VINGTIEME CONFERENCE REGIONALE DE LA FAO
POUR L'EUROPE
(en coopération avec la Commission économique
des Nations Unies pour l'Europe)


Tel Aviv (Israël), 29 avril - 3 mai 1996


SOMMET MONDIAL DE L'ALIMENTATION:
SITUATION DE LA SECURITE ALIMENTAIRE EN EUROPE
ET PROBLEMES Y AFFERENTS


TABLE DES MATIERES

Page
I.TENDANCES DE LA SECURITE ALIMENTAIRE MONDIALE 1
II.LA SECURITE ALIMENTAIRE DANS LA REGION EUROPE: TENDANCES, PERSPECTIVES ET PROBLEMES 3
1.Situation et perspectives globales de la sécurité alimentaire 3
2.Perspectives de la sécurité alimentaire pour les économies de marché traditionnelles (EMT) 4
Nature du problème de sécurité alimentaire 4
Perspectives de la sécurité alimentaire pour les économies de marché traditionnelles (EMT) 5
La contribution de la sous-région aux disponibilités alimentaires mondiales 5
3.Causes et nature de l'insécurité alimentaire dans les économies en transition 6
Perspectives de la sécurité alimentaire dans les pays 7
d'Europe centrale et orientale (PECO) 7
Perspectives de la sécurité alimentaire dans les Etats baltes et la Communauté des Etats indépendants 8
4.Le rôle de la région dans la sécurité alimentaire mondiale 9
Contribution de la région au potentiel d'exportation des pays en développement 10
Les effets de la libéralisation des échanges 10
Aide publique au développement (APD), stocks vivriers et aide alimentaire 10
Libéralisation des échanges et stocks vivriers: incidences sur la stabilité de l'aide alimentaire et les prix des denrées 11
5.Sommet mondial de l'alimentation et objectifs régionaux pour la sécurité alimentaire 12
III.MESURES A PRENDRE EN FAVEUR DE LA SECURITE ALIMENTAIRE REGIONALE 13
1.Assurer un environnement politique et économique favorable à la sécurité alimentaire 14
Plateforme pour l'action 14
Objectifs14
Mesures à prendre 14
2.Assurer à ceux qui sont exposés à l'insécurité alimentaire des filets de sécurité et des systèmes de protection sociale durables 15
Plateforme pour l'action 15
Objectifs15
Mesures à prendre 15
3.Garantir les approvisionnements alimentaires 16
Plateforme pour l'action 16
Objectifs16
Mesures à prendre 16
4.Renforcer le rôle de l'Europe dans l'amélioration de la sécurité alimentaire mondiale 17
Plateforme pour l'action 17
Objectifs17
Mesures à prendre 18
Tableau 1 19
Tableau 2 22


1. Le Comité de la sécurité alimentaire mondiale a manifesté son intention de tirer parti des perspectives des Conférences régionales sur les questions, politiques et actions importantes propres à chaque région pour la sécurité alimentaire régionale et mondiale, comme contribution au Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation. L'objectif du présent document est de favoriser les échanges de vues au niveau régional sur la sécurité alimentaire en Europe et sur le rôle de la région dans la sécurité alimentaire mondiale. Des documents semblables ont été préparés pour les autres Conférences régionales qui se tiendront en 1996.

I. TENDANCES DE LA SECURITE ALIMENTAIRE MONDIALE

2. Au cours des trois dernières décennies, la production alimentaire mondiale a augmenté plus vite que la population. La production alimentaire par habitant est aujourd'hui supérieure d'environ 18 pour cent à celle d'il y a 30 ans. Les disponibilités alimentaires pour la consommation humaine directe équivalent à quelque 2 700 calories par personne et par jour, contre 2 300 calories il y a 30 ans. En Europe occidentale, les disponibilités alimentaires par habitant s'établissent à quelque 3 500 calories et en Amérique du Nord à environ 3 600. A l'opposé, en Afrique, les disponibilités alimentaires moyennes par habitant ne sont que de 2 300 calories.

3. Quoique les disponibilités alimentaires par habitant se soient considérablement accrues, plus de 800 millions de personnes dans les pays en développement étaient sous-alimentées au début des années 90. Plus nombreux encore sont ceux qui souffrent de maladies débilitantes liées aux carences en micronutriments et à la contamination des aliments et de l'eau. Chaque jour, une personne sur cinq dans le monde en développement ne peut se procurer assez d'aliments pour couvrir ses besoins journaliers; dans 17 pays africains, deux ou trois personnes sur cinq n'ont pas suffisamment d'aliments. Les régions Europe occidentale, Amérique du Nord, Proche-Orient et Amérique latine et Caraïbes affichaient le pourcentage le plus bas de sous-alimentés. C'est en Asie que le nombre de sous-alimentés est le plus élevé, bien qu'en baisse, mais, en Afrique, leur nombre a augmenté dans l'absolu et, souvent, en pourcentage de la population totale.

4. A la sous-alimentation chronique viennent s'ajouter les troubles intérieurs et les guerres qui ont des incidences négatives sur des millions de personnes. Bien qu'une aide alimentaire leur soit fournie pour alléger leurs souffrances, le volume d'aide par personne est trop souvent insuffisant pour garantir une bonne santé. La forte réduction des disponibilités d'aide alimentaire au cours des trois dernières années a amoindri la capacité de faire face aux situations de crise.

5. Pour que chaque personne sous-alimentée puisse couvrir ses besoins énergétiques (2 200 calories par jour), il faudrait, en moyenne, 570 calories de plus par jour. Nous sommes loin naturellement d'une estimation réaliste des calories nécessaires pour éliminer la malnutrition. La consommation alimentaire mondiale en 1990-92 était inférieure à ces besoins d'environ 3 pour cent. En termes plus concrets, étant donné que les céréales représentent à peu près 60 pour cent de l'apport calorique de la population des pays en développement, le déficit céréalier serait de quelque 30 millions de tonnes (contre environ 9-12 millions de tonnes d'aide alimentaire ces dernières années). Le déficit vivrier varie fortement d'une région à l'autre, allant d'un pourcentage négligeable dans certains pays industrialisés d'Occident à quelque 5 pour cent dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV), 10 pour cent en Afrique et près de 5 pour cent dans les pays en développement pris dans leur ensemble.

6. D'après l'étude FAO Agriculture mondiale: horizon 2010 (1995), tout laisse prévoir que les tendances à l'accroissement des disponibilités alimentaires par habitant dans la plupart des pays en développement se poursuivront. Pour ces pays considérés dans leur ensemble, les disponibilités moyennes par habitant devraient atteindre 2 730 calories en 2010 - soit une augmentation importante par rapport aux 2 520 calories des années 1990-92.

7. Malgré ces progrès, les projections concernant le nombre de sous-alimentés dans les pays en développement d'ici à l'an 2010 oscillent entre 700 et 800 millions. L'Asie du Sud et l'Afrique restent les deux régions où est concentré le plus grand nombre de sous-alimentés. Néanmoins, s'il est prévu qu'en Asie du Sud leur nombre diminuera fortement, portant leur part de la population totale à un niveau proche de la moyenne de l'ensemble des pays en développement (12 pour cent), en Afrique le nombre des sous-alimentés devrait augmenter d'environ 100 millions pour atteindre plus de 300 millions de personnes, principalement dans les PFRDV.

8. La sous-alimentation devrait se maintenir en dépit de l'accroissement des importations de produits alimentaires dans les pays en développement. Les importations nettes de céréales devraient croître, passant de près de 90 millions de tonnes en 1989-91 à quelque 162 millions de tonnes en l'an 2010; et le taux d'autosuffisance en céréales devrait globalement fléchir, passant de 92 pour cent à 90 pour cent. Les augmentations les plus importantes sont prévues pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord (33 millions de tonnes) et l'Amérique latine et les Caraïbes (15 millions de tonnes), mais un petit nombre seulement de pays de ces régions connaissent actuellement de graves pénuries de devises.

9. Le quasi-doublement du déficit commercial céréalier net (de 27 à 50 millions de tonnes) prévu pour l'Afrique, d'autre part, est plus inquiétant étant donné la situation précaire de la balance des paiements dans bon nombre de pays de la région et les perspectives défavorables pour beaucoup d'entre eux, notamment ceux qui doivent continuer à financer leurs besoins croissants d'importations alimentaires en utilisant les recettes tirées de leurs exportations agricoles.

10. Faute d'un surcroît d'effort, la sous-alimentation continuera de tenailler des centaines de millions de personnes. Il ne faut donc négliger aucun effort pour réduire le taux de sous-alimentation et de malnutrition aussi vite que possible et sur une zone géographique aussi vaste que possible, de manière à parvenir d'ici à l'an 2010 à un meilleur résultat que celui prévu dans l'étude Agriculture mondiale: Horizon 2010.

11. La quantité supplémentaire d'aliments nécessaires pour porter la consommation des 700 à 800 millions de sous-alimentés prévus à un niveau garantissant une vie saine est peu importante par rapport aux besoins de la population mondiale. Par conséquent, la question n'est pas de savoir si le monde dans son ensemble peut produire ces quantités supplémentaires d'aliments, mais plutôt comment faire en sorte que les pays ayant la plus forte concentration de sous-alimentés assurent à leurs ressortissants un meilleur accès aux vivres. Cela supposerait des augmentations substantielles de la capacité d'importation de produits alimentaires, de l'aide alimentaire internationale, des revenus et de la production vivrière dans les pays où l'on prévoit, en 2010, des disponibilités alimentaires peu abondantes et une forte sous-alimentation. Pour cette catégorie de pays en développement, il est prévu que les disponibilités alimentaires par habitant s'établiront à 2 360 calories en 2010. Pour qu'aucun d'entre eux n'ait moins de 2 700 calories à ce moment-là (ce qui, sur la base des niveaux actuels de revenu et d'aide alimentaire, porterait le taux de sous-alimentation dans les pays en développement à un chiffre plus modéré de 6 pour cent, soit 330 millions de personnes), il faudrait que leurs disponibilités alimentaires augmentent de 3,5 pour cent par an et non de 2,7 pour cent comme prévu actuellement. Cela exigerait une augmentation de 10 à 12 pour cent de la production mondiale et une progression annuelle de 2 pour cent par an, contre 1,8 pour cent actuellement projeté jusqu'en 2010. Mais la provenance des denrées alimentaires supplémentaires est une considération encore plus importante. C'est là un grand défi pour les pays et les régions où les taux de sous-alimentation sont élevés, et pour la communauté internationale. Par exemple, si les aliments devaient venir de la région elle-même, la production africaine devrait croître de 4,0 pour cent par an pendant 20 ans, malgré l'augmentation des importations aux conditions du marché ou à des conditions privilégiées, contre une croissance de 2,0 pour cent durant 1970-90 et le taux de 2,9 pour cent projeté jusqu'à 2010. Cet objectif risque de ne pas être réalisable, d'un point de vue économique ou écologique.

12. Augmenter la production alimentaire mondiale, principalement là où le milieu naturel la rend compatible avec la perennité de la base de ressources; assurer la satisfaction des besoins alimentaires croissants pour un coût modéré; relever et répartir les revenus de manière à permettre à un nombre croissant de personnes de couvrir leurs besoins alimentaires; fournir une aide alimentaire aux pauvres et aux groupes vulnérables; et assurer l'accès aux disponibilités alimentaires et leur stabilité: tels sont les objectifs que tous les pays, les régions et la communauté internationale doivent poursuivre sans relâche pour empêcher que les prévisions les plus néfastes ne se réalisent.

II. LA SECURITE ALIMENTAIRE DANS LA REGION EUROPE: TENDANCES, PERSPECTIVES ET PROBLEMES

  1. Situation et perspectives globales de la sécurité alimentaire

13. La sécurité alimentaire universelle a été un objectif prioritaire de la région européenne pendant des décennies. Dans la région, les disponibilités alimentaires par personne étaient de plus de 3 000 calories en moyenne par jour en 1960 et dépassaient 3 400 calories en 1990, quantité que les nutritionnistes jugent abondante à excessive. Mais on relève des différences importantes dans la région. La division politique et économique existant depuis longtemps entre les économies de marché et les économies centralement planifiées a cédé le pas, au début des années 90, à une distinction entre les économies de marché traditionnelles (EMT) et les pays en transition vers une économie de marché. A la suite de l'effondrement du système à planification centralisée, les pays concernés ont connu des bouleversements économiques, politiques et sociaux qui ont fortement freiné l'activité économique et perturbé les secteurs productifs. Les violents conflits qui ont accompagné la désintégration de l'ex-Yougoslavie comme de l'ex-URSS ont encore aggravé les difficultés économiques et l'insécurité alimentaire provoquée par l'effondrement des vieux systèmes.

14. Dans la plupart des pays en transition, la première moitié de la présente décennie a vu un amoindrissement des disponibilités alimentaires par personne. La majorité de ces pays n'ont pu assurer des dispositifs de sécurité alimentaire adéquats pendant la transition. De plus, les pressions relativement fortes dues au chômage et aux difficultés budgétaires dans les pays d'Europe occidentale ont conduit à réexaminer les systèmes de protection sociale qui ont été maintenus au fil des ans.

15. La croissance démographique dans la région continuera vraisemblablement de diminuer et, dans plusieurs pays, il y aura même une baisse du nombre d'habitants. En 2010, les habitants de la région seront un peu plus nombreux qu'aujourd'hui. La diminution des nouveaux venus sur le marché de l'emploi et l'augmentation du nombre des personnes âgées feront croître le poids des inactifs. L'évolution démographique laisse donc supposer qu'il y aura peu de possibilités de voir augmenter globalement la quantité d'aliments nécessaires pour couvrir les besoins nutritionnels. En outre, un régime alimentaire adéquat peut être maintenu avec des disponibilités alimentaires par personne inférieures aux niveaux élevés atteints dans la région en 1990-92.

16. Toutefois, l'économie régionale se développera et les revenus augmenteront. Il s'ensuit que l'apport calorique moyen pourrait encore se maintenir à un niveau dépassant les besoins nutritionnels. La hausse des revenus devrait continuer à stimuler des changements progressifs dans la composition de l'assortiment alimentaire, ce qui exigera probablement des procédés de transformation plus sophistiqués et des produits alimentaires de base abondants. Néanmoins, une part moins importante du revenu sera allouée à l'alimentation, et assurer des vivres pour tous sera une tâche relativement facile pour la région, en particulier pour les EMT. Toutefois, les pays en transition se trouvent devant une tâche beaucoup plus difficile et certains d'entre eux devront encore attendre des années avant d'assurer la sécurité alimentaire universelle.

17. Le taux annuel de croissance de la production alimentaire dans la région a progressivement ralenti, passant de 1,7 pour cent dans les années 70 à 1,3 pour cent dans les années 80 et -3,1 pour cent entre 1990 et 1995. Le niveau de la production alimentaire de 1989 n'a pas pu être égalé durant la première moitié des années 90. Dans les EMT, la production alimentaire a diminué en moyenne de -0,8 pour cent par an de 1990 à 1995. Pendant la même période, une forte baisse de la production alimentaire a été enregistrée dans les pays en transition, et en particulier dans les pays de l'ex-URSS où elle a fléchi en moyenne de -6,8 pour cent par an. La production céréalière pour la période 1990-1994 a reculé en moyenne de -1,9 pour cent, -5,8 pour cent et -7,5 pour cent par an dans les EMT, les pays d'Europe centrale et orientale (PECO) et ceux de l'ex-URSS respectivement. Dans les pays en transition, le secteur de l'élevage s'est presque effondré. Dans les Etats baltes et les pays de la Communauté des Etats indépendants (EB et CEI), les effectifs de bovins et de porcins se sont réduits respectivement de 22 et 37 pour cent, entre 1989 et 1995, alors que dans les PECO, les chiffres correspondants étaient de 14 et 10 pour cent.

18. La distinction entre économies de marché traditionnelles et pays en transition est nécessairement temporaire. Plusieurs parmi ces derniers ont déjà accompli des progrès importants sur la voie des réformes; cependant, beaucoup ont de grandes difficultés à transformer leurs systèmes économiques et politiques. Pour ces pays, le redressement exigera plus de temps et d'application, et la situation de leur sécurité alimentaire à moyen terme continuera d'être un sujet de préoccupation. La situation de la sécurité alimentaire étant aujourd'hui hétérogène en Europe, les perspectives pour la Région sont examinées pour trois groupes de pays, EMT, PECO et EB et CEI.

2. Perspectives de la sécurité alimentaire pour les économies de marché traditionnelles (EMT)

Nature du problème de sécurité alimentaire

19. Pour les EMT, la disponibilité énergétique alimentaire (DEA) est estimée à 3 480 calories par personne et par jour. Bien que la consommation alimentaire moyenne soit élevée dans ces pays, des îlots d'insécurité alimentaire existent partout, même dans les plus développés. La plupart d'entre eux ont mis en place des dispositifs de protection très variés, notamment soutien des revenus, indemnisation du chômage, services de santé de base et programmes d'aide alimentaire directe, souvent avec la participation importante d'associations civiles. Ces mesures et programmes font de l'insécurité alimentaire un problème marginal, limité à des groupes tels que personnes âgées à revenu fixe ou chômeurs chroniques ne bénéficiant pas des systèmes de protection sociale.

20. Dans certaines des EMT, les filets de protection sociale et de sécurité ont été réduits sous l'effet des mesures d'austérité budgétaire alors que, dans d'autres, ils sont actuellement réexaminés et pourraient être ajustés. Ces ajustements ont lieu en dépit de l'évolution du chômage qui, de conjoncturel, est devenu structurel. La nécessité de restructurer et de moderniser le secteur de l'industrie et, de plus en plus, celui des services, soumis aux pressions de plus en plus fortes de la concurrence et de la déréglementation entraîne le rejet de très nombreux actifs, en particulier de travailleurs non qualifiés ou peu qualifiés. Malgré la croissance économique généralement continue (bien qu'inégale), le chômage reste obstinément élevé.

21. Les problèmes de sécurité alimentaire se rapportent également à la qualité des aliments sur le marché, c'est-à-dire à leur innocuité et parfois à la détérioration de la valeur nutritionnelle des régimes due aux changements dans les styles de vie et à la dépendance accrue vis-à-vis des aliments transformés. Ces problèmes, plus aigus dans les groupes défavorisés, affectent néanmoins toutes les couches sociales. La détérioration de la valeur nutritionnelle des régimes peut aussi prendre la forme d'une consommation d'aliments mal équilibrée ou excessive entraînant l'obésité ou d'autres conséquences pour la santé. La consommation excessive d'aliments exerce une forte pression sur la production agricole primaire, ajoutant ainsi les coûts individuels et sociaux d'une mauvaise nutrition à ceux du gaspillage des ressources alimentaires.

Perspectives de la sécurité alimentaire pour les économies de marché traditionnelles (EMT)

22. Dans cette sous-région, l'accroissement démographique devrait ralentir, passant de 0,6 en 1990-1995 à 0,3 entre 1995 et 2010, puis à 0,1 entre 2010 et 2025. Dans un certain nombre de pays de la sous-région, la population atteindra un sommet au début de l'an 2000 puis commencera à diminuer. La composition de la population changera également. Le rapport inactifs/actifs diminuera, passant de 50,8 en 1995 à 50,1 en 2010 et par la suite augmentera jusqu'en 2025. Il y aura une augmentation de la cohorte des plus de 65 ans. Les projections démographiques et les taux de dépendance projetés peuvent sous-estimer la population réelle de la région du fait qu'ils ne prennent pas en compte les vastes mouvements migratoires vers la sous-région à partir des pays en transition et des pays en développement. Ces mouvements pourraient neutraliser, du moins en partie, les effets de l'augmentation du taux de dépendance et gonfler le nombre des nouveaux venus sur le marché du travail. Néanmoins, les tendances font penser qu'il n'y aura guère besoin d'augmenter la quantité globale d'aliments nécessaires pour répondre aux besoins nutritionnels et que des régimes adéquats par personne pourront être maintenus avec des disponibilités alimentaires par personne en diminution.

23. Le revenu de la sous-région (PIB réel) continuera vraisemblablement d'augmenter à un taux de 2,4 pour cent par habitant entre 1995 et 2010. La progression du revenu réel devrait tôt ou tard réduire le chômage, car les qualifications demandées par les secteurs de l'industrie et des services restructurés concordent avec celles disponibles sur le marché du travail. Les hausses de revenu signifient que l'apport calorique moyen pourrait encore rester à un niveau dépassant les besoins nutritionnels. La hausse des revenus provoquera des changements dans le régime alimentaire de la population de la sous-région en faveur des aliments plus transformés industriellement, des fruits et légumes et des huiles végétales. La part du budget des ménages consacrée à l'alimentation devrait encore s'amoindrir.

24. La dynamique de la population et des revenus est telle qu'il ne faudra qu'une très faible augmentation de la quantité globale d'aliments pour satisfaire les besoins de consommation, et la région n'aura guère de difficultés à assurer la sécurité alimentaire pour tous. Même là où l'aide sociale de l'Etat a régressé, les activités entreprises par des groupements non gouvernementaux et des associations caritatives ont réussi à compléter les programmes publics et devraient continuer de le faire.

La contribution de la sous-région aux disponibilités alimentaires mondiales

25. La sous-région a été par tradition un importateur net d'aliments. Pour les céréales, une des principales denrées alimentaires importées par les pays en développement, la sous-région est un exportateur net depuis le milieu des années 80, avec des exportations nettes de 19,8 millions de tonnes en 1994. La contribution à plus long terme de la sous-région aux disponibilités alimentaires mondiales est fonction de trois grandes variables: dynamique de la population, croissance du revenu et tendances de la production et de la productivité agricoles dans la région. Du point de vue de pays en développement et en particulier des PFRDV, la situation d'exportateur net de la sous-région pour des denrées alimentaires de base (céréales principalement) est importante, comme l'est son rôle d'importateur d'aliments en provenance des pays en développement.

26. Concernant les céréales, il pourrait y avoir des modifications de la demande de céréales fourragères, vu l'évolution des préférences des consommateurs entre différents types de viande. En outre, la demande de céréales produites dans la sous-région pourrait croître aux dépens des produits de remplacement importés. Néanmoins, la demande totale de céréales n'augmentera vraisemblablement que de 13,5 pour cent entre 1988-90 et 2010.

27. Du côté de l'offre, les réformes des politiques de l'Union européenne (UE) auront un impact d'une grande portée. Ces réformes découlent à la fois de pressions internes visant à contrôler les dépenses agricoles et des engagements pris aux termes de l'Accord de l'Uruguay Round. En 1992, des réformes substantielles de la Politique agricole commune ont été amorcées dans le sens d'une politique de soutien découplée de la production. La réduction convenue du volume des exportations subventionnées de l'UE est également un facteur important dérivant de l'Accord de l'Uruguay Round.

28. Les effets conjugués de la baisse des prix de soutien intérieurs, des programmes de gel des terres, des questions concernant l'environnement et du ralentissement de la croissance de la productivité pourraient conduire à une réduction des exportations nettes de plus de 20 pour cent entre 1988-90 et 2010. Malgré le recul des exportations, les types de politiques suivies pour réduire la surproduction (programmes de gel des terres) devraient permettre à la sous-région d'accroître la production si l'offre se raréfiait sur les marchés mondiaux.

29. Le potentiel de production de la sous-région sera également fonction des politiques de l'environnement et de leur impact sur le secteur agricole des différents pays. Nombre d'entre eux, notamment en Europe occidentale, prennent de plus en plus de mesures pour juguler les principales menaces que l'activité agricole fait peser sur l'environnement. Ils ont, par exemple, soustrait des terres marginales à la production; réduit ou interdit l'utilisation d'engrais minéraux et de résidus de pesticides sur des bassins versants sensibles à la contamination des eaux souterraines; renforcé les contrôles sur l'élimination des déchets provenant d'unités d'élevage intensif, et ainsi de suite. Comme la société civile est consciente de ces problèmes et que les pays ont la capacité technique et économique de mettre en oeuvre des pratiques ne portant pas atteinte à l'environnement et d'assumer les coûts éventuels, cette tendance devrait probablement se poursuivre. Les versements directs et l'indemnisation des coûts pour l'adoption de pratiques ne portant pas atteinte à l'environnement sont de plus en plus importants dans les EMT d'Europe, mais leurs effets sur le potentiel de production de la région n'ont pas été étudiés.

3. Causes et nature de l'insécurité alimentaire dans les économies en transition

30. Bien que la nature et les perspectives de la sécurité alimentaire soient très différentes entre les PECO et les pays de l'ex-URSS, les sous-régions ont en commun quelques caractéristiques. Les bouleversements économiques et sociaux provoqués par l'effondrement du système de planification centralisée et la récession économique très grave qui s'ensuivit sont à l'origine de la détérioration de toutes les principales composantes de la sécurité alimentaire (disponibilité, stabilité et accès) dans les pays en transition, et de la dégradation des équipements collectifs de base. Le problème semble être plus aigu dans les régions touchées par la guerre et les troubles intérieurs.

31. La crise économique a provoqué de fortes réductions du revenu disponible des ménages et la quasi-disparition des systèmes de protection et des services sociaux fournis par les entreprises publiques ou collectives. Le chômage massif et les ajustements de revenu inférieurs à l'inflation pour de nombreux employés et retraités ont provoqué l'apparition de groupes vulnérables assez importants.

32. Le recul de la production agricole et alimentaire s'explique par l'effet combiné de bouleversements transitoires et d'ajustements à long terme sur la voie de l'économie de marché. La dernière série d'ajustements pourrait comporter une allocation intersectorielle des ressources qui diffère substantiellement de l'allocation centralement planifiée du régime précédent.

33. Etant donné que les circuits publics de commercialisation et de distribution sont désorganisés et que le secteur privé n'a pas encore pris le relai, les producteurs agricoles ont eu des difficultés à se procurer des intrants et à trouver des débouchés pour leur production. Le maintien des structures monopolistiques en amont et en aval et le contrôle des prix des aliments au détail ont eu dans plusieurs pays un effet d'étau qui a fortement réduit les marges bénéficiaires des producteurs. Les effets de la compression des marges bénéficiaires ont été aggravés par le flou du cadre institutionnel: droits de propriété incertains, formes inefficaces de redistribution de terres appartenant à la collectivité, hésitations quant au démantèlement des grandes entreprises agricoles collectives ou à la création des conditions requises pour un marché des titres fonciers ou des titres de faire-valoir. Tous ces facteurs ont empêché la création de nouvelles structures de production viables et découragé l'investissement et la recapitalisation du secteur.

34. A quelques exceptions près, le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté dans les pays en transition représente de 20 à 40 pour cent de la population. Vu la baisse des revenus, la part des dépenses des ménages consacrée à l'alimentation a fortement augmenté au niveau national même si ceux-ci sont passés à des aliments de moins bonne qualité; elle atteignait bien souvent plus de 70 pour cent, voire plus pour les couches pauvres. Dans 10 pays pour lesquels on dispose de données, la disponibilité énergétique alimentaire (DEA) moyenne a fléchi, passant de 2 500-3 600 calories (1989) à 1 600-2 700 calories (1993 ou 1994), soit une diminution de 6 à 37 pour cent selon les pays.

35. Enfin, les conflits armés qui ont éclaté dans plusieurs zones ont conduit à la fourniture d'une aide humanitaire à des millions de personnes dans l'ex-Yougoslavie et l'ex-URSS.

36. En tenant compte de la faiblesse du PIB par personne et des pénuries constantes de denrées alimentaires de base, neuf pays en transition (ils étaient auparavant 12) sont classés actuellement parmi les PFRDV. Pour 1994-95, les besoins d'importations de céréales des 12 pays classés alors parmi les PFRDV ont été estimés au total à 7,3 millions de tonnes, dont 2,1 millions de tonnes d'aide alimentaire allouée, engagée ou expédiée; en 1993-94, la situation était la suivante: 7,8 millions de tonnes d'achats commerciaux et 1,8 million de tonnes d'aide alimentaire.

Perspectives de la sécurité alimentaire dans les pays d'Europe centrale et orientale (PECO)

37. La population des PECO devrait légèrement augmenter entre 1995 et 2010 (croissance annuelle moyenne de 0,1 pour cent). Le taux de dépendance devrait diminuer entre 2010 et 2025 et augmenter par la suite.

38. Les perspectives globales indiquent un redressement de l'économie dans la sous-région; on observe les premiers signes d'une reprise durable. Presque tous les PECO ont connu une croissance positive en 1994 (3,7 pour cent en moyenne) qui devrait augmenter encore de 4 pour cent en 1995. Le PIB réel devrait récupérer des "pertes dues à la transition" et revenir à son niveau d'avant la réforme d'ici à 2010.

39. Comme la population est constante et vieillissante, il ne faudra guère accroître l'apport calorique par habitant par rapport au niveau déjà élevé d'avant la réforme. Néanmoins, la FAO prévoit que l'apport calorique sera de 3 400 calories par personne et par jour en l'an 2010, soit plus que ce qui est nécessaire selon des critères nutritionnels. L'accroissement du revenu et les réformes des prix dans les PECO devraient entraîner des changements dans le régime alimentaire, les viandes rouges et le porc étant progressivement délaissés au profit de la viande de volaille, des huiles végétales, etc.

40. La consommation de céréales par personne devrait également retrouver son niveau d'avant la réforme. Certaines baisses enregistrées récemment dans la production animale devraient être des changements permanents dictés par les forces du marché et non le résultat de chocs passagers. Une utilisation plus rationnelle des aliments pour animaux ainsi que des semences et une diminution des pertes après-récolte feront reculer la demande de céréales.

41. D'autre part, on suppose que la poursuite des réformes dans les PECO apportera de grands changements dans la production et la productivité agricoles. Selon ce scénario, les PECO pourraient devenir, d'ici à l'an 2010, des exportateurs nets de céréales (plus de 5 millions de tonnes) alors qu'ils importaient 2,1 millions de tonnes de céréales en 1988-90. La valeur des exportations nettes de produits alimentaires pourrait doubler durant la même période, les produits de l'élevage représentant environ la moitié des exportations alimentaires nettes en 2010. Tout indique que le secteur agricole se reprend après la crise des premières années de réforme dans plusieurs de ces pays. Certains des PECO ont augmenté leurs excédents exportables de céréales, et la sous-région prise dans son ensemble produira probablement un excédent exportable en 1995-96.

42. La vigueur de la reprise dans le secteur agricole dépend de la poursuite des réformes dans ces pays. De grands progrès ont été accomplis jusqu'ici, mais les réformes importantes ne sont pas encore achevées. Il est indispensable de résoudre les difficultés d'ordre institutionnel. Il faut mettre en place un système sûr de droits fonciers et des mécanismes de vente et de location des terres pour faciliter la création d'exploitations agricoles viables orientées vers le marché. Ces réformes devraient être accompagnées d'une réorganisation et d'une privatisation des secteurs en amont et en aval et de l'élimination des monopoles ou des oligopoles. Améliorer les informations commerciales (flux de données et accès à l'information) la gestion des affaires et les compétences techniques des exploitants agricoles pour que ceux-ci puissent pratiquer une agriculture compétitive axée sur le marché: voilà la tâche importante à laquelle doivent, ensemble, s'attacher les pouvoirs publics, le secteur privé et les associations paysannes.

43. La reprise des activités agricoles pourrait être entravée par des problèmes d'environnement. Des décennies de politiques ne tenant pas compte de l'environnement ont laissé des traces profondes, et la dégradation des terres, les catastrophes de grande échelle liées à la gestion de l'eau, ainsi que la contamination des ressources et des produits agricoles par des polluants atmosphériques et autres atteignent un niveau grave dans plusieurs pays.

44. La croissance de l'économie globale et du secteur agricole ne résoudra pas automatiquement le problème de l'insécurité alimentaire. La sous-région compte un très grand nombre de chômeurs et les chômeurs de longue durée (plus de 12 mois) sont environ 40 pour cent. En général, les conséquences sociales de la crise risquent de perdurer malgré la croissance prévue du revenu. On ne saurait trop insister sur l'importance d'insérer des filets de sécurité dans les programmes d'ajustement.

Perspectives de la sécurité alimentaire dans les Etats baltes et la Communauté des Etats indépendants (EB et CEI)

45. Selon la dernière évaluation de la population faite par l'ONU (1994), la population de la sous-région devrait augmenter et passer de 292 millions de personnes en 1995 à 305 et 316 millions de personnes en 2010 et 2025 respectivement. Dans certains grands pays de la région, la population diminuera et le taux de croissance moyen entre 1995 et 2010 sera probablement de 0,3 pour cent par an. Le taux de dépendance continuera de baisser, pour toucher un plancher vers 2020, et remontera par la suite.

46. Les performances économiques récentes de la région n'ont pas été encourageantes. La récession qui a commencé durant les premières années de la réforme et qui a vu le PIB réel de la sous-région fléchir de 48 pour cent (chiffre cumulatif) n'a pas encore montré des signes clairs de redressement, puisqu'il y a eu une nouvelle baisse d'environ 10 pour cent en 1994. Le ralentissement de la croissance du revenu et la disparition du secteur des exportations ont réduit la capacité d'importation d'aliments. Ainsi, malgré des baisses de production de céréales et de viande, les importations de produits alimentaires de la sous-région ont fléchi, passant de 15,3 milliards de dollars E.-U. en 1990 à 7,9 milliards de dollars E.-U. en 1994. Les importations de céréales ont reculé, passant de 33 millions de tonnes en 1990 à 6,8 millions de tonnes en 1994, ce qui s'explique aussi par le fait que le secteur de l'élevage s'est presque effondré. Certains pays de la sous-région risquent de se trouver devant une tâche difficile s'ils veulent parvenir à la sécurité alimentaire pour tous d'ici à l'an 2010.

47. Dans l'hypothèse où des réformes économiques importantes seraient mises en oeuvre, la sous-région devrait se relever des "pertes de PIB dues à la transition" d'ici à 2010, ce qui créerait des conditions favorables à la sécurité alimentaire. A quelques exceptions près, le processus de réforme dans la sous-région a été hésitant et incertain et se produit au milieu de contradictions et de conflits sociaux et politiques graves. L'absence de politiques cohérentes pour la stabilisation macro-économique est à l'origine des taux d'inflation élevés qui rendent difficile toute forme de planification de la production.

48. Grâce aux réformes effectuées dans le secteur agricole, la production céréalière de la sous-région pourrait revenir d'ici à l'an 2010 au niveau de 1988-1990, et la consommation par habitant pourrait remonter aux niveaux élevés d'avant la réforme. Ce phénomène est imputable à la baisse de consommation de céréales et de produits animaux, au recul du secteur de l'élevage, à une alimentation animale plus rationnelle et à la réduction des pertes après-récolte. Globalement, la sous-région pourrait presque être autonome en 2010. Comme dans le cas des PECO, les problèmes d'environnement pourraient empêcher la reprise agricole dans la sous-région.

49. Outre le ralentissement général des activités économiques, un autre facteur d'insécurité alimentaire dans la sous-région est la grande fragmentation du marché due en partie à l'effondrement du système de commercialisation et de distribution. En conséquence, les approvisionnements sont devenus irréguliers, notamment dans les zones urbaines, et des pénuries locales sont apparues. La mise à disposition des approvisionnements existants est également affectée par les coûts élevés du transport et les pertes importantes à l'entreposage et à la distribution. Une partie considérable du commerce intérieur se fait sous la forme de trocs ou d'arrangements informels. Une myriade de lois et règlements locaux régissant le commerce des produits alimentaires gêne l'intégration du marché.

50. L'expansion de la production informelle dans de nombreuses régions rend difficile une évaluation précise de la situation de la sécurité alimentaire. Néanmoins, dans de nombreux pays, les approvisionnements vivriers et les conditions d'accès étant gravement menacés, il est essentiel de suivre en permanence la situation de la pauvreté et de la sécurité alimentaire, et de prendre des mesures appropriées pour maîtriser le chômage, assurer l'accès aux biens productifs et à la terre, restaurer les services de santé et sociaux pour les pauvres et faciliter l'accès des groupes vulnérables aux vivres.

4. Le rôle de la région dans la sécurité alimentaire mondiale

51. L'amélioration de la sécurité alimentaire mondiale sera dans une très grande mesure fonction de la performance des marchés mondiaux des denrées alimentaires et des produits de base et, plus généralement, de l'environnement macro-économique et commercial général dans lequel politiques et programmes de renforcement de la sécurité alimentaire seront mis en oeuvre. La région peut être une force importante influant sur la tenue de ces marchés. La région européenne est un grand fournisseur de produits alimentaires aux pays en développement, que ce soit aux conditions du marché ou à des conditions privilégiées, détient une large part des stocks vivriers du monde, est un marché extrêmement important pour les produits agricoles exportés par les pays en développement et une source essentielle d'aide au développement.

Contribution de la région au potentiel d'exportation des pays en développement

52. A quelques exceptions près (par exemple, fruits et légumes), les pays en développement exportent des produits agricoles à faible élasticité-revenu vers les marchés souvent saturés de l'Europe occidentale. En conséquence, la demande de produits tels que fruits et boissons tropicales augmente lentement à partir d'un niveau de base élevé. Inversement, une augmentation plus importante de la demande de produits tropicaux pourrait être prévue dans les économies en transition à mesure que les revenus augmentent, bien qu'en 2010 la consommation par habitant dans ces pays risque d'être encore faible par rapport aux niveaux atteints en Europe occidentale.

Les effets de la libéralisation des échanges

53. Pour les produits agricoles tropicaux, les tarifs sont déjà généralement bas. Ainsi, bien que les réductions à appliquer par les pays développés membres de l'OMC soient substantielles (43 pour cent en moyenne), leur effet sur les recettes d'exportation des pays en développement exportateurs sera minime. Toutefois, il y a de bonnes possibilités pour une intensification de la libéralisation dans ce domaine; ainsi, l'élimination des droits d'importation dans certains pays importateurs pourrait faire monter considérablement les prix sur le marché de certains produits tropicaux. L'évaluation que la FA0 a faite de l'impact de l'Accord de l'Uruguay Round relatif à l'agriculture indique des gains pour les pays en développement dans leur ensemble. C'est pourquoi les exportations agricoles devraient augmenter un peu plus vite que les importations (par rapport à une situation de non-libéralisation), entraînant une amélioration du solde des échanges de produits agricoles de ces pays de 1,9 milliard de dollars E.-U. en l'an 2000, dont 0,8 milliard de
dollars E.-U. seront attribuables à l'Accord de l'Uruguay Round relatif à l'agriculture.

54. Une question importante pour certains pays commerçant avec l'Europe est la perte de préférences par l'effet de la libéralisation des échanges. Selon la FAO, la valeur potentielle des préférences pour les produits agricoles données par l'UE, le Japon et les Etats-Unis était d'environ 1,9 milliard de dollars E.-U. en 1992, et diminuerait de 0,7 milliard de dollars E.-U. après la réduction des taux appliqués à la Nation la plus favorisée (NPF) après l'Accord de l'Uruguay Round relatif à l'agriculture. Ce sont les exportateurs de fruits et de fruits à coque, de thé et de café qui subiront les plus grandes pertes.

55. Les politiques commerciales et les mesures de protection de l'environnement pourraient conduire à des positions divergentes sur la manière d'aborder les problèmes écologiques. Les droits et autres restrictions à l'importation appliqués pour compenser la perte de compétitivité due à des normes intérieures strictes en matière d'environnement réduiraient l'accès pour les exportateurs. Il ne sera pas toujours aisé de faire la distinction entre les préférences des pays importateurs quant aux méthodes de production et de transformation suivies par des pays exportateurs, par exemple pour sauvegarder le patrimoine commun de l'humanité, et un protectionnisme déguisé. La prolifération de mesures unilatérales réduirait la transparence des règles commerciales. Des approches multilatérales, conformes aux principes établis par la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), doivent être adoptées pour éviter le recours abusif à des mesures de nature écologique dans les échanges internationaux de produits agricoles; il est cependant indéniable que les différences régionales et locales considérables en matière d'environnement compliquent singulièrement la conception et la mise en oeuvre de ces approches.

Aide publique au développement (APD), stocks vivriers et aide alimentaire

56. Les pays d'Europe occidentale (l'UE plus les pays de l'Association européenne de libre-échange) ont contribué à l'aide publique au développement (APD) en faveur des pays en dévelop-pement à hauteur d'environ 33,5 milliards de dollars E.-U. en moyenne par an (dans la période 1992-1994), contre 30 milliards de dollars E.-U. durant la période 1989-1993. Pour 1992-94, cette contribution s'est montée à plus de la moitié de l'APD totale fournie par les membres de l'OCDE aux pays en développement.

57. Ce sont les bouleversements économiques nés du passage à une phase postcommuniste qui sont à l'origine des ressources fournies aux économies en transition, qui ont reçu des pays membres du CAD quelque 7,2 milliards de dollars E.-U. en 1993 et encore 7,5 milliards de dollars E.-U. en 1994. Le montant correspondant versé aux pays en développement était de 59,2 milliards de
dollars E.-U. en 1994.

58. Les budgets de l'aide extérieure des pays donateurs ont été soumis à des pressions croissantes, car il fallait répondre aux besoins toujours plus importants à la fois des pays en développement et de ceux de la région. On peut en outre s'inquiéter des pressions exercées dans les pays développés pour réduire l'APD, pour des motifs budgétaires ainsi que de la baisse annoncée de l'APD affectée à l'agriculture des pays en développement.

Libéralisation des échanges et stocks vivriers: incidences sur la stabilité de l'aide alimentaire et les prix des denrées

59. La région européenne a été un grand fournisseur d'aide alimentaire. De 1990 à 1995, elle a fourni en moyenne 4 090 000 tonnes d'aide alimentaire (principalement céréales). On peut signaler un fait récent en matière d'aide alimentaire de la région: les économies anciennement planifiées, qui avaient reçu une aide alimentaire sporadique jusqu'en 1989, ont absorbé, en 1993, 41 pour cent de l'aide alimentaire livrée. Durant la période 1990-94, une aide alimentaire de 2,2 milliards d'ECU (unité monétaire européenne) a été fournie par les pays du Groupe des 24 aux PECO, à laquelle il faut ajouter une aide de 5,5 milliards d'ECU aux Etats baltes et à la CEI. En outre, les pays en transition ont absorbé 27,5 pour cent de toute l'aide alimentaire (céréales et produits non céréaliers) fournie par les pays européens durant la période 1990-1995. Dans la mesure où dans le passé les flux d'aide alimentaire étaient liés à l'écoulement des excédents de production, la réduction de l'intervention de l'Etat sur les marchés des produits agricoles et, en particulier, l'amenuisement des stocks détenus par l'Etat dans les pays exportateurs, pourrait porter à la diminution des quantités de produits disponibles pour l'aide. Les stocks de céréales détenus par l'Europe occidentale représentaient en 1991-1995 environ le tiers de ceux détenus par les grands exportateurs.

60. Les conséquences de l'Uruguay Round pour les flux d'aide alimentaire provenant de la région seront probablement variables et, tout compte fait, assez limitées. Aux termes de l'Accord, l'aide alimentaire proprement dite n'est pas touchée par l'interdiction d'accorder des primes à l'exportation ni par l'obligation de réduire les aides à l'exportation. En outre, l'aide alimentaire pourrait devenir, dans le respect des normes GATT, le seul débouché pour les pays ayant des excédents agricoles maintenant que des limites ont été imposées concernant le volume des exportations subventionnées.

61. Les effets d'une réduction du niveau de stocks publics sur la stabilité du marché dépendent de la réaction des détenteurs de stocks privés. Les travaux menés à la FAO laissent prévoir qu'environ 40 pour cent des stocks détenus par l'Etat seront remplacés par des stocks détenus par des particuliers, ce qui signifie une baisse du total des stocks à l'avenir. Toutefois, comme la part des stocks privés augmentera par rapport au total des stocks, les besoins du marché seront mieux pris en compte.

5. Sommet mondial de l'alimentation et objectifs régionaux pour la sécurité alimentaire

62. Le projet de Déclaration de principe du Sommet mondial de l'alimentation appelle toutes les parties à réaffirmer leur engagement en faveur de politiques aptes à garantir l'adéquation et la stabilité des approvisionnements alimentaires ainsi que l'accès à une alimentation suffisante pour tous. Le projet de Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation souligne la nécessité pour chaque région, sous-région et pays de choisir sa propre stratégie afin de parvenir à la sécurité alimentaire, étant donné que chacun se trouve dans une situation différente.

63. Bien que la région soit plus proche que toutes les autres de l'objectif de la sécurité alimentaire, elle est caractérisée depuis la fin des années 80 par une extrême dualité. Si, dans certains pays, l'insécurité alimentaire était et reste un problème d'importance secondaire ne concernant que quelques groupes de population très restreints, dans d'autres, les progrès dans ce domaine ont généralement marqué le pas et, dans certains cas, on a même observé une forte dégradation. Du fait de son poids économique, la région continuera de jouer un rôle important: elle aidera à réduire la sous-alimentation dans le monde et contribuera à une croissance régulière de l'économie mondiale et, tout particulièrement des pays en développement, de façon à créer des emplois et des revenus.

64. Parmi les préoccupations de la région, la plus grave a trait aux problèmes de sécurité alimentaire et aux difficultés connexes auxquels sont confrontés les économies en transition. Si les conditions défavorables persistent dans ces économies, le risque augmente de stopper le processus de paix, voire de renverser les réformes économiques indispensables à une croissance soutenue. Si l'on n'arrive pas à relancer la production dans ces pays, ni à créer revenus et emplois, le nombre de personnes exposées à l'insécurité alimentaire augmentera et les gouvernements ne seront pas en mesure de mettre en place les systèmes de protection sociale nécessaires pour les aider. La dépendance continue de ces économies à l'égard de l'aide étrangère risque de priver d'autres régions du monde de ressources déjà limitées.

65. Dans les pays en transition, l'insécurité alimentaire est due à la récession grave et prolongée qui a suivi l'effondrement du système à planification centralisée et la mise en chantier des réformes de marché. Le repli économique s'est soldé par un chômage massif et la désorganisation des systèmes de protection et d'aide sociales, augmentant la part de la population ayant du mal à accéder aux produits alimentaires. La désorganisation des circuits de commercialisation et de distribution a été à l'origine de pénuries vivrières locales et de fluctuations dans les approvisionnements. Dans certains des pays en transition, les disponibilités alimentaires se sont amoindries, sous l'effet à la fois du quasi-effondrement du secteur agricole et de la débâcle des secteurs de l'exportation qui a empêché d'importer des denrées alimentaires pour compenser les baisses de production.

66. Les problèmes de transition ne sont certes pas l'apanage du secteur agricole, mais, il est impératif que, dans les économies en transition, ce secteur poursuive son chemin vers la reprise afin d'assurer la sécurité alimentaire des populations, de stimuler la croissance, d'améliorer le bien-être dans le secteur rural et de faire barrage à une urbanisation excessive et prématurée. Cela s'applique particulièrement aux pays dans lesquels l'agriculture contribue pour beaucoup à l'activité économique, aux exportations et à l'emploi et où l'essor de ce secteur peut être décisif pour la reprise économique générale.

67. Etant donné le poids économique de la région, les politiques suivies par chacun des pays en fonction d'objectifs nationaux bien précis influent sur la sécurité alimentaire du reste du monde puisqu'elles touchent aux échanges commerciaux, aux investissements et aux relations d'aide. Une région prospère et dynamique peut être un débouché important pour les exportations des pays en développement tout en fournissant des ressources qui contribuent aux initiatives en faveur du développement et de la sécurité alimentaire de ces pays. La réduction des obstacles aux importations et des mesures de soutien intérieur prévue par l'Accord de l'Uruguay Round relatif à l'agriculture renforcent les possibilités des pays en développement d'accroître leurs exportations de produits agricoles.

68. Les pays d'Europe occidentale ont fourni jusqu'ici une part importante des céréales importées par les pays en développement et ont suivi des politiques agricoles qui ont permis aux producteurs d'opérer à un niveau élevé de productivité et de satisfaire la demande intérieure et extérieure, aux conditions du marché ou à des conditions de faveur, en général à des prix réels en baisse. Malgré la réduction du soutien à l'agriculture prévue par l'Accord de l'Uruguay Round relatif à ce secteur et d'éventuelles mesures susceptibles de limiter les effets négatifs de l'agriculture intensive sur l'environnement, les pays d'Europe occidentale resteront vraisemblablement de gros exportateurs.

69. Les pays en transition ont de bonnes possibilités de passer de leur position actuelle d'importateurs à une situation d'exportateurs nets d'ici à l'an 2010. Pour ce faire, des réformes adéquates s'imposent, propres à relancer l'économie en général et le secteur agricole en particulier. Avec une croissance globale durable, les pays aujourd'hui en transition pourraient devenir des marchés importants pour les produits des pays en développement et se transformer en bailleurs de fonds au lieu d'être des bénéficiaires de l'aide financière et alimentaire. Outre la paix et la stabilité politique dont ces pays ont tant besoin, un environnement macro-économique stable est nécessaire pour l'investissement et la croissance de tous les secteurs productifs. Pour l'agriculture, le renforcement et l'expansion des réformes institutionnelles établissant un système stable de droits de propriété et d'accès aux ressources convenant à une économie de marché est une priorité. La levée des obstacles aux courants d'échanges interrégionaux facilitera le calcul des coûts et des bénéfices pour l'agriculteur et empêchera l'apparition de pénuries alimentaires. La réforme des secteurs en amont et en aval de la production agricole dans le but d'éliminer les monopoles, renforcera grandement les incitations à la production.

III. MESURES A PRENDRE EN FAVEUR DE LA SECURITE ALIMENTAIRE REGIONALE

[Le texte que voici devrait faciliter les échanges de vues, au cours de la Conférence régionale, sur les objectifs et les actions prioritaires en faveur de la sécurité alimentaire dans la région et à l'échelon mondial.]

70. Si l'on poursuit les objectifs généraux de développement social, économique et humain en adoptant les mesures convenues lors des conférences qui ont eu lieu dans les années 90, on créera un environnement plus favorable à la réalisation de l'objectif de la sécurité alimentaire universelle. Les pays de la région Europe réaffirment donc leur engagement en faveur des idéaux, objectifs et actions définis lors des conférences citées ci-après, qui devraient faciliter l'accès aux vivres pour tous et en tout temps: le Sommet mondial pour l'enfance (1990); la Conférence sur les droits à la nutrition (Déclaration de Barcelone, 1992); la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED, 1992): la Conférence internationale FAO/OMS sur la nutrition
(CIN, 1992); l'Acte final de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (Uruguay Round, 1994); la Conférence des Nations Unies sur la population et le développement (1994); le Sommet mondial pour le développement social (Déclaration de Copenhague, 1995); la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes (1995); la Conférence internationale sur la contribution durable des pêches à la sécurité alimentaire (Déclaration de Kyoto, 1995). Les mesures qui seront arrêtées lors de la Quatrième Conférence technique sur les ressources phytogénétiques qui se tiendra prochainement, contribueront également à la sécurité alimentaire universelle.

1. Assurer un environnement politique et économique favorable à la sécurité alimentaire Plateforme pour l'action

71. Les citoyens européens ont bien compris le rapport entre la paix et la sécurité alimentaire. Dans toute l'Europe, l'environnement politique et économique, si propice à l'objectif de la sécurité alimentaire universelle pendant 45 ans, reste généralement assuré dans les EMT, mais n'a pu être maintenu par les autres pays de la région. Depuis que le processus de réforme a démarré, certains pays en transition ont enregistré de sensibles progrès concernant la stabilisation macro-économique et la libéralisation et l'ouverture sur l'extérieur de l'économie, progrès qui doivent être consolidés. Mais des tâches difficiles et essentielles restent à accomplir dans la majorité des pays où les réformes structurelles et institutionnelles ont avancé très lentement, et sans cohérence, ne créant pas les conditions favorables au décollage du secteur privé ni à un véritable développement. Les guerres et les troubles intérieurs ont contribué à chasser de leurs foyers et à jeter dans la misère des milliers d'habitants de la région et ont provoqué la destruction de vastes secteurs de l'appareil de production des économies de ces pays.

Objectifs
72.a) Instaurer et maintenir la paix dans les zones aujourd'hui déchirées par la guerre ou qui risquent de l'être et assurer leur reconstruction et leur relèvement;
b) Assurer la stabilité politique et sociale nécessaire pour instaurer et renforcer la confiance et oeuvrer à la sécurité alimentaire universelle;
c) Promouvoir un environnement macro-économique stable favorisant l'investissement et la croissance durable, la création d'emplois, l'élimination de la pauvreté et la sécurité alimentaire.

Mesures à prendre

aux niveaux national, sous-régional et régional, avec le concours de la société civile et des organisations régionales et internationales, les gouvernements devront:
73.a) Mener à bien des initiatives de paix qui mettront fin aux conflits en cours et empêcher que d'autres puissent éclater;
b) Mettre en oeuvre des mesures d'urgence coordonnées en vue d'atténuer les souffrances des victimes des guerres et des troubles intérieurs, notamment livrer une aide alimentaire, ainsi que les intrants essentiels à la production d'aliments;
c) Evaluer la nécessité de relever le secteur alimentaire, dans le cadre général de la reconstruction et du relèvement, et coordonner l'exécution du plan d'action formulé d'un commun accord;
d) Adopter des politiques monétaires, budgétaires et commerciales qui encouragent l'épargne et l'investissement, favorisent la croissance durable de la production de biens et services et réduisent le chômage ou le sous-emploi des ressources humaines, améliorant de ce fait l'accès aux vivres;
e) Sauvegarder les droits fondamentaux des employés, notamment les gains et salaires qui leur permettent d'acheter un assortiment alimentaire adéquat au plan nutritionnel;
f) Poursuivre et consolider les réformes économiques et sociales centrées sur l'individu qui concilient croissance et objectifs sociaux.

2. Assurer à ceux qui sont exposés à l'insécurité alimentaire des filets de sécurité et des systèmes de protection sociale durables

Plateforme pour l'action

74. En Europe, les systèmes de protection sociale qui, notamment, assurent des vivres à ceux qui ne peuvent trouver du travail ou qui sont incapables de travailler sont très variables, puisqu'on en trouve d'"excellents" et d'autres, complètement inadéquats. Dans quelques pays, le niveau de l'aide semble être supérieur à ce qui est nécessaire pour garantir l'accès à une alimentation saine. Les EMT ont pu maintenir leurs systèmes, encore que bon nombre d'entre elles cherchent des moyens moins coûteux, et il est des cas où les systèmes n'assurent pas encore un accès adéquat aux aliments à tous ceux qui ont besoin d'aide. Les systèmes de protection sociale sont soumis aujourd'hui à de fortes pressions dans la plupart des pays en transition et l'insécurité alimentaire a gagné du terrain dans beaucoup d'entre eux, car on a assisté un peu partout à la régression des acquis sociaux ainsi que des services sociaux et des dispositifs de protection.

Objectifs

75. Assurer une alimentation équilibrée au plan nutritionnel à tous ceux qui ne sont pas en mesure de produire ou de se procurer des aliments en quantités suffisantes.

Mesures à prendre

aux niveaux national, sous-régional et régional, avec le concours de la société civile et des organisations régionales et internationales, les gouvernements devront:
76.a) Identifier, surveiller et dresser la carte des lieux où se trouvent des individus souffrant de sous-alimentation ou de malnutrition, en s'appuyant sur des normes minimales universellement admises en matière d'apport énergétique alimentaire;
b) Evaluer l'adéquation et l'efficacité des systèmes de protection sociale qui offrent des prestations aux personnes vulnérables et, le cas échéant, modifier ces prestations de manière à ce que tous ceux qui sont dans le besoin aient accès à une alimentation propice à une vie saine et productive;
c) Mettre en commun des données d'expériences concernant les moyens d'assurer un accès adéquat aux aliments à ceux qui ont de maigres revenus, de manière à améliorer l'efficacité et la rentabilité des systèmes de protection sociale;
d) Promouvoir des activités d'éducation et de communication concernant la nutrition pour mieux faire comprendre les liens entre alimentation et bonne santé et réduire la surconsommation et l'absorption d'aliments nuisibles à la santé;
e) Protéger les groupes vulnérables durant le processus de restructuration économique et fournir une assistance technique, des avis et un financement pour les programmes de secours spéciaux destinés aux individus sous-alimentés, en particulier dans les pays à faible revenu.

3. Garantir les approvisionnements alimentaires

Plateforme pour l'action

77. La quantité d'aliments nécessaires à la satisfaction des besoins régionaux futurs n'augmentera que lentement, notamment après le bref bond en avant qui a accompagné le retour de la croissance économique dans les pays en transition. Il ne devrait donc pas être difficile de garantir les approvisionnements alimentaires de la population de la région. La région pourrait même devenir une source plus importante d'aliments pour le reste du monde, ainsi qu'un marché plus vaste. La circulation des produits alimentaires est actuellement plus facile au sein de l'Union européenne (UE) qu'entre les pays membres de l'UE et les pays tiers. Un accord a été conclu sur la réduction progressive des obstacles aux échanges de produits alimentaires et des subventions à l'exportation de ces produits, mais de nouveaux accords devront être négociés pour leur élimination totale. Le secteur alimentaire est très développé dans les EMT, en particulier dans les pays membres de l'UE, où le niveau de productivité est extrêmement élevé et où des quantités massives de denrées sont échangées. D'autre part, dans la majorité des pays en transition, la capacité de production agricole et alimentaire a été fortement réduite et une recapitalisation massive du secteur s'impose. Ces pays ont de très bonnes possibilités de développer la productivité et les gains commerciaux, surtout ceux qui deviendront membres de l'UE. Toutefois, l'aide à la production vivrière a été réduite dans la plupart des pays, notamment dans un certain nombre de pays en transition. Plusieurs pays appliquent déjà des mesures de protection de l'environnement, mais d'autres ne l'ont pas encore fait.

Objectifs

78.a) Garantir les approvisionnements alimentaires nécessaires à la satisfaction des besoins régionaux, contribuer aux disponibilités vivrières du reste du monde et accroître les débouchés;
b) Rétablir et maintenir une gestion rationnelle des ressources naturelles et un développement agricole durable.

Mesures à prendre

aux niveaux national, sous-régional et régional, avec le concours de la société civile et des organisations régionales et internationales, les gouvernements devront:

79.a) Réduire, harmoniser et, le moment venu, éliminer les obstacles aux échanges régionaux de produits alimentaires, y compris les subventions à l'exportation de ces produits;
b) Donner aux producteurs d'aliments les incitations voulues pour qu'ils tirent un juste profit de leur travail et de leur gestion, et pour qu'ils investissent dans des techniques augmentant la productivité tout en respectant l'environnement;
c) Harmoniser les systèmes de soutien de la production et des prix des produits alimentaires pour améliorer l'efficacité de la production alimentaire dans et hors de la région;
d) Aider au maintien ou à la mise sur pied de systèmes efficaces, capables de fournir des services aux producteurs d'aliments, de produire à leur intention des intrants et de commercialiser, transporter, transformer et distribuer des aliments aux consommateurs;
e) Elaborer des politiques en matière de réserves alimentaires et encourager le maintien de réserves alimentaires sur lesquelles il est possible de compter;
f) Continuer d'effectuer des contrôles sur l'innocuité et la qualité des produits alimentaires et, au besoin, dispenser une formation concernant le respect des normes d'innocuité et de qualité nécessaires pour que les produits soient admis sur les marchés nationaux, sous-régionaux, régionaux et internationaux;
g) Continuer de fournir un appui à la recherche alimentaire et agricole, et établir des mécanismes de coopération pour reconstruire les systèmes et les moyens de recherche agricole dans les pays en transition moyennant la collaboration avec des instituts de recherche publics et privés d'autres pays de la région;
h) Poursuivre lorsqu'il y a lieu la restructuration du système foncier et du cadastre, achever les réformes juridiques sur les titres fonciers et l'accès équitable aux terres et faciliter les transactions foncières fondées sur le jeu du marché;
i) Evaluer l'ampleur et les formes que peut prendre la dégradation des ressources naturelles utiles à l'agriculture et adopter les mesures nécessaires pour améliorer la qualité de l'environnement et la durabilité du développement agricole et rural;
j) Améliorer les moyens d'évaluer l'impact des politiques sectorielles et des initiatives et faits nouveaux concernant les marchés internationaux des produits alimentaires sur la sécurité alimentaire dans la région et à l'extérieur.

4. forcer le rôle de l'Europe dans l'amélioration de la sécurité alimentaire mondiale

Plateforme pour l'action

80. Les politiques et les initiatives des pays européens ont eu et continueront d'avoir une grande influence sur l'aptitude du reste du monde à atteindre l'objectif de la sécurité alimentaire universelle. La région englobe les pays qui consacrent la plus grande part du revenu national à l'aide au développement; ceux-ci sont prêts à partager leur expérience, au niveau tant régional que mondial, concernant les moyens d'assurer à tous l'accès aux vivres, de garantir les approvisionnements alimentaires et de faciliter la stabilité de l'offre. En outre, un grand volume d'aide, alimentaire ou autre, est fourni aux nécessiteux qui vivent dans la région ou à l'extérieur. Les politiques agricoles et commerciales des pays de la région se répercutent directement sur les disponibilités alimentaires mondiales et sur la stabilité des cours mondiaux. L'aptitude des pays en développement à exporter vers les marchés de la région influe sur leurs possibilités de développement et leur capacité d'importer des denrées alimentaires. La région continuera d'être un grand fournisseur d'aliments pour les pays en développement à la fois aux conditions du marché et à des conditions privilégiées, mais aussi le plus grand marché pour leurs exportations agricoles et une source importante d'aide au développement et autres financements. En réduisant les obstacles au commerce des produits alimentaires entre la région et le reste du monde, et en éliminant les subventions à l'exportation de ces produits, on parviendra plus facilement à l'objectif de la sécurité alimentaire universelle.

Objectifs

81.a) éer un environnement macro-économique mondial et un cadre commercial international favorisant la sécurité alimentaire sur toute la planète;
b) Contribuer à rendre le marché mondial des produits alimentaires une source stable et sûre d'approvisionnements, y compris durant les périodes de crise.

Mesures à prendre

aux niveaux régional et international, avec le concours de la société civile et des organisations régionales et internationales, les gouvernements devront:

82.a) Coordonner les politiques macro-économiques de manière à promouvoir un climat économique conduisant progressivement à la sécurité alimentaire universelle;
b) Réduire et, le moment venu, éliminer les obstacles aux échanges de produits alimentaires, les subventions à l'exportation de ces produits et les droits sur les produits agricoles importés;
c) Maximiser l'efficacité de l'APD dans la promotion de la sécurité alimentaire, de la productivité agricole et du développement général dans les pays en développement, en donnant la priorité aux PFRDV, et en accordant une assistance pour faciliter l'accès aux progrès technologiques;
d) Suivre de près l'évolution des marchés mondiaux des produits alimentaires et la situation dans les pays en développement, et assurer en tout temps des stocks vivriers suffisants;
e) Maintenir des réserves publiques de sécurité alimentaire compatibles avec les normes d'OMC et éviter les politiques qui découragent la détention de stocks par le secteur privé;
f) Garantir, en temps voulu, une aide alimentaire suffisante et adéquate, ainsi que des intrants agricoles ou d'autres formes d'aide aux pays qui pourraient être touchés par des catastrophes ou des crises;
g) Appuyer les mécanismes de financements compensatoires et autres mécanismes capables d'assurer une stabilité plus grande des prix et de meilleures conditions pour les exportations des pays en développement;
h) Etablir des règles précises concernant la qualité et l'innocuité des produits alimentaires et empêcher qu'elles ne deviennent des instruments de protection; contribuer aux initiatives multilatérales pour l'amélioration des procédures et accords sur les normes et mesures relatives à l'innocuité des aliments et à la protection de la santé de l'homme et du bien-être des animaux; et participer aux interventions des secteurs public et privé visant à améliorer et à renforcer les procédures de contrôle et les normes de commercialisation;
i) Soutenir les activités des centres internationaux effectuant des recherches sur l'alimentation et l'agriculture; établir une coopération entre les centres de recherche de la région et ceux des pays en développement;
j) Poursuivre ou encourager les négociations multilatérales sur le rôle à attribuer aux considérations écologiques dans les politiques commerciales.

TABLEAU 1
INDICATEURS MONDIAUX ET REGIONAUX DE SECURITE ALIMENTAIRE

EUROPE
INDICATEURS
Monde
Pays développés
Pays en développement

PFRDV
Ensemble
des pays
Pays en
transition

EMT

PFRDV
Disponibilité énergétique alimentaire (DEA) calories/par personne/par jour 1990-92 27203350 25202450 33603230 3480...
Population 1/
1995 (en millions)
5759 12914468 3664872 420452 60
2010 (en millions)7150 14055746 4695939 457482 62
taux d'accroissement annuel 1995-2010 (%)1,4 0,61,7 1,70,5 0,60,4 0,3
Taux de dépendance 1/ (%)
1995
62,451,8 65,865,7 52,754,3 51,156,0
201055,6 52,756,3 56,752,8 52,952,6 52,9
Taux d'accroissement annuel de la population active 1995-2010 1/ (%) 1,50,5 1,81,7 0,50,6 0,40,4
Part de l'agriculture dans la population active 1/ (%)
1995
44,36,7 56,360,5 10,911,9 9,912,6
201037,7 3,646,6 51,16,8 6,27,5 7,2
Composition des disponibilités alimentaires 1990-92
Disponibilités énergétiques provenant de:
céréales (%)51,2 30,459,6 62,632,8 39,726,9 ...
racines et tubercules (%)5,0 3,85,4 6,04,4 4,84,1 ...
produits d'origine animale (%)15,7 29,110,3 9,228,9 27,630,1 ...
autres (%)28,1 36,724,7 22,233,9 27,939,0 ...
Disponibilités protéiques provenant de:
céréales (%)47,2 29,056,2 59,333,4 39,228,1 ...
produits d'origine animale (%)35,5 57,724,2 21,153,5 50,756,0 ...
autres (%)17,3 13,319,6 19,613,1 10,116,0 ...
Production et échanges de denrées alimentaires
Indice de production végétale 1990 (1979-81=100) 125110 136137 114112 115...
Autosuffisance en céréales 1989-91 2/ % 100112 9294 9888 112...
Taux de dépendance vis-à-vis des importations
alimentaires 1988-90 3/
0,130,23 0,100,07 0,240,12 0,35...
Valeur des produits alimentaires importés 4/
1980/1970
4,54,2 6,76,3 4,48,2 3,8...
1990/19801,4 1,51,2 1,11,5 1,01,6 ...
Volume de produits alimentaires importés 4/
1980/1970
1,61,4 2,21,9 1,44,3 1,2...
1990/19801,2 1,11,3 1,21,1 0,91,2 ...
Valeur unitaire des produits alimentaires importés 4/
1980/1970
3,52,9 2,93,0 2,82,2 3,9...
1990/19801,2 1,30,9 0,91,4 1,11,5 ...
Part des produits alimentaires dans la valeur totale des marchandises importées
Part 1969-71 (%)
11,010,4 13,414,1 11,38,4 11,9...
Part 1989-91 (%)6,7 6,47,8 8,57,3 11,16,9 ...
Valeur des produits alimentaires importés/valeur totale des marchandises importées
1989-91 (%)
6,96,7 7,78,6 7,711,7 7,3...
Aide alimentaire par habitant 1992-94 5/ (kg de céréales) 2,99,9 2,22,7 9,410,9 0,0432,6
Productivité agricole
Rendement céréalier 1988-90 (tonnes/ha)
2,623,02 2,362,43 2,712,16 4,01...
Variabilité de la production céréalière 1970-1990 6/ (%) 3,56,5 2,42,4 5,28,4 5,1...
Terres irriguées/arables 1993 (%)19 1026 3010 915 77
Engrais utilisés par hectare de terre arable
kg de nutriments 1970
5385 2120 9361 172...
kg de nutriments 1990106 11393 102134 104210 ...
Variation de la productivité de la main-d'oeuvre
agricole 1970-1990 7/ (%)
26,9139,2 38,939,3 109,8119,6 91,4...
Production animale dans la production agricole totale 7/ (%)
Pourcentage des zones boisées 1990
45,963,9 32,029,6 65,168,0 62,6...
Bois de feu et charbon de bois dans la consommation énergétique 26,626,6 26,623,1 33,635,0 26,5...
totale 1993 (%)5 114 201 ...1 ...
Nombre de réfugiés 1995 (en millions) 14,53,3 11,28,9 2,51,1 1,40,6

NOTES

... Non connu

1/ Estimations et projections ONU de la population, révision 1992.

2/ (Production/(Production+importations-exportations))*100; les échanges comprennent les produits transformés mais pas la bière; production et échanges en volume.

3/ Ratios par pays pondérés à l'aide du chiffre de la population; tous les produits alimentaires regroupés en termes de calories.

4/ Basé sur les chiffres de l'indice des importations de produits alimentaires; les denrées ne comprennent pas le poisson; "1980" est mis pour la période de référence 1979-81.

5/ Calcul par personne fondé sur la population des pays bénéficiaires seulement.

6/ Ecart type des écarts relatifs à la tendance exponentielle.

7/ Fondé sur les totaux de l'indice de production.




TABLEAU 2

Rubrique de référence: 9B-Alimentation et nutrition
Variable: KCAL

Description: Nombre moyen de calories consommées par habitant
Unité: Par habitant

1989
1990
1991
1992
1993
1994
Albanie3 049,0 3 115,0
Arménie2 539,5 2 460,12 209,7 2 038,61 691,0 1 620,4
Azerbaïdjan2 560,1 2 439,12 221,8 2 053,22 247,2
Bulgarie3 269,0 3 289,02 894,0 2 801,02 682,0 2 665,0
Géorgie2 718,0 2 666,02 416,0 2 119,02 554,0
Hongrie3 499,0 3 396,03 218,0 3 298,02 618,0
Lettonie2 587,0 2 496,02 630,0 2 691,0 2 293,0
Moldova2 951,0 2 969,02 842,0 2 577,02 566,0 2 503,0
Pologne2 891,0 2 767,0 2 744,02 667,0 2 510,0
Roumanie3 038,0 2 832,02 758,0 2 959,02 603,0
Russie2 603,0 2 590,02 527,0 2 438,02 552,0 2 427,0
Slovaquie3 333,0 3 276,03 126,0
Slovénie 3 517,0
Ukraine3 597,0 3 445,03 151,0 2 860,02 860,0

Critère:


TABLEAU 2 (suite)

Rubrique de référence: 9A-Dépenses des ménages (prix actuels)
Variable: FOODSH
Description: Part des dépenses alimentaires

Unité: Pourcentage de la consommation totale

1989
1990
1991
1992
1993
1994
Albanie 78,8
Arménie46,4 47,756,2 70,571,8
Azerbaïdjan46,5 46,051,6 57,662,5 74,3
Bélarus37,5 33,735,7 39,049,3 57,2
Bulgarie42,5 40,652,1 47,446,6 48,5
Rép. tchèque33,0 31,933,3 33,632,2
Estonie 31,9 31,929,2
Géorgie38,2 35,646,8 62,665,1
Hongrie37,4 37,6 38,2
Lettonie36,0 33,842,5 53,750,5 51,5
Lituanie35,0 34,138,6 60,061,9 57,3
Moldova40,4 38,342,2 50,558,6 45,5
Pologne49,2 51,845,8 43,544,2 42,8
Roumanie51,6 49,952,5 57,560,0 62,3
Russie34,4 36,138,5 47,146,3 46,8
Slovaquie31,4 30,233,5 32,832,4 35,3
Slovénie29,4 29,731,6 32,927,4
Ukraine39,0 43,8 45,654,5 64,7

Critère:


TABLEAU 2 (suite)

Rubrique de référence: 8A-Indice des prix
Variable: RELFOODCPI
Description: Prix relatifs des denrées alimentaires

Unité: Indice (1989=100)

1989
1990
1991
1992
1993
1994
Arménie 95,8
Azerbaïdjan100,0 100,096,0 101,9114,9 116,9
Bélarus100,0 98,3111,2 119,8140,7 149,9
Bulgarie100,0 91,9101,9 99,399,4 101,8
Rép. tchèque 100,0 102,596,0 94,590,8 91,0
Hongrie100,0 104,193,4 90,795,6 99,3
Lettonie100,0 97,3120,4 97,289,8 88,1
Lituanie100,0 98,5116,7 123,6126,3 117,1
Moldova100,0 99,6101,8 99,998,8 93,1
Pologne100,0 98,583,5 79,478,0 78,4
Roumanie100,0 96,2105,3 116,0112,4 115,7
Russie100,0 102,5117,3 104,3
Slovaquie100,0 100,591,9 89,388,0 90,2
Slovénie100,0 94,994,2 93,688,6 90,1

Critère: