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Programme de développement de l'élevage des petits ruminants au Togo: essai de mise au point des possibilités d'association de la production vivrière et de l'élevage ovin - Small ruminant development programme in Togo: Effort to crop and sheep production


Résumé
Abstract
Introduction
Programme de développement de l'élevage des petits ruminants au Togo
Etude des possibilités d'association entre la production vivrière et l'élevage ovin
Matériel et méthodes
Présentation et discussion des résultats
Conclusion

I.Y. Pessinaba

Centre d'appui technique de Kolokopé
B.P. 65, Atakpame, (Togo)

Résumé

Afin de contribuer à la satisfaction de la demande en viande, le Togo a instauré un Projet national petits ruminants d ont les trois volets sont présentés: l'encadrement du secteur traditionnel, la création d'élevages semiintensifs, et le développement du centre d'appui de Kolokopé. Les recherches menées par le projet visent à l'intégration de l'agriculture vivrière et de l'élevage ovin- caprin: valeur alimentaire des sous-produits de cultures, qualité des savanes, utilisation du fumier.

Abstract

A national small ruminant development project has been set up in Togo with the aim of increasing meat production. It has three components: extension activities within the traditional farming systems; creation of semi-intensive production units; and development of the supporting centre of Kolokope. Research carried out focuses on the integration of small ruminants production with arable, in particular on the feeding value of agricultural by-products, savannah quality and manure utilisation.

Introduction

Bien que l'élevage occupe au Togo par rapport à l'agriculture une place modeste dans l'économie nationale, son développement constitue une des conditions nécessaires pour atteindre l'objectif que s'est fixé le pays depuis une vingtaine d'années: l'autosuffisance alimentaire. Dans ce cadre, un Projet national petits ruminants a été mis en place au Togo, dont nous présenterons ici les principales activités.

Malgré les tentatives et efforts de développement de l'élevage des ovins et caprins, force est de constater que les paysans ont du mal à associer cette activité aux cultures vivrières. Nos recherches sont donc axées sur l'étude des éventuels avantages mutuels entre la culture vivrière et l'élevage des petits ruminants au niveau du paysan-éleveur et de définir dans quelles mesures nous pourrons les valoriser davantage. Une synthèse de ces résultats est présentée en deuxième partie.

Programme de développement de l'élevage des petits ruminants au Togo

Pour atteindre les objectifs lui étant assignés réduire le déficit en viande du Togo et augmenter les revenus paysans, le Projet national petits ruminants (PNPR) comprend trois volets: celui de l'encadrement du secteur traditionnel, celui de la création et du suivi des élevages semi-intensifs, et le Centre d'appui technique de Kolokopé.

Encadrement

L'encadrement du secteur traditionnel vise à l'amélioration des pratiques de l'élevage traditionnel dans les domaines de l'alimentation, de l'habitat et de l'hygiène, ainsi qu'à la protection sanitaire contre la peste des petits ruminants et le charbon bactéridien (vaccination), et d'autre part contre les parasitoses gastrointestinales et les ectoparasites (déparasitages).

Les actions entreprises au niveau du secteur traditionnel sont reprises auprès des élevages semi-intensifs et intensifs avec un suivi plus marqué auxquelles s'ajoutent celles de l'amélioration génétique.

Les actions d'encadrement et de suivi (sanitaire et zootechnique) touchent 1220 élevages villageois répartis dans les régions maritimes, des plateaux, centrales et des savanes, qui comportent des troupeaux de 10 à 20 têtes; et 250 élevages semi-intensifs répartis dans les mêmes régions économiques du pays et comportant des troupeaux de 25 à 200 têtes.

Les campagnes de vaccination et de déparasitage ont permis une baisse moyenne du taux de mortalité 25% à 8%, alors que les actions d'amélioration de l'alimentation, de l'habitat, de l'hygiène et de la reproduction ont permis d'enregistrer une amélioration du taux de productivité, qui est passé de 81% à 134%.

Dans le nouveau programme, ces actions seront poursuivies en considérant trois niveaux d'encadrement:

Niveau 1: encadrement sanitaire du secteur traditionnel. Il correspond à la protection sanitaire du cheptel promue par des campagnes de sensibilisation (radio, affiches), à la vaccination et au déparasitage, ainsi qu'à un conseil zootechnique élémentaire (castration, habitat, complémentation minérale).

Niveau 2: encadrement zootechnique du secteur traditionnel. il vise à accroître la rentabilité des élevages pratiquant déjà les actions du niveau 1. Il les renforce et ajoute les thèmes de l'amélioration, de l'habitat (parcs et abris traditionnels) et de l'alimentation (pâturages, complémentation et supplémentation, mangeoire, etc.).

Niveau 3: établissement de fermes ovines améliorées (FOA). Il vise la poursuite de l'implantation et du développement des élevages semi-intensifs qui sont sélectionnés après une période de test dans le niveau 2 d'encadrement. Les cultures fourragères sont introduites et un système de prêts mis en place: prêt d'installation (construction et équipement de bergeries) remboursable en espèces en quatre ans, crédit de fonctionnement (aliments, médicaments sur douze mois) remboursable en espèce en dixhuit mois (8% d'intérêt annuel), et prêt d'animaux reproducteurs retournables en animaux après un différé de deux ans.

Le Centre d'appui technique du Kolokopé

L'effectif actuel du Centre est d'environ 2 000 têtes réparties comme suit: 5 troupeaux totalisant 760 brebis reproductrices; 1 troupeau de 40 géniteurs mâles confirmés; 4 troupeaux constitués de jeunes mâles et femelles en croissance.

Le Centre d'appui technique de Kolokopé s'est vu assigné comme objectifs la production et la sélection des géniteurs améliorés et leur diffusion dans les élevages encadrés ainsi que l'exécution de programmes de recherche appliquée pour préparer les thèmes à vulgariser.

La sélection des animaux améliorateurs est basée essentiellement sur la vitesse de croissance des jeunes mâles et sur la conformation des jeunes femelles. Les mâles sont livrés pour la reproduction à l'âge de 12 mois avec un poids de 26 à 27 kg, tandis que les femelles sont mises à la reproduction à l'âge de 8 mois, avec un poids de 14 à 15 kg. Le programme de sélection permet de livrer annuellement:

· 300 à 400 agnelles, 30 à 50 béliers reproducteurs dans les élevages; et
· 400 à 500 têtes à la boucherie (animaux non retenus pour l'élevage ou à réformer).

Les thèmes de recherche appliquée, au niveau du Centre d'appui de Kolokopé sont les suivants:

· expérimentation de plusieurs types de gestion de troupeaux: lutte continue, lutte organisée avec "rattrapage", lutte organisée synchronisation de l'oestrus, etc.;

· insémination artificielle, avec l'assistance de la FAO: 264 brebis du Centre ont été inséuminées à l'aide de semences récoltées sur des béliers de grande valeur du Centre de sélection ovine de Bouaké. 70% des inséminations furent fécondantes, et 22 agneaux mâles ont été sélectionnés pour la reproduction;

· expérimentation des programmes de lutte contre les tiques en faisant varier le rythme de bainéations et en utilisant des produits nouveaux (étude faite en collaboration avec l'école des sciences de l'Université du Bénin, Lomé;

· mise en place de programme d'essais en collaboration avec le CIPEA sur la complémentation alimentaire d'agneaux avec Leucaena et pois d'Angola (Cajanus cajan), et sur la capacité de production fourragère de Leucaena et pois d'Angole en fonction de la densité du semis et de l'âge des plants.

Etude des possibilités d'association entre la production vivrière et l'élevage ovin

Les investigations ont concerné l'évaluation de la production et la détermination de l'appétibilité et de l'ingestibillié des résidus et les sous-produits agricoles (paille, sons, fanes et épluchures de tubercules) disponibles au niveau du paysan; les fourrages des pâturages naturels et artificiels (parcelles de Panicum maximum C1 et T58) ainsi que la constitution et l'analyse du fumier ramassé dans les parcs (bergeries).

Ces travaux se sont déroulés au Centre d'appui technique de Kolokopé du Projet (Centre de sélection et de recherche d'accompagnement) et chez les paysans-éleveurs au niveau du secteur amélioré encadré par le Projet.

Matériel et méthodes

Le disponible en sous-produits agricoles est évalué en pesant la paille de riz récoltée sur des carrés choisis au hasard dans un champ et les fanes d'arachide sèches stockées, les sons de céréales et les épluchures de manioc disponibles (après séchage). La matière verte et la matière sèche des prélèvements de fourrages opérés dans les pâturages naturels du Centre de Kolokopé ont été déterminées.

Leur appétibilité est évaluée par la rapidité avec laquelle les animaux entament le sousproduit servi; le taux d'ingestion est déterminé par le rapport de la quantité de sous-produit ingérée et du poids vif total des animaux.

Les crottes de mouton sont récupérées par balayage des parcs (deux fois dans la semaine) et pesées après passage au tamis. La production est évaluée en fonction des modes de conduite des lots d'animaux constitués:

· pâture (8 h par jour) et stabulation (16 h environ) d'un troupeau de brebis et d'agneaux, avec complémentation (graines de coton) et supplémentation minérale (pierre à lécher);

· stabulation permanente d'un troupeau mixte et d'un troupeau de jeunes mâles en croissance (fourrage vert, foin, graines de coton et pierres à lécher).

Après précompostage des crottes mises en tas pendant 14 jours, quatre traitements ont été réalisés pour le fumier: en tas sous abri, en tas couvert, en fosse sous abri, et en fosse non couverte. Des échantillons ont été prélevés un et deux mois après la date de la confection du fumier, à des profondeurs différentes (20 cm, 50 cm, 80 cm) en vue de doser les diférents éléments fertilisants après détermination de la matière sèche: N (méthode Kjeldahl), C (méthode Anne), P2 O5 (par calorimétrie), K2O (par photométrie de flamme), CaO et MgO (par spectrométrie d'absorption atomique).

Présentation et discussion des résultats

Sous-produits de cultures

Le disponible en paille de riz (tableau 1) est le double de la production de grain (respectivement 961 g/m2 et 514 g/m2, moyenne de 9 échantillons). La paille de riz bien séchée, très riche en matières minérales, peut être conservée et servie comme aliment de lest chez les moutons. Actuellement exploitée dans ce sens par les paysans du nord du Togo, elle est rarement, sinon jamais, utilisée par ceux du sud du pays.

Tableau 1. Production et ingestion de particules vides de sorgho

Superficie récoltée

Sorgho paniculé

Panicules vides

Consommation

Refus

Taux d'ingestion

20 m2

1000 g

250 g

95 g

1 55 g

38%

Le tableau 1 montre que le taux de production de panicules vides de sorgho est de 25%. En considérant un rendement moyen de 500 kg à l'hectare de sorgho paniculé en culture associée (contre 850 kg à 1 tonne en culture pure de sorgho), le disponible est de 125 kg/ha de panicules vides. Le taux d'ingestion est de 38% pour des moutons habitués; ce taux, faible, peut être augmenté en abandonnant délibérément quelques grains de sorgho sur les panicules vides.

En dépit de son faible taux de production au niveau artisanal (19%), le son sec de maïs, de par sa richesse en MPD (80 g/kg de MS) et sa valeur énergétique (0,85 UF/kg de MS), constitue un bon complément dans l'alimentation des ovins.

Le tableau 2 permet d'évaluer la production d'épluchures sèches de manioc à 2 400 kg par hectare. Malgré leur taux de production faible (8,70%), les épluchures sèches de manioc sont très utilisées par les paysans-éleveurs dans la complémentation alimentaire de leurs animaux. Les tests sur l'ingestibilité de ces épluchures sèches montrent un taux de consommation de 80% prouvant ainsi la bonne appétibilité de ce sous-produit.

Tableau 2. Production artisanale d'épluchures de manioc

Superficie

Racines fraîches

Epluchures fraîches

Epluchures sèches

Taux d'épluchures fraîches

Production d'épluchures sèches

20 m2

55 200 kg

14 500 kg

4 800 kg

26%

8"70%

Un hectare d'arachide produit 675 kg de fanes, dont le taux de consommation est d'environ 90%. La conservation et l'utilisation de ces fanes d'arachide séchées sont des pratiques courantes dans la complémentation alimentaire des ovins.

Disponibilité fourragère

Sur les différents types de pâturages au Centre de Kolokopé (naturels, naturels entretenus, et naturels améliorés), deux séries de coupes espacées de 60 jours ont été réalisées et ont donné les résultats illustrés dans le tableau 3.

Le pâturage naturel entretenu correspond à l'apport de fumier de ferme après réduction de l'effectif des espèces semi-ligneuses et ligneuses. Il s'agit de la pratique actuellement vulgarisée auprès des paysans-éleveurs. Le pâturage naturel amélioré correspond à un labour suivi d'un enrichissement de la flore avec d'autres espèces (Panicum maximum). Il n'est pas encore de pratique courante au niveau du paysan-éleveur, car il nécessite du matériel qui n'est pas encore à sa portée.

Tableau 3. Production de fourrages pour ovins

Pâturage

Espèce

% de MS

Production (kg de MS/ha)

1re coupe

2ecoupe

Nature

Graminées locales (1)

44,62

32,40

6120,40

Naturel entretenu

Graminées locales

4266

31,17

7198,82

Naturel amélioré

Graminées locales + Panicum maximum

3373

28,01

5377,70

(1) Espèces recenées:

Sorghum arundinaceum

Hyparrbenia diplandra

Panicum maximum

Hyparrhenia sinuthiana

Sehizqclyrium rupestre

Hyparrbenia chrysargyrea

Hyperthelia dissoluta

Cymbopogon gigantes

Imperata cylindrica

Production de crottes et de fumier de mouton

En ce qui concerne la disponibilité en crottes de mouton, on constate (tableaux 4 et 5) que la quantité de crottes produites augmente avec celle de la matière sèche ingérée et que le temps de parcage conditionne positivement la disponibilité des crottes dans le parc.

Tableau 4. Aliments ingérés par les troupeaux stabulés et taux d'ingestion

Type de troupeau

Troupeau mixte stabulé

Troupeau de jeunes mâles stabulés

Aliment distribué

Quantité distribuée (kg)

Taux d'ingestion

Quantité distribuée (kg)

Taux d'ingestion

Graines de coton

42

65%

58,650

65%

Foin

30,800

31%

46,450

44%

Fourrage vert

162,600

44%

147,050

42%

Complément minéral

1,100

11%

0,550

5,5%

Tableau 5. Production de crottes en fonction du mode de conduite du troupeau

Mode de conduite

Production de crottes

Total 32 jours

1 kg* vif/j

1 kg* vif/an

25 kg* vif/an

Pâture et stabulation

48,750

12

4,380

105,500 mixte

Stabulation permanente d'un troupeau mixte

59,550

15

5,415

136,875

Stabulation permanente de croissance

66,700

18

6,570

164,250

* Production de crottes ramenée à 1 kg et à 25 kg poids vif.

Tableau 6. Composition des crottes et du fumier de mouton après deux mois de compostage (avec un foin de graminées avarié) prélevé à 50 cm de profondeur

La stabulation permanente au niveau du paysan influe cependant négativement les productions de l'élevage (perte de poids, avortements éventuels, poids faibles des agneaux à la naissance, etc.) car le paysan-éleveur ne maîtrise pas encore les contraintes de cette technique de stabulation permanente. En conséquence, les conseils prodigués au paysan-éleveur portent sur le mode de conduite sur les parcours avec un temps de pâture assez long (8 h environ par jour) suivi d'un repos au parc.

La composition minérale des crottes fraîches et précompostées (tableau 6) montre que les taux des différents éléments fertilisants se révèlent identiques à l'exception de ceux du carbone et de l'azote.

Le tableau 6, qui résume aussi les analyses des différents types de fumier, permet de recommander la préparation du fumier sous abri (en tes ou en fosse) de préférence au fumier non couvert, car il fournit ainsi une meilleure concentration en éléments.

La constitution d'un fumier excrément permet de profiter de la proportion, même faible, des éléments fertilisants des crottes de mouton, et fait actuellement l'objet de vulgarisation.

Conclusion

Ce programme de développement de l'élevage des ovins et caprins suivi de recherche d'accompagnement vise l'amélioration du secteur traditionnel de cet élevage.

L'étude a permis d'une part de dégager la disponibilité des résidus et sousproduits agricoles et leur utilisation, d'autre part d'apporter des améliorations dans l'association agriculture-élevage ovin en vue de mieux implanter l'agropastoralisme au stade paysannal.

La mise à la disposition des paysans-éleveurs des animaux reproducteurs sélectionnés, la maîtrise des thèmes de vulgarisation par ceux-ci et enfin l'association de l'élevage à l'agriculture (exploitation des jachères pour pâturages, conservation et utilisation des résidus et sous-produits agricoles pour l'alimentation des animaux, bonne utilisation du fumier de mouton pour la fertilisation des champs, etc.) constituent une des solutions pour la réalisation de l'équilibre entre productions végétale et animale.


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