13-17 Novembre 1996
Rome, Italie
| Avril 1996 | WFS/ARC/REP |
CONTRIBUTION DE LA DIX-NEUVIEME
CONFERENCE
REGIONALE DE LA FAO POUR L'AFRIQUE
A LA PREPARATION DES DOCUMENTS DESTINES AU
SOMMET MONDIAL DE L'ALIMENTATION
Ouagadougou, Burkina Faso, le 20 avril 1996
Le texte suivant figure dans le rapport de la Conférence régionale de la FAO pour l'Afrique Annex D.
1. Les pays membres de la région Afrique ont unanimement réaffirmé leur soutien au Sommet mondial de l'alimentation et ils ont rappelé la nécessité d'assurer sur de larges bases le processus de préparation aux niveaux national, régional et international. Plusieurs ministres ont rendu compte de leurs préparatifs et se sont inspirés des conclusions de leurs notes nationales d'information pour contribuer au débat à l'échelle régionale.
2. La qualité des documents soumis (ARC/96/3, ARC/96/4 et ARC/96/4-Sup.1) a été appréciée, ainsi que celle des contributions additionnelles des participants qui ont considérablement enrichi le débat et montré que les gouvernements, les autres organisations intergouvernementales et les organisations non gouvernementales reconnaissent clairement l'importance du Sommet mondial de l'alimentation pour l'Afrique.
3. Le projet de position africaine commune sur la sécurité alimentaire et le développement agricole a été présenté à la Conférence régionale par le Secrétariat de l'OUA. Il a également été rendu compte à la Conférence régionale des recommandations de la Consultation FAO/ONG tenue immédiatement avant la Conférence régionale. La Conférence a accueilli avec satisfaction ces contributions utiles à ses propres débats et à la préparation du Sommet mondial de l'alimentation, et elle a noté que les documents correspondants seraient examinés à des stades ultérieurs du processus préparatoire.
4. Examinant le projet de Déclaration politique et de Plan d'action présenté dans le document ARC/96/3, La Conférence régionale a fait siennes les observations formulées par les membres du Groupe africain à Rome (Appendice I).
5. On a plus particulièrement souligné qu'il importe d'assurer la forme "politique" appropriée à la Déclaration politique, et de réaffirmer le droit fondamental et inaliénable à la nourriture. S'engager à garantir les conditions nécessaires à la réalisation effective de ce droit signifie que l'on reconnaît l'impératif éthique et moral de la satisfaction de besoins humains fondamentaux.
6. Concernant le Plan d'action, la Conférence régionale a fait ressortir la nécessité de tirer parti des résultats de précédents sommets et conférences, et de prendre en compte les conclusions et engagements de la Conférence internationale FAO/OMS sur la nutrition tenue en 1992, notamment pour ce qui a trait au rôle de l'accès à l'alimentation, aux services de santé, ainsi qu'à l'éducation et à la formation pour améliorer la nutrition.
7. Ayant examiné la situation en matière de sécurité alimentaire et les problèmes existant dans ce domaine en Afrique, la Conférence régionale est tombée d'accord d'une manière générale avec l'analyse et les conclusions contenues dans le document ARC/96/4. Elle a toutefois souligné qu'il fallait accorder beaucoup plus d'attention au poids de la dette extérieure de l'Afrique et à la détérioration des termes de l'échange dont souffrent tant de pays de la région, aux lourdes difficultés rencontrées dans la mise en oeuvre des programmes d'ajustement structurel, et à l'impact des migrations et des flux de réfugiés au sein de la région et au-delà. La résolution de ces problèmes appelle aussi un élan de solidarité au niveau international, mais la Conférence régionale a affirmé la nécessité de renforcer la coopération sous-régionale et régionale inter-Etats et de faire davantage appel au potentiel qu'offre le marché interne de la région.
8. La Conférence régionale a souligné que sa contribution au processus de préparation du Sommet devrait reconnaître qu'il est urgent d'agir dans les sept domaines principaux identifiés dans la Partie III du document ARC/96/4 reproduit en Appendice II. Pour préciser et compléter la description de ces sept domaines principaux, la Conférence régionale a estimé qu'il faudrait privilégier plus particulièrement les mesures suivantes:
9.Créer un environnement politique et économique favorable à la sécurité alimentaire (par. 52-55)
10.Améliorer l'accès aux vivres des groupes pauvres et vulnérables (par. 56 à 58)
11.Fournir, en temps voulu, une aide alimentaire et une aide d'urgence suffisantes (par. 59 à 61)
12.Augmenter la capacité intérieure en matière d'approvisionnements alimentaires (par. 62 à 65)
13.Améliorer les capacités d'exportation pour pouvoir financer les importations nécessaires (par. 66 à 68)
14.Accélérer le développement agricole et rural (par. 69 à 72)
15.Renforcer la valorisation des ressources humaines et la participation sociale (par. 73 à 80)
16. Enfin, la Conférence régionale a souligné qu'il importe de définir clairement les responsabilités dans la mise en oeuvre du Plan d'action et d'établir des calendriers pour en faciliter le suivi. En particulier, elle a fait sienne la proposition tendant à créer des comités nationaux pour la campagne "De la nourriture pour tous" et à assurer au niveau national la mise en oeuvre du Plan d'action (voir Appendice II). Elle a rappelé à cet égard la nécessité de mobiliser pleinement les efforts et les ressources de tous les intervenants, notamment les gouvernements, les organisations et institutions financières internationales, le secteur privé, la société civile, les femmes et les jeunes pour engager une action concertée en vue de s'attaquer aux problèmes et réaliser le potentiel de l'Afrique de manière à garantir la sécurité alimentaire à toutes les populations du continent.
17. En conclusion, la Conférence régionale a décidé de transmettre le présent rapport et ses annexes au Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) comme la position de la région Afrique concernant la préparation des documents qui seront soumis au Sommet mondial de l'alimentation. Elle a souligné que des précisions supplémentaires seraient fournies à travers la participation des pays membres de la région aux travaux du CSA, à qui a été confiée la tâche de synthétiser les contributions de toutes les régions et de tout un ensemble d'organisations gouvernementales et non gouvernementales.
18. En application de la résolution CM Res.1643 (LXIII) de l'OUA sur le Sommet mondial de l'alimentation, la Position commune des ministres africains de l'agriculture, telle qu'exposée dans le rapport de la dix-neuvième Conférence régionale de la FAO, sera transmise par le Directeur général de l'Organisation au Secrétaire général de l'OUA pour qu'il la soumette à la soixante-quatrième session ordinaire du Conseil des Ministres et à la trente-deuxième session de l'Assemblée des Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Organisation de l'unité africaine.
Projet de Déclaration politique et Plan d'action
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Référence |
Observations et propositions d'amendements |
SYTHESES |
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Déclaration politique |
Le projet de Déclaration politique contient encore trop de descriptions techniques, il faut l'élaguer et l'enrichir par des concepts démontrant une volonté politique réelle et précise. |
La nouvelle version de la Déclaration politique est meilleure que la précédente, mais: - elle manque de volonté politique - il faut réaffirmer le droit fondamental inaliénable ainsi que l'engagement de tous les pays, y compris les PMA, de réunir les conditions nécessaires au respect effectif de ce droit
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Observations générales |
- définir les obstacles à l'obtention de la sécurité alimentaire dans les PMA notamment: . la pauvreté dont l'élimination, outre qu'elle représente une obligation humanitaire, permettra à tous les pays de se développer économiquement . un environnement économique contraire . l'absence de recherche et de transferts de technologies . un manque d'investissements agricoles aux niveaux national et international . la sécheresse et la désertification . la dette extérieure . l'absence de paix et de stabilité sociale Pour surmonter les obstacles existants, il faudra privilégier: - l'accroissement de la production alimentaire - la diversification des cultures (Fonds pour la diversification des produits de base africains) - le stockage et transformation des produits agricoles | |
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Déclaration politique |
- la nécessité de cibler les régions qui souffrent le plus de la faim et de la malnutrition; il conviendra d'en définir les causes et de dresser une "carte de la faim" pour mieux cerner le phénomène et s'y attaquer - la nécessité d'apporter un appui solennel à l'initiative spéciale prise par l'ONU de concert avec la Banque mondiale en faveur de l'Afrique - le maintien de l'appui aux programmes spéciaux de la FAO - l'importance de la gestion des ressources naturelles et de leur conservation pour le développement durable, en particulier des pêches - l'application des accords du Cycle d'Uruguay au profit des pays à faible revenu et déficit vivrier - la libéralisation des échanges internationaux (suppression des obstacles tarifaires et non tarifaires, accès aux produits agricoles des PMA) - la participation des masses (femmes et jeunes en particulier) à tous les stades de développement, y compris formation, santé et transfert de technologies - la nécessité de s'engager solennellement à renforcer la coopération nationale, régionale et sous-régionale et la solidarité internationale, avec la participation des institutions de Bretton Woods et des organisations basées à Rome avec la FAO comme chef de file Tout en résistant à la tentation de réécrire le projet de déclaration, il faudrait cependant veiller à: - adopter une conduite prudente pour définir la notion de sécurité alimentaire afin de ne pas se heurter à des difficultés insurmontables - reprendre les conclusions des sommets et conférences précédents, notamment de New York (enfance), Copenhague (social), Rio (environnement et développement), Beijing (femmes), Le Caire (population) | |
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- traiter le problème de la Convention sur la désertification, notamment de la ratification des fonds nécessaires à sa mise en oeuvre - règler l'ensemble du problème de la dette des PMA - régler les problèmes liés au Cycle d'Uruguay: mesures compensatoires; assistance aux pays à bas revenu et déficit vivrier; transfert de techonologie - déclarer la décennie à venir décennie internationale "nourriture et santé pour tous" - mobiliser des ressources financières suffisantes dans le cadre des mécanismes existants, y compris par le recyclage d'une partie de la dette des PMA, pour mettre en oeuvre effectivement les engagements et les actions prévus et suivre l'exécution - s'occuper de la transformation et du stockage des produits dans les PMA, et du transfert des technologies connexes - améliorer la production, les rendements et la répartition effective de tous les produits agricoles forestiers et halieutiques - rappeler que la condition préalable d'un développement et harmonieux et la stabilité politique - réaffirmer l'adhésion aux principes et objectifs de la FAO et l'appui politique à l'Organisation et à d'autres organisations telles que le FIDA et le PAM - obtenir de l'ensemble des institutions du système des Nations Unies, des institutions de Bretton Woods et d'autres institutions financières internationales, régionales, sous-régionales et nationales, du secteur privé, de la société civile, des ONG et de l'Union européenne qu'ils s'engagent à apporter l'appui nécessaire pour assurer la sécurité alimentaire universelle | ||
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Par.2 Par. 3 Par. 4 Par. 6 Par. 7 Par. 8 Par. 9 Par. 10 |
- garder seulement la dernière phrase "nous confirmons .... digne" - supprimer à la quatrième ligne "durant une partie de l'année" - modifier la première phrase comme suit: "de nos jours, la faim touche 20 pour cent de la population mondiale et affecte beaucoup plus les PMA - après la deuxième phrase, remplacer le point par une virgule et ajouter "ce qui est techniquement possible" - remplacer la dernière phrase par des formulations tirées de la CNUCED - modifier la dernière phrase, qui aurait dû être libellée comme suit: "nous accordons une priorité accrue au développement des zones rurales et reconnaissons les multiples fonctions de l'agriculture" - à la dernière phrase, après "zones rurales", ajouter "par l'accroissement de la production alimentaire"; au lieu de "migration", mettre "exode rural" - supprimer à la deuxième colonne "permanent" après "dialogue". - à la dernière ligne, ajouter "développement rural et une production alimentaire diversifiés" - après "politique", ajouter "programme"; à l'avant-dernière ligne, après "système", insérer "de production" - à la troisième ligne, l'adjectif "appropriées", qui vient après politiques; aligner l'anglais sur le français; supprimer "et nos consommations" | |
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Par. 12 |
- si l'on admet que le Sommet n'est pas une Conférence d'annonces de contributions, il s'avère néanmoins indispensable que les signataires de la déclaration s'engagent à mobiliser les ressources nécessaires à la mise en oeuvre des actions requises pour réaliser la sécurité alimentaire, vaincre la faim et la pauvreté; introduire un alinéa qui permette de le rendre et qui rappelle les engagements pris dans ce sens, à Rio, Québec, Copenhague, Le Caire et Beijing - à la deuxième ligne, remplacer "multinationale" par "internationale" i) à la première ligne, après "basé", mettre "en particulier" (basé en particulier"...) ii) devrait se lire comme suit: "nous coopérerons et renforcerons notre assistance mutuelle et notre solidarité dans la réalisation des objectifs contenus dans la présente déclaration, ainsi que dans la mise en oeuvre et le suivi du Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation - à la deuxième ligne, remplacer "multinationale" par "internationale" Des propositions plus concrètes émaneront de la Conférence régionale pour l'Afrique, notamment en ce qui concerne l'identification et la quantification des objectifs et actions |
Le Plan devrait être: - plus concret - plus précis dans la définition d'objectifs quantifiables et dans la détermination de délais de réalisation - faire l'objet d'une évaluation périodique quant aux actions concrètes obtenues et qui devraient être opérationnelles |
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- préciser les responsabilités dans la mise en oeuvre des actions arrêtées, en mettant notamment en relief, parallèlement au rôle du gouvernement et de la société civile, celui des institutions internationales, en particulier la FAO, le FIDA, le PAM, l'OMS, l'UNICEF, l'OMC et la CNUCED - traiter de la question du financement des actions et objectifs du Sommet - réexaminer les grands problèmes de l'éradication, de la pauvreté, de l'endettement extérieur, de la sécheresse et de la désertification (mise en oeuvre de la Convention pertinente des Nations Unies), des accords pertinents du Cycle d'Uruguay, ainsi que de la croissance, de la diversification, de la conservation et de la transformation des produits agricoles - renforcer la coopération internationale |
EXTRAIT DU DOCUMENT ARC/96/4
"SOMMET MONDIAL DE L'ALIMENTATION: BILAN ET PROBLEMES DE LA SECURITE ALIMENTAIRE DANS LA REGION AFRIQUE"
et
DOCUMENT ARC/96/4-Sup.1
"CAMPAGNE NOURRIR LE MONDE"
présentés à la dix-neuvième Conférence régionale
de la FAO pour l'Afrique
III. ACTIONS POUR LA SECURITE ALIMENTAIRE REGIONALE
Projet de contribution de la Conférence régionale pour l'Afrique
au Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation
47. L'Afrique, qui compte plus de la moitié du nombre total des pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV), est la seule région dont la situation en matière de sécurité alimentaire s'est aggravée, au lieu de s'améliorer, au cours des dernières décennies. Outre le nombre croissant de personnes exposées chroniquement à l'insécurité alimentaire, qui risque d'atteindre environ un tiers de la population de la région en 2010, le nombre des réfugiés et personnes déplacées, tant pour des causes humaines que naturelles, est également en hausse. Les besoins d'intervention d'urgence absorbent une part considérable des ressources nationales et internationales aux dépens du développement à plus long terme.
48. Pour que la sous-alimentation en Afrique reste très en dessous des niveaux actuellement prévus pour l'an 2010, il faut agir avec vigueur pour augmenter les revenus et le volume de l'aide alimentaire et accroître ainsi l'ensemble des disponibilités vivrières ainsi que l'accès aux vivres. A cet effet, aucun effort ne doit être épargné pour améliorer l'environnement macroéconomique, institutionnel et structurel, en donnant la priorité au développement des secteurs alimentaires et agricoles, afin que les hausses de la production vivrière dépassent sensiblement les taux de croissance démographique. Pour atteindre des niveaux aussi élevés de croissance de la production, il faudra obtenir des gains notables de productivité du travail et de la terre, étant donné les contraintes physiques et environnementales, qui limitent l'expansion des terres cultivables, et les taux élevés de la croissance démographique et de l'urbanisation. Il faudra également renforcer l'aménagement et la production des ressources halieutiques, étant donné la part importante du poisson dans la sécurité alimentaire de la région. Il faudra, dans le même temps, prendre des mesures urgentes pour créer les infrastructures et les systèmes de commercialisation permettant un approvisonnement alimentaire régulier des populations urbaines et rurales, à des coûts raisonnables.
49. Toutefois, pour garantir la sécurité alimentaire du continent, il faudra que les augmentations de production vivrière aillent de pair avec des mesures visant à assurer des volumes suffisants d'importations. Ceci implique, d'une part, des actions énergiques pour accroître la capacité d'exportation des pays de la région afin qu'ils puissent financer des importations alimentaires commerciales et, d'autre part, une volonté de la communauté internationale de fournir une aide alimentaire suffisante. Il faut améliorer l'accès aux vivres grâce à un développement économique général, avec un effort particulier dans le secteur rural, mais il faut également entreprendre des programmes spéciaux en faveur des groupes pauvres et vulnérables.
50. On estime qu'il faudra un investissement annuel d'environ 10 milliards de dollars E.-U. (dollars de 1993) pour obtenir une croissance annuelle de la production agricole primaire correspondant aux prévisions actuelles de la FAO (2,9 pour cent) pendant la période allant
jusqu'en l'an 2010. Ce taux de croissance permettrait à sept pays seulement de dépasser le niveau de 2 700 calories par habitant en 2010, les sept pays qui sont déjà sur le point d'atteindre cet objectif. Pour que les 35 autres pays atteignent un apport moyen de 2 700 calories, il faudrait, en supposant une augmentation parallèle des importations, que le taux de croissance de la production passe de 3,0 pour cent, comme prévu actuellement, à 4,5 pour cent par an (et de 2,9 à 4,5 pour cent par l'ensemble de la région). Dans une telle hypothèse, les investissements annuels dans la région devraient doubler et passer de 10 à 20 milliards de dollars E.-U. Des taux de croissance de cet ordre soulèveraient d'immenses difficultés, mais ils donnent une mesure des efforts à faire pour obtenir une amélioration sensible de la sécurité alimentaire en Afrique.
51. Dans le cadre du Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation, les mesures prioritaires suivantes, spécifiques à la région, devront être prises pour améliorer rapidement la sécurité alimentaire en Afrique:
52. Les tensions politiques, les guerres, les troubles intérieurs et les exodes de réfugiés qui ont frappé la région ont été les principaux facteurs d'insécurité alimentaire. La réalisation des objectifs de sécuritéalimentaire dépendra fondamentalement de l'aptitude des dirigeants africains à résoudre les problèmes de cet ordre, ou tout au moins à les réduire notablement, et à mettre en place des institutions politiques stables et participatives. Lors des conflits armés, le respect du droit aux vivres des populations menacées suppose le droit de passage et la non-utilisation de l'arme alimentaire.
53. Des systèmes de gestion macroéconomique axés sur le marché ont été largement adoptés dans l'ensemble de la région, notamment dans le cadre de programmes de stabilisation et d'ajustement structurel mis en place avec l'aide d'institutions financières internationales. Toutefois, la mise en oeuvre des réformes a progressé de façon inégale, de nombreux pays ont rencontré de grandes difficultés pour réduire l'intervention de l'Etat et libéraliser les marchés, et le processus initial de réformes a eu des répercussions négatives, particulièrement sur les producteurs et consommateurs de produits alimentaires à faible revenu, qui bien souvent ne pouvaient pas compter sur les dispositfs de sécurité requis. De plus, le bilan des réalisations macroéconomiques a souvent été décevant.
54.a)Assurer la paix, la stabilité et la participation sociale pour parvenir à la sécurité alimentaire dans la région;
b)Améliorer l'environnement économique pour garantir la sécurité alimentaire; il faut, dans cette optique, veiller à la stabilité macroéconomique et faire davantage appel aux marchés et aux agents privés, pour assurer une redistribution efficace de ressources en faveur de l'agriculture, ainsi qu'une croissance et un développement rural accélérés et autonomes;
c)Poursuivre et intensifier une réforme économique et sectorielle à visage humain qui vise la stabilité et la croissance en même temps que des objectifs sociaux et écologiques.
55.a)Assurer la participation de tous les composants de la société civile grâce à des institutions politiques participatives et stables;
b)Mobiliser les initiatives nationales, régionales et internationales pour empêcher les conflits et résoudre les crises;
c)Accompagner les réformes, orientées vers une économie de marché, de dispositifs de sécurité sociale permettant d'assurer l'accès aux vivres et, généralement, la protection des groupes les plus vulnérables;
d)Identifier et éliminer les mesures discriminatoires à l'égard des secteurs agricoles et alimentaires;
e)Réduire encore les interventions des pouvoirs publics ayant des effets de distorsion sur la commercialisation et les prix;
f)Offrir des incitations commerciales pour encourager le secteur privé à faire des investissements et à entreprendre des activités de production dans le secteur agricole;
g)Consacrer une part suffisante des fonds publics à la création prioritaire d'une infrastructure adéquate et des services de soutien nécessaires au développement agricole et rural;
h)Assurer les financements extérieurs nécessaires aux réformes.
56. Un des principaux champs d'intervention est celui des conditions d'accès aux vivres des groupes pauvres et vulnérables à la fois dans les zones urbaines et rurales. De nombreux systèmes alimentaires nationaux existant aujourd'hui en Afrique n'assurent pas une protection suffisante aux groupes les plus pauvres et les plus vulnérables, notamment dans les campagnes, mais bénéficient plutôt aux populations riches et urbaines. En outre, les mesures implicites ou explicites de subventions alimentaires généralisées, non ciblées, en faveur des zones urbaines, sont souvent onéreuses. En fait, l'expérience montre que les subventions alimentaires généralisées ont une efficacité douteuse lorsqu'il s'agit d'assurer un régime alimentaire suffisant à ceux qui en ont besoin (ces subventions bénéficient à tous, leur distribution est régressive, leur maintien coûte cher, et, selon leur niveau, elles peuvent constituer un facteur de distorsion économique). Il faut mettre en place des programmes efficaces de transfert de revenus pour que les ressources limitées qui peuvent être dégagées atteignent les plus démunis.
57. Assurer aux groupes les plus pauvres et vulnérables l'accès à une alimentation suffisante, à la fois dans les campagnes et dans les villes, à un coût raisonnable pour la société.
58.a)Identifier les groupes vulnérables exposés à l'insécurité alimentaire dans les zones tant rurales qu'urbaines (par exemple, les petits exploitants, les éleveurs nomades, les ménages sans travail, les ménages dirigés par des femmes, les vieillards et les handicapés) et en faire les groupes cibles des actions de sécurité alimentaire;
b)Prendre les mesures nécessaires pour augmenter la production et l'autosuffisance des groupes vulnérables;
c)Mettre en oeuvre des programmes d'emploi et de "vivres-contre-travail" à la lumière d'expériences similaires, réalisées sur le continent ou ailleurs.
59. Même si le scénario se vérifie favorable en ce qui concerne le développement économique et agricole, ainsi que l'expansion de la production vivrière nationale, des recettes d'exportation et des revenus, l'aide alimentaire restera à court et moyen termes, indispensable à la sécurité alimentaire du continent africain, à la fois pour répondre aux situations d'urgence et aux conséquences des variations saisonnières des disponibilités vivrières, et pour assurer un approvisionnement global suffisant des marchés intérieurs. Et pourtant, au cours des dernières années, les livraisons d'aide alimentaire en provenance des pays développés ont diminué.
60.a)Maintenir un volume approprié d'aide alimentaire afin de répondre aux situations d'urgence et aux variations saisonnières, et d'assurer des disponibilités vivrières suffisantes pour couvrir les besoins des groupes pauvres et vulnérables;
b)Minimiser les effets négatifs des livraisons d'aide alimentaire sur les incitations destinées aux producteurs nationaux.
61a)Garantir et fournir un volume d'aide alimentaire permettant de couvrir les besoins des pays importateurs, à la fois pour l'aide d'urgence et l'approvisionnement adéquat des marchés intérieurs, en faveur notamment des groupes vulnérables;
b)Promouvoir, le cas échéant, des opérations triangulaires d'aide alimentaire, et contribuer ainsi à encourager la production vivrière du pays et du continent;
c)Améliorer la conception des programmes d'aide alimentaire visant des objectifs de sécurité alimentaire;
d)Concevoir des programmes nationaux et internationaux pour mettre en place des stratégies de planification des secours en cas de catastrophe, ainsi que de passage d'une aide d'urgence à une aide pour le développement, et ce aux niveaux national, régional et international;
e)Renforcer les systèmes d'alerte rapide aux niveaux national et régional.
62. L'insécurité alimentaire est plus répandue en Afrique que dans toutes les autres régions en développement, et 42 pays du continent africain appartiennent au groupe des PFRDV. Une des raisons fondamentales de cette situation est la faible productivité de la production vivrière et agricole, mais, dans le même temps, la plupart des pays ont le potentiel nécessaire pour augmenter sensiblement leur production. Etant donné les difficultés rencontrées pour assurer le financement des aliments provenant de l'extérieur, il est urgent de mobiliser les capacités intérieures pour augmenter rapidement les disponibilités vivrières, notamment dans les zones qui ont un potentiel élevé en termes de productivité, de ressources durables et de commercialisation, afin de couvrir les besoins des populations croissantes des villes et des zones à déficit vivrier.
Objectifs
63.a)Augmenter rapidement les disponibilités vivrières d'au moins 90 pour cent d'ici l'an 2010 dans l'ensemble de la région, en donnant la priorité aux aliments de base, notamment dans les régions à potentiel élevé ayant des caractéristiques agro-écologiques favorables et une infrastructure permettant la distribution et la commercialisation des produits;
b)Lancer, d'ici l'an 2000, dans les 42 PFRDV de la région, des programmes stratégiques ayant les objectifs ci-dessus afin de renforcer les centres nationaux capables d'assurer un approvisionnement alimentaire fiable;
c)Promouvoir une gestion durable des ressources naturelles en matière de production vivrière et agricole, moyennant l'utilisation de systèmes de culture et de modes de production adaptés aux zones à potentiel élevé et aux autres terres.
Au niveau national:
64.a)Formuler et mettre en oeuvre des stratégies et programmes pour accroître rapidement la production vivrière et agricole dans des zones sélectionnées se prêtant bien à des hausses durables de productivité, à un coût raisonable, notamment par la spécialisation et la diversification de la production: d'ici l'an 2010, il faut que les terres non iriguées à potentiel élevé aient augmenté de 20 à 30 pour cent et les superficies irriguées, d'au moins 20 pour cent, avec une préférence pour les systèmes de maîtrise des eaux à faible coût, à petite échelle et à gestion individuelle; mettre progressivement en culture des zones convenant à la production agricole, notamment dans les 5,6 millions de km2 de la savanne humide, par le contrôle et l'éradication des maladies, comme l'onchocercose, la trypanosomiase et le paludisme; améliorer la fertilité des sols tropicaux appropriés par une application à grande échelle de phosphate naturel ou de chaux;
b)Augmenter les rendements des cultures vivrières, notamment lorsqu'il s'agit de cultures de base et qu'il est possible de mobiliser durablement des ressources à potentiel élevé, par l'utilisation de techniques plus performantes adaptées à des systèmes de culture améliorés: en particulier, augmenter d'au moins 50 pour cent les rendements céréaliers; donner aux agriculteurs un plus large accès aux semences et au matériel végétal de qualité, notamment pour les céréales, les racines et tubercules, les plantains et les légumineuses: d'ici à l'an 2010, les semences améliorées devront couvrir au moins 15 pour cent des besoins des agriculteurs (environ 5 pour cent aujourd'hui); accroître et préserver la fertilité des sols et la nutrition des plantes, notamment par la promotion de techniques intégrées;
c)Améliorer l'efficacité de la gestion des eaux; notamment, accroître de 20 pour cent l'efficacité des systèmes existants de maîtrise des eaux, par leur modernisation et leur remise en état, le contrôle de la salinité et de l'engorgement, et une meilleure gestion de l'eau par les agriculteurs sur leurs exploitations;
d)Mettre au point et introduire des systèmes et techniques agricoles adaptés à une production durable dans les zones de cultures pluviales, comprenant une meilleure gestion par les agriculteurs du contrôle et de la conservation des eaux, et de l'humidité des sols; utiliser davantage les variétés culturales résistant à la sécheresse et aux maladies pour assurer une croissance régulière de la production et en réduire les variations;
e)Mettre au point et diffuser des pratiques de gestion pour la protection et la conservation des ressources en terres et en eaux, comprenant des systèmes de culture appropriés ainsi que le recours à la foresterie et aux arbres par la lutte contre la désertification;
f)Augmenter la productivité pour les produits de l'élevage (d'au moins 3 à 4 pour cent par an pour la viande et 3 pour cent pour le lait) grâce à une meilleure intégration de l'élevage et des cultures, aux services vétérinaires et à l'amélioration des races; améliorer la nutrition animale par des systèmes de gestion plus durables et plus efficaces des pâturages, comprenant la production de fourrages de meilleure qualité;
g)Réduire les pertes de produits alimentaires dans l'ensemble de la filière production-commercialisation-transformation, notamment pendant les opérations après-récolte, grâce à des pratiques plus efficaces et plus durables, en commençant par la lutte intégrée contre les ravageurs au stade de la production et à tous les autres niveaux;
h)Renforcer la recherche agricole appliquée et les services de vulgarisation et de diffusion pour apporter les techniques appropriées aux divers systèmes de production, en particulier pour augmenter la stabilité de la production dans les systèmes d'aridoculture à faible utilisation d'intrants; renforcer les services de soutien de la production et les mécanismes de financementrural au niveau local;
i)Intensifier considérablement la production halieutique et l'approvisionnement en poissons pour faire face à l'augmentation de la demande qui devrait presque doubler d'ici à l'an 2010 et atteindre 8 millions de tonnes, en particulier dans les secteurs de l'aquaculture et des pêches continentales; améliorer la gestion des ressources des pêches marines;
j)Renforcer la capacité des pouvoirs publics en matière de planification, de mise en oeuvre, de coordination et de suivi des mesures et des programmes destinés à accroître rapidement et durablement la production et la distribution des vivres.
Au niveau sous-régional et régional:
65.a)Elargir et renforcer, en collaboration avec les centres du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) situés dans la région, les échanges de techniques et de méthodes appropriées de production vivrière et agricole;
b)Renforcer la coopération par la réalisation de programmes communs traitant de questions spécifiques comme les ravageurs et maladies transfrontières des plantes et des animaux, et les systèmes d'alerte rapide;
c)Intensifier la coopération pour la gestion commune des ressources partagées, notamment les ressources en eau des bassins hydrographiques et des lacs communs, et les ressources halieutiques;
d)Améliorer et assurer l'entretien des infrastructures de transport transfrontière; collaborer à la mise en place d'infrastructures de communication et de logistique.
66. Il faut absolument relancer et diversifier le secteur de l'exportation, pour les raisons suivantes: les ressources financières dont la région a besoin pour couvrir les importations nécessaires à sa subsistance et à son développement augmentent rapidement; les perspectives d'aide financière et d'aide alimentaire internationales ne sont guère encourageantes, et on peut prévoir une augmentation des pressions dans les années à venir pour que la capacité d'importation soit assurée localement; les perspectives commerciales de plusieurs denrées essentielles exportées par la région sont, dans une certaine mesure, meilleures que lors de la dernière décennie, particulièrement catastrophique. Au même moment, la libéralisation des marchés internationaux découlant du cycle d'Uruguay peut offrir de nouvelles possibilités aux exportateurs de denrées agricoles. Toutefois, les mesures favorisant les exportations agricoles ne doivent pas compromettre, mais plutôt accompagner les efforts de développement de la production vivrière.
67. Insuffler efficacité, dynamisme et compétitivité aux secteurs traditionnels d'exportation, tout en diversifiant les exportations, pour augmenter les revenus, notamment dans les zones rurales, et pour couvrir le coût croissant des importations.
68.a)Explorer les possibilités de renforcer le commerce régional, notamment par les mesures suivantes: recherche de domaines de complémentarité et harmonisation des mesures en matière de soutien, de fiscalité et de commercialisation; coopération pour la suppression des barrières douanières au niveau régional; la mise au point, en vue de négociations commerciales globales, de stratégies communes garantissant un accès équitable aux marchés mondiaux et insistant sur la nécessité d'un traitement spécial réservé aux pays pauvres de la région, tributaires des échanges agricoles;
b)Fournir l'infrastructure et les services d'appui nécessaires pour accroître l'efficacité, réduire les coûts et augmenter la compétitivité de la production et de la commercialisation des produits agricoles d'exportation;
c)Promouvoir la diversification des exportations en intégrant à la fois des produits non traditionnels à forte valeur marchande et des produits ayant acquis une valeur ajoutée par la transformation;
d)Mettre à profit les nouvelles possibilités qui peuvent naître de la libéralisation des marchés internationaux après le cycle d'Uruguay;
e)Prospecter les possibilités d'exportation vers les nouveaux marchés qui connaissent un essoréconomique rapide ou qui consomment peu de produits exportés par la région;
f)Mettre en place des systèmes de prévisions et d'informations commerciales qui fournissent aux agriculteurs et aux exportateurs des indications correctes;
g)Supprimer dans les infrastructures, les institutions et les systèmes d'information, les obstacles qui empêchent que la fluctuation des cours mondiaux des produits agricoles de base ne se répercute sur les producteurs de denrées d'exportation;
h)Adopter des mécanismes axés sur le marché, permettant de de stabiliser les prix et les revenus, y compris contrats à terme, contrats à options et accords de crédit croisé;
i)Créer des programmes nationaux de contrôle de la qualité et de l'innocuité des produits alimentaires vendus dans la région à la fois pour la consommation intérieure et pour l'exportation.
69. Etant donné l'ampleur de l'insécurité alimentaire et les graves contraintes qui pèsent sur les ressources dans de nombreuses régions, il faut absolument que les mesures d'accroissement de la production vivrière s'accompagnent d'un développement rural plus vaste, qui soit à la fois durable et participatif. Si, dans les zones à potentiel élevé, le développement rural mise fortement sur la production agricole, il faudra, dans les zones à faible potentiel et dans les zones marginales, chercher à diversifier l'économie et insister sur la conservation des ressources fragiles.
70.a)Accroître la participation effective des agriculteurs et des producteurs au processus de développement agricole et rural;
b)Améliorer le caractère autonome de la sécurité alimentaire des zones rurales, par la hausse des revenus ruraux;
c)Promouvoir et faciliter un développement rural plus large et plus autonome, notamment en améliorant l'infrastructure et les mécanismes commerciaux, en organisant l'accès aux techniques améliorées, aux services de soutien et aux intrants, et en augmentant la stabilité des régimes fonciers.
Au niveau national:
71.a)Promouvoir et mettre en oeuvre des programmes de développement agricole et rural visant à créer des emplois agricoles et non agricoles et créer des infrastructures pour améliorer les services et la commercialisation ;
b)Elaborer des mécanismes financiers participatifs pour l'entretien et la réparation des infrastructures rurales existantes;
c)Améliorer les régimes fonciers et la sécurité de jouisssance des agriculteurs et producteurs, notamment dans le cas des agriculteurs pauvres et des femmes exploitantes, non seulement par souci d'équité sociale mais aussi comme incitation à une productivité accrue et à l'aménagement durable des ressources naturelles;
d)Renforcer la participation autonome des agriculteurs à la planification et à la mise en oeuvre d'activités de développement au niveau des communautés locales, par la promotion d'organisations participatives d'agriculteurs et de producteurs, notamment de petits exploitants et d'agricultrices;
e)Suivre et étudier les effets du développement agricole et rural sur l'environnement, et intégrer les enseignements qui en découlent dans des programmes et stratégies appropriés.
Au niveau sous-régional et régional:
72. Echanger et transférer les enseignements tirés de problèmes communs pour intensifier le développement agricole et rural dans les pays de la région.
73. La région a enregistré des taux élevés de croissance démographique qui ont rendu plus impérativel'expansion de la production agricole, accru les contraintes pesant sur les ressources naturelles et mis rudement à contribution les services sociaux et les systèmes de valorisation des ressources humaines. Les niveaux de d'instruction et l'accès à l'information et aux soins de santé sont restés faibles dans la région. L'insuffisance des structures d'éducation et de formation entrave le développement général et la sécurité alimentaire à tous les niveaux d'activité, depuis l'agriculture de base jusqu'à la conception des grandes options et à leur mise en application. De grandes fractions de la population sont restées économiquement et culturellement en marge. Les femmes, notamment, jouent un rôle primordial dans la production agricole et la sécurité alimentaire des ménages, mais ont un accès insuffisant au travail, à la formation et aux facteurs de production.
74.a)Réduire la pauvreté, le chômage et l'exclusion sociale qui touchent les zones rurales de la région, mais pas seulement elles, conformément aux principes définis par le Sommet mondial pour le développement social de Copenhague, en tant que condition préalable à la sécurité alimentaire;
b)Intégrer les questions de population dans les stratégies de développement afin de contenir les taux de croissance démographique dans des limites compatibles avec une croissance durable de la production et avec le bien-être de chaque individu;
c)Valoriser les ressources humaines en matière de développement et de sécurité alimentaire en améliorant les niveaux d'instruction et de santé, ainsi qu'en donnant aux femmes un rôle et des moyens appropriés au niveau des décisions et des opérations.
Au niveau national:
75.a)Elaborer des politiques démographiques nationales conformes aux recommandations de la quatrième Conférence mondiale sur la population;
b)Réorienter l'affectation des ressources consacrées à la santé, à l'éducation et aux services sociaux de façon à rectifier le peu d'attention accordé aux zones rurales dans ces domaines;
c)Promouvoir une large participation à la formulation et à la mise en oeuvre de mesures et programmes touchant à la sécurité alimentaire (décentralisation, transparence et allocation de ressources) le but étant de renforcer les aptitudes de la société civile ainsi que de créer des organisations et des activités au niveau des communautés locales;
d)Renforcer les mesures et programmes garantissant une participation égalitaire des femmes à tous les aspects de la vie sociale, notamment ceux qui contribuent à la réalisation de la sécurité alimentaire, et leur faciliter l'accès à toutes les ressources requises;
e)Réorienter et élaborer des mesures et des programmes de développement rural à l'appui de la santé, de l'éducation et des besoins financiers des femmes en tant que producteurs agricoles principaux.
Au niveau sous-régional et régional:
76.a)Renforcer la coopération régionale pour mieux comprendre les conséquences des migrations transfrontières;
b)Créer les conditions d'un rapatriement volontaire des réfugiés dans leur pays d'origine et d'une réinsertion dans leurs structures sociales et leurs activités, avec des conditions adéquates de sécurité et d'accès aux vivres.
Responsabilités concernant la mise en oeuvre des actions prioritaires
77. Les gouvernements nationaux ont la responsabilité fondamentale de créer les conditions nécessaires à la sécurité alimentaire dans leurs pays: avant tout la paix, et des institutions stables et participatives, avec l'apaisement rapide des situations de conflits armés et de troubles intérieurs qui ont provoqué une grave insécurité alimentaire dans une grande partie de la région. Les gouvernements nationaux ont également la responsabilité de créer un environnement économique et social favorable à une croissance rapide, durable et équitable, dans lequel le développement agricole et rural doit jouer un rôle primordial. Plus précisément, les gouvernements parviendront à la sécurité alimentaire en s'engageant résolument dans les actions prioritaires énumérées ci-dessus. Il faudra pour cela mettre en place des structures et des mécanismes appropriés et associer à cet effort tous les organismes publics concernés, mais également le secteur privé et la société civile en général.
78. Les gouvernements partagent également avec d'autres pays, africains et non africains, et avec les organisations internationales et non gouvernementales, la responsabilité de poursuivre les objectifs de sécurité alimentaire.
Responsabilités à l'échelon régional et sous-régional
79. Les gouvernements de la région devront coopérer pour:
a)Renforcer les mécanismes de coopération régionale en matière d'agriculture et d'alimentation en vue de la sécurité alimentaire, y compris les organisations intergouvernementales et les instituts de recherche africains;
b)Encourager les échanges de techniques de production alimentaire et agricole, en particulier celles permettant une mise en valeur rapide des zones à potentiel élevé, notamment par la création de réseaux de coopération technique;
c)Mettre en commun les enseignements, les techniques et les ressources pour la mise au point de systèmes durables de production alimentaire et agricole dans les zones d'aridoculture;
d)Instaurer des programmes communs de lutte contre les ravageurs et maladies transfrontières des plantes et des animaux;
e)Elargir le champ d'action des systèmes nationaux d'information et d'alerte rapide pour instaurer des réseaux régionaux d'informations sur les perspectives de récolte et sur les marchés;
f)Elargir la coopération à la gestion collective des ressources communes, en particulier des ressources hydrologiques et halieutiques, notamment par le renforcement des organisations intergouvernementales régionales;
g)Renforcer les systèmes de transports transfrontières et les autres infrastructures.
Responsabilités internationales
80. La communauté internationale et ses institutions apporteront leur appui aux gouvernements nationaux et aux institutions concernées pour:
a)Formuler et mettre en oeuvre des politiques macroéconomiques et sectorielles qui améliorent le cadre économique d'ensemble pour la sécurité alimentaire;
b)Garantir un appui financier adéquat aux pays à déficit vivrier de la région qui ont de graves difficultés à financer leurs besoins alimentaires;
c)Planifier, exécuter et suivre les programmes et projets pour l'expansion rapide de la capacité de production et d'approvisionnement alimentaires dans les zones à potentiel élevé; accélérer le développement rural; et assurer une utilisation durable des ressources naturelles pour la production alimentaire et agricole;
d)Renforcer les systèmes d'alerte rapide tant à l'échelon régional qu'international;
e)Appliquer la Convention des Nations Unies sur la désertification;
f)Garantir la fourniture, en temps voulu, d'une aide alimentaire suffisante pour répondre aux situations d'urgence et assurer des disponibilités adéquates à l'échelon national, et chercher à améliorer les programmes d'aide alimentaire conçus à l'appui de la sécurité alimentaire;
g)Aider à élaborer, en coopération avec les gouvernements nationaux, des programmes stratégiques de planification des secours en cas d'urgence et de passage d'une aide d'urgence à une aide au développement;
h)Appliquer la Décision du Cycle d'Uruguay sur les mesures concernant les effets négatifs possibles du programme de réforme sur les pays les moins avancés et sur les pays en développement importateurs nets de produits alimentaires.
Rôle attendu de la société civile
81. L'orientation des mesures vers une libéralisation économique et la réduction de l'intervention de l'Etat en matière de commercialisation et de fixation des prix, implique en contrepartie un rôle plus important du secteur privé dans des activités intéressant la sécurité alimentaire, notamment l'investissement, la production agricole, la commercialisation et le négoce ainsi que la fourniture d'intrants. Ensuite, l'importance récente accordée à un développement à assises plus larges suppose une participation plus active de fractions de la société jusque-là marginalisées, notamment des femmes, des petits exploitants et des pauvres.
82. En particulier, le secteur privé, les organisations non gouvernementales (ONG) et les groupes d'intérêts ont un rôle important à jouer en ce qui concerne les points suivants:
a)Transfert de technologies, investissement et formation professionnelle dans le cadre d'activités commerciales;
b)Promotion et application des principaux accords internationaux comme la Convention internationale pour la protection des végétaux;
c)Aménagement durable des ressources; le secteur privé joue notamment un rôle clé dans les investissements relatifs aux systèmes d'irrigation et à la maîtrise de l'eau;
d)Fourniture aux agriculteurs d'intrants, de services et de réseaux de commercialisation;
e)Réalisation d'investissements privés et d'activités commerciales pour assurer un approvisionnement alimentaire adéquat et stable dans les zones urbaines;
f)Promotion et appui des programmes de mise en valeur des zones d'aridoculture. Les organisations non gouvernementales, en particulier, ont tout à fait intérêt à travailler avec les populations locales en vue de leur participation à la réalisation de la sécurité alimentaire.
83. La société dans son ensemble, y compris les institutions et gouvernements locaux ainsi que les organisations non gouvernementales, doit assurer, avec l'autorité suffisante, la participation effective des femmes aux principales décisions et activités visant la sécurité alimentaire.
DIX-NEUVIEME CONFERENCE REGIONALE DE LA FAO POUR L'AFRIQUE
Ouagadougou (Burkina Faso), 16-20 avril 1996
CAMPAGNE "NOURRIR LE MONDE" (DOCUMENT ARC/96/4-Sup.1)
1. En décidant de convoquer à Rome, du 13 au 17 novembre 1996, un Sommet mondial de l'alimentation qui réunirait les chefs d'Etat et de gouvernement, la Conférence de la FAO a réaffirmé dans sa Résolution 2/95, adoptée le 31 octobre 1995, "le droit inaliénable d'être libéré de la faim et de la malnutrition" proclamé dans la Déclaration universelle sur l'éradication de la faim et de la malnutrition, qui a été adoptée par la Conférence mondiale de l'alimentation en 1974. Elle a aussi réaffirmé la nécessité de parvenir à la sécurité alimentaire pour tous, telle qu'elle est stipulée dans la Déclaration sur l'alimentation et l'agriculture à l'occasion du cinquantième anniversaire. La Conférence a admis le fait que la faim et la malnutrition pouvaient constituer une menace pour la sécurité des nations, des régions et de la communauté mondiale. Elle a en outre reconnu qu'il fallait entreprendre des activités visant à garantir la sécurité alimentaire à tous les niveaux, en particulier au niveau des ménages, dans le cadre du développement durable défini dans Action 21.
2. En définissant les objectifs du Sommet, la Conférence a déclaré notamment que celui-ci devrait sensibiliser l'opinion mondiale au problème de la sécurité alimentaire et promouvoir la recherche de solutions et qu'il devrait également définir un cadre de politique générale et adopter un Plan d'action qui serait mis en oeuvre par les gouvernements, les institutions internationales et tous les secteurs de la société civile, en vue de progresser constamment dans la voie de la sécurité alimentaire universelle.
3. La Conférence a rappelé la contribution utile des organisations non gouvernementales, du secteur privé, des milieux universitaires et des chercheurs, ainsi que des médias et d'autres groupes, aux conférences et initiatives internationales. A cet égard, tout en invitant les pays à participer activement aux préparatifs et aux activités de suivi, la Conférence leur a demandé d'encourager aussi la participation de ces différents secteurs de la société au processus préparatoire, au Sommet proprement dit le cas échéant et aux mesures qui y feront suite.
4. Afin que le Sommet soit couronné de succès et que la Campagne sur le thème "Nourrir le monde" aboutisse, il est essentiel que les initiatives qui seront prises pour donner suite au Sommet fassent l'objet d'une action concertée et coordonnée à l'échelle des pays, avec la participation non seulement des gouvernements, mais aussi des organisations non gouvernementales, du secteur privé, des milieux universitaires et des instituts de recherche, des femmes, des associations de jeunes et de la société civile en général. Cette participation des différents segments de la société pourrait se faire par le biais d'un mécanisme mis en place dans les pays, qui constituerait le moteur des efforts déployés pour atteindre l'objectif fixé à l'échelle nationale et internationale. Ce mécanisme serait la force motrice d'une Campagne sur le thème "Nourrir le monde", qui pourrait être lancée par le Sommet mondial de l'alimentation afin de maintenir l'élan engendré par ce Sommet, de seconder l'action entreprise et de garantir le succès des activités de suivi.
5. La Campagne "Nourrir le monde" susciterait ainsi un mouvement d'opinion grâce auquel le grand public serait informé des questions fondamentales liées à la sécurité alimentaire; elle proposerait des solutions aux problèmes de production vivrière et de sécurité alimentaire; enfin, elle faciliterait le dialogue et la collaboration entre les gouvernements, le secteur privé, les organisations non gouvernementales et la société civile dans son ensemble. La Campagne pourrait jouer un rôle décisif en facilitant la mise en oeuvre des mesures qui feront suite au Sommet mondial de l'alimentation. Le mécanisme national mis en place pour promouvoir la Campagne "Nourrir le monde" pourrait être placé sous la responsabilité du secteur non gouvernemental, ce qui lui permettrait de fonctionner avec plus de souplesse et de dynamisme et de compléter l'action menée par les comités nationaux FAO, avec lesquels il devra établir des liens étroits.
6. La Conférence régionale pourrait envisager de recommander que la Campagne "Nourrir le monde" soit lancée au moment même où se tiendra le Sommet mondial de l'alimentation, qui en définirait le mandat et les objectifs. Le dispositif qui servira de support à cette Campagne sera adapté à la situation particulière de chaque pays.