EVÉNEMENT PARALLÈLE - FORUM DES ONG/OSC

ALLOCUTION DU DIRECTEUR GENERAL DE LA FAO


Rome, le 9 juin 2002

Mesdames, Messieurs les représentants des organisations non gouvernementales et de la société civile,

Je voudrais avant toutes choses exprimer ma satisfaction de vous voir si nombreux et si motivés, en cette occasion. A travers la grande diversité des partenaires représentés ici, je tiens à saluer particulièrement celles et ceux sans qui rien n'est possible - les producteurs agricoles, cultivateurs, éleveurs, forestiers, pêcheurs, ces centaines de millions de paysans sur lesquels repose la production alimentaire d'aujourd'hui et demain. Un nombre scandaleusement important d'entre eux souffrent, en ce moment même, de la pauvreté et de la faim. Les populations autochtones sont particulièrement vulnérables et leur accès aux ressources naturelles doit être préservé pour leur survie et la conservation des écosystèmes fragiles et menacés. Les femmes aussi, qui sont actrices essentielles du champ alimentaire, de la production jusqu'à la table, subissent une discrimination appauvrissante de droit ou de fait.

La rencontre d'aujourd'hui est particulièrement importante pour changer le cours funeste du combat contre la faim. Votre mobilisation et votre participation sont indispensables. Votre connaissance de la réalité, votre créativité, votre dévouement, vos réseaux peuvent accélérer de façon décisive les progrès vers l'éradication de la faim dans le monde.

Il y a cinq ans, le Sommet avait décidé de diminuer de moitié le nombre des mal nourris au plus tard en 2015. Cependant, le nombre des affamés dans le monde baisse de 6 millions chaque année au lieu des 22 millions nécessaires pour atteindre l'objectif. Plusieurs pays, parmi les plus peuplés, enregistrent une diminution du nombre des affamés plus rapide que l'objectif minimum fixé. Pourtant, dans la grande majorité des pays en développement, c'est la stagnation et, parfois même, l'accroissement du nombre des mal nourris. La volonté politique et la mobilisation des ressources indispensables font défaut. La faim, cause et conséquence dramatique de la pauvreté, doit être immédiatement combattue, parce qu'elle est la négation au droit humain le plus fondamental: le droit à l'intégrité biologique qui est le droit à la vie.

Les consultations nationales et régionales et les études que vous avez entreprises, coordonnées par votre Comité international de planification, ont fait ressortir les thèmes essentiels qui, dans leurs grandes orientations, correspondent au Cadre stratégique de la FAO et au Plan d'action du Sommet de 1996.

Dès la clôture du Sommet de 1996, la FAO a travaillé avec le Haut Commissariat aux droits de l'homme en vue de clarifier les droits relatifs à l'alimentation. Elle a aussi suivi de près l'initiative qui a mené au Code de conduite sur le droit à une nourriture adéquate, approuvé par huit cents organisations non gouvernementales.

La FAO, de son côté, a mis en place un Groupe d'experts éminents en matière d'éthique alimentaire et agricole, groupe indépendant dont les rapports sont publics.

Mesdames et Messieurs,

La durabilité de l'agriculture, le développement rural et la sécurité alimentaire sont au c_ur de la mission de la FAO qui apporte son concours au développement de l'agriculture biologique ou écologique. Elle organise aussi des négociations pour des accords internationaux et des codes de conduite responsables en matière de pêches, de foresterie, d'utilisation des terres et des eaux, des pesticides et autres intrants chimiques. En matière de technologies nouvelles, elle préconise le recours aux principes d'éthique, de transparence et de sûreté sur une base scientifique. Elle a encore renforcé son dispositif sur la sécurité sanitaire des aliments.

Le Programme spécial pour la sécurité alimentaire, mis en oeuvre dans 69 pays, montre que des progrès significatifs sont possibles. Par des méthodes de production simples et peu coûteuses, il est possible de respecter l'environnement. Il faut aussi assurer la participation des collectivités rurales pauvres à la conception et à la mise en oeuvre des projets qui les concernent.

La préservation des ressources génétiques comme patrimoine de l'humanité pour les générations actuelles et futures revêt une importance capitale. Les ONG ont largement contribué à la formulation du Plan d'action mondial pour la conservation et l'utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture, adopté à Leipzig. Elles jouent un rôle clé dans sa mise en _uvre.

Le 3 novembre 2001, le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture a été adopté à la Conférence de la FAO, après de longues années de négociations intergouvernementales. Il doit assurer la conservation et l'utilisation durable de ces ressources, ainsi que le partage équitable des avantages découlant de leur utilisation. Je salue la contribution et le soutien de nombreuses ONG tout au long de ces négociations.

Les petits paysans du monde en développement s'épuisent à voir leurs efforts d'amélioration de la productivité laminés par la dégradation continue des prix résultant du soutien à l'agriculture des pays de l'OCDE, qui atteint un milliard de dollars par jour. De plus, ces ressources ne vont pas aux petits paysans, pasteurs et pêcheurs. Dans un des grands pays, 50 pour cent du soutien va aux 8 pour cent d'agriculteurs ayant un revenu annuel de plus de 100 000 dollars. Une autre partie des ressources va aux secteurs connexes, notamment aux sociétés de transport et de stockage, ainsi qu'aux producteurs d'intrants et de produits finis.

Mesdames et Messieurs,

Votre contribution aux travaux du Sommet revêtira diverses formes, à travers vos débats thématiques, votre intervention en séance plénière, votre participation à la table ronde multipartenaires et votre Déclaration finale.

Je voudrais saisir cette occasion pour lancer un appel solennel à une collaboration plus active et fructueuse entre la FAO, les organisations non gouvernementales, la société civile et les organisations de petits producteurs ruraux. Le document Politique et stratégie de la FAO pour la collaboration avec les ONG-OSC, élaboré en consultation avec vous, propose les principes et les modalités d'une telle collaboration. Elle doit se concrétiser sur le terrain, dans les réflexions, dans les efforts d'information et de sensibilisation de l'opinion publique et dans les campagnes de mobilisation de ressources.

Un homme politique a dit « les Etats n'ont pas d'amis; ils ont des intérêts ». Face à la raison d'Etat, mue par l'égocentrisme implacable et les considérations mercantiles, les ONG constituent la force de refus éthique, le dernier refuge de l'altruisme et de la solidarité humaine.

Combien de chefs d'Etat de pays de l'OCDE ont fait le déplacement à ce Sommet des pauvres? Deux sur 29. Si on exclut certains empêchements nationaux exceptionnels, on obtient un indicateur de la priorité politique qui est accordée au drame de la faim.

Vous, les ONG, pouvez contribuer grandement à changer cet ordre immoral du monde en participant à l'« Alliance internationale contre la faim ». Vous êtes la Vox Populi, donc la Vox Dei.

Je vous remercie de votre aimable attention.

 

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© FAO, 2002