Questions de genre et développement des R&T
Cette annexe a été élaborée en collaboration avec I. Tchouamo.
1 Le genre, qu'est-ce que c'est ?
Le terme « genre » ne se réfère pas au sexe, qui est une qualité biologique et donc immuable, mais décrit la dimension culturelle et les particularités apprises à travers la socialisation, donc modifiables. Ce point peut être clarifié par l'exemple suivant :
Qualités déterminées par le sexe biologique :
_ Seule la femme peut donner naissance à un enfant et allaiter son nourrisson.
_ Seul l'homme peut féconder et son sperme déterminer le sexe de l'enfant.
Particularités apprises par socialisation :
_ La femme s'occupe des travaux ménagers et des enfants.
_ L'homme est le chef de famille, il en gère les biens et s'occupe des champs.
Alternative sociale :
_/_ La femme et/ou l'homme peuvent être chef(s) de famille, en gérer les biens, s'occuper de la maison et des enfants et accomplir les travaux des champs.
Le terme « genre » fait donc référence aux rôles attribués aux femmes et aux hommes dans la société. Ceux-ci varient en fonction de la société, de la culture, de la religion, de l'idéologie, de l'ethnie, de l'économie, de l'âge et d'autres facteurs. C'est pourquoi les rôles féminins et masculins varient d'une société à l'autre, et souvent même parmi les différents groupes d'une société. Dans la plupart des sociétés, les femmes sont en position de subordination. Pourtant, cette place peut être remise en question et modifiée.
L'approche genre traite de l'analyse des rôles de la femme et de l'homme dans le but de repenser la situation actuelle, qui est presque toujours caractérisée par une inégalité accentuée. Cette analyse permet d'obtenir des informations précises sur les fonctions productives, reproductives et communautaires des deux sexes et les tâches liées à ces fonctions. Sur la base de ces connaissances, des inégalités pourraient être supprimées et des interventions (par ex. des formations ou des projets) mises en place pour mieux répondre aux contraintes, besoins et potentialités des femmes et des hommes.
2 La question du genre dans les formations de la DSE et de la GTZ
Les informations données dans ce chapitre sont fondées sur les « Directives en matière de genre pour les programmes de la DSE » (1997) et la brochure 4 de la GTZ pour l'orientation selon le genre « Formation professionnelle » (1996). L'approche de formation des deux institutions repose sur la politique et les directives du Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) dans ce domaine.
2.1 Principes de base
Le développement social présuppose la prise en compte des besoins et intérêts des hommes et des femmes. Ces besoins et intérêts n'ont en effet pas été suffisamment pris en compte dans le passé. La formation professionnelle a bien souvent conduit à un renforcement des stéréotypes spécifiques au genre et à une discrimination économique des femmes au lieu de contribuer à la réduction des différences. Il faut donc mettre les besoins et intérêts des hommes et des femmes au premier plan de la promotion des processus de développement si l'on veut améliorer les conditions de vie de tout le monde, et surtout de ceux qui sont jusqu'à ce jour défavorisés, comme les femmes.
Dans les pays en voie de développement, la DSE et la GTZ encouragent les changements qui visent à améliorer la participation égalitaire des femmes à l'aménagement de la vie sociale, politique et économique, et à promouvoir leur capacités à accéder aux postes de décision et au contrôle des ressources. La formation des femmes doit contribuer à la matérialisation de cet objectif. Une meilleure utilisation du potentiel des femmes qualifiées doit avoir pour effet de renforcer l'efficacité des institutions.
2.2 Conception des formations
La coopération à la formation de la DSE et de la GTZ est conçue selon une approche systématique (voir partie 1.2 de ce manuel) et repose sur une base participative. Leurs actions ne visent pas uniquement à transmettre des connaissances, mais doivent aussi agir sur les opinions et comportements individuels et influer sur les décisions en vue d'améliorer les conditions de vie de tous les membres de la société, surtout celles des femmes. C'est pourquoi elles incluent à la fois les aspects rationnels et les aspects émotionnels.
Lors des formations, la DSE et la GTZ engagent avec leurs partenaires un dialogue sur la participation égalitaire des femmes au processus de développement. Les deux organisations ont adopté une approche participative de solution des conflits.
L'expérience a montré que la façon la plus efficace d'intégrer les questions de genre dans des formations telles que celles consacrées aux opérations d'après-récolte des R&T est de présenter tout d'abord le sujet dans un module de formation spécial et de le reprendre dans d'autres contextes. Cette intégration permet aux participants de reconnaître l'importance du sujet dans le contexte du développement en général et de percevoir sa signification dans des situations spécifiques, telles que la transformation d'une certaine denrée dans un pays donné.
2.3 Réalisation des formations
La conception décrite dans la section précédente implique que l'on tienne compte de certains points critiques dans le cadre de l'organisation et de la réalisation de formations. Parmi les éléments retenus comme importants dans le cadre de la réalisation d'une formation (cf. annexe iii), les points suivants ont un impact particulier sur l'aspect du genre :
· sélection du groupe cible et des participants
· planification du contenu de la formation
· sélection des organismes partenaires
· sélection des méthodes et du matériel didactique
· suivi et évaluation
On trouvera dans les sections suivantes quelques renseignements concernant ces points. Pour une étude approfondie du sujet et une maîtrise des méthodes, il est toutefois recommandé de se référer à la vaste littérature spécialisée existante. La DSE et la GTZ peuvent fournir dans ce domaine une aide complémentaire (envoi de matériel, etc.). On visitera également avec profit leurs sites Web respectifs pour obtenir un supplément d'information.
2.3.1 Sélection du groupe cible et des participants
En matière de genre, la sélection du groupe cible et des participants est beaucoup plus délicate qu'il ne semble à première vue. Il ne suffit pas d'atteindre un certain quota de femmes pour une formation particulière, mais il importe de bien identifier les femmes concernées en fonction de critères socio-économiques et autres tels que :
· femmes vivant en milieu rural ou urbain
· jeunes filles ayant interrompu leur scolarité et femmes analphabètes
· femmes actives dans l'économie de subsistance
· femmes actives dans le secteur informel
· femmes chefs de famille
· parents du sexe féminin participant à l'exploitation familiale
· femmes employées dans l'administration, etc.
· multiplicatrices, professeurs féminins
· représentantes d'organisations sociales
· femmes décideurs
Cette liste est loin d'être complète, mais elle est suffisante pour attirer l'attention sur la multiplicité des positions et situations sociales dans lesquelles une femme peut se trouver. Afin d'éviter les erreurs au niveau du ciblage d'une formation, il importe de la planifier de manière participative avec les groupes cibles et d'orienter les offres de formation sur leur cadre de vie.
2.3.2 Planification du contenu de la formation
En ce qui concerne le contenu, l'approche genre doit être systématiquement intégrée. Ce concept nécessite une analyse approfondie des problèmes et objectifs dans la perspective des questions de genre. Il faut percevoir la situation des femmes, qui est en mutation, et la prendre en considération dans l'élaboration de la formation professionnelle. Le chapitre 3 de cette annexe fournit davantage de détails à ce sujet.
2.3.3 Sélection des organismes partenaires
La sélection des partenaires de réalisation d'une formation doit tenir compte de l'intérêt porté par le partenaire aux questions de genre. Les perspectives de réussite seront bonnes si le partenaire a pour objectif la promotion des femmes, s'il opère déjà avec succès dans ce domaine ou s'il y a un besoin exprimé en formation sur ce terrain.
2.3.4 Sélection des méthodes et du matériel didactique
Le thème du « genre » présente une particularité par rapport à d'autres thèmes de formation comme les opérations d'après-récolte des R&T. Cette particularité est liée au fait que nous sommes tous concernés de façon personnelle par la question du genre. Cela s'exprime bien souvent par de fortes réactions émotionnelles, positives ou négatives. Ceci veut dire que l'approche classique de transmission des connaissances (disons à travers un exposé) n'est pas suffisante pour initier des changements.
Au-delà de l'information objective transmise par des experts compétents en la matière (de préférence des femmes, très certainement), il faut prévoir l'emploi de méthodes interactives, telles que les jeux de rôle, afin de couvrir l'aspect émotionnel de ce thème. Il est nécessaire d'engager un animateur/ une animatrice très compétent(e) et performant(e) afin de maîtriser ce sujet complexe et parfois délicat.
2.3.5 Suivi et évaluation
Le suivi et l'évaluation de la formation doivent être formalisées en termes de structure de rapport, manière de procéder, etc., et comporter un volet spécifique relatif aux questions de genre. Si cette condition n'est pas remplie, on peut être certain que l'aspect du genre tombera dans l'oubli après la formation et que le suivi et l'évaluation se limiteront à des questions purement techniques. Dans ce cas, c'est tout le succès de la formation qui sera remis en question. Il faut dire clairement ici que le suivi de formations n'est pas toujours facile, surtout quand il s'agit de participants qui habitent loin et sont difficiles à rassembler. On est alors bien souvent dépendant d'un échange de correspondance par la poste, avec tous les inconvénients que cela comporte.
3 La dimension du genre dans les opérations d'après-récolte
3.1 Introduction
Le Sommet de la Terre et les changements de concepts de développement qui l'ont suivi, y compris l'adoption de l'approche système pour le secteur de l'après-récolte, ont attiré l'attention des partenaires de la coopération au développement sur les acteurs et sur les questions socioculturelles et économiques. La notion de genre est d'une importance primordiale dans ce contexte, dans la mesure où des traditions anciennes font que les rôles des hommes et des femmes diffèrent substantiellement dans toutes les activités humaines. Afin de promouvoir l'approche genre dans la promotion des systèmes d'après-récolte, la GTZ a publié un guide (« Prise en compte de la dimension du genre dans le secteur post-récolte »), lequel a servi de base au texte qui suit. On trouvera ce guide sur le site Web de la GTZ :
www.gtz.de/post_harvest/franz/gender/index.html
La condition féminine en Afrique décrite dans le texte suivant fournit un aperçu de la situation actuelle, résultante d'une longue histoire, soumise à de nombreuses influences souvent contradictoires. La période précoloniale était caractérisée par un système économique non monétaire et un ordre social élaboré, avec des droits, des devoirs, et une répartition des tâches souvent assez équilibrée, surtout dans les sociétés matrilinéaires. Les femmes y jouissaient en conséquence d'un prestige social, politique et économique élevé.
L'influence de la politique, de même que l'administration et l'économie coloniales, ont contribué à amener des changements privilégiant l'idée de la propriété privée, ce qui, à la longue, a fini par favoriser les hommes au détriment des femmes.
En ce qui concerne l'après-récolte, les femmes jouent un rôle clé dans la plupart des opérations telles que :
_ le transport (souvent sur la tête)
_ le conditionnement (décorticage, séchage, etc.)
_ le stockage
_ la transformation
_ la commercialisation
Pourtant, leur pouvoir de décision, surtout dans les questions économiques, ainsi que leur part dans les revenus sont très limités en comparaison de leur contribution. L'approche genre s'impose donc pour le secteur de l'après-récolte afin de :
_ déterminer précisément les tâches et les droits des femmes et des hommes
_ examiner l'efficacité et la rentabilité des technologies utilisées
_ évaluer le potentiel d'amélioration durable de la situation, surtout celle des femmes.
3.2 Conditions de vie
Dû à une infrastructure peu développée en milieu rural, les femmes sont fortement sollicitées pour des travaux tels que le transport d'eau et de bois de chauffe, la préparation des repas et les opérations d'après-récolte. Ces travaux étant fastidieux et pénibles, il leur reste très peu de temps et d'énergie pour d'autres activités telles que l'entraide, la participation à des formations ou l'engagement social et communal.
Les coutumes déterminent la vie de tous les membres de la société. Leur observance est contrôlée par la société, surtout par les autorités villageoises (traditionnelles, administratives et religieuses), qui exercent une forte influence sur les femmes et les hommes et imposent leurs vues en ce qui concerne les rôles des sexes. Les effets de ce « contrôle social » peuvent être positifs ou négatifs selon le cas, mais les conditions socioculturelles évoluent en général lentement. Ceci veut dire que l'adaptation des coutumes à des conditions de vie en mutation est toujours assez lente.
La famille forme le noyau de la structure sociale rurale, la place que les femmes et les hommes occupent dans cette famille déterminant largement leurs conditions de vie. Leurs droits et devoirs, leur mobilité, leurs conditions matérielles dépendent de leur position et de leur fonction au sein de la famille. Dans la plupart des cas, la structure des familles rurales favorise l'homme aux dépens de la femme. Sur le continent africain, de nombreux changements sociaux sont en cours, et ces changements ont tendance à déstabiliser la famille. Par voie de conséquence, la contribution des femmes à l'entretien de la famille, ainsi que leur charge de travail, ont elles aussi tendance à augmenter.
3.3 Division du travail
En milieu rural, la division du travail est déterminée en premier lieu par le sexe et par l'âge. Alors que les travaux de production agricole sont principalement assurés par les hommes, les travaux domestiques et les opérations de transformation incombent dans la plupart des cas aux femmes, qui sont souvent assistées par les enfants. Le tableau suivant donne une idée plus précise de la répartition des tâches entre les sexes en milieu rural africain :
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Tâches exécutées |
Part effectuée par les femmes |
Part effectuée par les hommes |
Travaux des champs :
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5 %
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95 %
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Opérations d'après-récolte :
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80 %
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20 %
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Autres occupations :
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10 %
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90 %
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(d'après UN Economic Commission for Africa : Women in Africa, 1975)
L'éclatement progressif des structures familiales en unités plus petites a pour conséquence une pénurie de main-d'_uvre familiale et une surcharge des femmes, lesquelles doivent souvent participer aux travaux des champs qui étaient dans le passé le domaine des hommes.
En milieu rural, les femmes ont traditionnellement d'autres sources de revenus que les hommes. Il s'agit souvent d'activités de petite envergure, telles que la transformation artisanale ou la vente au détail, qui ne nécessitent pas beaucoup d'intrants ni de moyens. Les profits que les femmes peuvent retirer de ces activités sont généralement très limités. Des entreprises de plus grande dimension, comme les unités de transformation sémi-mécanisées, nécessitent un financement de départ qui consiste dans la plupart des cas dans des crédits. L'accès des femmes rurales au crédit est cependant très limité en raison de leur statut légal (cf. 2.4) et de réseaux de crédit peu étendus.
Il faut aussi prendre en considération le fait que la création de nouvelles sources de revenus peut avoir pour les femmes des répercussions négatives et imprévues, telles que les risques sanitaires encourus dans les unités de fabrication de gari, où les femmes sont souvent exposées à la chaleur, ainsi qu'aux émanations de fumée et d'acide cyanhydrique. Par mesure d'économie, on préfère parfois y prendre des jeunes filles comme ouvrières, celles-ci restant alors privées de l'accès à une éducation formelle de plus haut niveau.
3.4 Accès aux ressources
Bien que les femmes jouent un rôle central dans les opérations d'après-récolte, elles ont en général plus difficilement accès que les hommes aux ressources matérielles (terres, moyens de production, etc.) et financières (par ex. argent liquide ou crédit), de même qu'aux services d'assistance technique (vulgarisation). Les titres fonciers sont principalement établis au nom des hommes, les systèmes d'héritage favorisent les hommes, et les crédits sont souvent octroyés uniquement aux hommes, parfois à des groupes de femmes. Dans ces conditions, la marge de man_uvre des femmes pour le développement d'initiatives individuelles rémunératrices est très limitée.
L'utilisation des revenus des hommes et des femmes diffère aussi substantiellement. Alors que la plupart des revenus masculins sont gérés par l'homme de manière entièrement autonome, la femme est souvent contrôlée par son mari et doit utiliser au moins une partie de ses revenus comme il le lui ordonne.
3.5 Stratégies d'intervention
Avant de planifier des interventions de « promotion des femmes », il faut bien identifier les besoins et souhaits des deux sexes afin d'éviter des échecs. On peut obtenir l'information nécessaire en établissant des diagnostics participatifs au niveau des groupes cibles et d'autres acteurs.
Dans le développement des opérations d'après-récolte, les aspects suivants jouent un rôle majeur :
_ promotion de procédés qui allègent le travail afin de réduire la charge des femmes et leurs contraintes de temps
_ amélioration des systèmes de transport en vue de réduire la charge des femmes et d'améliorer leur accès au marché
_ coopération avec les groupes et réseaux locaux de femmes afin d'appréhender et d'intégrer les particularités socioculturelles locales
_ amélioration de l'accès au crédit, notamment à travers la promotion des clubs d'épargne et de crédit
_ emploi d'approches participatives pour mieux associer les femmes au processus d'amélioration des conditions de vie
_ adoption de l'approche système pour les opérations d'après-récolte en raison de la complexité et de l'interdépendance des problèmes
Avant de planifier une intervention visant à l'amélioration des rapports de genre, il convient d'analyser les domaines traités dans les parties 3.2 à 3.5 en utilisant les questions guides suivantes :
_ Quels sont les aspects relatifs aux conditions de vie des hommes et des femmes importants pour l'intervention ?
_ Quelles questions relatives à la division du travail en fonction des sexes sont d'une importance capitale pour l'intervention ?
_ Quels sont les facteurs relatifs à l'accès aux ressources et à leur maîtrise qui revêtent de l'importance pour l'intervention ?
_ Quelles sont les possibilités d'amélioration à envisager et à mettre en _uvre dans le projet pour lequel je travaille ?
_ Comment puis-je mettre en _uvre les diverses activités, par quels moyens et dans quels délais ?
_ Comment évaluer les avantages des innovations proposées au niveau des rapports de genre ?