28,00

27,80

27,50

Taux de femelles

87,85

68,02

72,00

72,20

72,5

Figure 1. Sex-ratio au niveau des villages de: IA: Kamboinsé; IB: Pabré; I C: Sakoula; ID: Sogodin.

Tableau 4: Gain moyen quotidien (GMQ en g/j) de caprins Mossi en système d'élevage traditionnel (Plateau central du Burkina Faso).

Période

Mâles

Femelles

Mâles et Femelles

0-120j

57,2

73,8

131,1

0-180 j

42,5

48,2

90,0

0-300j

41,8

40,1

81,9

0-360 j

36,6

37,4

74,0

0-18 mois

29,6

29,3

58,9

0-2 ans

23,7

25,2

97,8

0-3 ans

-

19,2

19,2

Ce paramètre baisse à environ 29 g/j pour la période de O à 18 mois. Compte tenu de l'absence de mâles de plus de 36 mois, on a pu calculer le GMQ pour cette tranche d'âge. Dans les autres cas, les femelles croissent généralement plus vite que les mâles tandis que le GMQ baisse au fur et à mesure que l'âge des animaux avance, quel que soit le sexe.

Discussion et conclusion

Le système d'élevage traditionnel des caprins du plateau central du Burkina Faso peut être classé comme système agro-pastoral selon les catégorisations proposées par Wilson, de Leeuw et de Haan (1983), car 10 à 50% des revenus des ménages de ce système viennent des produits de l'élevage. Le ratio ovins/caprins dans cette étude est nettement à l'avantage des caprins. Un tel rapport a été également établi par Wilson (1991), qui précise qu'il varie selon la région: 1 pour 11 en Zambie et en Centrafrique, 1 pour 2 au Nigéria, 1 pour 8 au Swaziland. A l'inverse, le Sénégal et la Mauritanie ne comptent qu'un caprin pour 2 à 3 ovins. Le sex-ratio d'un mâle pour trois femelles observé ici s'accorde avec celui rapporté par Wilson (1986; 1987) et Peacock (1983) pour la sous-région ouest-africaine. Cela est probablement dû à la trop rapide et intense exploitation des mâles, alors que les femelles sont gardées le plus longtemps possible pour l'extension du troupeau. L'absence de soins zoo-sanitaires pour les caprins, contrairement aux ovins qui font l'objet d'un suivi relativement meilleur au sein des élevages traditionnels étudiés, est une caractéristique que rapportent également Charray et al (1980) et Bourzat (1985). Mais, il existe des régions d'Afrique, notamment à l'est et au sud du continent où, compte tenu de l'importance très nette de la chèvre dans la micro-industrie et l'artisanat local, cet animal fait l'objet d'une plus grande attention sur le plan aussi bien sanitaire que zootechnique (Wilson, 1978; Wilson et Ole Maki, 1989).

Les résultats enregistrés ici sur le suivi des poids vifs et la croissance des caprins sont similaires à ceux rapportés par Bourzat (1985) dans la même région, mais inférieurs à ceux de Mombeshora et al (1985) et Hale (1986) sur les chèvres locales du Zimbabwe, et Bizimungu (1986) sur les caprins du Rwanda-Burundi. Les conditions très difficiles d'élevage et l'encadrement technique trop sommaire des exploitations caprines de la zone de la présente étude expliquent sans doute les performances enregistrées. Il convient toutefois de noter que ces performances, bien qu'apparemment faibles, notamment pour la croissance (GMQ), révèlent d'importantes potentialités intrinsèques de la race locale. Cela suggère qu'avec un minimum d'amélioration du système d'élevage actuel (conduite, alimentation, soins de santé, gestion des effectifs, hygiène des locaux), on peut s'attendre à une production plus substantielle (viande, lait, peaux, fumier).

Figure 2. Evolution pondérale des chèvres élevées sous système traditionnel du plateau central.

Références bibliographiques

Bizimungu A. 1986. Productivité des petits ruminants en milieu rural. 1. Diagnostic de recensement du bétail dans trois régions différentes de la CEPGL. 2. Aperçu sur les systèmes d'élevage dans trois zones retenues dans la communauté. IRAZ-GITEGA, Burundi.

Bourzart D. 1985. La chèvre naine de l'Afrique occidentale: monographie. Doc. Groupe N° SRC 4. ILCA, Addis-Abeba, Ethiopie.

Charray J. Coulomb J. Haumesser J B. Planchenault D et Pugliese P L. 1980. Les petits ruminants d'Afrique centrale et d'Afrique de l'ouest. Synthèse des connaissances actuelles. IEMVT, Maisons-Alfort, France.

Hale D H. 1986. System of production and productivity of goats in three communal areas of Zimbabwe. In: Adeniji K O and Kategile J A (eds). Proceedings of the improvement of small ruminants in Eastern and Southern Africa. OAU/IDRC-Nairobi, Kenya, pp 181-193.

Mombeshora B. Agyemang K et Wilson R T. 1985. Livestock ownership and management in the Chibi and Mangwende communal areas of Zimbabwe (Gr. Doc. n° SRC 2). ILCA, Addis-Ababa, Ethiopie.

Peacock C P. 1983. Phase exploratoire d'une étude des systèmes de production animale dans le Gourma malien: données de base sur le cheptel ovin et caprin. (Doc. prog. AZ.92C). ILCA-Bamako, Mali.

Wilson R T. 1978. Livestock production on Maasai sheep populations at Elangata Wuas. East Afr. Agric. J., 43, 193-199.

Wilson R T. 1986. Livestock production in central Mali: Long-term studies on cattle and small ruminants in the agropastoral system. ILCA, Addis-Abeba, Ethiopie.

Wilson R T. 1987. Productivity of traditionally small ruminants in an agro-pastoral system in northern Burkina Faso. Trop. Agric., 64, 163-169.

Wilson R T. 1991. Small ruminant production and the small ruminant genetic ressource in tropical Africa. FAO Ed., Rome.

Wilson R T, de Leeuw P N et de Haan C. 1983. Recherches sur les systèmes de production des zones arides du Mali: résultats préliminaires. ILCA Addis-Abeba, Ethiopie.

Wilson R T et Ole Maki M. 1989. Goat and sheep population changes on Maasai group ranch in south-western Kenya, 1978-1986. Agric. System, 29, 325-337.


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