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Ce chapitre a été élaboré en collaboration avec  :

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 Apedo-Amah (PNUD, Yaoundé/Cameroun)

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J. Ngo Som (Centre de Recherche en Alimentation et Nutrition, Yaoundé)

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G. Picker (PRODIPA, DoualaCameroun)

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D. Poné Kamdem (IRAD, Mankon, Bamenda/Cameroun)

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G. Tourigny (Projet de Diversification des Exportations Agricoles, Douala)

 

Mots clés

·

commercialisation, conditions d'ensemble, contraintes, marchés, marketing, pertes, production, produits, qualité, recherche

 

Questions clés

    1.

Quel est l'impact des conditions politiques, économiques et sociales d'ensemble pour le développement des R&T en Afrique ?

    2.

À quelles contraintes de transport les R&T sont-elles soumises ?

    3.

Quelles sont les notions de qualité existant sur les marchés africains de R&T ?

    4.

Comment peut-on assurer la qualité des produits à base de R&T ?

    5.

Comment promouvoir le marketing des R&T sur les marchés locaux et internationaux ?

La mise en valeur des R&T et de leurs produits dérivés dépend essentiellement des possibi-lités d'en tirer des revenus satisfaisants, c'est-à-dire de pouvoir ajouter de la valeur et vendre le produit fini sur le marché. Pour atteindre ce but, il faut créer des condi-tions politiques et économiques d'ensemble stables, être en mesure d'offrir des produits compétitifs en termes de qualité et de prix et trouver des marchés attractifs et sûrs.

7.1 Les conditions d'ensemble

La responsa-bilité des conditions politiques et économiques d'ensemble incombe aux gouvernements. Au-delà du souci d'une bonne gestion des affaires publiques, et afin de permettre un développement durable de la production agricole et de la transformation alimentaire, les gouvernements africains doivent accentuer les efforts déployés pour la mise en valeur des R&T en résolvant les problèmes de la manière suivante :

· mettre en place une politique agricole qui encourage la production et la transformation de denrées locales, surtout celles des R&T

· réduire la dépendance de céréales d'importation, aide alimentaire incluse

· soutenir les producteurs agricoles dans leurs efforts de production et de commer-cialisation des R&T

· assurer la promotion des femmes et des jeunes ruraux au niveau des possibi-lités de création de revenus à travers les R&T

· soutenir, par la recher-che agricole, la mise au point et la distribution de variétés de R&T dotées de caractéristiques de production et d'après-récolte adéquates

· promouvoir la création d'entreprises de transformation de R&T sur une petite, moyenne et grande échelle

· mettre en place et promouvoir en permanence un cadre économique libéral

· améliorer l'infrastructure routière et celles des marchés et en assurer l'entretien

Certaines de ces conditions sont déjà remplies, en partie du moins, dans quel-ques pays qui attribuent une priorité au développement des R&T et aux opérations d'après-récolte. Des pays comme le Ghana, le Kenya et le Cameroun en sont des exemples. Pour la plupart des pays afri-cains, toutefois, qui ne disposent même pas, ou en partie seulement, d'une politique de base dans ce domaine ni des infrastructures minimales nécessaires à assurer un déroule-ment normal des opérations économiques, il reste encore un long chemin à parcourir.

7.1.1 Renforcer la production et la transformation des R&T

Une politique agricole ayant pour objectif de renforcer la production locale et la transformation des R&T doit s'orienter sur les besoins nationaux en sécurité alimentaire et sur la nécessité de créer des revenus pour les populations rurales et urbaines, ainsi que des recettes fiscales. En Afrique, une grande partie des opérations d'après-récolte se déroulent dans un cadre informel, majoritairement à l'échelon familial, surtout lorsqu'il s'agit d'activités de faible envergure. Le renforcement de la production et de la transformation des R&T doit cibler la mise en place d'une économie formelle et performante à tous les échelons. Les mesures à mettre en _uvre pour parvenir à ce résultat sont exposées dans les sec-tions ci-après.

7.1.2 Soutien aux producteurs agricoles

Les paysannes et paysans d'Afrique possèdent une grande expérience de la production de R&T orientée sur les besoins des communautés de subsis-tance. En revanche, le savoir-faire capable de répondre aux besoins du commerce sur une grande échelle et à ceux des populations urbaines se limite encore à quelques cas particuliers (la production et le stockage des ignames axés sur les besoins du marché au Ghana, décrits dans la section 3.4.2, la production de pommes de terre pour les marchés des grandes villes au Cameroun et au Kenya, ou encore la production de gari pour les po-pulations urbaines de la côte ouest-africaine, par exemple). Bien souvent, les producteurs ne sont pas informés de l'existence de variétés améliorées, ni des techniques de prévention de pertes d'après-récolte ou des possibilités d'améliorer leurs revenus.

L'objectif de soutien aux producteurs à travers une politique agricole doit être de les qualifier pour qu'ils puissent réagir à des besoins actuels et futurs en mutation. Les mesures à prendre à cette fin s'inscrivent surtout dans le cadre de la vulgarisation agricole. S'agissant des thèmes et méthodes de vulgarisation, il faut aller au-delà de simples instructions concernant l'emploi de certaines méthodes de production ou d'après-récolte techniquement supérieures aux méthodes traditionnelles. Les sujets à aborder doivent englober  :

· la gestion des cultures

· la technologie d'après-récolte

· la gestion des ressources

· la comptabilité élémentaire

· le suivi et l'évaluation

· l'analyse de marché, etc.

Toute vulgarisation agricole doit prendre appui sur une analyse participative des contrain-tes (voir égal. partie 1.2) et une approche pluridisciplinaire. Dans ce système, les vulgarisateurs ne sont pas des conseillers, mais des catalyseurs de processus parti-cipatifs de changement qui habilitent les bénéficiaires à analyser et à résoudre leurs problèmes par leurs propres aptitudes et moyens. Le but de cette approche de vulga-risation est de développer les capacités d'autopromotion des populations rurales, notamment sur le plan de la gestion indépendante et efficace de leurs affaires.

En mettant cette politique en _uvre, il faut accorder une grande attention à l'organisation et au financement des services de vulgarisation pour éviter de créer des structures trop volumineuses et trop lourdes. La plupart des pays africains ne sont pas en me-sure de former ni d'entretenir une armée de vulgarisateurs. C'est pourquoi il faut utiliser les ressources disponibles, comme les émissions agricoles à la radio, etc., d'une manière beaucoup plus efficace qu'à l'heure actuelle. Les agents de vulgarisa-tion ont besoin d'une formation soigneuse, qui ne focalise pas sur des contenus tech-niques mais plutôt sur des capacités méthodiques portant sur la conduite d'enquêtes participatives et sur le développement participatif de technologies et de connaissances. Ce type de travail exige en outre une bonne compréhension du cadre socio-économique dans lequel agissent les bénéficiaires.

Ces mesures seront pourtant condamnées à l'échec si le gouvernement ne fournit pas en même temps un cadre économique favorable aux activités entrepreneuriales des exploitants agricoles (cf. section 7.1.6).

7.1.3 Promotion des femmes et des jeunes ruraux

Concernant la promotion des femmes dans le cadre du développement des R&T, l'essentiel a déjà été dit dans la section 1.1.6. L'objectif final de la promotion des femmes, et aussi des jeunes, est de réduire les déséquilibres sociaux qui persistent pratiquement dans tous les pays en ce qui concerne la position et le prestige social, l'accès aux res-sources, y compris les revenus, l'accès à l'éducation, la charge de travail et autres as-pects de la vie humaine. Ces déséquilibres sont particulièrement prononcés entre les sexes et, dans les pays en voie de développement, entre les milieux ruraux et les centres urbains.

Les mesures à prendre pour améliorer les conditions de vie des jeunes ruraux portent en premier lieu sur l'éducation et sur la création d'un cadre politique, économique et social qui garantisse dans le futur un environnement stable et durable qui leur permette de choisir leur manière de vivre sans restrictions injustes. La promotion des femmes doit prendre en compte les propositions faites en annexe iv et dans les sections 7.1.2 et 7.1.5.

7.1.4 Développement variétal

Pour la mise en place d'un développement durable des R&T, il y a essentiellement deux points de départ  :

1. l'Homme (les bénéficiaires) et

2. la denrée (les plantes à R&T)

Même si la plupart des remarques faites dans cette partie font référence aux bénéficiaires, il ne faut pas oublier de se pencher également sur les cultures à R&T et sur leurs produits. Outre les contraintes à la production (voir section 7.2.1) et d'après-récolte décrites dans les chapitres précédents, la question des variétés occupe une place prépondérante dans le développement durable des R&T et de toute l'agriculture et de l'alimentation humaine.

Les objectifs d'une amélioration variétale des R&T sont multiples  :

Stabilisation de la production

Certaines plantes à R&T (le manioc et la patate douce, par exemple) sont connues pour leur non-exigence au niveau des conditions de développement. D'autres (comme les ignames et la pomme de terre) sont plutôt exigeantes. Ces caractéristiques diffèrent suivant les variétés. Dans le but de stabiliser la production agricole en Afrique, on a donc tout intérêt à développer des variétés dotées d'un maximum des qualités suivantes  :

· tolérance à l'irrégularité des pluies et à la sécheresse

· exigences minimales en ce qui concerne la fertilité du sol

· haute tolérance aux maladies et aux ravageurs

· productivité élevée et constante

Nombre de variétés traditionnelles répondent assez bien, voire très bien, aux trois premières caractéristiques, alors que leur rendement est sou-vent insatisfaisant. L'association d'une non-exigence correspondant aux réalités agroclimatiques de l'Afrique et d'une production fiable est un des objectifs prioritaires de l'amélioration des variétés disponibles à ce jour. Ceci est particulièrement vrai pour les R&T, qui n'ont guère bénéficié jusqu'à présent de l'attention de la recherche agronomi-que (ignames, macabo et taro).

Amélioration des caractéristiques d'après-récolte

Beaucoup de variétés traditionnelles ne se prêtent pas à la récolte ou la transforma-tion mécanisée en raison de caractéristiques telles qu'une teneur insatisfaisante en matière sèche (autour de 30 % seulement) et surtout en amidon, une taille trop grande (cas du manioc et des ignames) et très variable, de même qu'une forme tout à fait irré-gulière. Certaines variétés proposées par la recherche ne possèdent pas les caracté-ristiques souhaitables du point de vue de l'après-récolte (aptitude à un stockage prolongé, entre autres). Afin d'améliorer les caractéristiques d'après-récolte, des variétés répondant aux critères suivants doivent être mises en places et vulgarisées  :

· une teneur suffisante en matière sèche et une teneur satisfaisante en substances recherchées par l'industrie de transformation (notamment l'amidon)

· une faible teneur en matières indésirables (toxines, fibres etc.)

· une taille de R&T uniforme et pas trop grande afin de minimiser les dégâts mécaniques lors des diverses opérations d'après-récolte

· une forme régulière afin de minimiser les dégâts mécaniques et faciliter l'épluchage

· une aptitude au stockage prolongé (décomposition physiologique lente, bour-geonnement retardé, etc.)

· un potentiel de transformation en produits plébiscités (par exemple les aliments instantanés)

Augmentation de la valeur nutritive

Les teneurs en éléments nutritifs et en substances indésirables sont des qualités héréditaires qui peuvent être respectivement augmentées ou abaissées par sélection. Dans le cas des R&T, il est intéressant de développer les qualités suivantes  :

· la teneur en amidon et sa qualité (composition chimique, taille des granules, digestibilité)

· la teneur en d'autres substances nutritives (surtout protéines)

· la teneur en vitamines, sels minéraux, etc.

· une teneur réduite en substances toxiques, amères, irritantes, etc. (cas du manioc, du taro, du macabo et de certaines ignames)

Acceptation par les clients

Au-delà des qualités de production et d'après-récolte, un critère extrêmement impor-tant pour toute culture alimentaire est son attrait pour les clients ou consommateurs. Dans ce cas, ce sont surtout  :

· les qualités organoleptiques (goût, odeur, texture, etc.)

· la présentation (taille, forme, couleur, etc.)

· l'aptitude à la transformation en produits alimentaires préférés par les consommateurs

qui importent. Afin de développer des variétés qui correspondent aux caractéristiques énumérées ci-dessus, et surtout satisfassent aux conditions et exigences locales spécifiques, il faut que les systèmes nationaux de recherche agricole coordonnent leurs efforts. En ce qui concerne la distribution de variétés améliorées, les services de vulgarisation doi-vent collaborer étroitement et efficacement avec la recherche et la population paysanne. On a pu observer dans le passé que ce n'était pas souvent le cas. Selon l'étude COSCA (Nweke, 1991), le Nigeria était le seul, parmi six pays étudiés, où les paysans plantaient couramment des variétés de manioc améliorées, ce qui signifie qu'à cette époque, les résultats de recherche de l'IITA et des instituts nationaux n'étaient pas diffusés au-delà des frontières. La situation a certes évolué entre-temps, mais cet exemple est tout de même significatif des problèmes qui peu-vent se poser au niveau de la promotion de nouvelles variétés en Afrique.

Outre le développement de nouvelles variétés utilisant les techniques de sélection classiques, le manioc fait aussi l'objet de recherches sur les modifications génétiques visant à long terme le contrôle de certaines maladies et ravageurs, la suppression de la production de cyanure et l'empêchement d'une décomposition physiologique rapide (Anonyme, 1998).

7.1.5 Développement des entreprises de transformation

A l'heure actuelle, les unités de transformation à l'échelle semi-industrielle ou indus-trielle parviennent rarement à offrir leurs produits à des prix égaux ou inférieurs à ceux des produits issus de la fabrication artisanale. La principale raison à cela réside dans les fai-bles coûts d'opportunité de la main-d'_uvre des femmes qui assurent la transforma-tion artisanale. Le futur des R&T restera incertain si le potentiel de transformation n'est pas exploité de manière à la fois efficace et économique.

Les objectifs du soutien à la transformation sont  :

· réduire la pénibilité du travail manuel, fréquemment assuré par les femmes et les enfants

· créer de nouvelles sources de revenus et renforcer ainsi l'économie nationale

· introduire de nouveaux aliments prometteurs

Au-delà des anciennes techniques artisanales, la transformation peut être effectuée de manière rentable, et cela à deux niveaux  :

1. l'échelle semi-industrielle

Les unités de transformation peuvent être basées en milieu rural (ce qui est souvent plus avantageux du point de vue logistique) ou urbain (par exemple la fabrication de miondo, bobolo et mintoumba à partir de water fufu dans les villes du Cameroun). Les unités doivent s'orienter surtout sur les technologies et produits traditionnels (gari, farine, etc.). Il y a ici un fort potentiel de promotion des fem-mes et des jeunes rurales (cf. section 7.1.3), qui sont fortement impliquées dans la transformation manuelle et peuvent trouver dans la transformation mécanisée de meilleures perspectives.

2. L'échelle industrielle

Les usines à grande capacité peuvent fabriquer les produits traditionnels et produits nouveaux (aliments instantanés, par exemple). Ces usines ont vocation de servir les marchés urbains, régionaux ou internationaux.

Pour promouvoir l'établissement d'unités de transformation, l'Etat doit encourager les entrepreneurs au niveau financier, en octroyant par exemple des crédits à des conditions spéciales ou en réduisant les impôts pendant la phase de démarrage.

L'installation requiert en outre de la part des entrepreneurs une approche systématique. L'annexe v fournit quelques renseignements à cet égard. On pourra s'y référer dans un premier temps pour ce qui est des questions de gestion. Le site Web du projet INPhO (http ://www.fao.org/inpho/) fournit par ailleurs une information technique détail-lée concernant la mise sur pied d'une entreprise à petite capacité.

7.1.6 Création d'un cadre économique libéral

Au début de ce troisième millénaire, l'histoire mondiale a fourni la preuve de la faillite totale des systèmes économiques dirigistes. Sans entrer dans des considérations idéolo-giques, on peut constater que dans le cadre économique mondial, le libre marché est la seule option réaliste et viable. Les objectifs motivant le souhait des gou-vernements d'établir un système de libre marché sont les suivants :

· promouvoir et faciliter la production, la transformation et le commerce

· créer des économies performantes et stables

· assurer le bien-être des populations

La transformation d'un système économique plutôt dirigiste en un système de libre marché requiert le retrait de l'Etat de tous les domaines que le secteur privé s'entend mieux à gérer (gestion des entreprises, fixation des prix, etc.). Le libre marché ne s'installe pas par décret, mais se développe de lui-même à travers des initiatives privées, si l'Etat crée toutefois des conditions d'ensemble favorables, et notamment  :

· un climat de sécurité intérieure et extérieure

· une bonne infrastructure de base

· une administration performante, etc.

7.1.7 Développement des infrastructures

La question des infrastructures a déjà été soulevée dans la section précédente. Bien qu'il s'agisse d'une question qui ne touche pas directement aux opérations d'après-récolte, elle est décisive pour le succès de toute initiative économique et, par là même, pour tout ce qui concerne la promotion de la production, de la transformation et de la commercialisation des R&T.

Presque partout en Afrique se pose le problème de l'accessibilité des zones enclavées, de la praticabilité des routes en saison pluvieuse, de l'entretien du réseau routier, etc. Cette situation a des conséquences graves, surtout pour les producteurs des régions rurales éloignées, qui trouvent difficilement des débouchés pour leurs denrées.

La création d'infrastructures routières, de marché et de communication adéquates facilitera les opérations commerciales et délivrera l'Afrique de son enclavement in-térieur et extérieur (voir chapitre 10, photos 37 et 38). Pour parvenir à ce but, il faut mettre en place des systèmes perfor-mants de planification, de mise en place et d'entretien des infrastructures nécessai-res au déroulement régulier des opérations commerciales et assurer leur finan-cement à travers un système fiscal à la fois équitable et efficace.

Il faut souligner que la promotion d'activités rémunératrices dans le domaine agro-alimentaire sera également profitable aux gouvernements à travers l'augmentation connexe de la masse imposable. Les coûts d'investissement seront ainsi rentabilisés assez rapidement.

La question des conditions d'ensemble abordée dans ce chapitre a par ailleurs fait l'objet de travaux de groupes réalisés au cours de l'année 1999. Les résultats obtenus par ces groupes sont présentés en annexe vi.

7.2 Le développement de produits

7.2.1 Tendances de production

L'augmentation constante de la production et de la consommation de R&T en Afrique au cours des trois dernières décennies témoigne de l'importance économique croissante de ces cultures. Le développement des chiffres de production en Afrique présenté au tableau 21 en fournit la preuve.

Tableau 21  : Augmentation de la production de R&T en Afrique par rapport à celle des céréales depuis le début des années soixante.

Culture

Production en 1961

(millions de tonnes)

Production en 1998

(millions de tonnes)

Facteur

d'augmentation

Rang

Manioc

31

90

2,9

3

Ignames

7,5

34

4,5

1

Patate douce

3

8,5

2,6

5

Pomme de terre

2

9

4,3

2

Taro

2,5

6,5

2,7

4

R&T (total)

48

153

3,2

-

Céréales (total)

46

113

2,4

-

(Source  : statistiques de la FAO) 

On a souvent fait allusion dans le passé à l'augmentation importante de la produc-tion et de la consommation de manioc en Afrique, sans pourtant établir la comparaison avec d'autres R&T. Les chiffres indiqués ci-dessous attirent l'attention sur quelques faits remarquables  :

1. En Afrique, la production de R&T, toutes confondues, a plus que triplé depuis 1961, pendant que la production de cé-réales augmentait d'un facteur d'environ 2,4 seulement.

2. L'augmentation de la production de R&T en Afrique entre 1961 et 1998 (d'un facteur de 3,2) représentait plus du double de celle (d'un facteur de 1,4) enregistrée au niveau mon-dial.

3. Les deux cultures qui ont connu la plus forte croissance - ayant de fait quadruplé en chiffres de production - sont les ignames (dont l'augmentation de production au niveau africain est surtout la conséquence de leur développement au Nigeria) et la pomme de terre.

4. L'augmentation de la production de manioc, de taro et de patate douce est également supérieure à celle des céréales.

5. La patate douce n'avait que le plus petit facteur d'augmentation entre 1961 et 1998 (2,6), mais ce facteur représente tout de même le double de celui de l'augmentation de la production mondiale (1,3).

Contrairement aux craintes souvent exprimées, selon lesquelles les cé-réales les remplaceraient peu à peu, ces chiffres indiquent que l'importance des R&T a tendance à croître fortement en Afrique. Parmi les diverses raisons de ce phénomène, l'économie joue un rôle majeur au niveau des producteurs. A l'exception des ignames, les coûts de produc-tion des R&T sont plus faibles que ceux des céréales parce qu'elles demandent moins de main-d'_uvre et possèdent une haute capacité de rendement. Cependant, il ne faut pas oublier le rôle des céréales importées au titre de l'aide alimentaire pour assurer la sécurité alimentaire de pays à la production faible et instable.

Les R&T en plus forte augmentation (les ignames et la pomme de terre) ont certes une valeur économique considérable, mais ce ne sont pas les plus im-portantes pour la sécurité alimentaire. On peut en conclure que la production africaine s'oriente de plus en plus vers le marché, surtout le marché urbain, et que la production de subsistance commence à perdre de son importance.

Si le fait que la production globale de R&T a augmenté plus vite que celle des cé-réales est certainement dû à plusieurs facteurs interdépendants, on peut toutefois affirmer que les habitudes alimentaires traditionnelles ont jusqu'à présent favorisé ces cultures dans de nombreuses régions africaines. De plus, la facilité et le potentiel de leur production, même dans des conditions défavorables (cas du manioc et de la patate douce), ainsi que leur valeur marchande (cas des ignames et de la pomme de terre) jouent également un rôle majeur dans cette tendance. À souligner notamment le fait que la plupart des R&T produites ont, dans les conditions agro-écologiques difficiles et imprévisibles de l'Afrique, des rendements plus fiables que des céréales telles que le maïs ou le riz.

7.2.2 Contraintes, dégâts et pertes

Si les conditions de base de production des R&T sont tout à fait positives, il existe néanmoins toute une série de contraintes techniques qui s'opposent à la mise en valeur de leur potentiel en Afrique. Ces contraintes sont liées aux caractéristiques des R&T en tant que denrées, mais aussi à des facteurs externes. Elles interviennent à tous les niveaux, dès le stade de la production agricole, et se manifestent jusqu'à la vente et à l'utilisation finale, en passant par les diverses opérations d'après-récolte.

Les contraintes de production des R&T ne font pas l'objet de cette publication, mais font partie d'un système cohérent (le système de mise à disposition d'aliments à base de R&T). Ainsi, le développement futur des R&T dépend-il de la production. Les contraintes de production ont été évoquées dans les sections 1.3.2, 2.1.1, 3.1.1, 4.1.1, 5.1.1, 6.1.1 et 7.1.4. Elles résul-tent globalement dans certains déficits en ce qui concerne la mise à disposition de R&T en quantité suffisante et en qualité souhaitable. La conséquence de cette situation en Afrique est un rendement moyen d'à peine 57 % du rendement moyen mondial (Bencini & Walston, 1991).

Les contraintes affectant la récolte et les opérations d'après-récolte (stockage, transport, transformation et commercialisation) ont été évoquées à plusieurs reprises dans les chapitres précédents. Elles sont dues en partie à la haute périssabilité de la plupart des R&T, mais aussi à des insuffisances de la part des acteurs responsables (transporteurs, trans-formateurs, distributeurs, commerçants, gestionnaires, etc.), au niveau de la maîtrise technologique et organisationnelle de la chaîne d'approvisionnement en produits alimentaires.

À cela s'ajoutent d'autres problèmes tels qu'une notion de qualité rudimentaire chez la plupart des producteurs et consommateurs (voir partie suivante) et un pou-voir d'achat très limité de la population consommatrice, en majorité appauvrie. Toutes ces contraintes se superposent et s'influencent mutuellement, de sorte que la chaîne d'approvisionnement en produits alimentaires ne fonctionne pas de manière efficace, ce qui entraîne des pertes quantitatives et qualitatives énormes.

7.2.3 La qualité des denrées

Le concept de qualité

La qualité des produits alimentaires au sens habituel est entre autres fonc-tion des exigences de l'acheteur au regard de certaines normes liées à l'aspect, au goût, etc. Selon la définition de la norme ISO 8402, la qualité est « l'ensemble des propriétés et caractéristiques d'un produit ou d'un service qui lui confèrent l'aptitude à satisfaire des besoins exprimés ou implicites ». Dans ce sens, les besoins exprimés peuvent se référer à des caractéristiques comme le goût ou l'odeur, tandis que les besoins implicites incluent la valeur nutritive et l'innocuité (par exem-ple l'absence de substances toxiques ou de germes susceptibles de causer des mala-dies).

La commission commune de la FAO (Organisation pour l'alimentation et l'agriculture) et de l'OMS (Organisation mondiale de la santé) sur le Codex Alimentarius se consacre aux questions de qualité dans le secteur alimentaire. Elle a établi depuis longtemps des règles de conduite et des recommendations de qualité et de sécurité pour les aliments servant de référence internationale. La mise en _uvre de ces règles et recommendations demande des systèmes nationaux de surveillance performants qui font souvent défaut ou ne fonctionnent pas de manière satisfai-sante dans les pays africains.

La gestion de la qualité

Selon la notion traditionnelle, la qualité des produits est une préoccupation technique, axée sur la détection et la correction de défauts ou de déviations par rapport aux normes de qualité. Ce concept a beaucoup évolué jusqu'à aujourd'hui, au point que la gestion de la qualité est désormais considérée comme relevant du domaine de la gestion en général. Ceci veut dire entre autres que l'approche privilégiée est de nature préventive et implique tous ceux qui participent à la production. La qualité est alors assurée à travers un processus d'amélioration continu.

Il existe à l'heure actuelle dans tous les secteurs économiques : agriculture, industrie et services divers un vaste éventail d'approches spécifiques de la gestion de la qualité. Dans la plupart de ces approches, le mot clé est « qualité totale », ce qui signifie que la qualité n'est pas seulement une caractéristique du produit fini ou du service objet d'une prestation, mais de l'ensemble du processus de fabrication. Dans l'industrie alimentaire, c'est l'approche HACCP (Hazard Analysis and Critical Control Points) qui a été adoptée comme standard à l'échelle internationale. Elle offre au consommateur un maximum de sécurité et elle est recommandée en tant que processus à suivre pour développer tout produit alimentaire, y compris les R&T.

HACCP

L'approche HACCP est devenue le standard international pour les entreprises alimentai-res en matière d'assurance qualité et de sécurité des aliments. Il s'agit d'une analyse des risques et d'une maîtrise des points critiques (en anglais  : Hazard Analysis and Critical Control Points). Cette approche comprend des mesures telles que  :

· identifier et analyser les risques de contamination

· définir les moyens de maîtriser ces risques

· s'assurer de l'efficacité des moyens mis en _uvre

Le système HACCP est essentiellement préventif et se substitue aux systèmes de contrôle de qualité qui ciblent uniquement le produit fini.

Par l'intermédiaire du Codex Alimentarius, la FAO et l'OMS reconnaissent l'approche HACCP et la recommandent pour  :

· accroître l'innocuité des aliments

· diminuer les pertes alimentaires

· renforcer l'application des règlements sanitaires et phytosanitaires

· favoriser le commerce mondial en établissant un climat de confiance.

Afin de faciliter la mise en place dans le monde entier de systèmes de qualité similaires, on a créé une famille de normes internationales dénommée ISO 9000. Ces normes servent de modèle à l'assurance de la qualité, laquelle a un caractère purement volontaire.

L'esprit des normes ISO 9000

Dites ce que vous faites

Faites ce que vous dites

Documentez ce que vous faites

Améliorez-vous continuellement

Des renseignements sur la mise en place d'un système de gestion de qualité fondé sur l'HACCP ou les normes ISO 9000 peuvent être pris auprès des organismes chargés de la promotion du commerce, tels que les ministères nationaux de l'économie, de l'industrie ou de l'agriculture ainsi que les chambres de commerce.

La nécessité d'une culture de la qualité

Il est permis de se poser la question de savoir si une gestion de la qualité aussi exigeante en termes de moyens à mettre en _uvre en vaut vraiment la peine. Il y a plusieurs raisons qui font que la gestion de la qualité s'impose à tous ceux qui veulent tirer des bénéfices durables d'une opération comme la production d'aliments à base de R&T. Ces raisons sont les suivantes  :

· la mondialisation des marchés, avec la compétition que cela implique en termes de qualité, de quantité, de sécurité, de prix, etc.

· la disparition de privilèges commerciaux tels que la protection de la produc-tion nationale, etc.

· les exigences particulières des divers marchés quant à leurs besoins précis

· les coûts occasionnés par l'insuffisance de qualité, qui ont une compo-sante interne (rebut, pannes, accidents, etc.) et une composante externe (réclama-tions, déclassement, éviction et perte du marché).

Avec la mondialisation dans tous les domaines, y compris le commerce, l'acceptation d'un produit qui ne correspond pas aux exigences en raison du manque d'alternatives appartient définitivement au passé. Les entreprises qui peuvent satisfaire la demande des marchés fleurissent partout, tandis que les autres s'effondrent les unes après les autres. Dans le village planétaire, la culture de la qualité s'impose désormais à tous ceux qui veulent réussir durablement dans les affaires.

Règlements régissant l'exportation de denrées

Il existe toute une gamme de règlements auxquelles doivent répondre les produits agricoles d'exportation, dont les R&T, pour être acceptés dans le pays de destination. Ces normes font référence aux domaines suivants  :

· règlements officiels concernant la quarantaine végétale

· standards internationaux de qualité

· normes de qualité individuelles des importateurs

Voici à titre d'exemple les principes de la réglementation concernant le contrôle du condi-tionnement des pommes de terre de consommation destinées à l'exportation propo-sés pour l'Afrique subsaharienne (Marty, 1992)  :

1. Un même lot ne doit comporter que des tubercules d'une même variété, avec une tolérance de 2 % de tubercules d'autres variétés.

2. Les tubercules doivent avoir des yeux superficiels.

3. Il ne doit pas y avoir de tubercules verdis ou violets, coupés ou meurtris, germés, parasités, terreux, pourris ou foncés. Il existe toutefois une tolérance de 2 % pour ces défauts.

4. Les tubercules ne doivent pas présenter une odeur ou un goût anormal, même après cuisson.

5. Les tubercules ne doivent pas contenir plus de 1 % de corps étrangers (terre, débris de fane, etc.).

6. Un même lot doit avoir une couleur uniforme et contenir des tubercules de calibre homogène.

Il s'agit ici d'un standard minimal, qui peut être beaucoup plus sévère dans d'autres cas. Pour les semenceaux, par exemple, il existe une réglementation stricte, portant sur l'état sanitaire, la provenance et les techniques de production.

7.2.4 Développement de nouveaux produits à base de R&T

La section 2.5.3 décrit divers produits alimentaires à base de racines de ma-nioc. Ces produits semblent promis à un brillant avenir du fait qu'ils sont faciles et rapides à préparer et, partant, très bien adaptés au mode de vie de po-pulations urbaines en accroissement permanent. Dans la partie 3.5, l'amala, un produit ali-mentaire durable préparé à base de tubercules d'ignames a été présenté, qui répond à ces mêmes exigences. Leur consommation croissante dans les milieux urbains de l'Afrique indique que l'avenir appartient à des produits de ce type.

Les exemples prometteurs de produits à base de R&T comprennent  :

· de nouveaux produits instantanés, tels que le fufu instantané, etc. (cf. section 2.5.4), qui répondent aux besoins des citadins

· la substitution à la farine de froment de farine de manioc (cf. section 2.5.4) ou d'autres farines dérivées de R&T, ce qui contribuera à réduire les importations

· les aliments pour nourrissons (voir l'étude de cas présentée dans l'encadré suivant)

· des aliments pour personnes souffrant d'allergies et de maladies gastro-intestinales (cf. section 6.1.2)

· des médicaments (diogénine, stéroïdes) extraits de R&T pas ou peu cultivées jusqu'ici (la recherche dans ce sens est d'ailleurs l'une des préoccu-pations des initiatives visant à la conservation de la biodiversité)

· l'exploitation plus systématique des R&T comme aliments pour les animaux (voir section suivante)

Ignamine et Patina

Le Centre de Recherche en Alimentation et Nutrition situé à Yaoundé/Cameroun a développé des farines de sevrage à base d'ignames (Ignamine) et de patate douce (Patina) enrichies d'arachide et de lait. Dans ces aliments protéino-énergétiques pour enfants à partir de 6 mois, les tubercules fournissent l'énergie (env. 480 kcal pour 100 g), tandis que l'arachide et le lait contribuent à l'apport en protéines (env. 11 g pour 100 g). Ces deux produits sont également caractérisés par des teneurs élevées en calcium et en fer.

La préparation en est facile. Il suffit d'homogénéiser 2 gobelets d'eau froide et 10 cuillerées à soupe du produit dans une casserole, de faire bouillir et de remuer jusqu'à épais-sissement. Cette bouillie doit être enrichie à la papaye, la banane ou la mangue.

(d'après J. Ngo Som, 1999)

Le développement systématique d'un nouveau produit comprend quatre étapes  :

1. Identifier une idée de produit originale et prometteuse.

2. Conduire la recherche au niveau du marché et des techniques de trans-formation.

3. Mettre en _uvre une unité de production pilote, évaluer les résultats techni-ques et économiques et perfectionner le processus.

4. Lancer la phase de commercialisation.

Le manuel de Wheatley et al. (1995) contient un grand nombre d'informations valables sur le développement de produits à base de R&T. Des détails concernant l'installation et la gestion d'une unité de transformation sont inclus dans l'annexe v.

Un problème qui a peu mobilisé l'attention jusqu'à présent persiste toutefois. Il s'agit de la préparation des sauces d'accompagnement, qui prend toujours beaucoup de temps. Si l'on veut accélérer la diffusion de produits de transformation de R&T faciles à utiliser, il importe d'offrir en même temps sur le marché de bonnes sau-ces nourrissantes et instantanées qui correspondent aux habitudes alimentaires des populations africaines et ne coûtent pas trop cher.

7.2.5 Les R&T dans l'alimentation animale

En Afrique, le secteur de l'élevage est caractérisé par des contraintes compara-bles à celles que l'on rencontre dans l'agriculture (productivité médiocre, incidence élevée des maladies, gestion hasardeuse, etc.). Par conséquent, le potentiel de production de viande, lait, _ufs et autres produits animaux n'est pas suffisamment exploité. L'un des facteurs limitatifs de la production animale est la nutrition, qui représente à elle seule plus de 50 % des coûts totaux de production. On donne donc aux animaux ce que l'on a sous la main, c'est-à-dire bien souvent des déchets de qualité douteuse, susceptibles de les intoxiquer. Par ailleurs, dans la logique économique, les animaux consomment moins d'énergie alimentaire, car les céréales coûtent d'autant plus cher qu'elles sont sollicitées pour la consommation humaine.

Il existe pourtant un bon potentiel d'exploitation des R&T (surtout le manioc et la patate douce) pour la nutrition animale. En effet, les R&T ont des avantages comparatifs sur les céréales grâce à leur forte teneur en énergie digestible, leur prix relativement bas et leur disponibilité en toute saison. Les R&T présentent en revanche des contraintes liées à leur forte teneur en eau à la récolte, leur faible teneur en protéines et la présence de certaines substances toxiques. Toutefois, grâce aux progrès scienti-fiques réalisés en zone tropicale et ailleurs dans la transformation (voir par exemple section 2.5.4), le conditionnement et l'ajout de nutriments déficitaires, les R&T peuvent dans le cas idéal remplacer entièrement les céréa-les dans les rations des poulets de chair et de ponte.

7.3 Le développement des marchés

Partout en Afrique rurale, surtout dans les zones éloignées ou enclavées, on peut observer que la commercialisation des R&T est généralement peu développée à cause de problèmes d'infrastructure. La plupart des produits vendus le sont uniquement sur les marchés villageois. La proportion de R&T commercialisées en Afrique n'est que de 20 % de la production totale (FAO, 1986). Les tubercules d'ignames et de pommes de terre et certains produits de transformation du manioc font exception jusqu'à un certain degré du fait que la demande au niveau des villes est très forte. De manière simplifiée, on peut donc constater qu'il manque des marchés fiables et faci-lement accessibles pour exploiter intégralement le potentiel de production des R&T en Afrique. Où peut-on trouver ces marchés ?

Selon les projections de la recherche agricole internationale (instituts du système CGIAR - Consultative Group on International Agricultural Research) pour l'année 2020, les marchés indiqués au tableau 22 seront particulièrement intéressants pour des produits à base de R&T africaines.

Tableau 22  : Marchés de R&T prometteurs en Afrique.

Marché

Denrée et région

Facteurs détermi-nants

Marchés urbains et ruraux d'aliments de base riches en amidon

Manioc (Afrique subsaharienne)
Igname (Afrique de l'Ouest)

Croissance démographique

Marchés urbains et ruraux de feuilles riches en protéines

Manioc (Afrique subsaharienne)

Croissance démographique

Marchés urbains de légumes

Toutes les R&T dans les régions périurbaines

Urbanisation

Marchés spécialisés (amidon, friandises, etc.)

Toutes les R&T en Afrique de l'Ouest

Augmentation des revenus citadins

Cette estimation focalise sur des marchés particulièrement prometteurs, mais il sem-ble qu'elle ne prenne pas suffisamment en considération le potentiel de la patate douce comme aliment de base et fournisseur de feuilles. Au-delà des marchés locaux figurant dans cette analyse, il faut aussi s'orienter vers des marchés plus éloignés afin de développer de manière durable la production des R&T africaines. Ainsi, on peut identifier des marchés d'avenir intéressants à trois niveaux géographiques  :

· les marchés urbains (aliments de base et spécialités, produits industriels)

· les marchés régionaux (aliments, produits industriels, fourrage)

· le marché mondial (cossettes, produits industriels, aliments ethniques)

Il est évident que les marchés les plus éloignés sont aussi ceux qui sont les plus difficiles à servir. L'accès à ces marchés demande des efforts substantiels de la part des entre-preneurs et des gouvernements.

7.3.1 Les marchés urbains en Afrique

Les marchés urbains d'Afrique constituent déjà les marchés les plus importants pour les produits alimentaires locaux, et ils sont en pleine croissance. Plus d'un tiers des Africains habitent les grandes villes. Dans certains pays tels que la Zambie, la moi-tié de la population réside dans les villes. Les marchés urbains ont un grand potentiel d'absorption, et cela pour les raisons suivantes  :

· Dans les régions classiques de production de R&T (l'Afrique centrale et le golfe de Guinée), le degré d'urbanisation est plus élevé que la moyenne africaine.

· Les populations urbaines augmentent de près de 7 % par an par reproduc-tion et afflux en provenance des zones rurales.

· La majorité de la population urbaine est pauvre et elle a besoin d'aliments bon marché comme les cossettes de manioc et le gari.

· Une partie non négligeable de la clientèle urbaine est suffisamment nantie pour payer de bons prix pour des aliments de choix englobant les ignames fraîches et certains produits instantanés. Pour cette clientèle, il importe de pouvoir s'offrir des produits de haute qualité, le prix ne jouant ici qu'un rôle secondaire.

· Dû au manque de surface, les citadins ne peuvent produire qu'une part minime de leurs aliments. Notamment en ce qui concerne les aliments de base, ils sont dépendants de l'extérieur.

Il existe néanmoins de graves contraintes qui compliquent l'exploitation des marchés urbains et réduisent fortement les bénéfices que peuvent réaliser les producteurs et autres acteurs  :

· Les distances entre les régions de production de R&T et les marchés urbains sont parfois importantes. Ceci est particulièrement vrai dans des pays très vastes comme le Congo démocratique. Les pays de l'Afrique de l'Ouest qui présentent une extension marquée dans le sens nord-sud (Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Bénin) connaissent des problèmes similaires du fait que les zones de production des ignames se trouvent dans les régions du centre et du nord, alors que leurs capitales sont toutes situées au bord de la mer.

· La contrainte de la distance entre zones de production et marchés est fortement aggravée par les mauvaises infrastruc-tures de transport (état des routes, manque de réseaux ferroviaires perfor-mants, etc.). Le cas le plus extrême est celui du Congo démocratique, où les liaisons entre la capitale et les régions de production du manioc, dans le nord-est, sont pratiquement inexistantes pendant une bonne partie de l'année.

· La périssabilité des produits R&T frais empêche un transport vers le marché sans risque de pertes substantielles.

· La majorité des citadins africains sont aussi pauvres que les populations rurales, ce qui entraîne un manque de pouvoir d'achat accentué qui freine le commerce.

Dans l'ensemble, les marchés urbains sont certainement les plus importants pour la production alimentaire africaine, R&T compris, et ils le demeureront dans un proche avenir. Il importe d'organiser leur approvisionnement de telle sorte que frais et pertes soient minimisés.

7.3.2 Les marchés régionaux en Afrique

Il existe en Afrique des marchés de R&T régionaux qui sont aussi, dans la plupart des cas, des marchés urbains. Il s'agit, soit de flux dans le sens sud-nord, comme c'est le cas de l'exportation d'ignames des pays côtiers du golfe de Guinée vers les grandes villes du Sahel (Bamako, Ouagadougou, Niamey, etc.), soit, comme l'indique le tableau 23, d'échanges entre divers pays du littoral.

Tableau 23  : Quelques exemples de marchés régionaux de R&T en Afrique de l'Ouest.

Denrées

Provenance

Destination

ignames

Côte d'Ivoire, Ghana, Bénin, Togo, etc.

Burkina Faso, Mali, Niger, etc.

cossettes d'igname, gari

Bénin

Nigeria

gari

Togo

Bénin

ignames

Bénin

Togo

taro

Cameroun

Gabon

R&T diverses

Nigeria

Cameroun

(d'après Osswald, 1995) 

Dû aux facteurs suivants, ces marchés offrent un potentiel comparable à celui des marchés urbains :

· Un pays peut avoir dans certains cas une surproduction de R&T ou de produits de transformation coïncidant avec une demande dans le pays voisin.

· Des déséquilibres du prix des produits dans des pays voisins rendent l'exportation lucrative.

· Certains produits à R&T (comme le gari et les ignames fraîches) commencent à être très appréciés, même dans des zones non productrices (villes du Sahel, par exemple).

· Les migrations de populations (à la recherche d'un emploi) désireuses de continuer à consommer leurs aliments habituels créent une nouvelle demande.

Ce commerce se heurte pourtant à certaines contraintes  :

· Les distances peuvent être considérables et sont encore aggravées par le mauvais état de la plupart des infrastructures de transport.

· Il existe de nombreuses contraintes, conséquences d'une politique économique protectionniste, au libre échange entre les différents pays.

· Il y a presque partout, au niveau de la douane et de la police, des tracasseries qui compliquent et retardent le commerce et réduisent la rentabilité des opérations.

Les marchés régionaux sont déjà en plein épanouissement. En général, cela n'est toutefois pas la conséquence d'une politique économique ciblée, mais plutôt la manifestation chez les commerçants d'un esprit d'entreprise qui s'exprime en dépit de tous les obstacles rencontrés au niveau administratif. Les gouvernements africains peu-vent apporter un soutien majeur à leurs économies nationales en favorisant les échanges commerciaux à l'échelon régional. Les produits à R&T se prêtent excellemment à une telle démarche dans la mesure où leur production et leur transformation aux fins d'exportation peuvent créer de nombreux emplois supplémentaires.

7.3.3 Le marché mondial

Eu égard aux quantités produites, la présence des R&T africaines sur le mar-ché mondial est presque nulle. Il y a un certain nombre de raisons à cela (absence de marchés internationaux pour les produits traditionnels, concurrence de certains pays asiatiques dans le secteur des aliments pour animaux, faible compétitivité des produits africains en termes de qualité et de prix, etc.). Il est toutefois pensable qu'à moyen terme les producteurs seront beaucoup plus nombreux qu'à l'heure actuelle à pouvoir surmonter les entraves omniprésentes et à offrir avec succès leurs produits à R&T sur le marché mondial. Certains pays, comme le Bénin et le Ghana, ont commençé à exporter des cossettes de manioc vers l'Union européenne, cependant que des commerçants de divers pays expédient des produits ethniques vers les villes d'Europe et des Etats-Unis à fortes concentrations d'immigrés africains.

Bien que la plupart des R&T n'accèdent pas au marché mondial à l'heure actuelle, certains produits font l'objet d'un commerce très important. Il s'agit en premier lieu d'aliments pour animaux, d'amidon et de produits à caractère ethnique ou exotique pour l'alimentation humaine. D'autres produits, y compris certains médicaments, peuvent prendre eux aussi une place importante à l'avenir.

Il n'empêche que le marché mondial est certainement le plus difficile à servir pour les pays africains. Cela est partiellement dû aux raisons exposées ci-dessus, mais aussi à des facteurs tels que  :

· les normes de qualité sévères qui se sont établies sur le marché mondial en raison d'une vive compétition

· les quotas applicables à certains produits (par exemple les cossettes de manioc) dans le cadre du GATT, qui favorisent les grands producteurs d'Asie

· le manque de liens commerciaux solides avec les clients potentiels (Union européenne, Etats-Unis, etc.) en ce qui concerne les produits agrico-les autres que les cultures d'exportation classiques (cacao, caoutchouc, café, etc.).

La conquête du marché mondial est une tâche difficile pour les pays africains. Il faut développer des produits, des infrastructures et des stratégies de marketing qui libè-rent l'Afrique de son isolement par rapport au commerce mondial. En même temps, il faut résou-dre les problèmes qui empêchent certains produits africains d'être compétitifs en termes de prix et de qualité face à des produits venant d'autres pays. Il doit être par exemple difficile d'offrir dans l'Union européenne des cossettes de manioc à un prix inférieur à celui pratiqué par la Thaïlande ou l'Indonésie. Il s'agit par conséquent d'identifier les segments de marché les plus prometteurs.

7.3.4 Marketing

Lorsque l'on examine la commercialisation des R&T en Afrique, on peut avoir l'impression qu'il s'agit en premier lieu d'un mécanisme destiné à satisfaire les besoins les plus évidents. Il semble rare que quelqu'un développe un produit prometteur et le lance sur le marché en lui assurant une promotion suffisante pour lui donner une chance de se faire connaître, d'être apprécié et, au final, de se maintenir sur le marché.

Contrairement à ce qu'il se passe dans les pays industrialisés, c'est souvent la recherche étatique, et non le secteur privé, qui se charge du développement de nouveaux pro-duits alimentaires. Après la mise en _uvre technique d'un processus de transforma-tion à l'échelle du laboratoire, ces structures manquent généralement des capacités et des moyens commerciaux nécessaires pour assurer le lancement sur une échelle semi-industrielle.

Dû aux schémas de fonctionnement de ces mêmes structures, les propositions issues de la recherche étati-que tiennent en général insuffisamment compte des facteurs socio-économiques, ce qui rend les innovations peu efficaces et non rentables. C'est pour-quoi les procédés de transformation et produits développés par ces institutions font généralement l'objet de publications scientifiques ou de conférences, mais ne voient jamais le jour au niveau de l'application pratique.

L'approche la plus prometteuse consistera à analyser les besoins des différents acteurs (surtout ceux des producteurs et des consommateurs) en ce qui concerne les innovations et à les développer en prenant en compte les réalités économiques. Ceci implique une analyse des marchés potentiels et une mise en _uvre des mesures de promotion indispensables pour que le nouveau produit puisse se fixer dans la mémoire des consommateurs et créer le désir de l'essayer absolument. Si la qualité et le prix sont raisonnables, le reste sera facile.

7.4 PhAction et autres initiatives de promotion

A la fin de toute considération sur la promotion des R&T, la question se pose de savoir à qui incombe la responsabilité d'apporter aux acteurs des systèmes d'après-récolte l'appui nécessaire pour leur permettre de sortir d'une situation insatisfaisante, caractérisée par de nombreuses contraintes ? Est-ce que ce doit être l'Etat, les bailleurs de fonds, la recherche, la vulgarisation, le secteur privé, ou les intéressés eux-mêmes ? Cette question n'est pas nouvelle, et il va de soi que cela ne peut pas être un seul d'entre eux, mais que chacun a une responsabilité particulière.

Cette question en appelle une autre : pourquoi le développement des systèmes de production et d'après-récolte liés aux R&T est-il pénalisé par autant d'insuffisances et de contraintes ? Au lieu de déplorer le fait - au demeurant indéniable dans certains cas - que ces denrées sont négligées par les décideurs politi-ques et par la recherche agricole, il vaut mieux examiner de plus près le degré de coordination des approches de promo-tion des R&T dans le passé.

Mis à part une initiative datant des années soixante au niveau de la recherche (Inter-national Society for Tropical Roots and Tubers - ISTRC) et du développement d'une stratégie globale de développement du manioc récemment formulée par l'IFAD (International Fund for Agricultural Development), gouvernements, bailleurs, agences de développement, ONG et instituts de recherche n'ont pas sys-tématiquement coordonné leur planification et leurs activités dans le domaine des R&T. Dans le même temps, les opérations d'après-récolte n'avaient pas été perçues comme composantes d'un système déterminé par de nombreux acteurs et facteurs.

Dans le cas particulier du manioc, la stratégie de l'IFAD poursuit les objectifs suivants  :

· identifier les opportunités d'investissement privé et public en réaction aux échecs qu'a connu le marché dans le passé et aux impératifs de la sécurité alimentaire

· déterminer des priorités pour la recherche et des mécanismes d'allocation de moyens financiers

· développer un cadre international de coopération technique et de trans-fert de technologies

· engager un débat d'avenir sur les aspects du commerce global

Il est évident que la stratégie de l'IFAD est animée du même esprit que l'approche système exposée dans la partie 1.2.

Afin de créer un forum d'action coordonné, à la fois performant et puissant, dans le secteur de l'après-récolte, l'ancien GASGA (le « Groupe d'Assistance aux Systèmes concernant les Grains Après-récolte » qui regroupait plusieurs organismes liés au développement) et le comité de recherche intercentres sur les R&T du CGIAR ont formé en juin 1999 un forum appelé PhAction. Partant de sa vision, selon laquelle le développement de systèmes d'après-récolte efficaces et durables constitue un élément décisif pour améliorer la vie des communautés rurales et assurer l'approvisionnement alimentaire de tous, ce forum a pour objectif la planification et la réalisation conjointes d'interventions dans les systèmes d'après-récolte.

Plus spécifiquement, le comité de recherche intercentres sur les R&T du CGIAR a formulé pour l'année 2020 une vision qui débouche sur l'intégration des R&T dans des marchés nés de la production efficace et non polluante de diverses denrées compétitives de haute qualité pouvant servir d'aliments, de fourrage ou de produits industriels. On estime que la faculté des R&T de s'adapter à des conditions marginales, leur contribution à la sécurité alimentaire au niveau des foyers et leur énorme flexibilité dans des systèmes de production mixtes en font les composantes majeures d'une stratégie ciblée visant à améliorer le bien-être des populations rurales paupérisées. Le rôle des centres du CGIAR dans la matérialisation de cette vision est de mettre les découvertes scientifiques en application, transmettre l'information, les outils et les méthodologies, soutenir les politiques respectives et renforcer les sys-tèmes nationaux de recherche et de développement.

Synthèse du chapitre

    Si la production de R&T en Afrique a tendance à croître fortement, de nombreuses contraintes de production et d'après-récolte persistent néanmoins. Pour mettre les R&T en valeur, il faut créer au préalable des conditions politiques et économiques d'ensemble stables (sécurité, libre marché, etc.). Il importe en même temps d'introduire des variétés qui possèdent des caractéristi-ques de production et d'après-récolte bien adaptées aux besoins spécifi-ques des différentes régions de production et de consommation.

    L'avenir des R&T dépendra essentiellement des possibilités de créer de la plus-value et de vendre le produit fini sur le marché à des prix satisfai-sants. Ceci implique le développement de nouveaux produits (aliments instantanés, fourrage, etc.) et la mise en place d'une gestion de la qualité systématique, fondée sur le concept HACCP et les normes ISO 9000 et suiv.

Il semble que les marchés les plus prometteurs pour les R&T africaines soient d'abord les marchés urbains et régionaux, qui sont en pleine phase d'expansion, alors que le marché mondial reste pour l'instant difficile à conquérir. L'accès aux différents marchés dépend du développement ciblé de produits de transformation et de leur promotion adéquate.

Les efforts de promotion des R&T exigent une action coordonnée. Le forum PhAction, qui a été créé au milieu de 1999, s'est fixé pour objectif d'assurer cette coordination dans le domaine de la recherche et du développement.

Voir plus loin ...

    1.

Quelles sont, à votre avis, les conditions politiques, économiques et sociales d'ensemble à mettre en place pour assurer le développement des R&T en Afrique ?

    2.

Les paysans doivent-ils continuer de courber le dos, la houe à la main, pour produire leurs R&T ? Dans la négative, que faut-il faire pour améliorer leur situation actuelle ?

    3.

Où se situent pour les R&T africaines les marchés de demain ?

    4.

L'Afrique sera-t-elle un jour capable de s'imposer sur le marché mondial avec des produits de qualité à base de R&T, vendus à des prix compétitifs ? Si vous jugez cette perspective réaliste, quelles sont les conditions à remplir et quelles sont les actions spécifiques à mettre en _uvre ?

    5.

La proportion de consommateurs de R&T par rapport aux consommateurs de céréales va-t-elle continuer à l'avenir de progresser en Afrique ? Justifiez votre réponse !

    6.

Quels seront à l'avenir les produits de transformation de R&T les plus populaires ?

    7.

Quels seront à l'avenir en Afrique les produits industriels à base de R&T les plus importants ?

7.5 Références bibliographiques sélectionnées

Osswald, P. (1995)  : Economie des racines et tubercules. Solagral, Paris, France, 66 pages + annexes.

Wheatley, C. ; G.J. Scott ; R. Best & S. Wiersema (1995)  : Adding Value to Root and Tuber Crops  : A Manual on Product Development. CIAT, Cali, Colombie, 166 pages.

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