J. Kouonmenioc 1, A. Lacoste 2 et H. Guérin 3
1 Station de recherches zootechniques de Nkolbisson
B.P. 1457, Yaoundé (Cameroun)2 Laboratoire de biologie végétale B
Université de Paris XI
Centre d'ORSAY (France)3 Institut d'élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux (IEMVT)
10, rue Pierre Curie, Maisons-Alfort (France)
RESUME
Des essais d'alimentation destinés à comparer divers régimes ont été effectués pendant 74 jours sur des ovins de la race naine de l'Afrique de l'Ouest élevés en stabulation et en cases individuelles. Leur ration était composée de graminées (Pennisetum purpureum) pures ou complémentées avec du fourrage ligneux (Alchornea cordifolia, Flemingia macrophylla, Gliricidia sepium ou Leucaena leucocephala). Ni le poids initial, ni le mode d'élevage n'avaient d'effet significatif sur les gains moyens quotidiens (GMQ), mais le type de fourrage ligneux avait une influence significative (F = 18,13; P<0,05) sur ce paramètre. Le lot soumis à la ration exclusivement graminéenne a enregistré des pertes de poids et une mortalité élevée (60%), ce qui montre que ce régime était inadéquat pour maintenir en bon état pendant une longue période de temps des animaux élevés en stabulation. La complémentation avec Gliricidia sepium donnait les meilleurs résultats, avec un GMQ de 64,14 g. Les performances associées à Leucaena leucocephala ne reflétaient pas la valeur énergétique et azotée de ce fourrage, ses potentialités réelles ayant probablement été masquées par les effets de la mimosine, alcaloïde toxique présent dans toutes les parties de la plante. Enfin, bien qu'il s'agisse d'une légumineuse, Flemingia macrophylla ne semble pas particulièrement indiqué pour promouvoir la croissance pondérale chez les ovins.
ABSTRACT
Study of the effect of four fodder browses on weight changes in West African Dwarf sheep
Feeding trials were carried out on individually penned African Dwarf Forest sheep over a 74-day period Diets consisted of Pennisetum purpureum (grass) either alone or combined with a browse plant (Alchornea cordifolia, Flemingia macrophylla, Gliricidia sepium or Leucaena leucocephala). Weight gain was not affected by the initial weight or the type of housing, but was significantly (F = 18.13; P<0.05) affected by the browse species. The group receiving Pennisetum purpureum alone lost weight and suffered a high mortality (60%). This shows that Pennisetum is not suitable for keeping confined animals in good health for long periods of time. Supplementation with Gliricidia sepium proved to be the best combination, with an average daily weight gain of 64.14 g. The performance of the group receiving Leucaena leucocephala did not reflect the energy and protein value of this forage, as its potentials may have been obscured by the presence of mimosine, a toxic alkaloid found in all parts of the plant. Although Flemingia macrophylla is a legume, the results showed that this species is not suitable for promoting growth in this sheep breed
INTRODUCTION
Dans de nombreuses régions du monde, et plus particulièrement en Afrique tropicale, le manque de ressources fourragères de bonne qualité constitue un obstacle de taille au développement de la production animale. La pénurie est encore plus marquée dans les régions à très faible pluviométrie où la seule végétation permanente est constituée d'espèces ligneuses. De nombreux auteurs (Dayton, 1931 cité par Skerman, 1982; Curasson, 1956; Boudet, 1979; Harrington et Wilson, 1980; Skerman, 1982; Guérin et al., 1987; Koné, 1987) sont unanimes pour reconnaître l'importance des ligneux dans l'alimentation du bétail, principalement comme source d'azote pouvant servir de complément aux fourrages herbacés dont la qualité nutritionnelle se dégrade rapidement au cours du cycle de développement.
En ce qui concerne plus précisément le Cameroun, les données relatives aux fourrages ligneux et à leur utilisation par les ruminants restent limitées. Les seuls documents pertinents connus découlent des travaux de Piot (1966, 1969, 1970), réalisés sur le plateau de l'Adamaoua en zone soudano-guinéenne. Cet auteur fournit sur cette région une liste plus ou moins exhaustive des ligneux appétés par les bovins, ainsi que la composition chimique des principales espèces. La présente étude est destinée à identifier des essences ligneuses qui, en association avec les principales graminées spontanées ou cultivées, pourraient contribuer à promouvoir le développement de la production des petits ruminants et permettre ainsi de mieux répondre aux besoins des populations en protéines animales.
MATERIELS ET METHODES
Cette expérience a été réalisée sur 25 ovins de la race naine de l'Afrique de l'Ouest, de poids moyen égal à 15 kg. La protection sanitaire des animaux a été assurée par un déparasitage externe et interne, respectivement à base d'une solution de Tigal ® et de Panacur ® .
Les essais se sont déroulés dans un bâtiment de type "semi plein air" à la Station de recherches zootechniques de Nkolbisson.
Le dispositif expérimental correspond à celui du bloc aléatoire à randomisation totale à cinq répétitions.
On trouvera au tableau 1 la composition des cinq régimes alimentaires utilisés. Cinq lots de poids homogène, constitués chacun de cinq animaux, ont été constitués et affectés chacun à un régime alimentaire donné. Ce processus d'affectation, de même que l'attribution des cases individuelles au sein de chaque bloc, a été effectué au hasard.
Les divers fourrages ligneux ont été décrits par Kouonmenioc (1990).
Toutes les espèces ligneuses testées ici ont été cultivées, exception faite de Alchornea cordifolia qui, tout comme Pennisetum purpureum, a été récolté à l'état naturel.
L'expérimentation s'est déroulée en deux phases distinctes, à savoir une période préexpérimentale de 15 jours et une période expérimentale de 59 jours.
Les fourrages ont été récoltés et distribués tous les jours entre 7 heures et 8 h 30. Le taux de matière sèche de chaque type de fourrage a été déterminé. A l'issue de l'essai, un mélange constitué des échantillons moyens hebdomadaires a été analysé en vue de déterminer la composition chimique globale du fourrage considéré.
La quantité de matière sèche effectivement ingérée chaque jour a été mesurée individuellement par pesée des quantités de fourrages offertes et des refus.
En ce qui concerne les rations binaires, la distribution des deux composantes a été effectuée en fonction des différences d'appétibilité observées. Ainsi, pour certaines rations (Pennisetum + Leucaena et Pennisetum + Flemingia), il a fallu procéder à une distribution "décalée", stratégie visant à induire une consommation "forcée" de l'espèce peu appâtée.
Tableau 1. Régimes alimentaires
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Composante herbacée |
Composante ligneuse |
|
Pennisetum purpureum |
Alchornea cordifolia |
|
Pennisetum purpureum |
Flemingia macrophylla |
|
Pennisetum purpureum |
Gliricidia sepium |
|
Pennisetum purpureum |
Leucaena leucocephala |
|
Pennisetum purpureum seul |
- |
Les animaux dont la ration était constituée exclusivement de Pennisetum purpureum recevaient cette graminée ad libitum. Par contre, Pennisetum était rationné dans les rations mixtes où les fourrages ligneux étaient en revanche offerts ad libitum.
Les fourrages ligneux ont été distribués sous forme de rameaux feuillés alors que Pennisetum était présenté à l'état entier.
La distribution des ligneux sous forme de rameaux conduit à distinguer deux types de refus, à savoir le refus "brut", équivalant à la quantité totale non consommée (feuilles + tiges) et le refus "réel", constitué par la partie consommable mais non consommée du refus brut.
Les animaux disposaient en permanence d'un complément minéral (55% de poudre d'os, 40% de NaCl, 5% d'oligo-éléments). L'eau était fournie ad libitum. Une simple pesée a été effectuée habdomadairement et le poids initial a été déterminé par une triple pesée marquant la fin de la phase d'accoutumance.
Les gains moyens quotidiens (GMQ) ont été soumis à une analyse de variance et l'influence d'un effet secondaire "loge" (bloc) sur les GMQ a été testée. La relation entre le poids initial individuel et le GMQ a été déterminée pour l'ensemble des cinq régimes.
RESULTATS
Bien que l'étude ait porté sur cinq traitements, la différence statistique entre les GMQ n'a été recherchée que pour les rations mixtes. Le lot témoin dont le régime était constitué exclusivement de Pennisetum a été exclu de l'analyse en raison des fortes mortalités (60%) qui y avaient été enregistrées. Ces mortalités étaient presque partout précédées des mêmes symptômes, à savoir baisse de consommation, pertes importantes de poids, diarrhées légères et parfois persistantes conduisant à la mort de l'animal. Les résultats des autopsies n'ont révélé aucune anomalie dans les organes internes.
L'analyse comparative des gains de poids des animaux soumis aux régimes à base de Alchornea cordifolia, Gliricidia sepium, Leucaena leucocephala et Flemingia macrophylla n'a révélé aucune relation significative entre le poids initial et les GMQ individuels (r = 0,26) (figure 1). Par ailleurs, alors que le paramètre "loge" (bloc) n'avait aucune influence significative (F = 0,55; tableau 2) sur les GMQ, ceux-ci variaient significativement (F = 18,12 au seuil de 5%) en fonction du type de fourrage ligneux. Enfin, la comparaison des moyennes des GMQ par le biais du test de Newman-Keuls permet de regrouper les traitements en 3 catégories, à savoir A (Gliricidia sepium), B (Alchornea cordifolia) et C (Flemingia macrophylla et Leucaena leucocephala) (voir tableau 3 et figure 2).
Les chiffres moyens hebdomadaires d'ingestion quotidienne des fourrages (g/kg P0,75) ont permis de dresser les bilans de consommation.
Figure 1. Relation entre poids initial et gain moyen quotidien (GMQ) individuels
DISCUSSIONS
Régime sans complémentation
Avec la ration constituée uniquement de Pennisetum purpureum, les GMQ n'étaient positifs que durant les deux semaines suivant la phase d'accoutumance. On peut penser que la qualité nutritive médiocre de la graminée (tableau 4) a été compensée par de fortes consommations (113 g de MS/kg P0,75/j).
Tableau 2. Analyse de variance de l'effet de l'espèce ligneuse sur les GMQ des ovins
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|
SCE |
d.d.l. |
Carrés moyens |
Test F |
Niveau de probabilité |
|
Variance totale |
23 301,79 |
18 |
1 294,54 |
|
|
|
Variance facteur 1 |
1 874,05 |
3 |
6 251,35 |
18,13 |
0,0002 |
|
Variance blocs |
755,35 |
4 |
188,84 |
0,55 |
0,7065 |
|
Variance résiduelle 1 |
3 792,39 |
11 |
344,76 |
|
|
SCE: somme des carrés des écarts
d.d.l.: dégré de liberté
Tableau 3. Comparaison des moyennes de GMQ des traitements (Test de Newman-Keuls au seuil de 5%)
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Nombre de moyennes |
2 |
3 |
4 |
|
PPAS |
25,87 |
31,69 |
35,32 |
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Traitements |
Moyennes |
Groupes homogènes | |
|
Gliricidia sepium |
64,07 |
A | |
|
Alchomea cordifolia |
24,6 |
B | |
|
Flemingia macrophylla |
-9,14 |
C | |
|
Leucaena leucocephala |
-11,19 |
C | |
PPAS: plus petite amplitude significative
Les pertes de poids s'amorçaient alors, puis augmentaient pour aboutir à des mortalités. Ces mauvaises performances semblaient lices à la chute importante des quantités ingérées, lesquelles passaient de 113 à 55 g de MS/kg P0,75 du début à la fin de l'expérience.
Les résultats de l'analyse de la composition chimique effectuée sur Pennisetum purpureum (tableau 4) confirment les conclusions de Guérin (1987) sur la valeur alimentaire des graminées tropicales. Celui-ci note que par comparaison avec les graminées tempérées, les graminées tropicales sont plus riches en constituants pariétaux et pauvres en matières azotées totales avec de surcroît de faibles taux de digestibilité de la matière organique et de la matière sèche. Ainsi, la dégradabilité enzymatique de la matière organique de Pennisetum est de 34,3% (tableau 4) contre 47% pour une graminée tempérée comme Festuca pratensis.
Soulignons enfin que la faible solubilité des matières azotées, soit 20,6% (tableau 4), est peut-être lice à la présence de tanins. Ceux-ci, surtout abondants chez les ligneux, se rencontrent parfois également en fortes quantités chez certaines espèces herbacées pérennes (McLeod, 1975).
Bien que Boudet (1975) souligne que Pennisetum purpureum est une graminée pauvre en énergie quel que soit son stade de croissance, un fourrage plus jeune aurait probablement donné lieu à de meilleures performances. Cependant, des cas sévères de diarrhées ont souvent été signalés chez les animaux consommant des plantes herbacées très jeunes.
Les carences alimentaires associées à ce régime alimentaire purement graminéen sont en harmonie avec les résultats d'essais préliminaires du même type réalisés auparavant sur des ovins et des caprins (Kouonmenioc, 1986). Tous les six animaux de chacun des deux lots recevant uniquement des graminées étaient morts, par opposition à ceux soumis aux rations mixtes. Cependant, compte tenu de l'origine des animaux utilisés dans ces essais ("tout venant"), et du dispositif expérimental (alimentation en groupe), on ne pouvait tirer aucune conclusion définitive de cette constatation.
Figure 2. Evolution du poids moyen des ovins en fonction de la nature du fourrage ligneux contenu dans le régime alimentaire
Ces résultats posent le problème du maintien des ruminants domestiques sur les "prairies" graminéennes, source de l'essentiel de l'alimentation des animaux d'élevage dans les régions tropicales. Sous une relative homogénéité physionomique liée à la prédominance d'une ou de quelques espèces graminéennes, la plupart de ces formations sont en effet caractérisées par une grande diversité de composition, fréquemment liée à l'existence d'une strate herbacée inférieure bien développée. C est le cas des pâturages des hauts plateaux de l'ouest du Cameroun où existent en abondance, entre les touffes de l'espèce dominante Sporobolus africanus, de nombreuses petites légumineuses très appétées comme Trifolium repens, T baccarinii, T usambarense et capables d'assurer le complément nécessaire à l'équilibre alimentaire des animaux.
Tableau 4. Teneurs en constituants organiques des espèces fourragères utilisées
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Constituants |
Alchornea cordifolia |
Flemingia macrophylla |
Leucaena leucocephala |
Gliricidia sepium |
Pennisetum purpureum | |
|
Constituants pariétaux (% de MS) | ||||||
|
|
Cellulose brute (CB) |
19,01 |
30,86 |
19,00 |
18,03 |
35,50 |
|
|
Parois totales (NDF) |
34,04 |
59,39 |
27,72 |
33,33 |
68,70 |
|
|
Lignocellulose (ADF) |
25,58 |
53,04 |
18,76 |
23,61 |
36,10 |
|
|
Lignine (ADL) |
7,17 |
29,31 |
8,14 |
8,90 |
3,80 |
|
Matières azotées | ||||||
|
|
Mat. azotées totales |
16,92 |
18,39 |
24,66 |
22,80 |
11,20 |
|
|
Mat. azot. solubles (%MAT) |
7,63 |
18,86 |
21,47 |
36,21 |
20,6 |
|
|
Mat. azot. résiduelles de l'ADF (%MAT) |
9,77 |
37,66 |
|
s7,23 |
8,09 |
|
Dégradabilité enzymatique | ||||||
|
|
de la matière organique |
57,29 |
26,54 |
53,18 |
60,66 |
34,30 |
|
|
des matières azotées |
52,94 |
46,15 |
71,55 |
74,51 |
20,60 |
Complémentation avec Gliricidia sepium
Les animaux bénéficiant d'une complémentation avec Gliricidia sepium avaient la croissance la plus rapide avec un GMQ de 64 g. chiffre équivalant à ceux obtenus avec des aliments complémentaires composés de concentrés.
Indépendamment des qualités nutritionnelles de Gliricidia, les GMQ élevés enregistrés ici étaient associés à une consommation élevée de fourrages s'établissant en moyenne à 141 g de MS/kg P0,75/j, dont 65% de Gliricidia. Celle-ci est supérieure, non seulement à la moyenne de 2,5 kg de MS/100 kg de poids vif, soit 79 g de MS/kg P0,75/j (Boudet et Rivière, 1968) considérée comme normale, mais également aux chiffres rapportés par de nombreux auteurs dont Reyne et Garambois (1975), Van Eys et al. (1986), Koné (1987), Guérin (1987) et Richard (1987). Ces valeurs, de même d'ailleurs que les résultats de la présente étude, demeurent cependant inférieures à la consommation record de 162 g de MS/kg P0,75/j obtenue en Libye par Le Houérou (1987) dans un essai d'alimentation en enclos effectué sur des ovins dont le régime alimentaire était composé uniquement de trois fourrages ligneux (Atriplex nummularia, A. halinus et Acacia saligna).
Notons que les chiffres de consommation les plus fréquents rapportés sur les ovins en zone tropicale se situent entre 45 et 82 g de MS/kg P0,75/j pour des animaux pâturant librement des parcours naturels. Ces résultats dépendent bien évidemment d'un certain nombre de paramètres liés tant à la végétation qu'au comportement de l'animal, notamment la fréquence des éventuels déplacements. Pour sa part, Nebout (1978) souligne que la consommation de fourrage dépend non seulement du poids du sujet et de l'espèce animale, mais également de la quantité et de la qualité du fourrage disponible.
Ademosum et al. (1985) rapportent que la présence de Gliricidia dans une ration en augmente la consommation de matière sèche et probablement la digestibilité. Ils ont noté, au cours d'un essai effectué sur des caprins recevant Panicum maximum ad libitum comme aliment de base et Gliricidia sepium (quatre niveaux) comme aliment complémentaire, que les animaux recevant le niveau le plus élevé de complémentation ne refusaient jamais Gliricidia et avaient une consommation de 37,7% supérieure à celle du groupe témoin soumis au régime exclusivement graminéen.
Par ailleurs, l'utilisation de fourrage de Gliricidia issu indifféremment de 14 cultivars n'a donné lieu à aucune différence significative dans les quantités ingérées. Cette constatation semble en contradiction avec les observations de Glander (1979, 1981 d'après Nancy, 1987) qui mentionne une influence de la variabilité génétique de l'espèce végétale sur l'appétibilité.
Enfin l'alimentation à base de Gliricidia n'a eu aucune incidence pathologique ou dépressive sur les animaux.
Complémentation avec Alchornea cordifolia
Avec un GMQ de 25 g. la complémentation avec Alchornea cordifolia se classait en deuxième position. La consommation moyenne était de 120 g de MS/kg P0,75/j et augmentait au cours de la phase d'expérimentation (rapport de 1,6).
Alchornea entrait ici pour 48% dans cette consommation contre 64,6% pour Gliricidia. Une aussi faible différence d'ingestion (15%) entre ces deux espèces ne peut expliquer des écarts de GMQ aussi importants (62%) entre les deux régimes. Ces différences semblent donc directement lices à la nature et à la composition chimique des deux espèces (tableau 4).
Le taux de dégradabilité de la matière azotée totale (tableau 4) d'Alchornea cordifolia (52,9%) est nettement inférieur à celui de Gliricidia (78,8%). Enfin, la probable hétérogénéité du fourrage d'Alchornea, du fait qu'il a été récolté à l'état naturel, est peut-être pour quelque chose dans les faibles GMQ associés à cette espèce ligneuse.
Un fourrage d'Alchornea à base de rameaux plus jeunes aurait peut-être permis de meilleures performances. Cela nécessiterait cependant un rabattage en vue de l'utilisation des repousses.
Complémentation avec Flemingia macrophylla
Le GMQ relatif à toute la période de l'expérience était négatif GMQ individuels étaient caractérisés par une grande variabilité au sein du lot (constance, gains et pertes de poids). Les baisses de poids étaient probablement dues aux qualités nutritionnelles médiocres de cette espèce dont la teneur en matières azotées totales (MAT) était seulement de 18% (tableau 4), valeur voisine de celle d'Alchornea cordifolia. Par ailleurs, les tests de dégradabilité enzymatique (pepsine-cellulase) ont révélé que moins de la moitié (42,2%) de ces MAT étaient digestibles. La consommation était en moyenne de 140,1 g de MS/kg P0,75/j, valeur très proche de celle relative à la meilleure complémentation, c'est-à-dire avec Gliricidia sepium.
Sur la base de ces résultats, on peut conclure que bien qu'il s'agisse d'une légumineuse, Flemingia macrophylla est peu indiqué pour la production animale. De fait, Asare (1985), à l'issue d'essais pourtant très satisfaisants effectués sur diverses caractéristiques agronomiques de cette espèce ligneuse (production de biomasse foliaire), a insisté sur la nécessité, avant toute tentative de vulgarisation, de mener des études sur l'appétibilité et l'ingestion de Flemingia afin de tester l'influence desdites caractéristiques sur les paramètres zootechniques objectifs (production de viande, de lait).
A défaut de l'utiliser en production animale, on pourrait cependant exploiter sa forte capacité de production pour produire de la litière qui servirait à limiter le développement des adventices dans certaines cultures pérennes (plantations de café, par exemple). Etant donné qu'il s'agit d'une légumineuse, Flemingia pourrait en outre servir à enrichir les sols en vue de la production végétale.
Complémentation avec Leucaena leucocephala
Le GMQ relatif à toute la durée de l'expérience était négatif (-11,2 g).
La moyenne de consommation était de 107,9 g de MS/kg P0,75/j. La consommation avait considérablement diminué au cours de l'expérience, passant de 144 à 72 g de MS/kg P0,75/j au cours de la dernière semaine, soit une baisse de 50%.
Les résultats enregistrés ici sont plutôt surprenants, compte tenu du fait que les feuilles de Leucaena avaient la teneur en MAT la plus élevée des quatre ligneux étudiés. De plus, leur digestibilité à la pepsine, égale à 71,6% (tableau 4) était proche de celle de Gliricidia, espèce associée aux meilleures performances pondérales enregistrées dans le cadre de cet essai.
Ces chiffres peuvent s'expliquer par des perturbations notées chez les animaux, correspondant probablement à des symptômes d'intoxication par la mimosine, une toxine présente dans toutes les parties de la plante. La toxicité de cette substance, par accumulation dans l'organisme, a déjà été soulignée par plusieurs auteurs chez les monogastriques (Hegarty et al., 1964; Hamilton et al., 1968; Shiroma et Takahashi, 1976).
Chez les polygastriques cependant, il n'y a danger que lorsque Leucaena entre pour plus de 50% dans la ration. Divers signes cliniques étaient néanmoins apparus au cours de cette étude, y compris des émissions intenses de bave, l'incoordination des mouvements, la perte de la voix, l'alternance de pertes et de reprises d'appétit et des pertes sensibles de poids. Toutefois, bien qu'on n'ait observé aucun des phénomènes couramment d'une intoxication à la mimosine - alopécie (Hegarty et al., 1964; Reis et al., 1975) et hypertrophie thyroïdienne - il y a cependant tout lieu de soupçonner ce type d'empoisonnement.
Cette intoxication semble lice au fait que les ovins, très friands des feuilles de Leucaena, avaient presque complètement délaissé le Pennisetum et ce, malgré le décalage entre la distribution des fourrages de ces deux espèces. En effet, les animaux s'étaient semble-t-il très vite adaptés au rythme adopté, préférant jeûner toute la matinée dans l'attente de la distribution du fourrage de Leucaena.
Si l'on considère que, pour tous les autres régimes, la consommation d'éléments ligneux avait augmenté avec la durée de l'expérience, on peut penser que sans les phénomènes d'intoxication constatés, les performances de cette ration seraient proches de celles du meilleur régime alimentaire, c'est-à-dire celui complémenté avec du fourrage de Gliricidia.
Ces résultats ne doivent cependant pas conduire à remettre globalement en cause la valeur du Leucaena leucocephala en production animale, en particulier dans la production bovine sur laquelle ont porté la majorité des travaux à ce jour. Ainsi, au Malawi, de jeunes animaux métis Zébu x race frisonne, alimentés avec des rations composées de Leucaena, de son et de tiges de maïs, ont présenté des gains de poids de 1,17 kg/tête/j (Thomas et Addy, 1977). Pour sa part, Jones (1979) rapporte qu'en Indonésie et dans l'île de Timor, des bovins engraissés pendant 6 mois, uniquement avec un mélange de Leucaena et de stipes de bananiers, avaient enregistré des GMQ satisfaisants pendant les trois premiers mois, après quoi on assistait à un ralentissement de la croissance pondérale avec apparition de symptômes graves d'intoxication. Il en conclut que la toxicité est cumulative quand les animaux consomment du Leucaena pendant une longue période de temps.
Un certain nombre de recherches sont actuellement en cours sur ce sujet, notamment en Australie. Celles-ci visent entre autres soit à créer dans le tube digestif des ruminants les conditions favorables au développement de bactéries capables de dégrader la mimosine (Reed et Chater, 1986), soit à produire des souches de Leucaena pauvres en mimosine.
CONCLUSION
Un essai d'alimentation qui, comme celui présenté ici, est caractérisé par le suivi individuel des animaux semble constituer, par rapport aux estimations d'ingestion sur parcours, une méthode plus objective de mesure des chiffres de consommation. Même si cette approche complique sérieusement les expériences, elle devrait cependant permettre de déterminer les espèces ligneuses qui, en combinaison avec les graminées, pourraient aider à améliorer l'alimentation animale et partant à promouvoir le développement du sous-secteur de l'élevage.
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