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Pertes en reproduction, chlamydiose, brucellose et toxoplasmose en élevage extensif traditionnel de chèvres guinéennes au Sénégal

M. N. Ndiaye1, J. A. Akakpo2 et L. J. Pangui2

1 ISRA/PPR, BP 2057, Dakar (Sénégal)
2 EISMV BP 5077, Dakar (Sénégal)

Résumé
Introduction
Matériels et méthodes
Résultats
Discussion
Conclusion
Bibliographie

Résumé

Cette étude a été conduite sur des chèvres guinéennes en élevage extensif traditionnel dans la zone soudanienne du Sénégal. La répartition des sujets séropositifs à la chlamydiose à Chlamydia psittaci, aux brucelloses à Brucella ovis et à Brucella abortus et à la toxoplasmose à Toxoplasma gondii, a été établie sur 12 cas de mortalités néo-natales, 20 cas d'avortements et 11 cas de mises bas de produits chétifs. Sur ces 43 cas de pertes en reproduction, on a noté des prévalences sérologiques de 80% en chlamydiose, de 10% en brucellose à Brucella abortus, de 23% en brucellose à Brucella ovis et de 58% en toxoplasmose. Les implications des infections à l'origine de ces différents types de pertes sont discutées en fonction de leur répartition.

Introduction

Des tests sérologiques ont été réalisés sur 43 cas de pertes en reproduction. Les infections à la chlamydiose (Chlamydia psittaci), aux brucelloses (Brucella abortus) et Brucella ovis et à la toxoplasmose (Toxoplasma gondii) ont été recherchées. Ces pertes en reproduction étaient des cas de mises bas de produits chétifs, d'avortements et de mortalités néo-natales. L'objectif est de comparer le statut sérologique de ces trois groupes de chèvres vis-à-vis de chacune de ces infections afin de déterminer leur lien particulier avec un type de perte plutôt qu'avec un autre.

Matériels et méthodes

Cette étude a été effectuée sur des chèvres pluripares, de race guinéenne. Les prélèvements ont été effectués de novembre 92 à mars 93, période couvrant le premier des deux pics annuels de mise bas. Les chèvres utilisées appartiennent à 21 éleveurs établis sur 13 villages satellites de la ville de Kolda. Il s'agit de prélèvements uniques de sérum, réalisés dans un délai maximum de 8 jours suivant l'événement clinique assimilé à une perte en reproduction.

Les sérums ont été conservés par congelation jusqu'à la fin de la période de collecte puis testés. Les tests sérologiques utilisés ont été la fixation du complément en microméthode pour la chlamydiose, la brucellose à Brucella abortus et la brucellose à Brucella ovis et l'immunofluorescence indirecte pour la toxoplasmose. Les seuils de positivité retenus ont été la dilution au 1/4 pour la chlamydiose (Akakpo, 1987), au 1/8 pour les deux types de brucellose (Akakpo, 1987) et au 1/16 pour la toxoplasmose (Pangui, 1993).

Les types de pertes retenus sont les suivants:

- avortements: mise bas de morts-nés ou interruption de la gestation non rapportée à une cause alimentaire, toxique ou accidentelle.

- chétivité: mise bas d'animaux au poids au contrôle inférieur ou égal à 1,4 kg (limite établie sur la base de la moyenne des poids recueillis le jour même de la naissance, estimée à 2,2 kg) ou avec un très faible entrain à la tétée. Ces produits meurent généralement avant l'âge de 3 mois.

- mortalité néo-natale: cas de chevreaux nés normaux mais qui meurent dans les jours suivant la mise bas.

Les prévalences sérologiques par type de perte ont été comparées à l'aide du programme calcstat du logiciel Epiinfo (Dean, 1988). Les valeurs des probabilités de l'hypothèse nulle ont été déterminées suivant les cas par le test du khi carré ou par le contrôle d'exactitude de Fisher (Dean, 1988).

Résultats

La répartition des cas de séropositivité suivant les types de pertes est présentée au tableau 1. La chlamydiose et la toxoplasmose ont les plus fortes prévalences globales, soit respectivement 79 et 58%. Les prévalences de la toxoplasmose et de la brucellose à Brucella ovis présentent les plus importantes variations d'un type de perte à un autre. Ces taux sont nettement supérieurs à ceux obtenus sur un échantillon aléatoire de 40 femelles caprines en 1991 dans la zone de Kolda, à savoir 13.6% en toxoplasmose (ELISA), O% en brucellose (Brucella abortus par séroagglutination) et 3,5% en chlamydiose (fixation du complément en microméthode).

Tableau 1: Répartition et prévalence de la chlamydiose, de la brucellose et de la toxoplasmose en fonction du type de perte en reproduction

Variables

Chlamydia

V. ovis

B. abortus

Toxoplasma

+

-

+

-

+

-

+

-

Chétivité


9

2

2

9

1

10

5

4

82%


18%


9%


56


Mortalité néo-natale

 

10

2

2

10

1

11

9

2

83%


16%


8%


82%


Avortement


15

5

6

14

2

18

8

10

75%


30%


10%


44%


Total par résultat


34

9

10

33

4

39

22

16

79%


23%


9%


58%


Total testé

43

43

43

38

Discussion

En comparant par le test du khi carré les séropositifs aux séronégatifs, on constate que la toxoplasmose, avec une probabilité seuil de 14%, différencie le mieux les trois types de perte (tableau 2).

Tableau 2: Probabilités de prévalences équivalentes entre les différents types de pertes.


Organisme

Probabilités en % de l'hypothèse nulle

avortement

chétivité

chétivité

avortement

chétivité

X

X

X

mortalité

mortalité

avortement

mortalité

Chlamydia

pX2:82

2pF:100

2pF:100

2pF:68

B. ovis

pX2:61

2pF:100

2pF:67

2pF:68

B. abortus

pX2:98

2pF:100

2pF:100

2pF:100

Toxoplasma

pX2:14

2pF:33

2pF:69

2pF:6,4

X2 = probabilité seuil selon le test du khi carré
2pF = probabilité bilatérale de Fisher.

Les prévalences de la toxoplasmose distinguent le mieux les trois types de perte avec une probabilité de l'hypothèse nulle de 14%.

En fait, c'est entre les pertes par mortalités et les pertes par avortements que les différences de prévalences en toxoplasmose sont les plus marquées, l'hypothèse nulle ne dépassant pas 6,4%.

Par ailleurs, les prévalences en toxoplasmose chez les chèvres qui avortent et celles qui mettent bas des produits chétifs sont plus proches qu'entre les premières et celles qui perdent leurs produits nés normaux par mortalité; la probabilité de ne pas différencier les premières est de 69% contre 33% pour les secondes. Cette observation, sous réserve du faible effectif testé, corrobore les connaissances acquises en matière de pathogénie des avortements infectieux.

En effet, la mise bas de produits chétifs accompagne souvent des états d'infection par des germes à tropisme génital connus aussi pour leur effet abortif. C'est le cas de la toxoplasmose et de la chlamydiose (Debenedetti & Waldeland, 1989).

Pour ces diverses raisons, il est convenu de regrouper les pertes par chétivité et par avortement, dont les statuts sérologiques face à la toxoplasmose sont les plus proches, pour les comparer aux pertes par mortalité néo-natale (tableau 3).

Tableau 3. Répartition de la toxoplasmose lors de mortalités néonatales et lors d'avortements ou mises bas de produits chétifs


Type

Toxoplasmose


Total

+

-

Chétivité avortement

19

4

23

Mortalité néo-natale

15

5

20

Total

34

9

43

La probabilité de l'hypothèse nulle, après test du khi carré, n'est que de 8%.

Ces résultats statistiques permettent de retenir que la toxoplasmose est chez les chèvres pluripares, un facteur de risques de pertes par mortalité néo-natale plutôt que de pertes par avortement ou chétivité.

Conclusion

Ce suivi sérologique et clinique a permis d'établir que la toxoplasmose contribue plus aux mortalités néonatales qu'aux autres types de perte. Cette contribution décelée sur un si faible échantillon est sans doute très importante (Schwartz, 1989). Aucune conclusion définitive ne peut par contre être retenue quant au rôle des infections brucelliques ou chlamydiennes dans l'avènement d'un type de perte plutôt que d'un autre.

Bibliographie

Akakpo J A et coll. 1997. Epidémiologie des brucelloses animales en Afrique tropicale: enquête clinique, sérologique et bactériologique In Rev. Sci. Tech Off. int. Epiz, 1987, 6(4), 981-1027.

Dean J A et coll. 1988. Epiinfo, version 2.1 mars 1988. Logiciel de traitement de données d'enquêtes épidémiologiques. 70 pages.

Debennedetti A et coll. 1989. Anomalies précoces de la gestation et toxoplasmose chez la chèvre. Dans: Pathologie caprine et productions. Etudes et synthèse de l'EMVT 2ème colloque de Niort 26-29 juin 1989. pp 563-567

Pangui LJ et coll. 1993. Utilisation de l'IFI et de l'ELISA dans une enquête sérologique de la toxoplasmose chez les moutons de case à Dakar (Sénégal). In Rec. Med. Vet, 1993, 169 (1) 45-46.

Schwartz D. 1989. Méthodes statistiques à l'usage des médecins et des biologistes, 3ème édition, 306 pages. Editeur Flammarion-Médecine et Sciences. Paris.

Waldeland H et coll. 1989. Abortion in goats in Norway. In: Etudes et synthèses de l'EMVT. Pathologie caprine et productions. 2ème colloque de Niort 26-29 juin 1989 pp 549-550.


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