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Synchronisation des chaleurs et gestion de lutte chez le mouton Djallonké

A. Traoré1, Y.N. Hadzi2 et A.A. Midekor3

Centre d'appui technique de Kolocopé (CATK)
Programme national Petit élevage (PNPE)
B.P. 65 Atakpamé (Togo)
1 Expert FAO, Responsable de la recherche appliquée
2 Directeur du CATK
3 Stagiaire, Ecole supérieure d'agronomie de l'Université du Bénin

Résumé
Introduction
Matériels et méthode
Résultats et discussions
Conclusion
Références

Résumé

Cet essai est une contribution à la maîtrise du cycle sexuel et à l'étude de la fertilité du mouton Djallonké. Il a porté sur l'étude de la réponse de la brebis Djallonké à la synchronisation des chaleurs à l'aide de l'acétate de fluorogestone ainsi que sur le comportement sexuel et la fertilité du bélier Djallonké soumis à différents régimes de saillies. Les résultats de cet essai révèlent que les brebis Djallonké répondent de façon satisfaisante à la synchronisation des chaleurs par l'acétate de fluorogestone suivie de l'injection d'un ovulatoire, la gonadotrophine sérique de jument gravide (PMSG). Par ailleurs, on peut utiliser les béliers Djallonké dans le cadre d'un régime de 6 saillies par jour pendant 6 jours successifs sans affecter leur fertilité. Des études supplémentaires sont nécessaires afin de connaître d'une part le seuil optimal des saillies exigibles par bélier, et d'autre part la dose optimale de PMSG en rapport avec un taux de prolificité raisonnable.

Introduction

Devant l'envergure désormais nationale de son programme d'amélioration génétique ovine, le Centre d'appui technique de Kolocopé envisage la mise en oeuvre d'un programme plus dynamique, basé sur une stratégie de sélection à noyau ouvert, faisant appel à une large base de sélection couvrant l'ensemble du pays (Traoré, 1991). Ce programme prévoit à moyen terme le testage des béliers destinés à la lutte en lignée sur la descendance. Ce test, pour être efficace, devrait se dérouler dans un délai bref et permettre la comparaison d'un nombre suffisant de descendants par bélier. Aussi était-il intéressant d'étudier les voies et moyens d'une optimisation de la méthode de reproduction en cours au Centre. La présente communication porte sur la réponse de la brebis Djallonké à une synchronisation des chaleurs à l'aide de l'acétate de fluorogestone et sur le comportement des béliers Djallonké soumis à des régimes de saillies plus ou moins intensifs. L'incidence de l'intervalle mise bas/pose d'éponge ainsi que l'influence de la dose de PMSG sur le délai d'apparition et la durée des chaleurs feront l'objet d'une communication ultérieure.

Matériels et méthode

Le Centre d'appui technique de Kolocopé (CATK), créé en 1980 dans le cadre du Projet de développement de l'élevage des petits ruminants au Togo (PNPR) est situé dans la région des plateaux à environ 45 km au nord-est d'Atakpamé. Il avait pour rôle essentiel: de servir de centre de démonstration des techniques d'élevage améliorées des petits ruminants; de produire des animaux sélectionnés à diffuser dans les fermes ovines améliorées encadrées par le projet; de former des bergers et des éleveurs ainsi que des techniciens et des étudiants aux techniques d'élevage des petits ruminants; et de servir de cadre à la recherche d'accompagnement en vue de l'amélioration constante de messages techniques diffusés par le projet.

Matériel animal

Les animaux utilisés pour l'essai sont des moutons de race Djallonké dont: 144 femelles âgées de 12 à 34 mois vides de 25,64±3,1 kg de poids moyen; 6 géniteurs de poids moyen 47,33 kg âgés de 41 mois; et quelques mâles porteurs de tablier utilisés comme des béliers détecteurs de chaleurs.

Conduite de l'élevage

Le cheptel ovin du centre, d'un effectif moyen de 1700 têtes, est composé: de 750 brebis Djallonké réparties en 5 troupeaux de 150 têtes; d'une quarantaine de géniteurs répartis en 5 lignées; et d'un troupeau d'antenais et d'antenaises d'effectif variable. Le mode de reproduction est la lutte contrôlée en cycle de 8 mois. Il nécessite l'utilisation des béliers par lignées (les béliers de chaque lignée effectuant 2 luttes consécutives dans un même troupeau de brebis). En matière d'alimentation, les animaux exploitent les parcours naturels et les parcelles fourragères de Panicum, de Leucaena et de Cajanus, et reçoivent en complément toute l'année environ 350 g de graines de coton par tête et par jour. Les sels minéraux leur sont fournis ad libitum.

Matériel et technique de synchronisation

Matériel

Le matériel de synchronisation utilisé comprenait: un "freinateur" ou agent anovulatoire: l'acétate de fluorogestone sous forme d'éponge vaginale dosée à 40 mg (éponges pour agnelles); un ovulaire: la gonatrophine sérique de jument gravide (PMSG) sous forme d'injection intramusculaire; et un ensemble d'instruments et de produits nécessaires à la pose et au retrait des éponges.

Synchronisation

Les brebis ont été graduellement soumises aux opérations de synchronisation de chaleur sur la base des prévisions journalières de saillies. Chaque brebis reçoit une éponge vaginale dosée à 40 mg d'acétate de fluorogestone, retirée après 14 jours. Ce retrait est suivi d'une injection intramusculaire de 400 mg de PMSG.

Saillies

Chaque bélier s'est vu affecté une trentaine de brebis synchronisées à différentes dates en prévision des régimes de saillies. Après détection des chaleurs à l'aide de béliers portant des tabliers le matin à 7h et l'après-midi à 15h, les brebis reconnues en chaleurs sont présentées à 12h d'intervalle à la saillie par un bélier choisi selon le régime.

Retour en chaleurs

Des contrôles ont eu lieu à partir du 15ème jour après la saillie pour confirmer la réussite de celle-ci. Les femelles retournées en chaleurs sont présentées à nouveau à la saillie (2 sauts à 12 h d'intervalle).

Analyses statistiques

Les calculs et les analyses statistiques des données sont réalisés à l'aide du logiciel STAT-ITCF. Des analyses de variance et des tests de khi-deux ont été effectués pour étudier l'effet du régime de saillie sur les taux de retour en chaleurs, de fertilité, de fécondité et de prolificité.

Résultats et discussions

Compte tenu des variations dans la disponibilité de femelles en chaleurs, les régimes de saillies ont été de 3 saillies par jour et par bélier au lieu de 4 pour le 1er régime. Le taux de synchronisation observé au cours de cette étude (n = 144) a été de 97,22%. L'étude comparée des deux régimes de saillies dont les résultats sont présentés au tableau 1 donne des taux de 137,78% et 120,61% de fécondité totale et 186,41% et 183,20% de prolificité respectivement pour les régimes de 3 saillies et 6 saillies quotidiennes par bélier.

Le tableau 2 donne les moyennes des différentes performances par régime avec ou sans le bélier N° 89179 qui a manifesté des signes évidents de faible fertilité. Les analyses de variance des différents taux de reproduction n'ont pas permis de mettre en évidence des différences statistiquement significatives.

Le taux de synchronisation observé au cours de cet essai est du même ordre de grandeur que les chiffres de 100 et 91% rapportés par Lahlou-Kassi et Boukhilq (1989) respectivement pour les races D'man et Timahdite synchronisées avec de l'acétate de fluorogestone et une dose de 400 UI de PMSG. On ne dispose que de très peu d'informations sur la réponse de la brebis Djallonké à une synchronisation des chaleurs. En Côte d'Ivoire il a été rapporté un taux de 87% de femelles en chaleurs après une synchronisation à base de 40 mg d'acétate de fluorogestone suivie d'une injection de 300 UI de PMSG (Touré et Meeusen 1980). Lors d'un essai antérieur mené au CATK, les brebis synchronisées ont toutes été inséminées entre 56h et 57h en moyenne après le retrait des éponges sans détection préalable des chaleurs (Rouleau, 1988); bien que des variations des paramètres de reproduction enregistrés aient été notées dans les deux régimes de saillies (tableau 2), les tests statistiques indiquent qu'ils ne présentent pas de différence significative. (Tableau 1).

Par conséquent, on pourrait envisager d'utiliser sans préjudice à leur fertilité les béliers pour un régime de 6 saillies par jour pendant 6 jours. Cela poserait d'autant moins de problèmes que ces géniteurs sortiraient d'une période de repos sexuel. Cependant, les différences observées entre différents béliers d'un même régime montrent l'intérêt du suivi de la fertilité des géniteurs. Dans la présente étude, le bélier N° 89179 a donné des performances inférieures à celles des autres (tableau 2). Son exclusion améliore les résultats du régime à 6 saillies (tableau 3).

Les examens macroscopiques et microscopiques de son sperme, bien qu'effectués 8 semaines après son utilisation, ont permis d'en attester la mauvaise qualité (présence de sang, faible motilité, etc.).

Le taux de fertilité de cet essai est très proche de celui rapporté par Rouleau (1988) et où les brebis avaient été inséminées après synchronisation sans détection préalable des chaleurs (69,77% contre 69%). Ceci dénote la très bonne réponse de la brebis Djallonké à la synchronisation des chaleurs. La prolificité moyenne de 184,80% est plus élevée que celle indiquée par Amegée (1978), Armbruster (1987) et Dettmers (1976). Malgré la présence du bélier N°89179, l'écart peu prononcé entre les taux de prolificité des deux régimes montre que ce paramètre zootechnique dépend beaucoup plus de la femelle que du mâle. Le taux très élevé enregistré est probablement dû à la forte dose de PMSG utilisée (400 UI). Mais il convient de signaler que Rouleau (1988) obtenait également un taux de prolificité élevé avec des doses de 250 à 275 UI de PMSG. Pour le mouton Djallonké qui n'est pas une bonne laitière, cette situation n'est pas souhaitable car elle entraîne un fort taux de mortalité. Dans la présente étude, le taux de mortalité a été de 16,02% contre 1,76% au CATK en 1990 (Hadzi, 1990). L'incidence de la dose de PMSG sur les caractéristiques des chaleurs et les taux de prolificité doivent donc faire l'objet de travaux plus poussés.

Tableau 1: Principaux paramètres de reproduction chez les brebis selon les régimes de saillies et les béliers



Paramètre

Régime

3 saillies/Bélier No.

6 saillies/Bélier No.

89113(n=21)

2474 (n=23)

915(n=29)

89190(n=23)

004(n=19)

89179(n=25)

TRC (%)

14,2

21,7

20,7

13,4

21,1

44

TFr (%)

68,2

68

86,2

78,3

70

48

TFc (%)

118,2

140

155,2

147,8

130

84

TP (%)

173,3

205,9

180

188,9

185,9

175

n = nombre de brebis synchronisées
TRC: taux de retour en chaleur
TFr: taux de fertilité (brebis gestantes par rapport aux brebis synchronisées)
TFc: taux de fécondité (nombre d'agneaux nés par rapport aux brebis synchronisées)
TP: taux de prolificité (nombre d'agneaux par rapport aux brebis ayant mis bas).

Tableau 2. Moyennes des paramètres de reproduction chez les brebis dans les deux régimes de saillies avec ou sans le bélier n° 89179


Paramètres*


3 saillies 2 = 73

6 saillies

avec le

sans le

No. 89179 n = 67

No. 89179 n=42

TRC (%)

18,48

27,48

19,22

TFr (%)

74,13

65,42

74,13

TFc (%)

137,78

120,61

138,91

TP (%)

186,4

183,20

187,3

Conclusion

Les résultats de l'étude de la maîtrise de la reproduction du mouton Djallonké ont conduit aux conclusions préliminaires suivantes: les brebis Djallonké répondent de façon satisfaisante aux techniques de synchronisation par l'acétate de fluorogestone suivie d'injection de PMSG; les béliers Djallonké peuvent être utilisés dans le cadre d'un régime de 6 saillies par jour pendant 6 jours successifs sans une baisse sensible de fertilité; la poursuite de l'essai sur les régimes de saillies est nécessaire afin d'approcher le seuil optimal de saillies pouvant être effectuées par le mâle sans porter préjudice à sa fertilité; et il serait souhaitable de mener des essais destinés à étudier l'influence de différentes doses de PMSG et l'incidence de l'intervalle de temps entre l'agnelage et la synchronisation sur différents paramètres de reproduction. Cela permettra de mieux cerner les problèmes relatifs à l'adaptation des doses de PMSG aux races locales.

Références

Amegee Y. 1978. La prolificité du mouton Djallonké en milieu villageois au Togo. Rev Elev. Méd. Vét. Pays Trop. 36 (1): pp. 85-90.

Armbruster T. 1987. La production de l'élevage ovin dans la région forestière de la Côte d'Ivoire Rapport provisoire. CIPEA, Addis Abeba. 132p.

Dettmers A. 1976. Performance of Hair Sheep in Nigeria in: Fitzhugh, H.A.; Gradford, G.E. (eds). 1983. Hair Sheep of West Africa and the Americas. Boulder. Colorado. pp. 201-218.

Hadzi Y N. 1990. Rapport annuel. Centre d'appui technique de Kolocopé - Projet national petits ruminants, Togo.

Lahlou-Kassi A et Bouklilq R. 1989. Manipulation de la saison sexuelle chez le mouton: in African Small Ruminant Research and Development. Proceedings of a conference held at Bamenda, Cameroun. pp. 329-347.

Rouleau F. 1988. Opérations d'inséminations artificielles conduites à Kolocopé. Rapport de mission T.C.P/TOG/6757 - Ministère du développement rural Togo. 56p.

Touré M et Meeusen S. 1980. Opération pilote d'insémination artificielle sur la race Djallonké. Dans Production Animale en Côte d'Ivoire - Revue d'information du ministère de développement rural, Côte d'Ivoire.

Traoré A. 1991. Programme de sélection ovine au Centre d'appui technique de Kolocopé - Document technique; avril 1991, CATK/PNPE.


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